DIX-SEPTIÈME LEÇON
Sommaire. — Cours naturel de l'anthrax ; relation avec le diabète. — Élimination des eschares; réparation. Inutilité des incisions. — Anthrax de la face. — Phlébite faciale.
L'anthrax, vous le savez, est une maladie chirurgicale qui souvent offre une excessive gravité. Mais cette gravité est variable suivant le siège et les complications de l'anthrax et, permettez-moi de l'ajouter, suivant le traitement employé. Dans une période d'un mois, au commencement du printemps, vous avez pu voir quatre anthrax, dont deux siégeaient à la nuque, un troisième sur la lèvre supérieure, enfin le dernier sur le moignon de l'épaule. Ce sont ces faits et une statistique portant sur les malades atteints d'anthrax, et reçus depuis quatre ans dans mon service de l'hôpital Cochin, sur lesquels je veux appeler votre attention, afin d'en déduire des conclusions thérapeutiques.
Le premier de nos malades, qui est âgé de quarante-trois ans, a commencé à ressentir une raideur du cou et bientôt se sont déclarés à la nuque des symptômes inflammatoires. Une tumeur du volume d'un œuf, mais mal limitée, saillante sur la ligne médiane en arrière, n'a pas tardé à se montrer. Cette masse inflammatoire, très-douloureuse, d'une couleur rouge foncé, sans retentissement ganglionnaire, qu'accompagnait un état général caractérisé surtout par de l'anorexie, du malaise et de la faiblesse, a présenté, du cinquième au treizième jour, quelques petits pertuis par lesquels s'écoulait du pus. Tout autour de ces ouvertures vous avez pu voir apparaître de nouveaux orifices, en retard, pour ainsi dire, sur les premiers. Suivant une comparaison classique, la tumeur ressemblait alors à une pomme d'arrosoir. Puis les pertuis se sont réunis, les ponts de peau
(1) Leçon recueillie par G. Marchant, interne du service.
^22 DES AlSTllllAX. .
(lui les unissaient se sont sphacélés et, au-dessous de la peau mortifiée, est restée une eschare blanche, de laquelle s'écoulait du pus. Aujourd'hui, Yingt-huitième jour depuis le début, l'eschare blanche, lavée par le pus, s'est entièrement détachée. Les bords de la plaie, de rouge brun sont devenus violacés. Ils sont taillés en biseau et glissent sur le fond de hi plaie qui commence à bourgeonner.
Vous tracer l'histoire du deuxième et du troisième malade, l'un porteur d'un anthrax de la nuque du volume d'une très-grosse orange, et l'autre ■d'un anthrax de la région de l'épaule gros comme une pomme, serait m'exposer à des répétitions ; qu'il me suffise de vous dire que l'un était convalescent d'une broncho-pneumonie et avait repris trop tôt son travail, et que le mal ne différait de celui du premier, que par la durée ol l'étendue de la lésion qui était trois fois plus volumineuse que la tumeur
du premier malade.
Je remets à un autre moment l'observation du petit malade, âgé de dix ;sept ans, atteint d'anthrax de la lèvre supérieure.
Les anthrax, qui ont été arbitrairement divisés en anthrax bénins cl .anthrax malins, sont une affection du printemps, dont le maximum de fréquence est dans les mois d'avril et de mai et quelquefois en septembre, après les grandes chaleurs. Elle survient à un âge déjà avancé de la vie, H la plupart de nos malades ont de quarante-quatre à soixante ans ; le enfants sont, avec les vieillards, les plus exposés à ce mal.
Il y a des causes prédisposantes qu'on retrouve dans presque tous les cas : un type principal, c'est la fatigue. La plupart des malades ont été soumi< à une sorte d'épuisement, à l'influence de cette variété nosologique, non •décrite mais pourtant réelle, le surmenage, passez-moi l'expression, dont on trouve la démonstration dans les deux premières observations. Le premier sujet, âgé de quarante-trois ans, s'est marié depuis peu de temps et a été soumis sans nul doute à une cause puissante d'affaiblissement; le •sujet 2 était convalescent d'une broncho-pneumonie ; le troisième malade est un malade affaibli qui a été traité dernièrement dans le service pour une fracture du crâne et qui a travaillé à un labeur pénible dans ces der-
niers temps. .
Les relations entre le diabète et l'anthrax sont réelles, mais il faudrait se -arder de croire que ce lien fût constant. Ainsi, chez aucun de nos quatre''malades, le diabète n'a été constaté, et dans les vingt-cinq autres observations qui constituent la statistique dont je vous parlais, rexistence ■du diabète, qui a été toujours recherchée, n'est mentionnée que deux fois. La glycosurie passagère, liée au développement des anthrax et signalée^
el
DES ANTHRAX. 'a^J
par Prout et Wagner, n'est pas non plus un fait fréquent, puisque sa coïncidence n'a été notée dans aucun des autres cas.
