II. — Répartition de la chlorophylle dans les cellules
D’une manière générale il y a deux cas à distinguer.
I. - D’ordinaire le pigment vert est localisé dans certaines régions de la cellule, et il imprègne des corpuscules de nature albuminoïde, nettement différenciés dans le protoplasme, en un mot des leucites. Les corps chlorophylliens ou chloroleucites ainsi constitués sont alors les seules parties vertes de la cellule : le protoplasme fondamental, dans lequel ils sont toujours situés, reste incolore.
1° Les chloroleucites sont le plus souvent très nombreux dans chaque cellule, particulièrement dans le parenchyme des feuilles, et se présentent alors sous la forme de grains
arrondis, ovales (fig. 2), ou même polyédriques par pression réciproque, appelés vulgairement grains de chlorophylle. Parfois, dans le protoplasme pariétal des cellules adultes, ils sont tellement nombreux qu’ils confluent latéralement, de manière à former une couche verte continue, dont les éléments ne restent distincts que du côté Une cellule du parenchyme lacu- interne. Toutes ces formes se renneux d’une feuille. Les grains
dcchioropiiyiiecontiennentdes contrent d ordinaire dans les dlffegranules amylacés.Gross. 1000. rentes cellules d - une même feuille .
Ailleurs les grains de chlorophylle sont peu nombreux dans chaque cellule, mais plus volumineux, par exemple, dans la Sélaginelle; les feuilles très minces de cette plante permettent de les observer directement, avec leur aspect normal, et sans en altérer aucunement la structure.
Enfin une cellule peut ne contenir qu’un seul et vaste grain de chlorophylle ; c’est le cas pour une Hépatique, YAnihoceros, dont chaque grain vert entoure complètement le noyau.
Les grains de chlorophylle peuvent se rencontrer, non seulement dans le parenchyme, mais dans les jeunes fibres ligneuses, celles de la Vigne, par exemple; dans les tubes criblés, et alors tantôt répartis également contre la paroi, tantôt accumulés vers le sommel(Helianthus tuberosus).Dans les tubes criblés de la Clematis viticella, les chloroleucites sont d’un vert clair et renferment des granules amylacés; ils sont plus apparents dans le liber du Fœnicuhm officinale (3).
2° D’autres fois, chaque cellule ne renferme qu’un seul chloroleucite ou tout au moins un petit nombre, et alors les chloroleucites, très développés, affectent des formes variables, mais autres que celle de grains. C’est ce qui a lieu chez un assez bon nombre d’Algues. Dans le Mesocarpus, par exemple, on ne trouve qu’un chloroleucite par cellule, et il a la forme d’une plaque rectangulaire axile, insérée sur les parois de celte dernière (fig. 22) ; il en est de même dans le Mesotænium, dans le Nitzschia, etc. Dans le genre Closterium, on rencontre plusieurs lames vertes longitudinales rayonnantes qui, vues de profil, simulent une étoile. Le
Fig.2.
Zygnema cruciatum présente deux larges leucites étoilés par, cellule; les Spirogyra (fig. 3), un ou plusieurs rubans verts spiralés, adossés contre la paroi cellulaire; le Sphœroplea annulina, des disques transversaux parallèles; le üraparnaldia glomerata, un anneau; transversal périphérique frangé, situé dans la région moyennedes cellules (fig.
4) ; 1 ’Ulva, le Coleochæte ,
Fie. 3.
Chloroleucite spiralé cl’uno:
rogyrc. a, chloroleucite:
pyrénoMe avec couronne de 1 ’ Aphan O • granules amylacés: c, mombrane cellulaire. Gross, 850. chæle, 1 UlO- (D’après Schmitz). thrix, etc.
une plaque verte périphérique unila- Un ^; 1 “ 1 y„“ n e ^ fl 7no'ntérale, tout entière adossée par l’une trant --
chromatophore en anneau frangé, avec pyrénoïdes et grains d’amidon ; le noyau est vu par transparence; en haut et en bas, des filaments protoplasmiques. Gross. 700.
