‹ La Chouannerie: Blancs Contre Bleus 1790-1800Chapitre 19 sur 36 · LA MORT DE BOISHARDY · texte numérisé non relu

LA MORT DE BOISHARDY

tants, que leur réaction fut aussi foudroyante que la découverte qui l’avait provoquée, et jamais situation ne fut retournée avec plus de

ae eT faut reconnaitre, 4 la louange des représen-

A ee Cela commence le 26 mai par l’arres-

. tation de Cormartin et de ses lieutenants Solilhac, - Jarry, Saint-Gilles, etc., a la sortie du diner que leur offrait le représentant Bollet. Puis, sans prendre la peine de dénoncer la rupture du traité, Josnet, avec trois colonnes, tombe, le 27, sur le

vieux Silz au chateau de Penhouet, prés de Gran-

champ, et le fait sabrer par ses hussards; le 30, il déloge a la baionnette Lantivy-Kervéno des « tailles » de Saint-Bily et lui tue 250 hommes. Long cri de rage, de vengeance, dans tout le Morbihan et qui se répercute jusqu’aux extrémités des territoires insurgés. Mais on n’était pas sur

ses gardes ou on. ne 1’était pas assez; mais la poudre manquait et, en faisant « fricasser » sur une poéle celle, un peu humide, que lui avait | remise un bateau anglais, Guillemot, 4 Dronidan, déterminait une explosion générale qui tuait

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vingt-deux de ses hommes et le blessait griévement.

Que devenir sans munitions? Une expédition — Lune des plus audacieuses du genre en raison de la distance 4 parcourir (trente lieues, presque tout un département) — est décidée sur la manufacture de Pont-de-Buis qu’enléve Lantivy, assisté des bandes de Leisségues, Videlo et du Chélas : comme butin, huit barriques de poudre, et voila la fusillade rallumée dans tous les fourrés de la péninsule. Cependant Caqueray, avant méme la rupture, était cerné et tué prés de Redon; Coquereau, vers Craon; Tristan l’Hermite et le comte de Geslin, aux environs de Laval; Doisy, l’adjudant général de Frotté, se faisait prendre prés de Caen et le méme sort attendait Boisguy prés de Fougéres, si, prévenu a temps, il n’avait pu s’échapper du piége en démolissant la colonne lancée a sa poursuite. La plus déplorable et la plus innocente victime de ces sanglantes représailles fut sans conteste Boishardy.

Ses hommes croyaient qu’il avait une « recette » pour enchanter les balles, mais elle ne devait pas valoir celle, si simple, de Jean Rohu, le lieute-

nant de Cadoudal, qui consistait 4 réciter chaque

matin, en chargeant son fusil, un De profundis pour les ames du purgatoire. Et le fait est que Jean Rohu mourut dans son lit, le 20 aofit 1849, comblé d’ans et méme d’honneurs, bien qu’il fait ‘passé aux gages du préfet Julien, tandis que Boishardy, le « sorcier », tomba le 15 juin 1795, aux issues d’un labour, n’étant encore que dans

sa trente-troisitme année. « Trente-trois ans, —

l’age du sans-culotte Jésus, l’Age fatal aux révo-

f Fontisives », déclamait devant ses juges Camille a - Desmoulins. C’est aussi quelquefois — Charette, aprés Bonchamps et Boishardy, le montrera — un age fatal aux représentants des anciens partis. - Rien n’a changé dans le Mené, la région inté- — tieure des Cétes-du-Nord ot opérait Boishardy : les gentilhommiéres tapies sous les chénes, les vallées tendues de brume, les landes jaunissantes au flanc des collines rocheuses, les villes méme,

Te . MORT DE BOISHARDY ae

Moncontour, Quintin et leurs architectures du

temps des Bourbons, tout est intact. Cherche-t-on celui qui, cing ans, fit la loi dans ce léthargique -toyaume? Une croix de pierre, sans fit, enfouie dans le « fossé », au bord de la route de Moncontour, s’appelle la croix de Boishardy, mais il faut étre -du pays pour le savoir. Pas une date, pas un nom. ~L/anonymat le plus complet. Tristesse.

L/homme qui tomba prés de la, devant la bréche du champ de Francois Verdes, fut pourtant une des gloires de la Chouannerie, et son modéle pour Yesprit chevaleresque, sinon pour la continence, car Souvestre, d’accord avec la tradition locale, lui attribue presque autant d’aventures galantes qu’a Charette, si peu de sa terre au surplus! D’Elbée, La Rochejacquelein, Bonchamps, Cathelineau, Lescure, 4 la bonne heure. L’austére vertu du sol vendéen est en eux; il n’y a pas de « femmes » autour d’eux ou bien ces femmes sont des méres, des épouses, des sceurs; la Vendée est une croisade et 14 seulement, suivant la profonde observation

d’Fimile Gabory, le nom de saint a pu étre donné

sans trop d’exagération a un Lescure, « le saint du Poitou », ou a un Cathelineau, « le saint de

