ARTICLE IV
Premiers soins à donner à un individu qui a un membre
cassé.
Une fracture est, en général, facile à reconnaître , et, si elle est compliquée ou grave, personne ne s’y méprendra. Le blessé lui-même n’a , le plus souvent , aucun doute à cet égard.
Il a entendu un craquement au moment de l’accident ; il ne peut pas remuer son membre; celui-ci est raccourci, courbé, tordu; si l’on cherche à le mouvoir avec précaution , on cause de vives douleurs; on sent qu il V a un endroit qui cède ; et même on peut y apercevoir un petit bruit, produit par le frottement des deux bouts de l’os fracturé.
Lorsque ces signes ou quelques-uns d’entre eux ont lieu , on doit soupçonner la fracture et, dans le doute, se conduire comme si elle existait, réellement ; car il n’y a aucun inconvénient à cet acte de prudence, au lieu
qu il peut en résulter de graves si l’on agit différemment.
La première chose à faire, lors d’une fracture, vraie ou supposée , c’est de mettre incessamment le membre dans une bonne position, et de faire en sorte de l’y maintenir , sans qu’il puisse facilement ni se déranger, ni vaciller.
Le bon sens indique assez comment on rétablit un membre cassé dans sa bonne direction, lorsqu’il l’a perdue; car il suffit de l’étendre en tirant dessus, s’il est raccourci , courbé ou tordu , pour ramener doucement à leur état naturel, les parties qui s’en seraient évidemment écartées.
On avise alors à placer convenablement ce membre, et de manière à lui faire conserver la bonne direction qu'on vient de lui donner.
Un oreiller assez long est ce qu’il y a de plus commode en pareil cas. Le membre y repose mollement, et il s’y creuse une espèce de coulisse ou de gouttière, qui l’appuie assez bien par-dessous et sur les côtés, et qui permet également de le soigner et de le surveiller au besoin.
Mais comme ce coussin est rarement sous la main , on cherchera à le remplacer par tout ce qui semblera convenable , et qu’on pourra se procurer sur le moment même.
Les feuilles , l’herbe , le foin , la mousse , la paille , quelques pièces de vêtements , sont les premiers objets auxquels on devra peut-être avoir recours, et ils conviennent parfaitement.
On peut, avec ces divers objets, imiter assez bien un oreiller, en les mettant dans un sac, ou en les enveloppant et attachant dans un ou deux mouchoirs.
On aura , également, un excellent moyen , pour supporter un membre cassé , dans un petit sac rempli de laine ou de coton, de crin, d’étoupe , de plumes , de bourre, déballé, soit poussière d’avoine ou d’autres céréales; de son , de sciure , etc. etc.
L’objet le plus commode pour établir un semblable petit matelas , c’est la ouate de coton , que l’on coupe en pièces de largeur et de longueur convenables , et qu’on entasse les unes sur les autres, pour en obtenir l’épaisseur qu’on désire.
J’indique toutes ces différentes choses ; d’un côté , parce que les unes ou les autres peuvent se trouver accidentellement sous la main; et, de l’autre, parce qu’elles pourront, plus tard, être employées très-utilement dans le cas qui nous occupe.
Bien que ce coussin soit plus particulièrement indiqué pour les fractures de la cuisse et de la jambe , il peut également servir pour celles de la main et de l’avant-bras , soutenus par une écharpe , et surtout dans quelques cas graves de fractures des os du bras et de ce même avant-bras.
Quelle que soit la substance qui constitue ce plan mou et doux , sur lequel devra reposer le membre , il sera très-utile de l’y fixer mieux , en l’appuyant légèrement avec la main , afin d’éviter des dérangements douloureux, produits par les mouvements et les tressauts du patient.
Ce simple et facile appareil suffit, pour le moment et en attendant l’arrivée de l’homme de l’art.
Il est, dans certains cas , le meilleur de tous , et de très-habiles chirurgiens se contentent de cette seule position , dans le traitement des fractures, en général.
On concevra bien vite , cependant , qu’il est des circonstances impérieuses, et qui exigent que le membre brisé soit assujetti , d’une manière plus solide que celle toute simple que je viens d’indiquer.
Voici quelques-uns de ces cas extraordinaires et fâcheux.
Lorsque le malade est pris de vin et très-agité, qu’il se remue beaucoup , qu’il a des convulsions ou du délire et qu’il existe de violents et de douloureux tressauls du membre cassé.
Lorsque le membre a une grande tendance à prendre une mauvaise conformation.
