LA VIE SECRETE DE LA CHOUANNERIE
AIS le premier manifeste trouva les campagnes attentives. Si bien disposées qu’elles = eussent été 4 l’origine pour le nouveau régime, la moisson de coléres qu’y avait fait lever la Terreur arrivait 4 maturité dans l’instant ot cette méme Terreur s’affaissait dans les villes sous.
le poids de ses crimes : une autre Terreur s’apprétait, celle des landes et des fourrés, aussi sangui-
naire que sa sceur.
La, Puisaye n’avait pas « travaillé » dans le vide. Il trouvait sans doute le terrain préparé par La Rouérie. Mais, quand il n’était qu’un simple outlaw sans autorité, un Robin des bois armoricains, autour duquel les proscrits, les réfractaires, — les misérables hétes du reste de la forét commen- gaient a se rallier, 4 s’unir en une sorte de petite « fraternité » militaire, c’est-bien lui seul qui, sans
- prendre conseil de personne, leur avait donné cette organisation ingénieuse en sections de sept —
hommes par cabanes ou huttes, une réunion de sept | cabanes formant un cantonnement, une réunion
LA CHOUANNERIE pa
de sept cantonnements formant une division.
L’heure venue de l’étendre a tout le pays insurgé, il n’aura qu’a développer et mettre au point cette organisation rudimentaire en superposantaux divisions, comme chez Ia Rouerie, les commandements départementaux ou grands commandements : les titulaires de ces commandements auront rang de maréchal de camp; les divisionnaires le rang de colonel; les chefs de canton, « chargés de lever les compagnies » qu’ils forme-
ront de « déserteurs réquisitionnés et de tous les
habitants mécontents en état de porter les armes », le rang de major.
Et c’est Puisaye encore, sinon qui créa, ‘au moins qui rétablit, développa et parfit ces « lignes de correspondance», vraie carte routiére de la Chouannerie, qui, partant de divers points des cétes de la Manche a proximité de Jersey et rayonnant vers les centres insurgés et jusqu’a Paris et a la frontiére, menait a destination, plus siirement que les routes nationales, les courriers des princes, comme Prigent, et les émigrés désireux de servir a l’intérieur, comme Tinténiae. La Rouérie et Botherel en avaient établi l’esquisse et commencé de régler le systéme, avec Georges de Fontevieux pour
' premier courrier. Des amorces briilées sur la falaise,
les étincelles d’un briquet, la croix dessinée par
une lanterne dans quelque creux de rocher, faisaient, la nuit, l’office de signal entre la céte et le large, qui répondait par quelque autre signal convenu. Une fois a terre et s'il avait échappé aux chaloupes canonniéres, au feu des batteries, aux patrouilles de gardes nationaux, au cordon de
princes gagnait en rampant, derriére son guide, la premiere des « maisons de confiance » placée
Ea,
sur sa route et qui, avec ses « caches » profondes, =
ses issues dérobées, son personnel aux aguets et
-dévoué jusqu’a la mort, lui offrait toutes les garan-— | ties de sécurité : la Ville-Mario, ancienne baronnie — désaffectée, prés des gréves du Portrieux, le clos”
Huet, prés des gréves de Saint-Coulomb, la mé-
tairie du bonhomme La Fluve, prés des gréves de se
- Granville.... Une, souvent deux « chaines de commu-
- nication » se détachaient de 14 dont on avait pris ag
-soin de varier les anneaux, sinon le personnel, toujours choisi parmi les « gens du bon Dieu » :
c’était tantdt une hdtellerie de modeste apparence comme 1’ Hétel du Pélican a Saint-Servan; tantét —
: une vieille gentilhommiére comme ce Boscénit, pro- ~priété des. Le Gris-Duval, « tellement dérobée aux
- yeux par de grands bois qu’on ne Il’apercevait,
pour ainsi dire, qu’en la touchant » (Levot) ; tantdt,
- au contraire, une ferme isolée et dominante comme — le Roc de Bignan, tenu par la veuve Lohézic, la « mére des Chouans » et ses huit serviteurs des — deux sexes. Mais, ferme, chateau, cabaret ou simple loge de sabotier, l’agent ne pénétrait dans — la « maison de correspondance » que s’il était
en possession du mot de passe, qui variait assez ' souvent, ou aprés quelque tambourinement d’une
cettaine espéce 4 la vitre, un grattement de la
pierre du seuil avec la pointe du couteau. La - « cache », plus ou moins grande, pratiquée dans
une armoite de chéne 4 double fond ou derriére ©
une plague a cheminée, contenait un peu de 8x
ms LA - CHOUANNERIE PN ee ee
paille, quelquefois un lit de camp : at oe Achaaae
le jour et,-la nuit venue, se coulait avec son guide vers une autre « maison de confiance » qui le rece- -. yait aprés l’échange des mémes formalités. Arrivé 4 destination, il remettait ses dépéches, roulées le plus souvent dans un baton creux. Puisaye avait été jusqu’a prévoir la création d’ambulances, de « maisons de retraite » 4 l’écart « pour recevoir les blessés et les malades ».
