NATURE
Après l’étude que nous avons faite de la chlorose, il nous sera facile d’en préciser la nature. L’anatomie pathologique nous a appris qu’elle était une anémie, mais ne nous a pas fourni de caractéristique. L’étiologie est plus instructive ; elle nous montre l’influence prépondérante de la puberté. La clinique nous a révélé le caractère névropathique de cette anémie; et la physiologie pathologique s’est refusée à subordonner l’un à l’autre les deux éléments primordiaux : l’anémie et la névrose.
Tel est l’enseignement qui découle des diverses étapes que nous avons parcourues. La réponse à cette question si controversée : quelle est la nature de la chlorose? ne saurait par conséquent être douteuse. De par l’anatomie pathologique, l’étiologie et la symptomatologie, la chlorose s’est révélée à nous une anémie névropathique. — Elle est une anémie essentielle, et elle est une névrose. — Survenant à l’occasion de la puberté, elle est, en outre, une maladie de développement, liée à l’évolution des organes de la génération.
Donc : anémie essentielle, — névrose, — maladie d’évolution, — telle est la triple caractéristique de la maladie que nous étudions. Elle est plus que cela encore, ou tout cela à la fois : elle est la chlorose , véritable tempérament morbide qui a son existence propre et son autonomie.
Que dire alors des auteurs qui ont fait de la chlorose un symptôme et rien de plus ?
La chlorose n’est pas l’anémie ; elle est une anémie.
« Maladie d’évolution fort complexe dont l’anhématie
n’est qu’un élément morbide d’une grande valeur mais non d’une importance exclusive (1). d
La chlorose n’est pas un symptôme comme le voulait Lorain (2), elle est un groupe de symptômes unis par un lien commun qui suffit pour les spécialiser.
M. le professeur Parrot a bien mis en relief le caractère névropathique de cette anémie de la puberté , et a montré la chlorose dans son véritable jour : ce Voici donc une affection qui sert de trait d’union entre celles du sang et celles des nerfs , entre les dyscrasies sanguines et les névroses. Pour la distinguer des autres anémies et lui imprimer sa marque spécifique on pourrait la qualifier de névropathique (3). »
Comment apprécier enfin Jes faits de Virchow?
Les lésions vasculaires et génitales commandent elles une autre interprétation de la nature de la chlorose? Nous ne le pensons pas. La chlorose est une maladie d’évolution : quoi d’étonnant dès lors que dans certains cas les troubles de développement ne soient pas purement fonctionnels, mais organiques?
Il n’y a là rien de contradictoire, et si ces faits sont réellement fréquents, la chlorose aura bientôt une caractéristique de plus qui lui viendra de l’anatomie pathologique.
(1) Gubler et Renaut, article Sang, Dict. encycl. , p. 573.
(2) Lorain, art. Chlorose, Dict. de Jaccoud , p. 3 U.
(3) Parrot, art. Chlorose, Dict. encycl. p. 71 6.