‹ La Chine ouverteChapitre 6 sur 14 · O VA G E · texte numérisé non relu

O VA G E

({uaiid 011 se dispersa , quand ils voulurent se séparer, le groupe qu'ils formèrent , le coup d'œil qu'ils offrirent , avait quelque chose de véritablement irrésistible.

e» wiii.

Je ^enais de parcourii' les rues d'Amoy. et je retouriiais à bord, quand un grand tuniulle me tit rebrousser chemin. \.e chu/if/-ya (sorte de mandarin suball(M'nei. qui était chargé de ni'escorter. tint à honneur de satisfaire la curiosité (|ue ce bruit m'inspirait. Par uue série de détours à lui connus . il me mena surune sorte daniphithéâtre où s'étaient déjà placés ])eaucoup i\v curieux accourus comme nou^ poiu" xoir le cortège. Il s'agissait, si j ai hicii compris, de consacrer un tcnijjK^ érigé iiouNclIcinciit , o\ c ('tait vei's ce temple (pie s'achtMuinait la pi()( cs>i()ii. Nous la vîmes bientôt apparaître, et, je l'aNoue. un plus mer\eilieux spectacle a rarement frappé mes regards.

Je plis les en rassasier, grâces au.x dim'Mi.sions »>rdinaires des i'iu>s cliiiioises. tpii rendent inttn'minahle le défiiiMlune troupe ipicKpie peu nombreuse. (\'lle-ci >(■ composait île je ne .siiis combien de c(Mir:'iM'i(^s ou nu'tiers . distingut's connue chez nous par

des étendards différents de forme et de couleur, ou par des bâtons , des crosses admirablement sculptés : entre chaque bande d'artisans , marchait une compagnie de soldats , pavillons déployés , et, de distance en distance, venaient des femmes (des déesses peut-être!) élevées sur de hauts pavois quelquefois couverts d'un domc de feuillage. Malgré le fard dont elles étaient barbouillées . malgré le noir exagéré de leurs sourcils , le carmin foncé de leurs \b\Yes , toutes n'avaient pu parvenir à se rendre laides. Leurs coiffures, composées de fleurs et d'or, de pierreries et de franges soyeuses, auxquelles pendaient des nœuds de perle, étaient en général ravissantes, et s'harmonisaient à merveille avec leurs robes de soie chargées des plus éclatantes broderies. L'assurance impassible de leurs regards n'était pas ce qui m'étonnait le moins chez ces idoles vivantes. Mais quelle femme ne trouve au besoin dans l'éclat d'une riche parare toute l'audace qu'il faut pour la porter? D'ailleurs, sous le plâtrage épais qui nous cachait leur rougeur, comment deviner une émotion?

Les enfants aussi jouaient leur rôle dans la fête. De temps A autre, sur un poney pareil à ceux des Highlands , on voyait passer un grand mandarin de guerre, âgé de six à sept ans, et haut de trois pieds, le carquois sur le dos, l'arc à la main, ou bien quelque personnage mythologique, un Jupiter, un Neptune chinois, réduit .à des proportions microscopiques.

Ce qui suit est resté un problême pour moi. Dans les rangs de ce somptueux cortège , parmi ces gens couverts de soie et de damas , mêlés à cette forêt de bannières , de fleurs , de lanternes bariolées et d'armes brillantes , — comme certaines figures sinistres da;is un rêve couleur de rose , — défilaient à leur tour deux pauvres diables couverts de haillons, et portant, à l'aide d'un bambou appuyé sur l'épaule de chacun d'eux , un meuble carré sur lequel étaient entassées en assez grand nombre des ombrelles chinoises. Était-ce-là un emblème , ou tout simplement une industrie^ Je ne saurais le dire. Ni mon chung-ya . ni aucun autre des assistants n'a pu m'éclairer sur ce point ; et je n'osais insister, d(^ peui' de trahir uMm incognito.

Les spectateurs , du reste , formaient une partie tort intéressante du spectacle. On se ferait difficilement l'idée de la foule qui chargeait les toits, se pressait aux fenêtres , et tapissait pour ainsi dire les murs. Le premier étage de chaque maison semblait généralement réservé aux femmes. Elles s'y succédaient sans relâche , essayant , chacune à son tour, de faire briller ses grâces en jouant de l'éventail. Les plus vives Andalouses n'auraient pas déployé — à ce manège — une coquetterie plus savante. Parmi elles, on distinguait , à leur coiffure particulière : d'abord, les femmes

lis \ o ^- A r; E

d'un certain âge , la tête enveloppée cVun tissu de soie ; puis , les jeunes filles à marier, dont les cheveux tombaient à plat le long des joues , et nonobstant l'air timide que ces mèches droites encadrant étroitement le visage donnent à la physionomie, ces jeunes vierges n'étaient ni les plus embarrassées de leur contenance, ni moins promptes à pavei' d'un sourire certains regards obstinément flatteurs.

Enfin , les femmes mariées portaient pour la plupart l'image du Fong-Hoang, l'oiseau mystérieux , le phénix chinois, la tête en bas ramenée sur leur front, les ailes ouvertes, étendues sur leurs tempes.

Quant aux hommes , pris en masse , ils n'avaient rien de particulièrement agréable. Beaucoup étaient nus jusqu'à la ceinture ; et , hissés les uns sur les autres , leurs têtes rosées se touchant presque , ils donnaient d'un peu haut A la rue l'aspect d'un panier de cerises pâles. Quelques-uns, fatigués d'une station qui se prolongeait déjà depuis deux heures , essayaient bien par instants de quitter leui' place ; mais ils ne pouvaient faire un seul mouvement qui n'obstruât le passage, et les agents de police , armés de petits fouets , les repoussaient aussitôt dans le

rang

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