AUCÈS FROIDS SYMPTOMATIQUES DES LÉSIONS OSSEUSES
lu canule du trocart en tirant sur le fil. On retire la canule, le drain suit, l'opération est terminée. On noue les deux chefs du drain, sans serrer l'anse qui pend liiireinent sur les côtés de l'abcès.
On panse avec des cataplasmes. En aucun cas il ne faut presser pour vider l'abcès, il faut laisser les liquides s'écouler en propoiiion du retrait de la poche. Si des grumeaux sont engagés dans les trous du drain et empêchent le pus de couler, on les extrait et l'on fait passer dans l'abcès une partie du drain qui est à l'extérieur, en tirant sur un des bouts de l'anse, le bout opposé à celui que l'on veut faire pénétrer dans l'abcès. Cela est quelquefois nécessaire, car le pus se trouve retenu par suite de l'oblitération du drain.
Quelquefois dans les premiers temps il sort un peu de sang avec le pus; il n'y a pas cà s'en préoccuper, il s'est produit dans le foyer une hémor-
rhagie qui s'arrêtera seule.
Quand doit-on enlever le drain? Il y a un moment précis où cela est possible. Les plaies de la ponction et de la contre-ponction, qui deviennent un peu rouges après l'opération, bourgeonnent ensuite; il arrive un moment où les bourgeons qui existent sur les orifices commencent à devenir luisants. Ce travail réflète ce qui se passe dans la cavité de l'abcès. 11 se fait un travail d'organisation qui n'est pas tout à fait une cicatrice, il se produit cet état des conduits accidentels qui constituent les fistules. Dans les conditions ordinaires et quand il n'y a pas d'inflammation du foyer, il faut trois mois au plus pour que ce travail soit efi'ectué. On peut donc enlever les drains au plus tôt entre le deuxième et le troisième mois. D ailleurs on a toujours la ressource de replacer le drain si cela est nécessaire c'est-à-dire si l'écoulement du pus augmente. Pour placer ce dram, il faut passer un stylet d'un orifice à l'autre et le faire suivre d'un dram engagé dans le trou d'aiguille du stylet; cette petite opération est des plus
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Il est extrêmement rare qu'on soit obligé de recourir aux injections iodées pendant la première période du drainage. En effet, le drainage a d'abord pour but d'évacuer le pus et d'obtenir le retrait progressif et lent de la poche, et hors le cas d'inflammation du foyer, due toujours H ce que l'on a voulu vider trop tôt l'abcès, il ne faut pas faire d injections iodées; elles ne sont pas utiles, elles ne sont nécessaires que pour désinfecter le fover en cas d'inflammation. Au contraire, lorsque la fistule est établie, loi-sque l'on veut chercher à guérir la lésion osseuse qui a caus l'abcès par congestion, on peut faire des injections iodées des injection de liqueur de Vilatte, que Nélaton recommandait à la fin de sa vie, ou des
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injections de tout autre agent capable de hâter l'expulsion des portions
If d'os malades. Ces injections sont très-faciles : on cherche quelle est l'ouverture qui mène le plus directement sur le point de l'os qui est malade
Iet on pousse une injection par cet orifice, en ayant soin de boucher l'autre. On laisse généralement aux personnes inexpérimentées le soin de ces injections; dans nos hôpitaux, il arrive quelquefois que les injections il sont laites par des infirmiers, et c'est à cause de cela quelles réussissent souvent moins qu'on ne l'espère. Il faut que les injections pénètrent aussi loin que possible et les précautions que je viens de vous indiquer doivent être notre préoccupation. J'ajoute un petit détail : prenez des seringues dont la canule n'est pas trop mince, il faut que la canule oblitère l'orifice. Au début, cela importe peu, car il faut que le liquide chasse d'abord l'air de la cavité où vous injectez de l'iode, mais aussitôt que vous aurez vu le hquide ressortir, entrez votre canule de façon qu'elle bouche l'orifice; vous injecterez alors avec force. Vous enverrez ainsi de l'iode dans les profondeurs de votre fistule ; sans doute il vous arrivera de recevoir un jet de liquide au moment où vous enlèverez la seringue, mais il suffira que vous y songiez pour éviter que ces liquides ne jaillissent sur votre visage, le seul point de sa personne que le chirurgien doit toujours ménager.
Voici les observations des derniers malades du service auxquels ces préceptes de thérapeutique ont été appliquées.
Obs. V. Abcès froid par congestion du sternum. — Le nommé G.., gardien de la paix, entre à l'hôpital Cochin le 10 janvier 1876. Un peu à droite de la ligne médiane, il porte sur le devant de la poitrine une tumeur du volume du poing, siégeant exactement au niveau du milieu de la deuxième pièce du sternum; en juillet 1875, il avait ressenti des douleurs dans cette région et en août la tumeur
f avait commencé à paraître; elle s'était accrue ensuite régulièrement et depuis
I deux mois les douleurs avaient disparu; la peau qui recouvrait la tumeur était un peu rouge, il y avait une fluctuation franche. Le malade se. portait bien
. d'ailleurs, il était d'un bon appétit, dormait bien et présentait l'aspect extérieur
: de la santé.
