TRAITEMENT DES CORPS ÉTRANGERS DE L'ŒSOPHAGE THORACIQUE
Les corps étrangers déglutis et arrêtés dans l'œsophage peuvent être de toutes sortes (1). Les plus communément observés sont, chez les enfants, les pièces de monnaie et les boutons, chez les adultes, les fragments d'os et les pièces dentaires.
On a diversement classé ces corps étrangers. La meilleui'c classification, la seule qui ait une utilité chirurgicale, est celle qui tient compte de leur volume, de leur forme, de l'état de leur surface et se base sur les caractères qui règlent leur facilité de propulsion ou d'extraction (2).
1" Corps étrangers à surface nigueiisc, poinLuc, angulaire, tels que : fragments osseux, arêtes de poissons, aiguilles, clous, sondes, dents, noyaux de fruits, hameçons, dentiers, morceaux de verre, tessons, foui'chettes, etc., etc.
2° Corps étrangers à surface lisse, tels que : fragments alimentaires, fruits, pommes de terre, ou encore pièces de monnaie, cailloux, boutons, etc.
(1) Lannelonguh. Sur 18 cas de corps étrangers de l'œsophage chez les enfants. Biillelin de la Sociclc de Chirurgie, 1880, p. 1^09. (2; Lkjars. Traité de Chirurgie d'urgence, 2^ édition, 1900, p. 157.
Le siè^c (les corps élrangcrs csl assc/ lixc ; ils s'arrclciil en «général an niveau (Tun des trois rélréeissenients nornuinx (le l'oesophage : 1" au niveau de l'oriliee su])éi'ieui- ; 2" au niveau du rélréeissenienl aorlicpie ; ."5" au niveau du caidia. ((inoss) (15). Poui- 'l'scwKHKMOUKnix ( I), (|ui a étudié de très importantes statisti(|ues, les eor|)s étrangers s'aiTêtenl : 1" imniédialenienl sous le cartilage thyroïde ; 2" à l'entrée de l'œsophage dans le thorax ; .'V' au cardia.
Nous avons, au chapitre d'anatoinie, discuté les opinions de nombreux auteurs, relativemeni au siège des rétrécissements de l'cx'sophage ; nous avons vu (ju'outre le rétrécisse ment cricoïdien admis par tout le monde, on trouvait en général dans l'oesophage trois autres points rétrécis : 1" l'unlei)lus resséré,an niveau du croisement de r(rsophage pai- la crosse de l'aorte ; le 2'" moins serré, au niveau de la bifurcation de la trachée; le à ([uelques centimètre au-dessus dej'hiatus œsophagien. l
Ce sont là les trois points d'élection pour l'arrêt des corps étrangers de l'œsophage thoraci(|ue.
Avant d'établir les indications opératoires dans les cas de corps étrangers de l'œsophage thoraci(iue, il est bon de dire ce que deviennent ces corps étrangers et les dangers cpi'ils Ibnt courir à celui qui les porte.
Un corps étranger, même volumineux, est arrêté dans l'œsophage ;qu'y devieiit-il ?
1" On bien il n'y séjourne qu'un temps; des elTorts de vomissement le rejettent, ou des efforts de déglutition le pous-
C^) (iHOSS. 1)0 r(i>s()|)lin}4()loniic cxlc-nu- pour rorps clrnngcTs del'œsophage chez les enlants. ncvuc niciisiicllc des nutlodics de rcnlancc. 1903, p. ô9.
(4) TscMHHKMOCKHiN. Des eoi-ps élnuigers de rœs()i)hage. Khiruniia 1902. l. XII, lase. 72, p. {)')9.
sent dans l'estomac, d'où il pourra être évacué hors du tube digestif, sans déterminer aucune lésion (1).
