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franco- anglaise cinglait vers un point aa littoral,
mais ni lui, ni petsonne, pas méme la « petite 4 =
Lise », déja peut-étre au service de Hoche et si © experte A confesser les gens, ne savait au juste ©
lequel : le 22 juin, aprés avoir essayé de barrer la route a l’escadre de lord Bridport qui précédait
le convoi, Villaret- -Joyeuse s’était heurté dans .
les eaux de Groix a toute la flotte britannique
commandée par sir John Borlase Warren sur ~ qui s’était repli¢é Bridport. Quelques volées le |
balayérent. La route était libre et, le 25 au matin,
la flotte britannique se présentait devant Quiberon;
le soir elle y mouillait sur rade. C’est A sa rencontre que se portait la migration de peuple signalée 4 Roman qui tenta bien, avec 900 hommes — tout ce qu'il put rassembler, — de couvrir Carnac,
dont le poste, trés faible d’ailleurs, ainsi que celui
du tumulus Saint-Michel, relevait de son comman-
-dement. Mais les deux postes étaient déja tombés.
D’Allégre et Bois-Berthelot avaient pris Carnac;
Tinténiac et Rohu, la butte Saint-Michel, au haut ‘ de laquelle, faute d’étamine fleurdelysée, Tinténiac —
hissait a la drisse du pavillon un drapeau blanc
taillé dans sa chemise. Cadoudal et Mercier La Vendée accouraient; ils avaient regu quelques — jours auparavant des armes et des munitions — par d’Allégre et Bois-Berthelot que leur avait
dépéchés Puisaye sur une frégate : pour regagner Auray avec les débris de sa colonne, Roman dut
se faire jour a la baionnette. Il trouva dans Auray
les cent cinquante hommes du poste Sainte- “ Barbe qui, sans attendre l’attaque, s’étaient
tepliés : la défense de la presqu’ile n’était plus —
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assurée ‘que par ses garnisons intérieures, Quiberon: S = Orange, Beg-Rohu, le Fort-Neuf, surtout le fort — Sans-Culotte, ci-devant Penthiévre. Mais ces forts et fortins ne paraissaient guére en état; leurs batteries portaient tout juste 4 400 métres. Pas de vent, une mer sans ride : le débarquement des troupes franco-anglaises sur la plage de Carnac pouvait s’opérer sur l’heure en toute sécurité. -Puisaye était done parvenu 4 ses fins. La ot le marquis du Dresnay, Frotté, La Robrie, Mallet — du Pan, Botherel, Mgr de La Marche, dix autres s’étaient vus rebutés, son génie informé, les merveilleuses. ressources de sa diplomatie enveloppante, lui ouvraient tout de suite les bourses et les coeurs : dés le 15 octobre 1794, le comte d’Artois reconnaissait Puisaye comme lieutenant. général au service du roi de France de l’armée catholique et royale de Bretagne; en décembre de la méme année, Wendham.et Pitt adoptaient son plan. d’intervention franco-anglaise; un moment désargonné par la nouvelle des traités de la Jaunaie et de la Mabilais, puis mieux renseigné sur la valeur de ces engagements, l’habile homme remontait — bien vite en selle et y faisait remonter avec lui les ministres anglais dans l’esprit desquels Agence royaliste de Paris travaillait vainement 4 le ruiner. Tout semblait céder 4 ses désirs et il n’y avait pas d’obstacle qu’il ne parvint 4 surmonter ou 4 tourner : au mois de mai 1795, la premiére division francaise de débarquement (cing régiments dont un, le Royal-Marine ou régiment d’Hector, comprenant l’élite de nos anciens officiers de vaisseau) était sur pied, les cadres au complet, l’artillerie
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eppprovelontide’ les aniteriies ine couleurs des deux nations) distribués : tricorne, veste, pantalons blancs et casaque rouge a cocarde blanche; 1a a __ souplesse, Ventregent de Puisaye avaient eu raison de la jalousie et de l’esprit individualiste de ces - gentilshommes dont pas un ne voulait céder A - Yautre et ne se sentait apte aux grades inférieurs, mais qui acceptérent comme une transaction honorable de former un corps de volontaires;
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on avait comblé les vides — les trop grands vides —
