LES CONFERENCES DE LA MABILAIS
D’ailleurs, si tout est prét ici, tout est 5 a faire 4 Londres, 4 commencer par la consécration de ses pouvoirs, et ses lieutenants
(> *> bien sur quoi compte Puisaye.
devront se contenter jusqu’a son retour de recruter —
et d’entrainer leurs bandes; ce sera, pour quelque temps encore, la guerre de clair de lune, coups de main, rafles, arquebusades de prétres mariés, ' @agents du fisc, de maires sans-culottes, d’acquéreurs de biens nationaux, la petite guerre brigande,
préface de l'autre, la guerre stratégique au grand — ‘
jour, avec armées réguliéres, tambours, fifres, pavillons déployés, dont Quiberon donnera le
signal et qui consommera la déroute de l’infernale
République.
Avant de partir, il rassembla une derniére fois.
ses officiers au quartier général du chevalier de — Chantreau, « pour connaitre avec eux la conduite — a tenir pendant son absence ». Un de ses affidés,
Mathurin Dufour, marin de Saint-Coulomb, plus tard colonel, s’occupait de lui trouver une barque
Spa tat Rae A a hy yr
- ceinture de tentes dressées 4 cinquante pas l’une
de Vautre et occupées chacune par quinze hommes ~ sous le commandement d’un officier », Pour déjouer
cette double surveillance, on devait attendre la
-conjonction d’ « une nuit trés sombre » et d’une
FERENCES DE ee MABILAIS PS
pour passer a Feasey. Ce n était pas. aisé, avec les patrouilles des chaloupes canonniéres et une c6te —— gardée, dit Dufour dans ses Mémoires, « par une
ou
mer démontée, ot les canonniéres cherchaient —
Vabri; mais il restait toujours 4 traverser la ligne |
des tentes, ce qui ne se pouvait faire qu’ « 4 plat —
- ventre, le fusil armé et en banderole », prét a a répondre par une décharge au qui-vive des factionnaires. Probléme difficile. Concédons en sus (on
parlera tant de la lacheté de Puisaye !) qu’il requé-
trait quelque courage de ceux qui s pie “
asa solution.
Les quinze jours demandés par Dulows pour Q
trouver un canot et des conditions favorables
a VYembarquement de son passager ne furent — pas perdus pour celui-ci, qui acheva de prendre
langue et de tout régler avec ses interlocuteurs : il fut convenu, précisé et répété jusqu’a satiété
dans les derniéres conférences qu’on réserverait ©
toute action importante jusqu’a son retour et ‘qu’on se contenterait d’ici 1a de continuer a « tra-
vailler » la province sans trop l’alarmer, multipliant
les approches sournoises, organisant une espéce
d’interdit des villes, surtout qu’on ne laisserait pas filtrer le bruit de son départ pour l’Angle-—
terre. Un conseil de chefs, composé de Boishardy, C
de Chantreau, de Jarry et de 1’ex-constituant
- girondin Le Deist de Botidoux, que Puisaye avait
connu 4 Caen et qui était passé aux royalistes,
devait pendant son absence pourvoir aux besoins les plus pressants. La caisse de l’association était
abondamment garnie d’ailleurs : au seul. Boulainvilliers, qui se donnait du prince de Croy et qui n’était qu’un chevalier d’industrie vivant aux crochets de Mme de Forzan, Puisaye remettait pour ses troupes 50000 livres que le coquin oubliera de leur distribuer : Guillemot l’en fera souvenir par deux balles dans le dos. Cependant il fallait un major général pour conduire les délibérations du conseil. Mais, sur les entrefaites, Prigent débarqua au Q. G. de Chantreau avec - trois nouveaux émigrés qu'il amenait de Jersey : Chabron de Solilhac, le chevalier de Jouette et -un inconnu qui se donnait du baron, comme Boulainvilliers du prince, pour avoir trouvé dans le douaire de sa femme, veuve du sieur de Sercy et propriétaire en Bourgogne, une terre de Cormartin.
Son vrai nom était Dezoteux (Pierre-Félicité). Ancien officier de dragons, les choses de la guerre © ne lui étaient pas complétement étrangéres : il avait voyagé, poussé une pointe chez les insur- | gents d’Amérique et servi en 1791 4 l’état-major de Bouillé. Un certificat en faisait foi. Ce certificat et une recommandation du « Conseil des © princes », qui lui avait confié de vagues missions dans les Cévennes et en Vendée, n’auraient pas suffi 4 le faire appeler par Puisaye a la direction, méme temporaire, des affaires de Bretagne; mais Puisaye n’était peut-étre pas trés soucieux de nommer a ce poste une personnalité trop en relief,