‹ La chirurgie populaireChapitre 3 sur 8 · ARTICLE · texte numérisé non relu

ARTICLE

Des premiers secours à donner dans les accidents graves.

Lors d’une chute , d’un coup reçu , ou de violences particulières et qui ont donné lieu à des accidents graves ou supposés tels , tout dépend souvent des premiers soins qu’on donne au blessé, pour lui éviter bien des douleurs, faciliter son rétablissement, et même quelquefois, pour le rappeler à la vie et lui conserver l’existence.

Notons , d’abord, ce qu’on doit éviter, soigneusement, envers tout blessé quelconque.

1° On ne s’empressera pas de lui donner du vin et des liqueurs échauffantes , dans le but de le ranimer, de lui faire du bien , et de le fortifier. Il est rare que ces moyens soient utiles , et , le plus souvent , ils sont évidemment nuisibles : l’eau fraîche , s’il demande à boire , est ce qu’il y a de mieux à lui faire prendre.

2° On se gardera bien de se mettre trop de monde autour de lui , de peur que , dans le désordre et la confusion , inséparables de la foule , on aggrave son mal, on lui imprime des mouvements fâcheux , on ne s’entende pas sur ce qu’il faut faire ou donner, et qu'on empêche l’application des choses les plus convenables. Deux ou trois personnes suffisent presque toujours , auprès du patient , surtout s’il est dans une petite chambre et s il y fait chaud.

3° On évitera cle le remuer et de le transporter in-

considéreraient , avant de s’être assuré si le mouvement ne lui sera pas nuisible , et s’il n’est pas préférable de lui donner les premiers soins , sur la place même où il est et en l’y laissant bien tranquille.

Lorsqu’on est près d’un blessé , la première chose à faire , c’est de le mettre dans une bonne position , et qu’il puisse y respirer facilement.

On lui nettoiera le nez et la bouche de la terre ou du sang qui pourraient gêner sa respiration.

On placera ses membres dans une bonne direction , afin que , s’il existait quelque fracture , elle fût moins affreuse et moins compliquée.

On visitera bien le malade, afin de desserrer, sur-lechamp, unmouchoir, des vêtements et, peut-être même, une corde.

On examinera s’il y a une perte de sang , et d’où provient cette hémorrhagie , afin que , si elle est considérable , on s’efforce de l’arrêter, par les moyens indiqués dans l’article précédent.

Je dis , à dessein , si elle est considérable , car si elle n’était que légère, bien loin de chercher à la supprimer, il faudrait , au contraire , favoriser l’écoulement du sang par des lavages avec de l’eau tiède.

On sait, en effet, que les saignées conviennent, en général, dans les cas graves qui nous occupent ; qu’elles sont les meilleurs moyens à mettre d’abord en usage , pour parer aux accidents ; et que le sang qu’on perd par une blessure accidentelle , remplace avantageusement celui qu’on serait dans le cas de tirer par la lancette, les sangsues ou les ventouses.

Après ces premiers soins , le bon sens dit qu’il faut chercher à mettre le patient à l’abri du froid , de l’ardeur du soleil, de l’humidité, etc., et qu’il est indispensable d’appeler, sur-le-champ , un chirurgien.

Mais , dans les cas très-graves , on fera bien , par précaution, d’envoyer des exprès vers les deux chirurgiens les plus voisins; car leur présence ne sera peutêtre pas de trop , dans la circonstance actuelle , et l’on aura du moins une chance de plus, en faveur de secours éclairés.

Si l’éloignement de ces hommes de l’art faisait craindre un trop lolig retard , et si le mal paraissait urgent, on manderait , en attendant, la sage-femme du lieu le plus voisin , ou l’une de ces personnes intelligentes , qui , faisant habituellement l’office de garde-malades, ont acquis quelque expérience pour soigner les cas ordinaires.

Ce qu’on aura à faire ici , après avoir, au besoin, ôté les habillements du malade , sera peut-être une saignée au bras, ou l’application de sangsues, de fomentations ou de cataplasmes émollients sur les parties très-douloureuses et engorgées.

Mais, comme ces moyens ne sont pas si faciles, ni toujours indiqués, on fera bien de se contenter, dans ce premier moment , de l 'eau fraîche appliquée sur les endroits coupés , meurtris et déchirés. Pour cet effet , on trempera dans l’eau froide , un ou plusieurs mouchoirs ou des serviettes , qu’on étendra sur le siège du mal , et qu’on renouvellera fréquemment.

Cette eau toute simple est, de l’aveu des plus

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grands chirurgiens , le meilleur de tous les remèdes , et rend superflus les baumes, les onguents et les applications de tout genre qu’on lui préfère encore trop souvent.