Lorsqu’on veut , dans un transport nécessaire , empêcher les mouvements et frottements douloureux des os brisés.
On comprend, en effet , combien il importe, dans tous ces cas , d’aviser au moyen de mieux assujettir les bouts de l’os rompu , et de donner au membre une espèce de soutien ou de tuteur, qui lui rende une partie de cette solidité qu’il vient de perdre par l’accident.
Les moyens suivants sont ceux auxquels on pourra avoir recours, en attendant mieux , et qui suffisent, même le plus souvent , aux chirurgiens les plus habiles.
Le plus simple est d’attacher le membre au sac ou à l’oreiller sur lequel il repose , et de faire ainsi un seul
fet même tout, uu sac et du membre , en les seiiant ensemble avec un ou deux mouchoirs, pliés comme une très-large cravate.
Ces mouchoirs seront arrangés et attachés avec intelligence , et devront remplacer les mains , dont on aurait besoin pour redresser le membre cassé , et pour le fixer mieux au coussin , sur lequel il est couché.
Une addition qui donne plus de solidité au moyen j précédent , c’est de placer sous le sac ou l’oreiller cidessus , un bout de planche étroite ou de l’écorce, qu’on liera et pressera convenablement avec des mouchoirs , tout comme je viens de l’indiquer.
Une autre manière consiste à placer, de chaque côté du sac et du membre , quelques corps résistants, qu’on attachera, ainsi qu’il vient d’être dit.
Ces corps solides , qu’on appliquera dans le but de soutenir le membre et de maintenir les bouts d’os en [place, seront les suivants, qu’on n’aura probablement (pas de peine à se procurer, et qui tiendront lieu de ce ique les chirurgiens nomment des attelles :
Deux ou trois bouts de bâtons, des baguettes ou ver- ;ges de bois ou de métal, du fil de fer; de la paille , du ! foin ou des joncs roulés et fortement serrés comme des Iboudins; deux petits liteaux , ou deux pièces de bois aplaties ; de l’écorce , du carton , du cuir.
En général, on choisit tout ce qui peut fournir un [point d’appui suffisant, pour empêcher les os de trop i remuer ou de prendre une fâcheuse direction : telles sei ront nos attelles provisoires.
Les plus commodes à manier d’entre toutes ces al-
telles , sont celles en fil de fer. Elles constituent comme une espèce cle treillis, à mailles assez larges, et qui peut, en se recourbant comme une selle, recouvrir et emboîter le devant et les côtés du membre , et l’appuyer solidement.
Rien n’est plus facile que de préparer une semblable cage métallique, et de la mouler sur une partie , qu’il s’agit de soutenir au moyen d’un tuteur.
Ce treillis sera d’autant plus simple à faire, qu’on n’aura besoin que d’un fil de fer assez léger. 11 se plie , se façonne et se manie exactement comme on veut, et pour imiter et construire tout ce qu'on veut.
Rien n’est plus commode qu’un ajustement avec ce fil métallique, pour saisir, appuyer et emboîter un membre qui manque de solidité , et pour remplacer V action des mains , qu’on sait si utiles dans le même but.
Les mains intelligentes d’un homme seraient, en effet, les meilleures attelles qu’on pourrait choisir, s’il était possible qu’elles pussent rester en place jusqu’à l’arrivée du chirurgien.
L’individu le mieux avisé sera celui qui saura prendre son moyen parmi ceux qui , par leur action , se rapprocheront le plus de celle de ses mains. Or, c’est le fil de fer qui l’emporte incontestablement, ainsi que je viens de le dire.
La longueur des uns ou des autres de ces divers objets de résistance, sera proportionnée à la longueur du membre même qu’on veut soutenir.
On veillera à ce qu’ils ne soient pas trop serrés contre le membre , pour ne pas meurtrir ou blesser ; et qu'il
y ait toujours une quantité suffisante de corps doux et moelleux, entre la peau et les attelles dont on vient de parler.
Ceci est très-important, sans quoi on ne pourrait pas serrer le bois ou le fer convenablement contre le membre, et celui-ci serait nécessairement meurtri , par la pression trop forte des attelles.
On aura donc soin d’appliquer, entre l’attelle et la peau, une épaisse couche de coton , de crin, de laine, de vieux linges , ou de mouchoirs souples pliés convenablement.
Un appareil, enfin, des plus faciles à préparer et à appliquer, et qui atteint fort bien le but qu’on doit se proposer, dans toute fracture , consiste dans deux des moyens de résistance ci-dessus mentionnés , lesquels on roule , chacun dans un mouchoir. On les applique , ainsi garnis , sur les côtés du membre fracturé , après qu’on lui aura donné une bonne direction ; et on les fixe, en les appuyant modérément sur le membre , au moyen de quelques autres cravates qui entoureront ce dernier.