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pose CHOUANNERIE-

Y Anjou ». On ne voit point en retour que personne

ait songé 4 canoniser Frotté, fils de protestants et

qui ne brilait que d’un amour modéré pour la foi ©

catholique, ni Tinténiac, le chouan-chevalier, ni

cable, ni Cadoudal lIui-méme, ce Danton des

bruyéres morbihannaises, ni Boishardy, figure plus

-nuancée, plus complexe peut-étre, au moins vers la

ey

*“aprés qu’il a fixé un grand crucifix d’étain au hétre

fin et dont quelques traits tenteront Balzac pour son marquis de Montauran. Mais quoi! Boishardy,

*” de son cantonnement, se tient quitte du reste et

continue de courir la pretantaine comme devant. Nous ne devons point sans doute une confiance

Guillemot, le « roi de Bignan », le justicier impla- 4

OR eae

entiére a Souvestre qui romancait plus qu'il qi

n’écrivait l’histoire et que des scrupules, parfaitement respectables, inclinaient par ailleurs 4 modifier certains noms portés encore par des vivants. « Mme Catherine », avec son élégant

costume de drap bleu garni de brandebourgs, son —

chapeau a plume blanche, ses bottines 4 frange —

d’or et sa carabine incrustée de nacre, surtout

son air de Diane adolescente, son gofit de Vintrigue et sa passion de l’autorité, n’en a pas moins chez —

lui, 4 défaut du nom, tout l’essentiel du caractéte

que ses plus récents biographes prétent A José

phine de Kercadio, « Mme Fine », l’amazone de seize ans qui accompagnait Boishardy, quand au

petit jour, dans une pommeraie ot il avait accroché

son hamac, il fut surpris par le détachement du féroce capitaine Ardillas. Du premier coup d’ceil, dit Souvestre, on reconnaissait, en arrivant chez

Boishardy, « celle de ses mattresses que ses soldats

aux appels de sa mére, internée A Lamballe et qui la suppliait de la tejoindre, de cesser sa vie de. casse-cou; son emprise était telle sur Boishardy

qu'elle Vobligea de l’emmener aux conférences de —

la Mabilais, ot sa présence étonna les chefs chouans “réunis a l’appel de Cormartin. La suite des aventures de cette Clorinde armoricaine n’est pas beaucoup faite pour la relever 4 nos yeux quand

on la voit, un an aprés l’assassinat de son amant —

et grosse de six mois, convoler en justes noces

avec son lieutenant Hervé du Lorin, puis troquer

celui-ci contre Benteau, qui deviendra général et baron de l’Empire. Excellent du Lorin, qu’une pension de 300 livres rendit le plus -souple des époux! Aprés quoi il est malaisé de prendre José- -phine de Kercadio pour une Virginie, une Agnés.

Mais Boishardy, lui, a fait l’unanimité sur son —

nom. Ce petit gentilhomme campagnard, lJancé aux trousses de ses briquets, se révéle, l’occasion venue, un entraineur d’hommes extraordinaire,

tour 4 tour passionné, mordant, spirituel, en méme —

temps qu’un manceuvrier de buissons sans rival ; c'est Achille pour la bravoure et c’est Ulysse pour la fertilité des inventions, comme ce jour ot il se ‘rend au marché de Lamballe, dont les gardes nationaux le cherchent partout, un panier sur Pepaule et grimé en marchand d’ceufs. Sa téte est mise 4 prix et il pourrait user de représailles -

mais qu’il tienne entre ses mains l’homme qui

‘s’est installé dans son patrimoine confisqué, il

se contentera de lui botter les fesses; qu’un ravitailleur passe, menant des beeufs aux patriotes

Selene: surnommée la eee » Elle retait oe :

arp

“LA CHOUANNERIE ~ ae lorientais, et il lui délivrera un sauf-conduit, « ne voulant pas, dit-il en riant, faire main basse sur les boeufs destinés 4 de pauvres bougres de révolutionnaires qui crévent de faim ». Comment cette franche et loyale nature ce goguenard compa- — gnon, tout en dehors, s’assombrit-il brusquement? Le fait est 14, constaté par d’Andigné et par bien | -d’autres. D’Andigné avait trouvé Boishardy dans son réduit du Mené, changeant de gite chaque nuit, — pouvant mettre sur pied en vingt-quatre heures douze cents Chouans et retardant toujours de les convoquer.

~« L’indécision que je remarquai chez lui, observe d’Andigné, me laissait des inquiétudes... Hoche n’avait rien négligé pour se l’attirer. L’espéce de © nonchalance 4 laquelle il s’abandonnait semblait un pressentiment du sort qui l’attendait. Deux jours aprés notre entrevue, il fut surpris et mas- — sacré. » é :

En somme, si d’Andigné dit vrai, Hoche, auquel il faut ajouter Humbert, avait réussi 4 troubler — cette conscience jusque-la si limpide et non pas — sans doute a la gagner aux idées républicaines, mais a la rendre quelque peu perplexe sur ses — obligations de Francais. Au lendemain de la Mabi- — lais, 4 la veille de Quiberon, ot était le devoir? En attendant, Boishardy et Joséphine songeaient a régulariser leur liaison; la bénédiction nuptiale — devait leur étre donnée, la nuit suivante, dans une chapelle de la montagne : un traitre, dit-on, les vendit, le propre « domestique » de Boishardy, suivant Alphonse Beauchamp, qui, si prés des évé- nements (1805), nous étonne encore parlasfiretéde —

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