Si j'avais à me prononcer sur la nature des anthrax, je serais assez disposé aies regarder comme des gommes aiguës; ils seraient le résultat d'infarctus qui se déposeraient dans certains points du corps et à la suite d'une intoxication générale, d'une auto-infection, si je puis ainsi dire, laquelle résulterait du surmenage. Cette auto-infection entraînerait alors des accidents semblables aux accidents tardifs de la variole, de la rougeole, de la scarlatine et de la syphilis, mais avec un caractère d'acuité plus marqué que les gommes chroniques des infections d'origine contagieuse et de la scrofure ; et les anthrax rappelleraient les bouquets de gommes de la peau des syphilitiques et des scrofuleux, cà part la rapidité des phénomènes inflammatoires.
Cette allure spéciale de l'anthrax n'avait pas échappé aux anciens auteurs, qui ont dénommé l'anthrax un charbon spontané, idée voisine de celle que j'émets devant vous, puisque l'anthrax était assimilé de loin à la peste.
J'ai publié déjà que les anthrax ne devaient pas être touchés ; il me reste à appuyer devant vous mes assertions. Si l'anthrax et le furoncle étaient constitués par une collection limitée, la conduite du chirurgien serait celle qu'il doit tenir en présence d'un abcès chaud, c'est-à-dire ne pas hésiter à l'ouvrir lorsqu'il est mûr, c'est-à-dire lorsqu'il y a du pus réuni en foyer.
Mais rappelez-vous la marche de l'anthrax, sur laquelle, il y a quelques minutes, j'appelais votre attention. Ici vous avez affaire à des gangrènes isolées et indépendantes d'une portion du tissu cellulaire. Si le sphacèle porte sur un seul îlot, c'est un furoncle ; si plusieu;"s sont atteints, c'est un anthrax. Les cloisons qui les séparent se détruisent; les eschares se trouvent alors réunies et ces débris constituent cette eschare blanche dont je vous parlais tout à l'heure. S'il était possible de faire porter l'incision sur chacun de ces îlots mortifiés, celle-ci pourrait être et serait même une bonne chose. Mais c'est là une vue de l'esprit, dont l'application est impossible.
Il suffit, d'ailleurs, de ne pas méconnaître l'évolution du furoncle pour n'avoir plus de doute à ce sujet. Sa durée moyenne est de six à sept jours, qu'on l'incise ou qu'on ne l'incise pas. C'est du troisième au cinquième jour que sort le bourbillon, et les deux ou trois autres sont employés à la réparation de la petite plaie qui suit la chute du bourbillon. Que ferait une incision dans cette tumeur inflammatoire? Rien, si ce n'est
'■m AISCtS DES ANTIIHAX.
d'exposer le malade à une nouvelle inflammation. L'élimination du bourbillon n'en serait pas activée, puisque un temps à peu près mathématique est nécessaire pour son élimination.
On ne dira pas non plus qu'une incision faciliterait l'écoulement du pus, ' puisque celui-ci existe en très-petite quantité et qu'il sort dès le troisième jour seul. D'ailleurs, la nécessité première de la guérison est le rejet de l'îlot de tissu cellulaire qui est sphacelé. Le pus, ici, n'est que le produit du travail éliminateur.
Tous les chirurgiens modernes, pénétrés de celte idée, ont renoncé aujourd'hui à ouvrir les furoncles. Il y a cependant des cas où une incision est nécessaire. Chez certains malades, la peau résiste, elle ne s'ouvre pas au sommet de la tumeur, il y a sphacèle sous- cutané, l'eschare se dissout dans le pus et, vers le septième jour après le début du mal, il y a un véritable abcès, que j'appelle vulgairement mw furoncle manqué ;i\ y a de la fluctuation et l'incision ici est nécessaire; mais remarquez bien, messieurs, que c'est le huitième jour seulement qu'il faut la faire. aàà
Les considérations précédentes sont applicables à l'anthrax, car celui-^H est constitué par une réunion de petits furoncles. L'incision ne saura" favoriser ni l'écoulement du pus, ni la chute de l'eschare, qui demande pour se former, s'éliminer, un temps de rigueur variable avec le nombre des furoncles dont la réunion constitue l'anthrax.
Comment inciser tous ces petits furoncles? Soixante-dix ou quatrevingts incisions représenteraient à peine la moitié des furoncles qui constituent certains gros anthrax. Cela est impossible.