Tant de précautions, pour excessives qu’elles ~-semblent, n’étaient pas superflues par ce temps
d’espionnage intense, de délations frénétiquement
intéressées. Les « mouches » pullulaient, policiéres et autres. Puisaye avait donné l’exemple de la prudence en troquant son nom contre celui
de « comte Joseph », et il est vrai qu’il était comte . ; et qu'il portait le prenom de Joseph. Etl’on voit ~
bien aussi pourquoi le fidéle Frotté prit le surnom de Blondel, le souple Cormartin celui d’Obéissant, Duviquet, qui venait des Bleus, par antiphrase, celui de Constant, et Mercier, qui venait d’outre- Loire, par fierté, celui de La Vendée. Des raisons plus obscures décideront Cadoudal a s’appeler Gédéon, Guillemot Valentin, La Bourdonnais Coco,
. Saint-Régent Pierrot, Armand de Chateaubriand v
John Fall, dOilliamson Gabriel, Keranflec’h Jupiter, Treton Jambe-d’ Argent, l’ainé des Cottereau Pterre-qui-Mouche. Et voici,- derriére eux,
toute la Chouannerie quiprend le masque, maquille ~ son état civil : les déserteurs d’abord, avec leurs — sobriquets. rapportés du régiment, Belle-Humeur, | Sans-Souct, Brin-d’ Amour, Va-de-Bon-Ceur, etc., " puis les réfractaires repondant aux noms de Tape- —
‘a ee eas eae ee se
Mow hunk tue Bias Perce Poland Benedicite, Galope-la- Frime, Happe-Galette, voire Pille-Miche ou Marche-d-Terre, comme chez Balzac. Il n’est pas ae cea anx insermentés qui n’aient leur nom de
ee VIE “SECRETE
- guerre : l’abbé Lhermitte s’appelle Lucas l’herbo-
riste, Vabbé Corre Fanchoun, Vabbé Laya Fricandeau, Vabbé Emery Petit-Bonhomme, l’abbé Moulin Sans-Peur, etc. Il arrivera que le méme sobriquet soit porté par plusieurs Chouans : ainsi Branche-
d'Or, pris par quatre d’entre eux. Et d’autre fois
on ne saura pas au juste quelle personnalité il recouvre : ainsi les pseudonymes de Théobald et de 4 Pipi. La Chouannerie ne change pas de caractére — - en passant aux ordres de Puisaye : une guerre de : clair de lune investissant les villes, coupant les routes et menée sur la bruyére au chuintement du - hibou par des soldats fantémes, c’est la figure déja connue et seulement intensifiée dans son — expression, qu’elle va continuer de nous présenter jusqu’a la Mabilais. D’ot la méme difficulté pour la saisir, la fixer. On pense la tenir ‘et elle échappe. Les généraux républicains, les représentants aux | -armées, les administrateurs, tous gémissent sur cette mobilité incroyable de l’adversaire, sur sa faculté presque fabuleuse de disparaitre, de se volatiliser.
