ARTICLE V
De quelques précautions pour le transport des malades et, particulièrement , des blessés.
Un individu dangereusement blessé ne saurait être transporté , avec plus de douceur et de ménagement ,
qu’à bras ; et c’est même quelquefois la seule ressource qui reste.
Pour y parvenir, on aura recours à un nombre cl’hommes suffisant, et aux moyens nécessaires pour la plus facile application de ces aides , ainsi que pour la meilleure position du patient.
Un brancard, garni d'un matelas ou d’une paillasse et d’une couverture, nous offre ce qu’il y a de mieux en pareil cas , puisque le blessé peut y être placé comme dans un lit.
Lorsque nous ne pourrons nous procurer ces objets, nous tâcherons au moins, de les imiter, de notre mieux, avec ce qui sera à notre portée.
Ainsi un lit de sangles ou de repos, une ou deux échelles ou planches , deux perches ou deux branches assez longues et assez solides , qu’on réunira et liera à distance , avec des cordes ou même des mouchoirs ou des linges cordés , pourront remplacer le précieux brancard.
De la paille , du foin , de l’herbe , des feuilles , etc. , viendront , de même , prendre la place de la paillasse, et seront arrangés de manière à permettre au malheureux d’y reposer, tout le temps nécessaire et aussi bien qu'il sera possible.
Cette espèce de petit lit ou de couche sera préparée avec le plus grand soin , par une personne intelligente , et , s’il est possible , par une sagefemme (1).
(1) Je ne répéterai pas ici ce que j’ai dit, dans l’article précé-
Voici, d’ailleurs, quelques autres directions pour construire , sur-le-champ , un brancàrd assez commode :
Tâchez de vous procurer deux planches étroites , deux montants, ou deux perches ou branches, de cinq à six pieds de longueur ( deux fusils peuvent servir également); et deux traverses de même nature, longues de deux ou trois pieds seulement. On réunira ces quatre pièces de bois par leurs extrémités, de manière à avoir une espèce de cadre solide.
Cette réunion aura lieu avec des clous ou des chevilles, ou simplement avec quatre bouts de cordes, ou quatre mouchoirs tordus en forme de corde.
Pour cet effet , on construira d’abord , avec ces mouchoirs, tout autant de cravates ; puis on tordra celles-ci. On aura, de cette manière, une véritable corde , d’autant plus facile à nouer, qu’elle sera terminée par
dent, sur l’avantage qu’il y aura toujours, en l’absence d’un homme de l’art, de faire appeler une sage-femme patentée et instruite ; mais ce que je dois dire, c’est que, mieux que personne, elle pourra donner les premiers soins, parer aux accidents et empêcher, surtout, des secours mal entendus et peu judicieux. 11 est bon de signaler ces sages-femmes, sous ces rapports avantageux, afin que les municipalités mettent, dans la suite, plus de sollicitude à mieux choisir les élèves qu’elles enverront aux cours publics, et que le professeur s’empresse de leur donner, en peu de mots, des directions analogues aux services variés qu’elles peuvent rendre dans les campagnes. Dans les armées , les fraters et chaque individu , si l’on veut donner suite à mes propositions de les instruire, pourront représenter ici ces sages-femmes ; et , dans la suite, on aura l’avantage de pouvoir recourir, en pareil cas , à tout homme qui aura été militaire.
Ao
deux bouts étroits , comme seraient des cordes ordinaires.
Il restera ensuite à garnir convenablement l'intérieur de ce cadre; c’est-à-dire, le milieu entre les quatre pièces de bois , qu’on vient de lier ensemble.
Dans ce but, on aura recours à quelques cordes , à des bandes ou à des pièces de linge solides , qu’on attachera au cadre , de manière que le malade puisse en être supporté.
De la paille cordée ou tressée pourra encore servir à former celte espèce de fond de cadre dont nous avons besoin. On le garnira ensuite, comme nous venons de le dire à l’occasion du brancard.
Yoici une autre manière qu’on peut aussi recommander : On aura deux perches ou deux branches qu’on fixera à un drap de lit, à une nappe ou à de la toile, de telle sorte, que ces objets forment le fond d’un cadre ou d’un lit, dont les perches représenteront les bords.
Il est plus d’une manière d’assujettir ces pièces de linge , sans les clouer au bois.
On peut , par exemple , les doubler et coudre par le milieu , afin d’avoir la facilité d’introduire entre deux, les perches de chaque coté.
On peut également rouler ces perches de chaque coté du drap ou de la nappe, et assujettir ces pièces de linge, à la distance ou suivant la largeur qu’on voudra donner à cette espèce de brancard.
Celte distance serait ensuite maintenue , s’il le fal-
lait, au moyen de deux traverses , ou de deux petites pièces de bois , placées et assujetties entre les deux perches latérales.
