‹ La Chouannerie: Blancs Contre Bleus 1790-1800Chapitre 17 sur 36 · CONFERENCES: DE LA ‘MABILAIS · texte numérisé non relu

CONFERENCES: DE LA ‘MABILAIS

laconique : « Repousser PAtemaene, rallier la Vendée [on enveloppait sous ce nom tous les départements insurgés] et fondre sur 1’Anglais »,

- répondait pleinement aux propres vues de la

Convention régénérée : Lazare Hoche, le vainqueur de Weerth et de Freeschwiller, détenu la veille ala Conciergerie. Il y avait été jeté par Saint-Just

qui le détestait, mais lui-méme, par ses délations, avait causé la perte de Colaud, de Souhan et, aprés Quiberon encore, il dénoncera Kléber comme «un des ennemis les plus redoutables du Direc-

toire ». Il n’était pas sans tache. Il flatta Marat, il fleureta avec Barras. Marié du mois précédent

~ A une jeune Thionvilloise de seize ans, Adélaide

- Dechaux, il l’aimera, la cajolera et la trompera sans scrupules. Tout cela, c’était les mceurs du temps. En outtre, une telle séduction émanait de ce beau guerrier a l’ceil brun et aux cheveux bouclés! Mais le fond chez lui était humain, généreux, dans la mesure ot ces sentiments peuvent se concilier avec les exigences du métier militaire et le souci de l’avancement. Moins géné aux entournures ou plus naif, Boursault, dans tout le feu de son apostolat, allait jusqu’a 1éclamer pour les insurgés la « liberté des cultes », le rétablissement immédiat des autels. Comment ne pas se flatter qu’avec de tels hommes le terrible malentendu qui divisait la nation serait bientdt dissipé?

Encore fallait-il n’avoir point affaire 4 des coeurs trop aigris ou a des esprits trop échauffés. Tant de sang avait coulé et qui criait vengeance! Tant d’ambitions s’étaient révélées chez ces petits hobereaux ou ces simples paysans promus colonels,

Ba: messages du « cher ami »! L’amnistie accordée

maréchaux de camp, méme fieviteuantseepetane

et a qui le comte d’Artois prodiguait dans ses

a tous les insurgés, les prisons ouvertes, la réquisi-

tion suspendue, l’exercice du culte toléré, sinon -autorisé, les campagnes indemnisées, la signature des représentants du; peuple au complet s’offrant en garantie de l’exécution du pacte de réconciliation soumis a4 l’agrément des chefs chouans et vendéens, ces réalités immédiates, si précieuses - qu’elles fussent, compensaient-elles la perte de l’'immense espérance a quoi l’on renoncait? Chacun des intéressés se posait la question et la résolvait a sa maniére : Charette et Boishardy penchaient pour Vaccommodement; Stofflet, Guillemot. et Cadoudal opinaient contre. Mais les circonstances, la encore, servaient singuliérement la politique de la Convention, car celui de ses adversaires qui, en l’absence de Puisaye, devait lui opposer la résistance la plus acharnée et décider de la résistance des autres, Cormartin, fut, par une rencontre proprement inouie, le premier et le plus empressé a recevoir ses ouvertures.

L’Agence royaliste, hostile par principe 4 tout ce qui émanait de Londres, l’y avait sans doute incliné par un de ses agents, Duverne de Presles, que Fouché fera entrer plus tard dans sa police; mais lui-méme n’éprouvait que trop de propension as’engager dans les voies obliques, et, pour doubler Boursault dans sa propagande pacifiste, peut-étre avait-il d’autres raisons encore, dont le piétre

état de ses finances. D’aucuns, comme d’Andigné, —

Vont cru sincére, Et il y eut des moments ou il

Too

semble Payor été : it avait la Pirie ee mais elle séchait vite et, plus qu’ une simple girouette, | c’était ’ homme a deux faces qui se montre dans la lettre 4 Puisaye du 31 décembre 1794 :

- « Jamais nous ne traiterons. Nous allons amuser, Bet, malgré les obstacles réitérés qui m’entourent, je vais porter la lettre 4 Canclaux [qu’on pensait acheter] et lier correspondance avec Charette. » — Le 15 mai suivant, au lendemain de la Mabilais, il rédigera, pour les représentants, l’adresse — fameuse 4 la Convention : « Législateurs, nous | avons signé la paix, nous ne devons plus faire qu’une seule et méme famille, etc. » 30 000 livres qu'il a touchées en numéraire, 450 000 en assignats Yont affermi dans ces sentiments pacifistes. Mais une semaine ne sera pas écoulée qu’il écrira du cha- ~teau de Cicé au comte de Silz et au conseil royaliste du Morbihan pour prier 1’un de lui envoyer

sa signature en blanc, l’autre de différer a se remet-

tre en campagne jusqu’a l’heure du soulévement général. « Quelque pénible que soit la dissimula- tion, tout nous y contraint », disait la lettre. Et - il poussait Vimprudence jusqu’a donner a son ; correspondant, sur la suscription des dépéches, ses noms et titres nobiliaires.

Le mieux qu’on puisse dire, avec Guillaume

Le Jean, d’un tel niais cousu dans la peau d’un Machiavel, c’est que c’est un vaniteux (ambitieux est trop beau pour lui), qui ne voit dans le com- mandement d’une province qu’un uniforme a effet, dans la signature d’un traité que l’occasion

de parader en musique, — aprés avoir passé a la caisse, — une variété nouvelle du bourgeois — tor

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LA CHOUANNERIE (9°20) 4q gentilhomme, militaire, diplomate, libertin et ? ptofitard, et, pour dernier trait, le seul Chouan ~ de marque — ou de contre-marque — que la République ait dédaigné d’envoyer a la guillotine. quand elle le tint sous les verrous.

Mais les représentants de la Convention, eux, Bancelin au premier rang, qui, dans les conférences préliminaires au traité de la Mabilais, dirige les . débats et trop souvent flotte 4 leur remorque, - sont incontestablement sincéres, sincéres jusqu’a -la candeur : une volonté inébranlable de paix, de rapprochement et de réconciliation des partis, est en eux comme chez Boursault, comme chez Humbert, l’adjoint de Hoche, comme chez Hoche lui-méme, si forte qu’elle leur fait fermer Voreille et les yeux 4 tous les démentis de 1l’expérience. Boishardy peut fondre sur Jugon au petit jour, le 16 décembre, y désarmer la garde nationale, briler les registres de la maison commune, abattre Varbre de la liberté et s’en retourner vers sa bauge de Bréhant avec « deux voitures d’effets pour la 17° brigade »; un poste peut étre enlevé vers le méme temps sous le fort Penthiévre, 4 la barbe des canonniers; Bignan, voir le massacre d’une colonne républicaine dont Cadoudal d’ailleurs renvoya généreusement au général Josnet les onze survivants faits prisonniers; Basset, le seul clairvoyant des représentants en mission, dans l’Tlle-et-Vilaine, peut écrire, a la date du r9 novembre : « Depuis deux mois, plus de deux cents patriotes [vingt et un, rien que du 12 octobre au 5 décembre dans le seul district de Fougéres », presque tous fonctionnaires publics », précisera

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