~ « Parti de bandits, écrivaient déja sous la - Trrreur les délégués de la Convention : disséminés en pelotons plus ou moins forts, ils se répandent dans les campagnes, sur les routes et dans les champs. Sont-ils en nombre, ils attaquent nos postes; sont-ils isolés, c’est 4 l’abri des haies qu’ils tirent leur coup de feu sur les voyageurs, et princi-
a ee = wa as > > De oe ry Otel tae, ere
ie ae CHOUANNERIE
et palement sur nos aondais: Ts ont platot Pair ag. s; culteurs que de brigands embusqués. Tel a été—
- saisi, un hoyau a la main, qui avait caché son fusil
ois derriére un buisson... »
Hoche renchérira un an plus tard :
« Nous voyons, dans chaque sortie que nous faisons, les sentinelles des brigands. Marchonsnous dessus? Tout disparait et se terre. Il ne reste aucun vestige: Tout les sert, les femmes, les enfants. On jurerait qu’ils ont des telégraphes. »
Un uniforme au moins les trahirait. Les Bleus
‘ont le leur, bleu et rouge, mais oti le bleu domine ~
- qui leur a valu leur nom et la chanson fameuse qu’ils entendent quelquefois corner a leur oreille :
Tu portes ’habit bleu, Tu te bats contre Dieu :
Maudite République}...
Méme en haillons, quand V’habit n’a plus ni
forme ni couleur, quand la guétre ne tient plus
au soulier rattaché par des ficelles, leurs baudriers
en croix, leurs briquets a poignée de cuivre, le balai de crin rouge de leurs vieux tricornes, la cadenette qui leur tape le dos et leurs longues moustaches gauloises les dénoncent 4 trois cents métres. Et l’on reconnait encore mieux les généraux répu-
blicains aux plumets de leurs bicornes, 4 leurs —
-manteaux sombres sur la redingote boutonnée, —
a leurs écharpes tricolores tortillées en ceintures... Il n’est pas jusqu’aux gardes nationaux qui n’aient
leur signalement tudimentaire dans ces pantalons rayés qui ont remplacé la culotte laissée aux ci- — devant. Mais les Chouans! Sauf les déserteurs,
ae LA VIE SECRETE deck. “beaucoup ostent encore Yuniforme de
blanc ou gris a autres, pareils aux premiers paysans venus du
tingués 4 I’ceil nu.
Le costume des campagnes semble avoir été - dailleurs 4 cette époque beaucoup moins divers - qu’aujourd’hui. Dans le Maine comme dans la Cornouaille on retrouvait chez les paysans ce bonnet de laine bleue ou rouge d’ot coulaient jus- — - qu’aux épaules de longs cheveux plats ou boucléset que remplagait, les jours de féte, le grand chapeau - - acuve, cette veste brune ou grise doublée en hiver
-Yancienne armée, les guétres, la culotte, l’habit : “ parements et a revers noirs, les
Maine ou du Morbihan, ne sauraient en étre i ea
par une peau de bique ou de mouton, ces braies
. courtes et larges de berlinge, nommées bragou-braz
culottes » donné aux premiers insurgés léonards nest que la traduction, ces guétres de cuir jaune, ces jarretiéres de couleur tranchante, ces sabots ou
en Bretagne et dont le surnom de « grandes ~ es,
ces souliers ferrés pour les longues marches. C’était api la indistinctement et 4 quelques nuances prés ‘le LETS
costume de toute la paysantaille masculine de - YOuest. Rien 1A de militaire, rien de significatif. - Dans les expéditions, dans la bataille seulement,
les signes distinctifs du clan apparaissent : des ~
- parements mobiles de diverses couleurs, le Sacré- - Ceeuraccroché sur la poitrine ou porté en brassard, le chapelet A la ceinture ou au gilet, la médaille |
ou la statuette bénite de plomb fixée au chapeau
avec la cocarde blanche. Et le porteur de hoyau
de tout a l’heure se révélait le fusil de chasse au
poing et la poire 4 poudre en sautoir. Mais quela
mes LA CHOUANNERIE - poursuite commence, que le détacheinent des + Bleus ou des gardes nationaux franchisse la haie et tombe sur I’assaillant embusqué derriére, tout — disparait 4 la seconde, fusil, poire a poudre, cocarde, — amulettes, Sacré-Cceur : il n’y a plus qu’un migous quelconque qui, 4 toutes les interrogations, repond - par son décourageant nentenket (« je ne comprends pas »).