2" Ou bien, et c'est le cas le plus Iréquent, il séjourne dans l'œsophage. Son volume, sa forme, les aspérités de sa surface, le tîxent au point où il s'est arrêté. Blessée par lui, la muqueuse œsophagienne se tumélie et s'enllamme ; la fixité du corps en est accrue. Le jmuscle œsophagien prend part à son tour à la défense de l'organisme et le spasme qui en résulte n'est pas un élément rare de la fixité complète et définitive du corps étranger.
A partir de ce moment les lésions de la paroi œsophagienne vont s'étendre au tissu cellulaire péri-œsophagien.
Lorsqu'il s'agit d'un corps arrondi et lisse, qui agit seulement par distension et compression des parois, la réaction inllammatoire péri-œsophagienne est faible ; elle reste un phénomène de défense, et peut avoir pour résultat, comme Skbm.kau (2) le montrait l'an dernier, une périœsophagite plastique qui peut assurer pour un temps l'innocuité relative du corps étranger. C'est de cette façon que des corps étrangers, même volumineux ont pu séjourner des semaines et des mois dans l'œsophage, sans provoquer d'accidents. (Denis) (3).
Si le corps étranger est rugueux, couvert d'aspérités, il blesse la muqueuse œsophagienne; son action excentriquepeut dépasser la muqueuse et amener la perforation de la paroi. C'est la porte ouverte à l'infection. Le phlegmon profond du
(1) P. Boudin. Migration de trois pièces de 10 centimes à travers le tiitje digestif. Archives provinciales de Chirurgie, 1898, p. 566.
(2) Sehilkau. I.'œsopliagotomie externe appliquée chez l'enlant à l'extraction des pièces de monnaie. Biillelin de la Société de Chirurqie 1903, p. 43-57.
(3) Dhnis. Corps étrangers de l'œsophage ; un sou depuis neuf mois (lans l'œsophage d'un enfant de 4 ans. Danger (hi panier de de Graîfe ; fistule œsophago-trachéale. Œsoi)hagotomie externe. Mort le 14^' jour par broncho-pneumonie. Bulletin médical de l'Alç/érie, 1901.
cou l'I le phlegmon du uicdiasliu eu soul la conscniuciifc.
Klanl donnés les ra|)|)oils direels de l'oL'sojjha^e avee l'aorle, la Iraehée, les bronches, au niveau des poinls où s'arrèlenl les cor|)s éli'angei-s, l'ulcéraliou el la perioraliou de l\i\so])hage ])euvenl ouvrir l'un (|uelcon(pie de ces deux organes ; de là des hémoi'ragies ininiédialenienl nioi telks, comme dans les cas récents d'AxissiMow (1) el de Aimianassiow (2); dans le pi'cmier, un os ari'élé au niveau de la crosse de l'aorte perfora le vaisseau; dans le deuxième le même accident eut lieu à .'> centim. au-dessus du cardia. De là aussi des complications i)ulmonaires de la plus haute gravité, pneumonies et pleurésies infectieuses, gangi-ènes et (i^dèmes pulmonaires, dont Mai.kassian ('S) rapporte douze observations dans sa thèse.
Tout autre organe paraœsophagien jjeut être atteint ; il suffit de relire les rapports immédiats et médiats de l'd'so- ])hage thoracique, pour voir la quantité d'organes très importants dont le dangereux voisinage porte si haut la gravité de la perforation de l'œsophage.
C'est assez dire que l'indication thérapeutique est formelle ; tout corps étranger de l'œsophage, chez l'enfant comme chez l'adulte doit être extrait. Tel est le précepte, (pii, posé en l(S7() ])ar TKKHn-:M (4), est aujourd'hui universellement admis.
Nous voici donc en présence d'un corps étranger arrêté dans l'oL'sophage thoraci(iue, il faut l'eu extraire. Quels moyens /;oj//;o/j.s-nous employer ? Lesfpiels dcnons-uous choisir ?
Il) Anissimow. .Journal des Hàpiluitx Boikin, lillUl, ii" .-)().