Dans un cas urgent, et lorsqu’on ne pourrait se procurer ni attelles, ni sachets , il resterait encore les ressources suivantes.
S’il s’agit d’une main et d’un avant-bras fracturés , on pourra se contenter de les placer dans une écharpe qu’on fera avec un mouchoir. S’il est question d’un bras cassé , on aura également recours à l’écharpe , puis on attachera le bras au corps meme , en l’y appuyant au moyen d’un second mouchoir, qui sera déployé large-
ment sur la partie externe de ce bras; et qui , en en tourant le corps , ira s’attacher, par ses deux bouts , au côté opposé du malade.
On conçoit ici que le côté du blessé, contre lequel on a serré le bras cassé, représentera assez bien une attelle; qu’il formera un bon point d’appui; et qu’il pourra en tenir lieu dans ce cas.
Mais , s’il s’agit d’une cuisse ou d’une jambe dont les os sont fracturés , et si l’on est réduit aux simples mouchoirs pour tout secours , on s’en servira avec avantage , en les employant à lier ensemble et en plusieurs endroits, le membre cassé avec celui qui est sain, et en utilisant ainsi ce dernier comme une longue et solide attelle.
On s’est assuré, du reste, qu’une des meilleures manières de soulager un membre cassé , est de le suspendre. C’est ce qui a lieu constamment et avec succès, pour la main, l’avant-bras et le bras, avec l’écharpe ordinaire.
On peut obtenir ce même avantage pour le pied , la jambe et la cuisse , en les soulevant et attachant audessus du lit, afin qu’ils ne puissent ni toucher, ni frotter ce dernier, quand le malade se remuera.
Dans les mouvements de tout le corps, le membre , ainsi isolé et libre , peut facilement suivre toutes les directions, sans pour cela que les bouts de l’os cassé changent de position et réveillent des douleurs.
On peut, dans ce but, commencer par placer sous la jambe, une serviette ou un ou deux mouchoirs, qu’on aura pliés comme une large cravate. On en liera les
bouts ensemble, et, à cette espèce d'anse, on fera arriver un bout de corde qu’on y attachera.
L’autre bout de la corde sera fixé droit au-dessus de la jambe , au ciel du lit , à un montant , à une traverse , ou à une vis, un clou planté au plafond, etc.
11 est bien entendu que le membre , ainsi soulevé et soutenu en l’air, devra être placé dans une bonne position, et qu’il pourra être garni du coussin et des attelles provisoires, dont il a été question plus haut et avant de parler de suspension.
Gomme on ne met l’écharpe qu’à l’avant-bras , quoique le mal soit au bras ou à l’épaule , ainsi on n’appliquera quà la jambe , les moyens de suspension, lors même que la cuisse ou la hanche seraient seules en souffrance. C’est que ce mode de suspension est, exactement, comme 1 écharpe des membres inférieurs, et qu’il offre à ceux-ci les mêmes avantages que l’écharpe ordinaire présente aux membres supérieurs, quand ils sont malades.
On n aura pas de peine à comprendre que, par l’un ou par 1 autre des moyens que je viens d’énumérer, on aura obtenu une chose de la plus haute importance ; c est-à-dire, un peu de solidité et moins de vacillement dans les os, et, conséquemment, moins de douleur et plus de facilité pour remuer et transporter le patient.
On voit, par tout ce que je viens de dire, de quelle utilité sont les mouchoirs, dans l’accident qui nous oc- « cupe , comment on en peut faire de petits sacs, pour soutenir et entourer le membre malade, et pour le pro-
téger contre le froissement des attelles ou de ce qui en tient lieu.
Ces mouchoirs , arrangés en fichus ou en cravates , sont admirables encore , pour remplacer toutes les bandes et tous les autres liens , lorsqu’il s’agit d’attacher commodément les membres cassés, ainsi que les moyens propres à les contenir en place.
Les mouchoirs , en effet, sont ici d’autant plus précieux qu’on les trouve, sur-le-champ partout, soit autour du cou du blessé même et dans sa poche , soit dans celle des voisins, et que rien n’est plus facile que de se procurer tous ceux dont on pourrait avoir besoin.
On peut, dans le même but, se servir de serviettes ou d’essuie-mains, et même recourir, s’il le faut, à la chemise d’un blessé ou cl’un assistant, afin d’y couper une ou deux pièces carrées d’une étendue suffisante.
