ARTICLE PREMIER
Des Moyens d'arrêter le sang .
Lors cl’un accident quelconque, où la perte du sang peut mettre, plus ou moins promptement , les jours du blessé en danger, on réussit toujours à suspendre l’écoulement ou Y hémorrhagie , en appliquant un ou plusieurs doigts sur l’endroit même d’où jaillit le sang.
C’est de cette même manière qu’on arrête très-bien l’écoulement d’un liquide, lorsqu’il s’est fait un trou au vase qui le contient.
Les doigts sont, en effet, les meilleurs bouchons ou tampons, pour le premier moment, et en attendant qu’on puisse se procurer d’autres secours.
Ces secours sont : toutes les substances molles et qui sont faciles à arrondir ou à mouler en forme de bouchons, afin d’être mises en lieu et place des doigts.
On les applique directement sur le vaisseau ouvert ou, du moins, sur l’endroit d’où jaillit le sang, par parcelles ou petites boulettes, afin de mieux boucher la plaie.
Ainsi, on pourra erpployer l’éponge, le coton, la
charpie , l’amadou, la toile d’araignée, du papier mâché ou mouillé, des étoupes , du vieux linge, de la laine et meme, au besoin , de la mousse.
Mais l’éponge est préférable pour ce premier moment, parce qu’elle s’insinue plus facilement dans le fond et les interstices de la plaie, et qu’elle s’v accroche et s’v fixe mieux, grâce aux petites dentelures ou aspérités dont elle est composée.
Pour que ce remplissage soit efficace, il faut commencer par enlever tous les caillots , s’il y en a , et laver la plaie avec beaucoup d’eau fraîche, afin qu’on voie, aussi bien que possible, l’endroit principal qui donne issue au sang, et que le tampon soit immédiatement placé sur l’ouverture même du vaisseau, et non pas sur un caillot.
Cette seule précaution du lavage suffit , assez souvent, pour faire cesser l’écoulement.
On fait contenir ensuite, avec la main, les substances qu’on a ainsi entassées dans et sur la plaie , ou bien on les assujettit convenablement.
Un bout de bande, une jarretière , ou un linge plié comme une cravate, pourront servir à cet effet.
La cravate est, cependant, ce qu’il y a de mieux; car elle peut être serrée exactement comme une bande; elle est bien plus facile à appliquer; et on peut en nouer les deux bouts, au lieu de recourir à une épingle. Si l’on n’a pas une cravate sous la main, on en peut faire avec toute espèce de linge et d’étoffe, en les pliant ou coupant en triangle ou en fichu d’abord, et en les façonnant ensuite en cravate.
Si ces moyens n’arrêtent pas le sang , il faudra les
enlever, et se contenter de la seule application du doigt, jusqu’à l’arrivée d’un chirurgien ou de quelqu’un d’intelligent : le blessé pourra lui-même faire cette application.
Leè doigts tenus à la même place, pendant plusieurs heures, peuvent suffire pour arrêter les plus fortes hémorrhagies , en attendant du secours ; mais comme cette pression serait trop pénible, si elle était faite par une seule personne , il pourra y en avoir deux ou trois qui s’aideront en alternant.
Si , cependant , on voulait se garantir mieux encore de l’hémorrhagie , on pourrait essayer, si la plaie était à l’un des membres, d’y appliquer un tourniquet ; cela veut dire, qu’on pourrait serrer le haut de la cuisse ou du bras, avec un mouchoir plié comme une cravate, ou avec un bout de bande , ou tel autre moyen convenable. Mais il faudra appliquer, sous le lien quelconque qu’on emploiera , et en dedans des membres, un mouchoir ou un chiffon plié en plusieurs doubles.
Ce moyen ou cette compresse , quand elle est assez épaisse et serrée , aplatit , en le comprimant , le principal vaisseau qui se trouve vers ces parties, et que l’on y peut facilement sentir battre.
On a de ces tourniquets en bois et en métal , mais ce qu’on vient d’indiquer suffit le plus souvent.
Le meilleur, le plus simple et le plus expéditif, consiste dans une cravate , au milieu de laquelle on fait deux ou trois nœuds bien serrés. On applique ces nœuds comme une pelote sur le vaisseau qu’on veut écraser, et on les fixe solidement, en faisant passer par-dessus,
les deux bouts de ia eravate , qu ou serre convenablement et qu’on attache bien.
On peut comprimer, très-bien aussi et de cette meme manière , le principal vaisseau , avec les doigts seuls , en les appuyant sur l’endroit même où l’on sent qu’il bat et s’agite.
Le meilleur moyen d’arrêter le sang est, assurément, de lier ou de tordre le vaisseau même qui fournit le sang , et à l’endroit où il est ouvert : c’est ce que font ordinairement les chirurgiens, et ce qu’il n’est pas trèsdifficile d’apprendre bien vite.
Mais si l’on a bien compris ce qui vient d’être dit , et si l’on s’est exercé quelquefois à appliquer les moyens tels que je les ai indiqués, on réussira très-bien à suspendre la perte sanguine , jusqu’à ce qu’on ait pu recourir à un chirurgien instruit, qu’il ne faudra jamais manquer d’appeler aussitôt.
Si , après une saignée du bras , le sang se remet de nouveau à couler, cela provient de ce que la compresse ou la bande se sont dérangées , ou de ce que cette dernière serre mal à propos au-dessus de la piqûre.
Dans tous les cas , il faut s’empresser de défaire la bande , de laver la plaie , et de rétablir mieux la compresse et la bande, en recommandant à la personne de ne pas trop vite se servir de son bras et, surtout, de le maintenir à demi fléchi. La forte flexion seule suffit souvent pour arrêter tout écoulement.
Les piqûres des sangsues , surtout chez les enfants et les individus très-faibles , peuvent donner lieu également , à une perte de sang dangereuse et difficile à
arrêter. Si l’on avait employé inutilement quelquesuns des moyens que nous venons d’indiquer, on pourrait recourir aux suivants : pincer la peau un moment, vers l’endroit d’où le sang s’écoule ; boucher cet endroit avec du charbon pilé , avec de l’alun en poudre , ou avec de l’éponge , du coton , ou de la charpie seuls ou trempés dans une liqueur spiritueuse.
Les chirurgiens sont obligés quelquefois d’avoir recours à une ventouse, à la pierre infernale ou à une pointe de fer rougie au feu , pour brûler la piqûre , et même à un petit point d’aiguille, sur la première peau, comme pour coudre et fermer le trou qui laisse passer le sang.
On arrête le sang, après l’extraction d’une dent, en enfonçant, sur l’endroit qu’occupaient les racines, de j’éponge ou du coton, et en les pressant avec force en mordant dessus.
Il est essentiel, quand le sang est arrêté, que le blessé soit bien tranquille, afin que ce qu’on vient d appliquer ne se dérange pas. On ne le perdra pas de vue , et on sera toujours prêt avenir à son secours , si le sang recommençait à couler.
On ne s’empressera pas de changer quelque chose à la plaie, de peur de rouvrir le vaisseau; comme aussi on devra faire attention à la bande ou à la cravate, afin de les resserrer au besoin , et de les desserrer s’il se manifestait de la douleur et de l’enflure.
On ne donnera , d’ailleurs , rien d’échauffant au blessé ; il ne prendra que très-peu d’aliments , et il usera dune boisson rafraîchissante; la bonne eau peut, en général , suffire.