Il résulte encore de nos recherches que les incisions n'activent en rien la marche d'un anthrax. Cette conculsion est la conséquence naturelle de ce fait, que, dans l'anthrax, les îlots de tissu cellulaire ne sont pas atteints tous à la fois, mais successivement.
Au contraire, l'incision a été souvent fatale. Je me souviendrai toujours de la mort de Toirac, l'ami intime de Velpeau : il fut atteint d'un furoncle anthracoïde de la nuque ; le premier coup de bistouri fut donné par Bauchet, qui incisa le premier jour sans profil ; quatre autres incisions furent faites le troisième jour par Velpeau; le sixième jour, le malade était mort d'un érysipèlc grave et phlébite du cuir chevelu. D'autres malades, atteints d'anthrax du nez ou des lèvres, sont morts deux jours après l'incision.
Il ne faut donc pas espérer que des incisions rendront favorable la marche de l'anthrax, car ses trois phases d'inflammation, de formation et d'issue des bourbillons, enfin de réparation, sont réglées à l'avance.
J'ai cherché à déterminer quelle était la durée moyenne des phases de
l'anllirax et je me suis appuyé sur les viugt-neuf cas observés à Cocliin pendant ces quatre dernières années.
Bien qu'il faille tenir compte ici de plusieurs éléments, parmi lesquels le plus important est le volume de la tumeur, on peut établir que la durée d'un anthrax de moyen volume, varie de quarante-cinq à cinquante jours. Cette règle cependant n'a rien d'absolu, et je pourrais vous citer des cas qui ont exigé soixante-cinq et même soixante-seize jours de traitement. Mais c'est toujours la période de cicatrisation qui est la plus longue. Suivant que le mal est traité plus ou moins près de son début, les phases du mal sont aussi plus ou moins rapides. Lorsque tous les bourbillons de l'anthrax ont été produits et ont suppuré, il faut de dix à quinze jours pour que l'eschare tombe et la réparation de la plaie qui en résulte demande de trente-cin({ à quarante jours pour se fermer, parce qu'il y a une perte de substance de la peau et que celle-ci demande ce temps pour se réparer. A la face toutefois la réparation est plus rapide.
Pourquoi ces variations ? Je vous signalais le volume de l'anthrax ; il faut tenir compte encore de sa profondeur. Les anthrax peuvent être superficiels ou profonds, et dans les cas d'anthrax profond, l'eschare s'étend souvent jusqu'à une aponévrose et sa chute est longtemps retardée; les aponévroses mortifiées sont plus longues à s'éliminer que le tissu cellulaire. C'est dans cette dernière variété d'anthrax que j'ai vu Velpeau pratiquer des incisions multiples ayant pour but de débrider l'eschare. Cette intervention de la dernière heure est moins périlleuse que les incisions au début de la maladie ; mais je ne saurais encore l'approuver, car elle ne hâte en rien la réparation.
A ces preuves tirées du raisonnement, je vais joindre les démonstrations de la statistique. Dans une période de quatre ans (187-2, 1873 ,1874, 1875), j'ai observé dans mon service vingt-neuf anthrax, de difi"érentes régions, tous traités sans incision, et je n'ai eu à déplorer la mort des malades que quatre fois, et encore, deux fois, l'antiirax existait-il chez des diabétiques. L'un d'eux succomba à une pneumonie gagnée dans les baraques de l'hôpital Cochin (obs. VI) et l'autre subitement, après avoir présenté les signes de l'infection putride aiguë (obs. X)'. Dans un troisième cas, le malade était miné par une fièvre hectique (obs. IX) et était entré dans mon service avec des gangrènes étendues au voisinage de l'anthrax. Reste donc, en dernier lieu, ce volumineux anthrax de la lèvre supérieure (obs. XXVI), que la plupart d'entre vous ont observé et qui s'était malheureusement compliqué d'une double phlébite des vemes faciales.
DESPUÉS.
<,2g DES ANTUUAK.
" Ceci m'amène à vous parler des anthrax et des furoncles de la face et de
leurs complications. , . .
Doit-on se départir pour cette variété d'anthrax des préceptes que je vous ai exposés? Je ne soulèverais même pas la question, s. un mterne distingué des hôpitaux, aujourd'hui professeur à Genève M. Reverd.n, n'avait formulé des conclusions contraires, dans un memou-e fa.t avec beaucoup de talent (l). . . , , .
11 est! <l-ailk«rs, 1'°-' """"" désire appeler votre attention.
Vous Lz lous souvenir Je ce jeu.e garçon de qmnze ans, en re le »1 mai, couché au lit n" 1 de la salle Cochin, et porteur d'un assez voluu,neu. anthrax de la lèvre supérieure avec furoncles dissémines sur la ace; •1 a succombé le douzième jour de sa maladie, après avcr présente un •onllement énorme des deux côlés de la face.