Quel que soit le moyen de transport adopté , on n’y mettra le blessé que lorsqu’on aura la certitude qu’il n’y sera pas trop mal, pendant le temps, plus ou moins long, qu’il devra y rester ; et que le moyen qu’on aura choisi ne viendra pas à manquer ou à se casser sous le poids du malade.
On aura soin, d’ailleurs, que la tète soit suffisamment élevée et à l’abri de la pluie, de la neige ou d’un soleil ardent.
Quelques mouchoirs ou pièces de vêtements , étendus sur des branches en demi-cercle , ou arrangés de telle autre manière, pourront suffire à cet effet.
Les membres, atteints de fractures, seront surtout l’objet de la plus grande attention, et devront être placés , ainsi que nous l’avons dit dans un autre article , avec un soin tout particulier.
Les parties blessées qui donnent du sang, ou qui auraient été le siège d’une hémorrhagie, seront mises de manière à pouvoir être facilement surveillées, et à l’abri de frottements et de violences.
Le transport même exige que les hommes s’entendent , d’abord pour enlever le brancard et , ensuite pour cheminer du même pas , afin d’éviter toute secousse douloureuse. Il sera bon , en conséquence , qu’un des assistants dirige seul la marche et commande , en marquant le pas , comme cela se fait avec les militaires.
La chaise à porteur réunit, après le brancard, le plus de commodité et de facilité.
On peut la remplacer , assez bien , avec un fauteuil ou même avec une simple chaise qu’on garnira, suivant les circonstances , et qu’on pourra , au besoin , porter sur deux branches ou deux fusils, à la manière du brancard et de la chaise à porteur.
La voiture, le traîneau, le char sont , enfin, les autres moyens qui nous restent, pour l’hacheminement des malades vers le lieu de leur destination (1).
Mais, ici encore, on ne perdra jamais de vue la nécessité d arranger ces véhicules, de manière à procurer aux patients la meilleure position possible, et qu’ils y soient, à peu près , comme sur le brancard dont il a été question plus haut.
On recommandera également aux conducteurs d’aller doucement, et d’éviter soigneusement les mauvais pas et les cahottements (2).
(1) Je ne parlerai pas du transport par eau , le plus commode ide tous, et qu’assurément on devra préférer, chaque fois qu’il
sera praticable.
(2) On devrait surtout leur recommander de ne pas s'arrêter (devant toutes les auberges, et de ne pas chercher à se faire pardonner leur invincible goût pour le vin , en en faisant boire aux (malheureux qui leur sont confiés. Nous avons vu plus d’un mallade succomber, en peu de jours, à l’hospice de ce canton, et
qui seraient pleins de vie s’ils étaient restés chez eux, unique- >ment parce que, dans leur transport, ils avaient été arrêtés au • froid et à la pluie près d’un cabaret; et qu’on leur avait donné , afin de les réchauffer et de les faire attendre patiemment, quelques verres de vin chaud et même des liqueurs. Avis aux admi-
Quel que soit, au reste, le moyen choisi pour transférer un blessé, il est difficile d’évitel* deux moments plus ou moins pénibles ; celui du placement sur le brancard , et celui du transport dans la chambre et le lit du malade.
Mais il suffira de se laisser diriger par quelqu'un d’entendu; d’être bien d’accord sur la manière de s’y prendre ; de ne pas perdre de vue le genre de blessure que peut avoir l’individu ; de ne pas trop se presser.
Au moyen de ces précautions , on aura la satisfaction d’épargner des douleurs vives et inutiles à un malheureux, qui succombe peut-être déjà sous le poids des plus affreuses souffrances.
Si la distance à parcourir est assez considérable, on aura soin de se pourvoir d’une boisson appropriée au cas actuel. Elle sera toujours convenable si elle n’est pas échauffante.
La bonne eau doit , en général , mériter la préférence ; et il est bon défaire observer que, bien loin d’avoir besoin d’aliments, le blessé se trouvera toujours mieux de s’en passer tout à fait, surtout pendant les premiers jours.
On voit, du reste , par tous les détails dans lesquels nous avons cru devoir entrer , combien il importe , pour peu que les blessures offrent de gravité ou de danger, qu’on fasse la plus grande diligence, pour ap-
nistrations communales , et aux personnes qui expédient des malheureux par des ivrognes !
peler un homme de l'art, ou pour diriger le blessé vers un hôpital.
11 est évident, en outre, qu’il se présentera bien des cas où il sera nécessaire que le chirurgien fasse une partie du nécessaire, sur les lieux mêmes de l’accident, et qu’il préside, non-seulement au transport, mais à tout ce qui le précède et le suit.