Or, en coupant ensuite diagonalement (en biais) ces carrés, ou aura deux ou quatre triangles ou fichus, qui , pliés en cravate , formeront autant d’excellentes bandes.
Ces bandages seront d’autant plus commodes, que, grâce à la largeur et à l’épaisseur qu’on peut leur donner, ces espèces de cravates blesseront bien moins que les bandes ordinaires. Comme, d'ailleurs, elles peuvent s’attacher, solidement et facilement par leurs deux bouts , elles dispenseront , au besoin , des attaches et des épingles qu’on n’a pas toujours à sa disposition.
Il est bon de faire observer encore, qu’on sera d au-
tant moins embarrassé de trouver ces pièces triangulaires (à trois coins), propres à faire des cravates, que tous les tissus ou étoffes quelconques, meme les plus légers , sont plus ou moins convenables au but qu’on se propose , et que ceux en coton , en soie et en laine, peuvent parfaitement servir.
Il résulte delà que, au moyen d’un grand châle, d’un tablier ou de toute autre pièce de vêtement de femme, on pourra obtenir, au besoin , autant de triangles et d’autres moyens de pansement qu’on croira nécessaires et utiles.
Quelque adresse qu’on ait mise à panser une fracture , il ne faut pas moins redoubler d’attention , chaque fois qu’il s’agit de remuer le malade. Lorsque cela devra avoir lieu, une personne intelligente sera chargée de porter le membre , en le soutenant avec les deux mains placées à distance convenable.
On cherchera à éviter tout mouvement brusque et faux , toute saccade et mauvaise position ; et lorsqu’on placera le membre sur un brancard , pour le transport , ou dans un lit , on aura soin qu’il soit bien d’uplonib, soutenu uniformément et dans une bonne direction.
Tout cela est extrêmement facile, avec la suspension du membre, et on ne saurait assez la recommander, chaque fois qu’il sera question de transporter un blessé.
On ne sera jamais embarrassé de fixer une corde audessus de ce dernier, même sur le plus mauvais char.
On fera bien , si ce char est découvert, d’y ajuster un ou deux cercles, auxquels on attachera la corde, et qui
pourront, d’ailleurs, recevoir de lu toile pour abriter le malheureux.
L’essentiel , c’est que la jambe soit bien isolée sur les côtés, et que, dans les divers balancements qu’elle devra éprouver, elle ne puisse pas heurter violemment , ni recevoir des secousses fâcheuses contre des corps solides qui se trouveraient alentour.
Les soins que peut requérir un membre fracturé, en attendant l’arrivée du chirurgien, n’offrent, d’ailleurs , rien de particulier, et rentrent tout à fait dans les généralités que nous avons mentionnées à l’art. Il , à l’occasion des blessures en général.
Saignées, sangsues, fomentations aqueuses, arrosements avec les ficelles, cataplasmes, boissons rafraîchissantes, diète absolue, repos, air tempéré, etc.; tout cela devra être mis en usage , avec discernement et patience, suivant que le cas l’exigera et que la chose sera faisable.
Mais je recommande , surtout , le coton , dont on fera usage de la manière indiquée à ce même article , et dont on ne craindra pas de recouvrir et d’entourer le membre brisé , du moins dans le voisinage de la fracture.
Les fractures du crâne et de la face, les plus dangereuses de toutes, réclament les secours généraux indiqués dans les articles précédents; particulièrement des applications de linges trempés dans l’eau fraîche, et qu’on renouvellera très-fréquemment. On aura soin encore de tenir la tête élevée, et de ne la couvrir que le moins possible.
Les fractures de la clavicule; c’est-à-dire, de cet os qui est, de chaque côté, immédiatement au-dessous du cou, n’exigent autre chose que de mettre le bras en écharpe, et de l’appuyer ensuite contre le corps.
Pour cet appui on se servira d’un mouchoir plié en cravate, dont on appliquera la partie large ou le milieu vers le coude, et dont les bouts iront, en forme de ceinture , s’attacher du côté opposé du corps.
De cette manière, on empêchera les mouvements de l’épaule, ce qui est l’essentiel, en attendant l’arrivée du chirurgien. Il est probable qu’il ne fera rien de plus, et cela peut en général suffire.
Les fractures des côtes sont plus fréquentes qu’on ne l’imagine , parce qu’elles sont souvent difficiles à reconnaître. 11 faut soupçonner cet accident, lorsqu’à la suite d’un coup ou d’une chute sur le côté, on ressent une douleur vive en toussant, en y portant les doigts, et en faisant certains mouvements.