L nécropsie nous a révélé l'existence de caillots organ.ses dans les veines o hll almiques, dans le sinus longitudinal supérieur et la por.ton hori ntL des sinus latéraux. On aurait constaté leur ex.slence dans les
e;::: faciales, si les règlements eussent permis ^^^^^^^ autopsie Le poumon offrait à la coupe des mtarctus a ddTerent dettes Lsls entourés d'une zone ,„n.ammatoire, les autres converfs de,a en un
'ti^rest'I^Ï l>assé ce. notre petit malade, Il a succombé, non . son Tnthr X mais à une complication, la phlébite faciale, tout comrne le. b C 'meurent de leur état général, le diabète. Vous avez ™ la un
sista et les coiQoub uiu= , . ^« tînmes • des abcès se mon-
r:e:iC:rrs:;s:^cè:,'lemaladeguérit,présavoir présenté unaour
clmlclDcsprés. Arl. F.VCE(AnUn-aKilcla).
une suffocation intense que j'attribuai au passage d'un caillot dans le cœur. L'ouverture malheureuse de ce furoncle, auquel je n'eusse jamais touché de propos délibéré, me fit jurer que je n'inciserai jamais un anthrax de la face.
Tous les anthrax se compliquent de pblébites plus ou moins limitées; mais les furoncles et les anthrax de la face, surtout ceux des lèvres, y sont singulièrement prédisposés, cà cause de l'extrême richesse du réseau veineux et de la texture particulière des lèvres ; la gravité est donc une question de siège.
Il y a pourtant une différence de gravité que présentent ces anthrax ; il faut distinguer deux degrés dans la phlébite : il y a la phlébite qui suit le tronc d'une veine, l'occupe dans une [étendue souvent considérable, et peut s'accompagner d'abcès multiples, comme j'en ai eu un exemple chez le malade que je viens de vous citer, et où la phlébite s'arrête et se limite.
En regard de cette variété qui comporte un pronostic favorable, il y a la phlébite capillaire disséminée de Cruveilhier, l'érysipèle veineux de Samson, qui pardonne rarement ; c'est ce qui existait chez notre petit malade. La première peut être assimilée au phlegmon circonscrit; la seconde a les allures et la gravité du phlegmon diffus ; c'est cà cette dernière qu'a succombé notre malade ; elle n'a pas offert pendant la vie de traînée rouge limitée, il y avait absence complète de cordon noueux, mais il existait un empâtement énorme, général, dur et diffus, de la lèvre et de la face; les seules grosses veines prises étaient les veines profondes que l'on ne voyait pas.
Le sphacèle des îlots de tissu cellulaire et leur élimination est le mécanisme obligé et fatal de l'anthrax. L'anthrax ne guérit que par le sphacèle de la tumeur et son élimination. Mais à la face, la richesse de la circulation est telle, que ce sphacèle ne peut pas toujours se produire et il y a une cause de phlébite persistante que des incisions augmenteraient encore en ouvrant de nouvelles veines et je vais même jusqu'à dire que les pressions sur l'anthrax sont dangereuses au même point de vue. Cela même explique comment, ainsi propagée et disséminée, la phlébite peut occuper tous les points de la face.
Tous les furoncles et anthrax de la face ne sont pas accompagnés de phlébite. Je viens d'en observer ces jours-ci un exemple sur un des miens (furoncle anlhracoïde de la lèvre supérieure) qui a guéri sans le moindre accident pendant sept jours; les furoncles de la peau de la face ne sont pas plus graves que les furoncles des autres régions du corps. L'inflammation superficielle intéresse nécessairement beaucoup
moius de réseau, velnou. que eelle qui oceupe toule Vileuclue de la lèvre et elle est alors .uoins grave. Lorsque l'autluax est sur le bord l.bre es lèvres, la phlébite est presque inévitable ; c'est pourquoi I. Verueu.l attr,- , huait uue gravité eKessive au. anthrax des lèvres , peusa, qu les muqueuses étaient plus gravement enflammées que le tégument de 1 a - Zx et que de là tenait la gravité. Mon explication est eonlorm a la ZZ seulement elle donne mieux la raison du développenrent et de la sravité de la complication, c'est-à-dire de la phlébite. {
Toutes ces eonditions mauvaises se trouvaient réuntes chez notr t, mal .1 ntais il existait eu même temps que ce gros anthrax, au bord d, e de a lèvre et une double phlébite, une véritable éruptmn luroncule se l ia fue Le m.al offrait bien cette variété d'anthrax que, a une ant e | I^que^r, eût désigné sous le nom d'anthrax malin, pour le d.stmguer d.