Quelques personnes croient faire merveille, en ajoutant à cette eau pure , de l’extrait de saturne ( eau de Goulard ) , de l’eau d’arquebusade , du vin , du vinaigre, du sel, etc.; mais nous pouvons assurer que ces additions, bien loin d’ajouter à l’efficacité de l’eau toute simple , la rendent , parfois , irritante et nuisible.

La simplicité est , malheureusement, si peu du goût du peuple , qu’il importe d’insister, de toutes manières , en sa faveur, et de la recommander en toute occasion.

On veillera , d’ailleurs , à ce que la température de la chambre ne soit ni trop froide , ni trop chaude.

Qu’il n’y ait que les personnes nécessaires au service. Que les boissons ne soient pas échauffantes.

Qu’on ne donne rien à manger au malade , car la diète absolue est ici de rigueur, et devra probablement

• être observée, comme telle, pendant plusieurs jours

• encore.

Que le blessé ait des évacuations libres , qu’on de- 'vra provoquer, au besoin , par le moyen de lavements. Que ses blessures soient lavées avec précaution et

• douceur, et ensuite recouvertes d’un linge mouillé qu’on arrosera fréquemment , ou tout simplement de

• coton cardé.

Que les plaies qui donnent du sang soient surveillées, dans le sens dont il a été question à l’article premier.

Dans les accidents extrêmement graves , lorsque , par exemple , une roue de char, un choc violent , un coup de pied de cheval , ont froissé et, pour ainsi dire, broyé un membre , on prévient , assez souvent , les maux épouvantables qui en résultent, par l’application de la glace pilée , de la neige , et, à défaut de ces dernières , par des arrosements continuels avec de l’eau fraîche.

Un moyen fort simple d’obtenir ce courant non interrompu d’eau froide , consiste à percer le fond d’un vase, de deux ou trois petits trous ; de faire passer de la ficelle à travers ces ouvertures ; de placer le vase au-dessus du blessé ; et d’y verser de l’eau.

Cette eau coulera , à l’instant et rapidement , le long des petits cordons , et on aura soin de la faire arriver, conduite par ces attaches , jusque sur les endroits qu’on voudra sans cesse arroser et rafraîchir.

On placera , sous le malade, un autre vase, propre à recevoir l’eau, après quelle aura passe sur tout le mal ; et on la dirigera comme on pourra , au moyen de toile cirée, ou de toile neuve et bien serrée, ou bien on la recevra, tout uniment, sur un sac rempli de sciure, de son , de foin , de paille, en attendant qu’on puisse faire mieux.

L’essentiel sera toujours d’établir, le plus tôt possible, ce précieux courant d’eau, sur le siégé meme du mal ,

sauf à parer ensuite aux inconvénients qui peuvent résulter, de ce que ce liquide se répand autour du malade et en mouille le lit.

Ces irrigations continuelles , si elles sont abondantes, diminuent fréquemment et rapidement, les douleurs • empêchent le feu, comme on dit, de se mettre aux parties malades ; et permettent d’attendre patiemment les conseils du chirurgien.

On peut les continuer, non-seulement bien des heures , mais plusieurs jours de suite, et , en général, aussi longtemps qu’elles se montrent utiles.

On comprendra, du reste, que les ficelles ou petites cordes doivent etre en rapport avec les trous du vase, et y glisser facilement; que si elles sont trop grosses, elles empêcheront l’eau de couler, en suffisante quantité; que si elles sont trop petites , le liquide pourra s’échapper à côté ; et que plus elles seront volumineuses , et plus aussi le cours d’eau sera abondant.

Dois-je ajouter que l’on peut boucher, complètement et avec une cheville , les trous dont on n’aurait que faii e , et en partie seulement, ceux qui laisseraient trop couler d eau , ceux dont le diamètre serait trop fort , comparativement au volume de la ficelle qui serait mise en usage, ou qu’on aurait trouvée sous la main ?

Je ne parlerai pas de l’application de la charpie sur les blessures, quoique ce soit, assurément , un moyen commode et doux , pour les recouvrir et les protéger,

C’est que je lui préfère, de beaucoup , le coton cardé , pourvu qu’il soit propre.

Je saisis cette occasion, pour rassurer les esprits sur les prétendues qualités venimeuses, qu’on lui attribue si injustement.

Bien loin d’être nuisible , sur les plaies et les brûlures , il est, au contraire, reconnu aujourd’hui: que cette substance végétale, si légère, si moelleuse, si souple, si blanche, si propre et si abondante, est tout ce que Von peut employer de mieux , à la suite d’un accident.