(2) Aphanassionv. liéiininn des médecins russes de Sainl-Pclerslwurtr
rS) Mm.kassiax. l'crloralion de hx Irnclu-c par vovps c'iraiws ( c l'œsophci^o et (les indiciaions de l'œsoplingoloiuio oxlcrnc 1 hese de Nancii, 1902.
(4) Thhhikh. De l'œsopliagotouiie cxlernc. Thèse de l'ans, hS/0.
Tu cerlniii nombre dr inoytMis lli(:'ra|)eiitic|iies sont coinnuuis aux corps élrangers de la portion llioradquc' cl à ceux (le la portion cervicale, ce sont :
1" La pro|)nlsion clans l'estomac ; 2" l'extraction i)ar les voies naturelles.
A part les bols alimentaires un j)eu gros, ou qui, vu leur nature cbimique ont augmenté de volume dans l'œsopbage, et qui sont susceptibles d'être poussés, sans danger, jusque dans l'estomac par une sonde ordinaire munie d'une éjîonge à son extrémité, la |)roj)ulsion vers l'estomac est une manœuvre dangereuse. Siu- vingt-deux cas de propulsion, dit Hartmann (1), Martin (2) a l'elevé huit morts, tant par suite d'accidents du côté de l'œsophage, que par suite d'accidents abdominaux ultérieurs.
L'extraction des cor])s étrangei's par les voies naturelles est évidemment l'idéal.
.le n'énumérerai pas la longue série des pinces, crochets, paniers, parapluies, dilatatein-s, etc., employés en pareil cas.
Les j)lus communément utilisés sont le panier de de Graefe, modifié ])ar Frœi.ich, le crochet de Ku^misson (3), le dilatateur en ])audruche de Frœi.ich (4), l'électro-aimant employé récemment par mon ami G. Gross, sui- les conseils de M. GiULLOz.
Ces diverses tentatives doivent toujours être faites sous le chloroforme (5) ; j'ai pu cependant, il y a quelquss jours, à la première tentative, retirer avec le panier de Frœlich, un. sou arrêté dans l'œsophage d'un enfant de 4 ans, et
(1) Hartmann. Traité de Chirurgie de Duploi] el Reclus, t. V, p. 827.
(2) Martin. Des corps étrangers cie l'œsopliage considérés ])nncipaleiiient au point de vue de leur traitement. Thèse de Paris, 18(),S, n" 117-
(3) KiRMissoN. Bull, de la Soc. de Chirurgie, 1S89, p. 787.
(4) Frœlich. .Sor. de Méd. de Nancij, 1902, et lievue méd de l'Fsl 15 Mai 1902, p. 325.
(5) Valaguier. Corps étrangers de l'œsopliage. Société de Chiruraie 15 Décembre 1897.
cela sans aneslhésie. Malf^ré la diversité des moyens, l'ex- Iraction i)ar la l)()nche l'esle une niélliode aléatoire, souvent dangereuse. Martin n'a-l-il pas, sui- cenl-soixante-sept tentatives d'extraetion par la bouche, relevé cent-vingt-sepl insuccès. Tschhhkmoukuin (loc. cit.) nous cite])lusieurs cas de morts dans ces conditions, un cas de Svmfî, où il y eut rupture de l'œsophage, un cas de Stkpuknson. où la mort iiit la conséquence de l'asphyxie, un autre nous est rai)porté par ScHMiEGELOw. Et tous uc sout pas publiés.
Cependant, depuis les progrès merveilleux accomplis, au dire des auteurs allemands, i)ar l'œsophagoscopie, l'extraction des corps éli angers par les voies naturelles serait devenue beaucoup plus sûre et beaucoup plus efficace.
GoTTSTEiN (loc. cit.) a rassemblé vingt-quatre cas de corps étrangers, dont onze dentiei's observés dans l'œsophage normal à l'aide l'œsophagoscope :
Von Hackeb 11 cas dont 3 dentiers,
Stœrck (Ebstein) 3 » 3 »
KlRSTEIN 1 » 1 »
Y. MiCKULicz 7 » T) »