CreM~s étaient nécessaires pour ne laisser aucun doute dan. vou:es rit et vous persuader que des incisions ^^^^^^2^ l'extension de la phlébite et l'auraient même favorisée. Elles n ama c tui rien r lité récoulement du pus, car eelui-ci perlait auss, bien que po.b e àtraversles pertuis qu'olTr.ait déjà l'anthrax au dixième jom. C rleme ces ine lions eussent intéressé des artères, des veines, de ,e"Z, et nécessité pent-étreune hémostase qui aurait encore ajoute .
'■'tlèwues-uns d'entre vous. Messieurs, ne partagent pas encore ma
„ii«wi'inthvnx el furoncles de la face, "■'r'^l X fo s et n urs, abandonnées à elles-mêmes, ont été suivies
de moit («;■.■" „,„,he fatale delà maladie en très-
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le furoncle guéri était superficiel. conclusions,
./;:::r„;ïï::r:r"i:;::-^
Vous trouvez quatre cas d'anthrax de la lèvre supérieure, du volume moyen d'une noix (obs. VIIl, XII, XXV, XXVI), non incisés et terminés par la qiiérison fro/s foh sur quatre. Ajoutez-y aussi un furoncle de la face dorsale du nez (obs. XVI), ayant eu également une issue favorable et n'ayant pas été incisé.
D'ailleurs, Messieurs, la pratique que je défends ne m'est pas exclusivement personnelle, et M. Gosselin entre autres, frappé 1 ni aussi des inconvénients de la méthode contraire, professe depuis longtemps qu'on doit laisser les anthrax s'ouvrir d'eux-mêmes.
Je nè touche plus aux anthrax. Mais, en présence d'un anthrax, le chirurgien doit-il rester complètement inactif? Non; il doit favoriser le détachement de l'eschare, et pour obtenir ce résultat, de légères pressions exercées tous les jours en pressant la tumeur par sa base sont parfois utiles; dans l'intervalle, des cataplasmes arrosés de laudanum pour calmer la douleur, soit encore des compresses d'eau de sureau, resteront constamment appliqués sur l'anthrax, et ce pansement sera continué jusqu'à ce que toutes les parties mortes aient été éliminées. A l'intérieur, vous donnerez en même temps des boissons délayantes et de l'extrait de quinquina un gramme par jour.
Enfin l'eschare s'est détachée ; il reste une plaie atonique à cause de la longue durée de l'inflammation entretenue par l'eschare devenue corps étranger. On favorisera son bourgeonnement avec un pansement au vin aromatique ou à l'onguent de la mère, et en moins de trente-cinq jours, surtout si on soutient les forces du malade par les toniques, la plaie sera cicatrisée.
Voilà pour le traitement de l'anthrax en général^ quel que soit son siège, c'est-à-dire que vous l'appliquertz aussi dans le cas d'anthrax de la face. Il est un point cependant du traitement de ces derniers anthrax sur lequel j'appelle encore votre attention. En observant le malade que nous venons de perdre, j'ai été frappé de ce fait, que la phlébite était moindre du côté sur lequel le malade appuyait sa tête, que du côté opposé ; les pièces à pansement, plus ou moins serrées sur la face, semblaient aussi modifier l'extension de la phlébite et de l'œdème sur le front. Aucune autre cause ne pouvant rendre compte de cette singularité, je me demande s'il n'y aurait pas dans cette remarque l'indication d'un traitement nouveau que je compte mettre à l'essai. Un chirurgien anglais, Collis, a eu l'ingénieuse idée d'aider à la limitation, c'est-à-dire au sphacèle de l'anthrax, en interrompant la circulation périphérique. Pour cela, deux plaques de diachylum taillées en équerre sont appliquées de chaque côté de la tumeur, de taç.on
qu'une des branches de l'équerre puisse êlre croisée avec celle du côlé opposé : on serre et Tanllirax est comprimé dans un espace rectangulaire. Pourquoi n'emploierait-on pas cette compression, non plus pour aider au sphacèle de l'anthrax, mais pour limiter la phlébite et l'empêcher de se propager? En présence d'un cas semblable à celui que nous venons d'ob- ! server, je n'hésiterai pas à placer dans les Ibsses canines, sur les joues et i le menton, des tempons d'ouate assez volumineux, sur lesquels presserait fortement une bande quT entourerait circulairement la tête. Ne pourrait-on pas s'opposer ainsi à la propagation de la phlébite, du côté des sinus du crâne et des veines du cou?