On lui donnera donc hautement la préférence, sur la charpie, les onguents, les baumes, les eaux spiritueuses, celles dites vulnéraires, etc. , qu’on emploie trop souvent encore.

On devra, en conséquence, se servir du coton cardé en toute confiance, comme on le fait, toujours et depuis nombre d’années, à l’hôpital de Lausanne , où , cependant , les opérations les plus graves et les accidents les plus sérieux ne manquent pas.

J’irai plus loin , et je puis affirmer : que des observations nombreuses, bien constatées et de tous les jours , m’ont révélé : Que ce même coton cardé , dont on nous a fait peur si longtemps , est le topique par excellence , ou ce qu’on peut appliquer de mieux sui une blessure.

Le coton est donc un précieux résolutif ; c’est-à-dire, un excellent moyen à mettre en usage sur-le-champ ,• pour dissiper les meurtrissures , les extravasations , les

engorgements et tout ce que l’on connaît sous le nom de contusions.

Les plaies contuses et déchirées , même celles des organes les plus délicats , tels que , par exemple , les yeux , peuvent être recouvertes et protégées avec suc- • cès, par cette substance.

En conséquence, on pourra et on devra en recouvrir largement , par d épaisses couches et, en quelque sorte , comme d’un CATAPLASME sec , toutes les blessures dontje viens de faire mention.

Ainsi , au lieu de l’eau que j’ai si fort recommandée, ou immédiatement après celle-ci, lorsqu’elle ne soulagerait pas , ou qu’elle ne pourrait pas être mise en usage, sans inconvénients , on s’empressera de recourir au coton , et de le laisser en place jusqu’à l’arrivée *du chirurgien.

On se trouve, bien encore, avant d’appliquer le cotton, de frotter les parties malades avec un corps gras , (.le 1 huile tiède, par exemple.

Les garde - malades conserveront leur présence -1 esprit et le calme nécessaire , de manière à rassurer l e blessé.

Elles ne permettront pas qu’il soit inquiété par les Pleurs et les lamentations des assistants et, en général, par le bruit, le babil et tout ce qui peut fatiguer le maade, ou troubler le repos de corps et d’esprit dont il a un si pressant besoin.

C est dans ces circonstances , et lorsqu’il existe des contusions générales et graves , qu’un bain tiède serait particulièrement utile; et si l’on peut se le procurer,

on y plongera le blessé, et on l’y tiendra une ou plusieurs heures.

Mais lorsque ce moyen serait difficile à obtenir , ou se ferait trop longtemps attendre , on pourrait y suppléer par une nappe, un drap et, mieux encore, par une couverture de laine qu’on trempera dans de l’eau chaude, et dont on enveloppera le patient; ou aura soin de tordre ces objets, pour en exprimer la trop grande abondance d’eau.

C’est à cet excellent moyen que s’en rattache un autre , non moins précieux et bien connu : la peau d'un mouton fraîchement tué, dont on entoure le malheureux, et dans laquelle on le laisse aussi longtemps qu’on le juge convenable.

S’il s’agissait , cependant , d’un individu surpris parle froid et la gelée, il serait très-imprudent de chercher , de suite , à le réchauffer , en le mettant d’abord en contact avec des corps chauds. Par cette conduite, on s’exposerait, à coup sûr, à lui donner la mort , ou du moins à faire tomber en gangrène ses membres glacés, tout en lui occasionnant des douleurs

atroces.

Il faut ici commencer , au contraire , par frotter les membres avec de la neige , ou les laver avec de l’eau très-fraîche ; et on ne les approchera du chaud que lorsqu’on les aura en quelque sorte dégelés, et mis en état de supporter un léger degré de chaleur. Celleci pourra alors être graduellement augmentée, et sera amenée insensiblement à la bonne température qu’on jugera nécessaire.

11 en est ici, du corps humain, comme des fruits pris par le gel et qui tombent immédiatement en pourriture, si l’on n’a pas soin de les faire dégeler doucement dans l’eau froide. Du reste, nous savons tous par expérience, combien l’on souffre, lorsque ayant seulement bien froid, on approche les mains inconsidérément du feu ou d’un poêle chaud.

Si le blessé a froid aux pieds , on y appliquera des linges chauds, ou une bouteille remplie d’eau chaude.

S’il a des frissons et de la peine à se réchauffer , on lui donnera quelques tasses de thé chaud ou d’eau chaude sucrée, auxquelles on pourra ajouter, ou quelques cuillerées de vin , ou quelques gouttes d’eau de cerises , d’eau-de-vie, d’eau de Cologne , d’eau d’arquebusade , etc.

