‹ La Chouannerie: Blancs Contre Bleus 1790-1800Chapitre 10 sur 36 · TERREUR | ROUGE · texte numérisé non relu

TERREUR | ROUGE

= Non que les Ames y soient plus patientes qtie..* dans 1’Est; mais le pays, Lanvaux, la grande > lande ténébreuse, Carnac, gardé par ses sphinx, 2 ae par ses fles, aussi nombreuses que les jours —

Terreur rouge, Jean Chouan bivouaquait a la

‘closerie de la Babiniére avec une quinzaine’

| ix CHOUANNERIE

@’hommes. Ses vedettes s’étaient-elles andanmie 1am Quelqu’ un l’avait-il vendu? « Voila les patauds! » ‘ lui crie sa belle-sceur, femme de René, le seul des Cottereau qui mourra dans son lit, sous la Restauration. Il pouvait fuir, mais une grossesse avancée —-retardait sa belle-sceur au passage d’une haie : -- pour l’aider, Jean Chouan revint sur ses pas et, touché mortellement, fut entrainé par ses hommes sous le fourré. Il y mourut le lendemain : son -fantéme continua la guerre.

‘Puisaye, vendu aussi, mais plus chanceux, un matin de l’hiver précédent ott Beaufort lui courait — sus — 28 décembre’ — avait pu s’échapper en chemise; mais deux gentilshommes de son étatmajor, Le Haichois et La Massue, étaient tués;

‘i Focard, son médecin et le dépositaire de ses secrets,

aM blessé griévement. Le 6 janvier 1794, Beaufort — écrivait au président de la Convention : « Nous | faisons des prises tous les jours, nous détruisons la horde infernale des Chouans. J’espére, citoyen président, t’annoncer [bientét] leur destruction entiére. » Au 13 du méme mois, c’était fait, et Vinepte Rossignol mandait 4 son digne collégue Turreau qu’il n’y avait plus de Chouans : « Beau- — fort les a tous détruits... Cinq cents prisonniers, — le reste est tué. » La Convention en fut si bien persuadée qu'elle dta, le mois suivant, prés de la moitié | de ses troupes a Beaufort afin d’en grossir l’armée des Cétes de la Manche qu’on formait pour une descente en Angleterre, et que la plupart des

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1, Et non 28 novembre, comme disent tous les historiens, repro- duisant l’erreur de Beauchamp.

rance que donne la certitude de l’impunité, les

derniers prétres réfractaires et les habitants soup-

connés de leur avoir procure asile.

Ou reprendre le fusil ou périr égorgé : Boispuy,

~ plus particuliérement visé par la quéte ardente - de Beaufort et des « patriotes » de la région fougé~ — raise, n’avait pas d’autre choix. Dans la nuit du ~

14 au 15 février, il rassemblait deux cents de ses

Chouans, cernait silencieusement Mellé et, a

- six heures du matin, commandait V’assaut : vingt ' soldats de la garnison, un officier et quelques

« patriotes » y passérent. Méme histoire a Saint-

~ Brice enveloppé dans la nuit du 16 au 17, assailli

au petit jour et emporté de plein saut, quoique

da garnison y fit sur le qui-vive : un tambour, «le premier qui ait battu a la téte de leurs colonnes »

(du Breil de Pontbriand) et quatre cents paquets de cartouches restérent aux mains des hommes

de Boisguy qui allérent en faire l’essai le jour

méme, aux buttes de la Houlette, contre la garde

nationale de Fougéres alertée par les fuyards : la

garde n’y mourut pas toute, parce qu’elle avait —

des jambes, mais cinquante des siens demeurérent —

sut la route. Landéan, le 26, quand cette méme

garde eut été renflouée par des troupes de Rennes,

lui fut une faible revanche et, des soixante insurgés

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Gatiprienicnts: qui ‘couvraient. la “région furent . levés ou réduits. Les communes patriotes, Mellé, - Saint-Brice-en- -Coglais, Saint-Georges-de-Reintem-

bault, etc., si longtemps tremblantes, recognées

. derriére leurs fortifications improvisées, en sor- taient tumultueusement pour fondre sur les com- munes royalistes, y massacrer, avec la belle assu-

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qu’ elle réussit A cerner, une ae massive de

ceux-ci en délivra cinquante. Beaufort, revenu de

ses illusions, se remit de plus belle a tailler dans~ q

les foréts, les génetaies. Mais il n’était plus ‘homme ‘de la situation : ilavait refusé, dit-on, le 18 janvier, de ‘briiler six cents prisonniers au chateau de Thotigny sous couleur qu’en se « dévouant au service de la République » il n’avait pas « pris la charge de bourreau ». Appelé 4 l’armée des Pyrénées- Orientales, il passa la main 4 Vachot qui n’avait pas les mémes scrupules et jura d’en finir avec ces démons.