(D’après Schmitz).
de ses faces à la paroi cellulaire (2).
Ces chloroleucites des Algues peuvent aussi se ramifier; ainsi dans l’ Ædogonium, ils se présentent chacun sous la forme d’un système de filaments périphériques, dirigés suivant la longueur des cellules et fréquemment anastomosés, de manière à constituer un réseau vert à mailles incolores longitudinales; dans le Cladophora arcta, le même leucite en réseau est beaucoup plus irrégulier et ses mailles sont à peu près isodiamétriques (fig. 5).
o. 5 Parmi les animaux pourvus de chlo-
niament de cia- rophylle, les Euglènes présentent, ^granules tantôt un (Euglena viridis ), tantôt
nettement ramifiés en étoile (fig. 1).
II. — Au lieu d’être localisée dans des leucites, de forme extrêmement
chromatophoro seau ; d, noyau, " lo protoplasme; , brane. Gross. 700. (D’après
variée, comme on vient de le voir, la chlorophylle peut être diffuse, c’est-à-dire imprégner tout le protoplasme de la cellule et les substances diverses qu’il contient, par
exemple l’afnidon, sauf toutefois le noyau. C’est ce qui a lieu notamment dans la plupart des embryons, pendant leur période de formation. Après les premiers cloisonnements de l’œuf, lorsque l’embryon commence à peine à se différencier, on trouve chaque cellule occupée par un protoplasme abondant, granuleux et uniformément teint en vert, au milieu duquel est situé le noyau (Haricot, Fusain, etc.); à ce moment on ne distingue aucune trace de leucites.
Néanmoins, dans les très jeunes embryons du Pois, j’ai rencontré, au sein d’un protoplasme teint en vert foncé, de nombreux chloroleucites bien distincts de ce dernier. Il ne m’a pas été possible d’en reconnaître dans le Haricot.
En résumé,.la chlorophylle présente deux substratums : ■tantôt elle est Axée sur des leucites, le plus souvent arrondis, 4 ovales ou filamenteux, parfois en forme de plaques, d’étoiles ou de réseaux; elle est alors localisée; c’est le cas général; tantôt elle imprègne uniformément le protoplasme des cellules (jeunes embryons); elle est alors diffuse : dans ce cas, elle est transitoire et disparaît pendant la maturation des graines pour ne plus reparaître lors de la germination.
l'igmciitK mirnuiiittralrcü «les corps chloi-o]»liyl~
Ilcns. — Dans un grand nombre d’Algues les corps chlorophylliens contiennent, outre la chlorophylle, un pigment surnuméraire de couleur variable, qui communique sa teinte à la plante ; en masquant plus ou moins complètement la chlorophylle. On appelle plus spécialement chromoleucites eu chromoplastides ou chromatophores, tous les leucites colorés autrement qu’en vert.
Ainsi les Diatomées ont à l’état normal une teinte brunâtre : la matière colorante de leurs leucites est un mélange de chlorophylle, principe vert, et de phycoxanthine, principe jaune brun.
Les Fucacées doivent de même leur couleur brune au mélange de chlorophylle et de phycophéïne (4), principe brun; certaines Cyanopliycées (Oscillaires, etc.) doivent leur teinte d’un vert bleuâtre au mélange de chlorophylle et de phycocyanine, principe bleu; les Floridées enfin, leur coloration rose au mélange de chlorophylle et de phycoérythrine, principe rouge. ■
Tous ces pigments surnuméraires (phycoxanthine, phycophéine, phycocyanine, phycoérythrine) ont la propriété de se dissoudre dans l’eau, tandis qu’ils sont insolubles dans l’éther et dans l’alcool. Il suffit, pas exemple, d’abandonner dans l’eau des Floridées, entières ou mieux découpées en fragments, pour communiquer à ce liquide une teinte rose, tandis que la plante acquiert une coloration verte plus ou moins intense due à la chlorophylle.