‘Les chefs. eux-mémes n’ont pas de costume spécial. Ce n’est qu’aux conférences de la Mabilais ~ qu’on les verra, pour éblouir les Rennaises, arborer de grands feutres 4 plumet blanc, des écharpes de soie blanche, des épaulettes d’or, des bottes 4 revers et y ajouter méme, comme Cormartin, « pour avoir Yair d’un vrai Chouan », le Sacré-Coeur sur la poitrine et le chapelet passé 4 la boutonniére.
En campagne on voit Boishardy, tantét en chasseur, tant6ét en paysan, avec la veste cintrée et le chapeau 4 cuve l’hiver, en berlinge gris et chapeau de paille l’été, comme ses hommes. Saint-Régent . est d’abord en « pelisse de hussard jaune et garnie d’hermine, pantalon de peau, gilet moucheté couleur café », débris de son équipement d’officier de l’ancien régime. Et l’on peut douter, malgré la caution d’Hugo, que Beauvilliers se battait en robe de procureur, un chapeau de femme sur son bonnet de laine, mais il est certain qu’on vit plu- — sieurs fois Carfort, pour pénétrer dans des bourgs ~ suspects, costumé en paysanne, avec la coiffe et le jupon de droguet. Ruses de guerre qui ne trompaient que les patauds. Le seul i insigne commun a tous les chefs chouans parait avoir été la plume blanche au chapeau : dans les troupes de
ees a EA VIE SECRETE.
Peisbardy, © ce. Pipi non identifié qui passait pour. Jersyen et qui, plus probablement, d’aprés son sumom, diminutif familier de Pierre en bas-
breton, était un petit gentilhomme du Trégorrois, Bs i
n’avait pas d’autre marque distinctive de comman-
~ en l’absence de son chef. Ce n’est qu’au moment
ede Quiberon et plus tard, en Normandie, avec 'Frotté, qu’un uniforme fut porté par les Chovans : | encore les bandes de Cadoudal rejetérent-elles bien vite cette livrée écarlate qui leur donnait . trop l’apparence d’un corps a la solde de l’Angle-
dement dans les rassemblements qu'il présidait
terre. Chez Frotté au moins, l’uniforme et Péqui- as
pement gardaient quelque chose de national
étaient la carmagnole 4 raies, plus un « chapeau ae
- rond couvert de toile cirée jaune ou verte », une - giberne, un sabre, un fusil a | deux coups et des Bebe .
‘Surles.campsou campements chowans, iln’ ee nas Pitas facile de se faire une opinion précise que sur les costumes. Peut-on méme dire que ce fussent la des camps? Ce sont tantét des carriéres abandonnées comme les caves de Laudéan, dans la forét ©
de Fougéres; tantét des souterrains de fraiche ee
date comme ceux d’Hubert dans la forét de Vitré,
aménagés en dortoirs au revers d’une faible €mi-
nence et ottl’on n’accédait « qu’aprés avoir marché plus de cent pas dans un ruisseau » (Pontbriand) ; tantét une série d’alvéoles « profondes, recouvertes de branchages » et creusées derriére le rempart de quelque talus, comme 4 Saint-Bily (Le Falher); tantdt des « baraques de planches », sept ou huit, avec « chacune vingt-cing couchettes », comme are
* - Bossény (Lenotre) ; tantét enfin (mais ealepenk
~ 4 eee
oa LA CHOUANNERIE
é aprés des razzias républicaines ou en cas d’émi-
gration) de vrais villages sylvestres comme celui
qu’a décrit Souvestre sous le nom de Placis de la
Prenessaye et ot cent huttes de charbonniers, —
dans une clairiére, entouraient quelque grand chéne druidique exorcisé par les saintes images et l’autel ' de verdure qui s’adossaient 4 son tronc. Mais la plupart du temps, quand le signal du « rassemblement » les tirait de leurs chaumiéres, les Chouans
ne s’embarrassaient point de tout ce luxe : la nuit venue, si le temps était propice, ils se roulaient a la
belle étoile dans leur peau de bique et, au cas contraire, empruntaient le paillis ou le grenier d’une ferme voisine. Des grand’gardes, on ne prenait
méme point toujours la peine d’en poster; les
enfants, alertés, surveillaient les routes et, au premier bruit d’une troupe en marche, détalaient vers le camp en criant : « la Nation! »
Quant a la consigne donnée a ces troupes hétéroclites, si rebelles 4 toute discipline, mais animées du méme esprit de représailles, elle variait aussi ~gans doute selon les heures et les chefs : un Boishardy n’a pas l’humeur féroce d’un Jean Jan ot d’un Coquereau. Il semble pourtant qu’a l’heure ot nous sommes parvenus elle ait été 4 peu prés
la méme sur toute la ligne : « Pas de quartier! » ‘
La Terreur blanche, aprés la Terreur rouge, que sa frénésie sanguinaire avait fini par étouffer, pour en finir plus vite éprouvait a son tour le — besoin de frapper fort. Elle y était encouragée par la dépression méme qu’elle sentait chez sa rivale, par les grincements qui se faisaient entendre un
dénonciations, entre-baillaient la porte des prisons,
en attendant de remiser au grenier la guillotine.