“« J’emploierai contre eux le fer et le feu, écrivit Vachot au comité de Salut public.... Je ne perdrai jamais de vue le mot exlerminer que porte votre arrété. »

C était un de ces généraux improvisés comme en

enfantait chaque matin le pavé révolutionnaire et qui, n’ayant ni génie ni métier, se flattait d’y suppléer par l’emphase. Vachot avait pris pour devise : « Mort aux Chouans! » Il en décorait son papier officiel, il en truffait ses harangues, sabrant,

fusillant tout en paroles et quelquefois en acte,

sans cependant y metttfe les raffinements et. le pittoresque d’un Boulard qui tapissait sa chambre d’adjudant général, 4 Fougéres, d’oreilles humaines payées vingt livres par paire 4 ses soldats. Boisguy, lui, le « féroce » Boisguy, se contentait provisoirement de raser la téte de ses prisonniers qu’il

renvoyait ensuite dans leurs cantonnements, A

moins qu’ils n’acceptassent de s’enrdler dans ses

bandes. Le 24 mai il s’emparait du Loroux; dans ~ la nuit du 27 au 28, et pour la seconde fois, de —

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d “Melle, qui n avait pas été sadisadiment ‘chatiée sans doute et dont le maire et le curé « juroux », - Gilles Larcher, furent proprement égorgés dans leur

lit auquel on mit ensuite le feu; le 7 avril, il

- sembusquait aux abords de Javené et abattait cent vingt soldats d’une colonne de trois cents hommes de troupe de ligne qui marchaient sur Vitré...

Cette derniére affaire fit grand bruit. Puisaye,

dont Vambition grandissante travaillait 4 coor-

donner les mouvements épars de l’insurrection, — jugea que c’était le moment de s’aboucher avec un chef d’un tel allant : il lui fit donner un rendez- — - vous a la Chapelle-Saint-Aubert, entre Fougéres | et Saint-Aubin-du-Cormier. Boisguy, assez mal disposé et qui ne savait trop 4 quoi tendaient ces ouvertures, accepta cependant le rendez-vous, n’y trouva personne et faillit étre enveloppé au retour ‘par quatre colonnes républicaines dont il dispersa — Tune, mais dont les trois autres, qui le prenaient de face, de flanc et de revers, ne lui laissaient aucune chance de s’évader. Il s’en tira néanmoins a force d’audace, en faisant abattre par son ancien garde-chasse Decroix le capitaine de la pee de grenadiers qui lui criait : « Rends-toi, J... F... et il est vrai que les deux autres colonnes diaieat -composées de ces gardes nationaux dont Rossignol, | qui s’y connaissait, disait qu’ils étaient « bons “seulement 4 mettre la déroute ». Les « patauds » ne démentirent pas cette fois encore leur réputation et se débandérent, mais, dans l’ardeur de la poursuite, un aide de Boisguy, le chevalier de Baillorche, alla donner aux portes de Fougéres

dans une embuscade, y fit tuer iz doses hommes 4 et, capturé lui-méme, fut immédiatement passé par les armes.

C’est la derniére affaire un peu importante de la Chouannerie orientale jusqu’a la mise 4 exécution du plan de Puisaye, qui dut fournir sans doute a Boisguy des raisons valables de son absence au rendez-vous de la Chapelle-Saint-Aubert : il -s’apprétait 4 partir pour son grand raid sur le © “Morbihan dont l’organisation lui prenait tout son temps. Appuyé par Forestier qui commandait sa — colonne de gauche, il tenta en cours de route © d’enlever Rennes par surprise (la méche fut éventée par deux canonniers de Vern qui coururent alerter la garnison) et, se rejetant vers Baignon, — y fut joint par « trois. mille hommes d’infanterie © et quatre-vingt chevaux » de l’armée républicaine | qu’il dispersa « par une charge brusque, en pous- sant de grands cris et sans tirer un coup de feu » — (Beauchamp). La suite de l’expédition ne répondit | pas a ses commencements. Puisaye poussa cependant jusqu’a Concoret ou il pensait rencontrer Guillemot et labbé Guillo, délégués vers lui par ~

les divisions morbihannaises : il n’y trouva que

leurs lettres et leurs protestations d’entier dévoue- — ment. Mais c’est de quoi il était le plus avide, © ayant surtout entrepris ce vaid pour faire recon- — naitre son autorité : elle n’était point encore si affermie parmi ses propres troupes qu’il pfit les — empécher de se débander aux approches de leurs © villages et de piller en cours de route, surtout quand l’exemple leur était donné par un Hay de Saint-Hilaire, dit le Hulan, qui brilait la cervelle

id procurear de re commune ‘de “‘Saint-Cermainur-Ille pour lui enlever sa caisse. Affaibli par les —

ilduts’ estimer personnellement heureux d’échapper — prés de Liffré a la débacle totale de ses troupes : - quatre de ses officiers, Tuffin d’Ussy, le chevalier de Troroux, Poncé et Fabré, périrent dans cette affaire qui parut avoir mis fin 4 la Chouannerie vitréenne; dégotités, mal faits 4 ces égorgeries de © chemins creux suivies de pilleries et de sotileries, Forestier, Duperrat, Bréchard, parmi les Ven- déens, préférérent repasser la Loire. Puisaye lui- méme rentra sous ses fourrés et s’y tint coi jusqu’a été de 1794, ot il sortit tout 4 coup de sa cachette — - avec le titre ronflant et les pouvoirs de général en chef, commandant pour le roi l’armée catholique de Bretagne. Il n’y manque simplement que ~ le visa des princes. Or, 4 ce moment-la (26 juillet, date de la premiére des deux proclamations de — Puisaye qui vont donner une sorte d’existence - Officielle 4 1a Chouannerie; la seconde est du - 20 aofit), la Terreur n’a plus qu’un jour a vivre, et Carrier, son incarnation en Bretagne, s’appréte a rejoindre Robespierre sur 1’échafaud.

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désertions, talonné par les colonnes républicaines, aces

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