Je ne veux pas terminer cette leçon sans jeter un regard en arrière et signaler rapidement quelques-unes des méthodes de traitement qui, après les incisions cruciales, ont eu le plus de vogue.
M. Alp. Guérin a cherché à remplacer les incisions cruciales par des incisions sous-cutanées qui seraient moins douloureuses. Ce traitement n'est sérieusement applicable qu'aux anthrax de la nuque et du dos et n'a
aucune autre utilité. . .
Nélaton, A. Richard (1), Follin, frappés du danger de ces incisions, proposèrent de les remplacer par des cautérisations avec la pâte de Canquoin. Les flèches amenaient en quelques heures une escharification qui aurait demandé dix jours. C'est à coup sûr une idée ingénieuse, et si une intervention était nécessaire, je comprendrais assez cette méthode, mais est-elle applicable lorsqu'il s'agit d'un anthrax de la face, situe au voisinage de vaisseaux importants ? Qui peut délimiter à l'avance l'action destructive des flèches au chlorure de zinc? Vous comprenez aussi qu'à la face on ne peut songer à l'extirpation
proposée par M. Broca.
D'ailleurs, pour juger ces méthodes, il faudrait une statistique intégrale des cas traités par une de ces méthodes comme celle que je vous expose, et bien noter à quels anthrax on a eu affaire, si le malade était diabétique ou non, et enfin dire la durée rigoureuse de la réparation des parties ou siégeait l'anthrax. Il ne faudrait pas s'y tromper, comme il y a des anthrax de tout volume, de toutes formes qui guérissent sans incision, il est possible que les anthrax de cette nature guérissent malgré les incisions, et avec un traitement violent quelconque.
Jusqu'à preuve contraire, on peut dire que les anthrax, qnd que scu leur siège et leur volume, lorsqu'il n'y a ni diabète ancien m phlébite
(1) A. UklK.r.1, Uopéralion de Vanlhrax (Cas. des hôp., 1866, p. 106).
UES ANTHRAX. 2dl
auxquels les incisions ne remédient en rien, guérissent bien sans ouvertures avec des émollients appliqués sur la tumeur dont le cours naturel, exempt de danger, ne réclame guère pour les gros anthrax plus de cinquante jours en moyenne et qui, après la cicatrisation, ne laisse aucune difformité fâcheuse. Parmi les trente-quatre faits qui suivent et qui trente-deux fois n'ont été traités par aucune incision, vous remarquerez que dans aucun cas il n'y a eu d'érysipôle et vous avez lu des observations où des anthrax incisés ont entraîné la mort par suite d'un érysipèle.
Relevé des anthrax traités à l'hôpital Cochin dans le service de M. Després, en 1872, 1873, iSli, 1875 et 1876.
1872. I. Anthrax de la paroi thoraciqiie antérieure du volume d'une mandarine. — Le nommé B... (Joseph), ùgé de soixante-six ans, boulanger, entre le 3 septembre, sort guéri, sans incision, le 28 octobre.
Durée de la maladie, cinquante-trois jours.
II. Anthrax dit dos, du volume d'un petit œuf. — Le nommé B... (Ililaire), âgé de quarante-quatre ans, tailleur, entré le 25 octobre, malade depuis le 5 octobre, sort guéri, sans incision, le 4 novembre.
Durée de. la maladie, vingt-neuf jours.
III. Anthrax de la paroi antérieure de l'abdomen, du volume d'un petit œuf. — Le nommé A... (Jean), âgé de quarante-quatre ans, cordonnier (rhumatisant), entre le 15 janvier, sort guéri, sans incision, le 10 avril.
Durée du traitement, quatre-vingt-cinq jours ; rhumatisme pendant la convalescence.
IV. Furoncles et anthrax de la jambe gauche. — Le nommé B... (Edmond), âgé de quarante-neuf ans, journalier, entre le 29 avril, sort guéri, sans incision, le 14 mai.
Durée du traitement, quinze jours.
V. Anthrax de la région hépatique (abcès phlegmoneux autour de l'anthrax le 9 mai 1872, incisé le 10 mai). — Le nommé Peynard (Marion), âgé de dixneuf ans, maçon, entre le 18 avril, sort le 10 juin.
Durée de la maladie, cinquante-deux jours.
VI. Gros anthrax mulUples du cou et de l'abdomen. Diabète (pneumonie à droite, ictère, abcès mélastatiques, pneumonie accidentelle). — Le nonnné Doudoux (Charles), âgé de quarante-sept ans, géographe, entré le 21 mai (trois semaines après début), gangrène, pas d'incisions, mo)i le 11 juin.