On s’empressera, en conséquence, d’y appliquer du coton ou un mouchoir plié en huit doubles, lesquels on appuiera avec un second mouchoir ou une serviette, qu’on aura arrangé en cravate, et qu’on serrera fortement en forme de ceinture.
On empêchera assez bien, par là, les mouvements des bouts de l’os cassé; et le but essentiel qu’il faut toujours se proposer, dans toutes les fractures, sera parfaitement atteint.
La personne est ordinairement habillée , au moment où il lui survient une fracture, et cette circonstance
exige que nous entrions dans quelques considérations, lu d’abord, les habillements ne s’opposent nullement, en général, à l’application d’un appareil provisoire; c’est-à-dire, à faire usage des moyens contentifs que nous avons indiqués.
A moins donc de motifs particuliers , on devra attendre, pour déshabiller le blessé, l’arrivée et les directions du chirurgien. On évitera, par là, des tiraillements douloureux et des manœuvres plus ou moins fâcheuses.
Mais, s’il existe une plaie, une hémorrhagie; si les vêtements sont salis , mouillés , gênants , embarrassants , etc., on cherchera à les mettre de côté, avec toute la douceur et les précautions nécessaires, et surtout sans se presser trop.
La meilleure manière de déshabiller un blessé, atteint de fracture, c’est de découdre ou couper les pièces de vêtements qui occasionneraient trop de douleur en les ôtant.
Dans tous les cas, soit qu’on les coupe, soit qu’on veuille en débarrasser le blessé , sans les couper, découdre ou déchirer, on fera bien , s’il s’agit d’un membre, de l’étendre légèrement, et en faisant tirer dessus dans une direction convenable.
On le soutiendra, d’ailleurs, de manière à éviter toute secousse et tout faux mouvement. C’est donc a une personne intelligente et douce qu’il faudra confier ce membre brisé, lorsqu’il s’agira de le débarrasser de ce qui le recouvre et l’enveloppe.
Du reste, on commencera toujours par débarrasser
le membre sain (la cuisse, la jambe ou le bras), avant d’en faire autant avec le membre brisé.
Les fractures compliquées de plaies, de déchirements, d’esquilles, d'os à découvert, de pointes qui ont percé la peau, de balles qui sont restées dans le membre, etc., n’exigent rien de bien particulier.
On se contentera de recouvrir les blessures avec du coton, un linge trempé dans l’eau, ou un cataplasme émollient; de les arroser, sans désemparer, avec un courant d’eau conduit par des ficelles; et , s’il existe une hémorrhagie, de la traiter d’après les principes indiqués ci-devant , à l’article Ier.
On aura soin, surtout , que les attelles et les mouchoirs soient placés de manière à ne gêner que le moins possible ces mêmes blessures, qui sont déjà si douloureuses et plus ou moins dangereuses.
11 arrivera , quelquefois , que l’on confondra une fracture avec un membre luxé ou démis.
Les luxations ont lieu, dans les jointures ou articulations des os, lesquelles paraissent déformées, et sans qu’on puisse les rétablir aussi facilement que lorsqu’il n’existe qu’une simple fracture.
Dans ce dernier cas, et lorsqu’on éprouve de la difficulté à faire disparaître la difformité, ou le raccourcissement du membre, on ne fera autre chose, en attendant le chirurgien , que de recouvrir l’articulation d’un grand cataplasme, et de suivre, d’ailleurs , les directions générales que j’ai données à l’article 11.
Dans le doute, du reste, s’il existe ou non une frac-
lure, on se conduira exactement comme si celle-ci avait lieu, et on aura soin, dans tous les cas, de donner au membre la position qui soit la moins douloureuse possible.
h1 écharpe , s’il s’agit du membre supérieur; et la suspension, au moyen de mouchoirs et d’une corde, s’il est question du membre inférieur, seront donc soigneusement mises en usage.
Une fracture peut être envisagée comme une plaie de Vos; or nous savons que, lorsque les bords d’une plaie sont rapprochés et maintenus tels , ils se réunissent en se soudant. C’est aussi ce qui arrive à deux bouts d’os mis en contact, et leur rapprochement suffit pour procurer la guérison ou consolidation , pourvu toutefois, qu’on empêche qu’ils ne puissent vaciller ou s’écarter.
C’est là le but qu’on se propose, par le repos parfait, et par les moyens de résistance dont j’ai parlé. 11 s'agit donc de les maintenir convenablement, pendant quatre à huit semaines et, parfois même, pendant plus longtemps.