Si le blessé est pris de vin, ou s’il a l’estomac chargé d’aliments , on lui fera boire de l’eau tiède en abondance , et on cherchera à provoquer le vomissement , en introduisant au fond de la bouche , le doigt ou la barbe d’une plume , avec lesquels on chatouillera le gosier à plusieurs reprises.

Cette opération ou , pour mieux dire , l’évacuation qui en est la suite , est souvent de la plus grande utilité : elle calme et prévient maints symptômes fâcheux.

Si le blessé est sans connaissance, et si les moyens que nous venons d’indiquer ne le rappellent pas à lui , ou si l’épuisement et la faiblesse, causés par la perte du

sang, le plongent dans un profond évanouissement , on tâchera de le ranimer :

Par l’application de linges chauds sur le creux de l’estomac ;

Par celle d’un fer à repasser , suffisamment chaud et enveloppé d’un mouchoir , qu’on promènera , avec jugement et prudence, sur les membres , l’épine du dos, etc.;

Par des frictions sur les membres, avec une brosse ou des linges un peu rudes ;

Par du fort vinaigre ou des liqueurs spiritueuses qu’on mettra dans la bouche , sous le nez et , dans ce dernier , au moyen de la barbe d’une plume ;

Parla fumée de plumes ou de cheveux qu’on brûlera sous le nez;

Par un lavement avec moitié eau et moitié vinaigre ;

Par des aspersions brusques d’eau froide , qu’on jettera fortement , avec les doigts ou la main , sur la figure et sur la région du cœur, en ayant soin de bien essuyer d’abord après , avec des linges chauds.

On aura soin , surtout, d’établir un courant d’air frais, sur le malade, en ouvrant une porte, une fenêtre, et même porte et fenêtre.

Mais le meilleur et le plus énergique de tous les moyens , quand les autres semblent avoir été inutiles, c’est, sans contredit, Y eau bouillante. Pour la faire agir commodément et sûrement, on en aura près du malade, et on y plongera un corps métallique quelconque,

qu’on portera brusquement et alternativement, de 1* manière suivante, sur les différents endroits que nous allons indiquer.

Une cuiller ou une fourchette, une tenaille, une pièce de métal quelconque et facile à manier , etc., pourront servir à cette application ; mais un marteau ordinaire est l’instrument le plus commode, parce qu’il conserve mieux sa chaleur , et qu’il se manie aisément, à raison de son manche.

On le plongera, un instant seulement, dans l’eau bouillante, et on le portera rapidement, d’abord à la plante d’un des pieds. Au bout de quelques minutes, plus ou moins , on l’appliquera de la même manière à l’autre pied; puis, successivement, à la nuque , sur le creux de l’estomac , aux mollets , le long de l’épine du dos , et sur les différentes parties de la tête.

On continuera de la sorte , jusqu’à ce que la connaissance soit revenue, ou que le médecin soit arrivé , lequel prescrira les choses ultérieures à faire.

L’application du fer chaud ne durera guère qu’une seconde, c’est-à-dire , qu’on ne fera que d’en toucher légèrement la peau ; quoique, dans certains cas trèsgraves , on doive laisser l’instrument, plus longtemps en contact avec la partie qu’on veut irriter, afin de procurer , par là , une impression plus profonde et plus forte.

Si l’on a des raisons pour ménager la susceptibilité du malade, et pour ne faire quede légères impressions, il convient d’interposer une feuille de papier, ou une

pièce de linge entre la peau et l’instrument; mais alors on devra appliquer celui-ci un peu plus longtemps, et y revenir plus souvent.

Ces brûlures légères et circonscrites , d’un demipouce à un ou deux pouces d’étendue , sont, au reste, absolument sans danger et sans aucun inconvénient ; mais , répétées fréquemment, elles offrent un des plus puissants agents que la médecine possède, pour réveiller la sensibilité anéantie , et ranimer le feu de la vie prêt à s’éteindre^

C’est dans ce but , que je recommande ici ce moyen si simple, toujours à la portée de tout le monde, et qui imite , sur-le-champ , l’effet heureux et salutaire des sinapismes , du vésicatoire et du moxa.

Il n’a pas les inconvénients de ces derniers, qui sont plus difficiles à appliquer, qui n’agissent pas aussi rapidement , et qu’on est , d’ailleurs , bien loin d’avoir aussi vite et aussi sûrement sous la main , que l’eau bouillante et un morceau de métal.

Quand on manque d’eau bouillante, on peut s‘en procurer à l’instant, en en mettant dans une cuiller à bouche ou à café , et en l’exposant sur la flamme d’une chandelle. Le liquide entrera bien vite en ébullition , communiquera la température convenable au métal, et celui-ci pourra servir à la cautérisation. On doit à mon fils cet expédient simple et facile.

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