232 DES ANTllllAK.
VII. Anthrax du dos du pied, du volume d'une noix. - Le nommé Prével (L.-F.), âgé de (luaranle ans, domesti(iuc, entre le 5 juin (malade depuis cinq jours), sort guéri, sans incision, le 25 juin.
Durée de la maladie, vingt-cinq jours.
Vill. Furoncle de la lèvre supérieure.— le nommé Ili'ocliard (Pierre), ûgé de soixanle-cinq ans, serrurier, entre le 26 juillet (malade depuis quatre jours), sort guéri, sans incision, et après terminaison sans écharificalion, le 29 juillet.
Durée du traitement, neuf jours.
IX. Anthrax de la nuque (gangrène, fièvre hecliquc, mort). — Le nommé Thévie (Claude), âgé de soixante-six ans, tailleur, entré le 14 octobre (malade d-^puis le 22 septembre), pas d'incision, mort le 14 novembre.
Durée delà maladie, cinquante-deux jours.
18.73. — X. Anthrax de la nuque. Diabète (suppuration sous-cutanée étendue, fièvre bectique). — Le nommé Desavie (Alexandre), âgé de soixante-quatre ans, cocber, entré le 11 janvier, mort le 25 janvier.-
Durée du séjour, quatorze jours.
XI. Anthrax du sommet de la tête, gros comme une noix verte.— Le nommé Lamoureux (François), âgé de cinquante-un ans, lypograpbe, entre le 31 janvier (malade depuis quinze jours), sort volontairement le 6 février.
XII. Anthrax de la lèvre supérieure, du volume d'une noix. — Le nommé Monlbourget (Pierre), âgé de trente-deux ans, domestique, entre le 31 janvier (malade depuis huit jours), pas d'incision, sort guéri le 11 février.
Durée de la maladie, dix-neuf jours.
XIII. Anthrax du genou droit, du volume d'une noix verte. - Le nommé Peiffer, âgé de quarante-deux ans, maçon, entre le 13 février (malade depuis hml jours), sort le 19 février.
Durée de la maladie, vingt jours.
XIV Anthrax de la face latérale du cou et du poignet, du volume d'une noix et d'un marron. - Le nommé Rozat (Pierre), âgé de vingt-huit ans, peintre, entre le 11 février (malade depuis cinq jours), pas d'incision, sort guen le
22 février.
Durée de la maladie, dix-sept jours.
XV Furoncle et anthrax de l'épaule, gros comme une mandarine. - Le nommé Couvert (Jules), âgé de dix-huit ans, jardinier, entre le 4 mars (malade depuis cinq jours), pas d'incisions, sort le 31 mars.
Durée de la nmladie, trenle-deux jours.
DES ANIHRAX. 233
XVI. Furoncle de la face dorsale du nez. — Le nommé Brunei (Charles), ilgé do quarante-huit ans, passementier, entre le 7 juillet (malade depuis huit jours), pas d'incision, sort le 28 juillet.
Durée de la maladie, viugt-neuf jours.
XVII. Anthrax de la cuisse, gros comme une mandarine. — Le nomme Chaler (Désiré), âgé de soixante-un ans, domestique, entre lej 18 octobre (malade depuis quatorze jours), sort le 5 novembre. Pas d'incision.
Durée de la maladie, trente jours.
XVIII. Anthrax du dos, gros comme un œuf. — Le nommé Meuviet (Pierre), îgé de quarante-neuf ans, chiffonnier, entre le 15 octobre (malade depuis iix jours), pas d'incision, sort le 20 novembre.
Durée de la maladie, quarante-cinq jours.
XIX. Anthrax du dos de la main, gros comme une noix. — Le nommé Letourneur (Auguste), âgé de vingt-deux ans, couvreur, entre le H novembre malade depuis huit jours), sort le 24. novembre.
Durée delà maladie, dix-neuf jours.
187i. — XX. Gros furoncles multiples du dos et du bras droit. — Le nommé juillier (Joseph), âgé de cinquante-six ans, carrier, entre le 5 janvier, sort le .i janvier, pas d'incisions.
Durée du séjour, neuf joiirs.
XXI. Petit anthrax du dos de la main. — Le nommé Losson (Claude), âgé le trente-quatre ans, journalier (tuberculisalion), entre le 22 janvier (début 5 janvier), pas d'incisions, sort guéri le 31 janvier.
Durée de la maladie, seize jours.
XXII. Anthrax du dos, gros comme un œuf. — Carteau (François), âgé de oixante ans, cambreur, entre le 26 mars (malade depuis le 1" mars), pas.d'inisions, sort guéri le 18 mai. •
Durée de la maladie, soixante-seize jours.