I Le 21 janvier, l'abcès est drainé, un trocart courbe Iraverse la tumeur de > part en part, un drain n" 16, de la fdière Gharrière, est passé à la suite de la ; canule du trooart, et les deux chefs sont noués; il sort du pus mêlé à des gru- I maux blanchâtres; pas de pression exercée sur la tumeur, cataplasmes de farine ' (le lin renouvelés; le malade n'a pas une heure de fièvre et se lève comme • les convalescents, le pus s'écoule en grande abondance pendant huit jours, puis ' il din)inue peu à peu. — Injection iodée pendant quinze jours.
Le 26 février, le malade qui insistait pour sortir depuis plus de vingt jours,
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reçoit son exeat, il reprend son service de sergent de ville. Le malade vint tous i
les mois à la consultation et le drain fut retiré le 21 avril. Le malade conser- ,
vait deux fistules qui donnaient issue à une très-faible quantité de sérosité. Le |
malade revu à la consultation, le 6 août, puis le 30 novembre, allait très-bien, .j une seule des deux ouvertures était restée fistuleuse et suppurait peu.
Obs. n. Abcès froid du sternum. Drainage. — Au mois de février, une femme âgée de trente-sept ans qui avait à la région sternale un abcès froid datant de sept mois et qui menaçait de s'ouvrir, a été opérée à la consultation par ledraina-e • un drain n» 16 a été passé. L'abcès n'a pas été pressé. Il coule du pus jaune ambré avec grumeaux blancs, cataplasmes. La malade ne s'est pas arrêtée un seul instant et n'a pas eu de lièvre ; elle venait tous les huit jours à la consultation. Le drain est retiré le 1" mai 1876, après trois mois de séjour : il reste deux fistules qui donnent un peu de pus.
Enfin voici l'exemple le plus remarquable, car il s'agit d'un abcès froid de l'aine symptomatique d'une lésion des vertèbres lombaires, du sacrum et de l'os des îles. Le malade a des antécédents tuberculeux, il est probable qu'il se tuberculisera. Mais on verra par l'observation l'avantage qu'il Y a à n'ouvrir les abcès par congestion de l'aine que quand ils sont sur le point de s'ouvrir et l'excellence de l'ouverture à l'aide du drainage.
Obs m. khces congestion de kl fosse iliaque. - Le nommé Jeautet (Ernest), âgé de vingt-quatre ans, lapidaire, est entré le 15 mars 18/6 a l'hôpital Gochin, baraque n» 3, lit n° 4. Ce malade a eu des coliques de plomb dans les années 1871, 1872, 1873; il a eu à Lyon, en 1874, une pleurésie gauche simple, qui a été ponctionnée. On a retiré quatre litres d'un liquide transparent. Sa mère est morte de la poitrine eu 1868. Le père est bien portant. 11 a un frère
se portant bien. , .
Le malade a commencé à souffrir en février 1875 : douleurs dans la région lombaire gauche, s'irradiant du même côté en avant. La toux, les ettorts augmentaient la douleur; il était forcé de marcher courbé. Il avait aussi un douleur vive dans le genou et dans la cuisse; elle empêchait le sommeil. De temps en temps elle diminuait un peu. Dans les premiers jours de ^-ars, 1 ^ survenir, au niveau de la région inguino-crnrale, une tumeur qui faisait di>pa raîlre le pli de l'aine gauche. A ce moment il boitait un peu.
Le 15 mars il entre à l'hôpital ; la tumeur occupait la région iliaque et a sait saillie dans le pli de l'aine en dehors des vaisseaux ^'^^'^^^^^^ volume d'un gros œuf et était manifestement fluctuante, sans changem d coloration de la peau à ce niveau. Elle augmenta peu a peu i^^!^:^^^ ce moment elle était grosse comme une tôte de fœtus la peau était ro^^ chaude et menaçait de se perforer. Le diagnostic porté fut abcès par congesMon
ABCÈS FROIDS SYMPTOMATIQUES DES LÉSIONS OSSEUSES. 261 symptomatique d'une carie des vertèbres lombaires. M. Després passa un drain à travers la tumeur avec le Irocart de Chassaignac. Beaucoup de pus on est sorti (un litre environ), peu à peu et sans qu'aucune pression ait été exercée sur la tumeur, la tumeur mit trois jours à se vider ; le pus était mal lié, couleur chocolat, il y avait de petits caillots de sang dans le pus.
Depuis l'opération jusqu'à ce jour, il n'y a pas eu trace de fièvre ni d'augmentation de la température. Un jour seulement, le onzième, le malade a eu un peu mal cà la tète. L'état général était languissant. Pas d'appétit, le malade se plaignait d'une douleur au creux épigastrique, il disait, dans son style, que cela lui tirait l'estomac. Il n'y a jamais eu depuis de diarrhée, jamais de fièvre.
Le 25 août, l'appétit est bon. Les douleurs lombaires n'existent plus. Le malade marche sans boiter. Le drain reste toujours en place, mais la suppuralion est encore appréciable : un verre à bordeaux de pus environ chaque jour. Les orifices par lesquels passent le drain bourgeonnent et se cicatriseraient si l'on retirait le drain.
Aujourd'hui, 2 janvier 1876, les orifices par lesquels passent le drain ne laissent plus écouler de pus; la santé générale est excellente, le malade se lève et circule.
Voilà donc un malade qui peut être considéré comme guéri. Il a gardé son drain près de six mois, sans avoir jamais présenté des phénomènes inflammatoires.