Tl était trop tard et il y efit fallu d’autres
mesures que la clémence précaire dont elles se
targuaient envers quelques suspects : le couperet - restait toujours suspendu sur la téte des prétres
' insermentés; les réquisitions, le maximum et le cours forcé n’avaient pas arrété leurs effets. Plus
de transactions commerciales entre les villes et les
- campagnés qui, réduites elles-mémes a la portion -
congrue, gardaient jalousement pour elles le peu
e de blé noir et de bestiaux étiques qu’elles arri-
vaient A soustraire aux réquisitions. On ne sait. pas assez que toute la France, pendant ces années qui devaient ouvrir l’ére de la félicité universelle,
- mangea du pain gris et quelquefois méme ne
3 2 OLA. VIE SECRETE es peu Seadouk: dane la machine sévolutionnaire ee:
-usée par ses excés. La réaction thermidorienne __ commencait : les villes, sofiles de sang, de
mangea pas de pain du tout : les campagnes se
contentaient d’une bouillie de sarrasin, seule nourriture 2 peu prés connue d’elles et quientraina
Veffroyable dysenterie des armées vendéennes
obligées de se contenter de cet indigeste brouet
dont elles n’étaient point coutumiéres. Plus de
-bestiaux, partant plus de cuir; plus de fer méme —
- pour labourer le sol. Le directoire. de Dinan, interpréte de la détresse des communes rurales
du district, gémit prés de ‘Lecarpentier sur « la disette affreuse ot elles se trouvent d’instruments aratoires, le fer étant mis en réquisition de toutes —
parts pour fournir des armes 4 la République... Et cependant les campagnes languissent, les terres
he ite a y eo ee ht ee
‘restent incultes ». A la disette du fers aioute celle
des bras, réquisitionnés eux aussi pour la défense
des frontiéres : « l’ensemencement du blé noir » est — ainsi mis lui-méme en péril et l’on prévoit que, Vhiver suivant, il faudra se contenter de poisson ~
séché, de « barriques de sardines de Concarneau ». Les! villes en sont réduites pour se sustenter aut ‘systéme primitif des échanges. Port-Malo propose de céder aux Dinannais, contre
tel autre aliment qui lui manque, « quelques
bocaux de riz », du fromage de Hollande, des
« carteaux de boeuf d’Irlande »; Dinan, a son
tour, propose 4 Bécherel de lui céder contre de la farine et du blé « du poisson salé, sardines, harengs ».
Comment la foi révolutionnaire, Moedenty convic-
tion républicaine de naguére, etit-elle survécu a un tel désarroi? Elle survivait pourtant, mais
atténuée, ramenée a une formule plus conciliante, voisine de la formule girondine, dans les municipalités des villes et des bourgs. Et, méme dans
les campagnes bretonnes, on le verra, toute affec-
tion pour le régime qui a supprimé les servitudes féodales, linsupportable tenue convenanciére, n’est pas éteinte. « La Révolution et nos prétres »,
ce cri des municipalités rurales de l’an III traduit
exactement le sentiment de l’ensemble du terri-
toire paysan. Mais cette concession supréme, qu’il lui faudra bien faire un jour — et assez prochain —
pour avoir la paix, la Révolution.ne peut pas se décider a la faire tout de suite; elle n’a plus qu’un fétichisme, mais elle y tient : elle est violemment
anticléricale ou, pour mieux dire, anticatholique,
fe
ous CHOUANNERIE Rate!
igi iil