XXIII. Anthrax du dros, gros comme un œuf. — Le nommé Barrier (Pierre), -gé de soixanle-dix-sept ans, maçon, entre le 15 juillet (malade depuis un nois), sort guéri, sans incisions, le 10 aoùl.
Durée de la maladie, cinquante-cinq jours.
XXIV. Anthrax du doigt auriculaire, gros comme une noix. — Le nommé 'oltelin (Charles), âgé de soixante-un ans, cordonnier, entre le 10 août 1874 malade depuis huit jours), sort guéri, sans incisions, le 31 aoùl 1874
Durée totale de la maladie, vingt-neuf jours.
234, UES ANTllUAX.
1875. XXV. PoiU anthrax de la lèvre supérieure, du volume d'un marron, ,-.inq pertuis, en voie de guérison, escliare dùliichée. — Le nommé IJeiot (René), 4\gé do quaranlc-cinq ans, maçon (malade depuis seize jours), entre le IG février, sort guéri, sans incisions, le 27 lévrier.
Durée du mal, vingt-six jours.
XXVI. Anthrax disséminé de la lécrc supérieure (volume d'une petite noix); (phlébite faciale, furoncles multiples de la face isolés). - Le nommé Troubat, journalier, âgé de quinze ans,entré le 21 mai (malade depuis seijfe mois), mort le 28 mai, pas d'incisions. '
Durée de la maladie, douze jours.
XXVII. Anthrax de la nuque. — Le nommé Maleyssou (J.-Baptisle), âgé Je •luaranle-trois ans, journalier, entre à l'hôpital Cochin le 2 mai (malade depuis dix jours), anthrax delà nuque gros comme un gros œuf, pas d'incisions. Chute des eschares le 22 mai. Guérison complète le 29 juin.
Durée de la maladie, soixante-huit jours, durée à partir du traitement régulier, cinquante-huit jours.
XXVin. Anthrax de la nuque de Vétendue de la paume de la main. — Le nommé Ardouin (Alexandre), âgé de soixante ans, tailleur, entre à l'hôpital Cochin le 7 mai (malade depuis trois semaines), pas d'incisions. Chute a. eschares le 24 mai. Guérison complète le 15 juillet.
Durée du mal, soixante-huit jours.
XXIX. Anthrax du moignon de l'épaule, du volume d'un gros œuf. - L. nommé Levdor (Pierre), âgé de cinquante-huit ans, terrassier, entre à l'hop.tal Cochin le 26 mai (malade depuis huit jours), angioleucite du voisinage, d'incisions. Chute des eschares le 3 juin, guérison complète la 15 juillet. Durée du mal, cinquante-sept jours.
Voici 'pour comparer la durée du traitement avec les incisions faites au dehors de l'hôpital ; puis des faits nouveaux depuis la publication de celte leçon.
XXX. Anthrax du dos, du volume d'un petit œuf-. - La no.fimoe Leroy (\naïs) âgée de cinquante-deux ans (début du mal, 12 octobre), seize incision, en tulipe le 20 octobre," élimination des eschares le 8 novembre, cicatrice le
27 décembre.
Durée du traitement, soixante-six jours.
1876. - XXXI. Anthrax du dos, gros comme un petit œuf, débutant le 14 février, incisions en tulipe (douze incisions), le 20 février. - Le nomme L... (Désiré), outre à l'hôpital le 2i. février, chute des eschares le Ib mar.,
DES ANTHRAX. "^^^ éruptions fiironculeuses de tout le dos, vient se faire traiter à la consultation à partir du 16 mars, jour de sa sortie de l'hôpital. Guérison complùtc le 15 avril. Durée du traitement, soixante jours.
XXXII. Anthrax de la racine du nez.— Le nommé Quertin, vingt-sept ans, entré le 9 mai, sorti le 15. Guéri en neuf jours, pas de suppuration, le mal a avorté; oedème de la paupière.
XXXIII. Anthrax de l'avant-bras. — Un surveillant de l'hôpital a été atteint d'un anthrax de l'avant-bras droit, du volume d'une grosse noix verte, le 10 août. Cataplasmes, pas d'incisions. Élimination des eschares du 25 août au 5 septembre, pas d'incisions; cataplasmes; cicatrisation complète le 19 septembre; le malade ne s'était pas arrêté de travailler un seul instant.
Durée du traitement, quarante jours.
XXXIV. Petit anthrax de la lèvre supérieure et de la fosse canine, du volume d'une amande verte, depuis quatre jours. — Le nommé M... (Léon), âgé de vingt-deux ans; première ouverture spontanée sur la lèvre, le sixième jour, et induration dans la fosse canine. Le malade sort guéri le 29 mars.
Durée de la maladie, onze jours.