de certains régiments avec des prisonniers répu- blicains, grave faute, cette fois, l’enrédlement ne s’étant pas fait de bon gré, mais sous « menace », © - de l’aveu méme de Pémigré Berthier du Grandry; la flotte britannique destinée 4 débarquer ces’ corps sur le continent et a les soutenir du feu de - ses canons était la plus imposante qui se fit depuis longtemps réunie 4 Portsmouth (prés de « cent voiles »); la masse de vivres, de munitions, de harnachements, de matériel, dont elle sera frétée cap et queye, étonnera justement les républicains | qui devront mobiliser pendant quinze jours 4000 chariots pour l’emporter; Puisaye enfin, le 6 juin, recevait officiellement du ministre de la Guerre Wendham le commandement en chef de cette expédition pour le succés de laquelle 1’Angleterre n’avait rien ménagé, bien loin qu’elle ait nourri le ténébreux dessein de la faire échouer, Seulement, comme il fallait tout prévoir, la capture ou méme la mort de Puisaye, un adjoint militaire, © ‘le comte d’Hervilly, lui était donné qui, d’aprés -Wendham, ne devait avoir que le réle et les pouvoirs de second et qui, par l’inadvertance, selon
- LA CHOUANNERIE les uns, par la fourberie du gouvernement anglais, selon les autres, se révéla, au cours de la traversée, investi d’une autorité égale a la sienne. Lexpédition, en un mot, avait. deux tétes : dés ce moment, elle était perdue.
Pour dégager la responsabilité des gouvernants anglais, Gabory, qui le premier a étudié sur place les documents, met en cause cette singuliére Agence de Paris que Puisaye, soupconné tour a tour de préparet les voies du tr6éne au comte d’Artois, au duc de Chartres ou méme au duc d’York, avait trouvée contre lui dés la premiére heure. II est certain que l’Agence royaliste ne négligea rien pour faire échouer l’expédition et qu’elle y réussit assez bien; il est certain encore que d’Hervilly était sa créature. Quand tant d’autres noms éclatants de l’ancienne armée pouvaient étre proposés a l’agrément des ministres, comment, disent les « puisayistes », était-on allé leur préférer ce petit « officier de détail », routinier, formaliste, empétré de théories archaiques et ne retrouvant quelque souplesse que dans l’intrigue, brave sans doute, méme un peu bretteur, dont le plus beau titre, et peut-étre le seul, était d’avoir refusé de crier a Nantes, devant l’émeute : « Vive la Nation! » sans ajouter : « Vive le roi! » Le fait de s’étre employé antérieurement, comme aide de camp du comte d’Estaing, au service des insurgents d’Amérique ne lui conférait pas une expérience particuliére du commandement, et ainsi en jugérent d’ailleurs un certain nombre d’officiers supérieurs, tels que le comte d’Hector, le duc de La Chatre, le marquis du Dresnay, qui préférérent
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f etacure: en Angleterre plutét que de se plier aux ~ ordres d’un subalterne sans vertu, esprit ni renom.
Mais tout d’abord d’Hervilly n’était point le petit officier qu’oa dit : sa noblesse balancait au moins celle d’Hector que Puisaye avait eu grand
soin d’écarter, 4 cause de ses sympathies pour
Charette, et qui était trop vieux d’ailleurs; d’Andigné lui-méme, tout en contestant que d’ Hervilly efit jamais vu bréiler une-amorce, reconnait qu il avait la théorie de son métier et que sa fermeté
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en quelques circonstances lui « avait créé une
certaine réputation »; ce n’était point non plus un homme sans clairvoyance que celui qui, le 2 mai 1795, mettait en garde les ministres anglais contre l’enrélement forcé des prisonniers républicains et temoignait le « sentiment de peine infinie » que la mesure lui avait causée : cette
raclure de pontons ne le rassurait point et «c'est
introduire dans nos rangs un ennemi », écrivait-il prophétiquement. Et il efit préféré que tant qu’a expédier un corps de sept ou buit mille réguliers en Bretagne ou en Vendée, le cabinet de Saint-James patientat un peu jusqu’a ce qu’on etit assez d’émi-
grés pour composer ce corps. Htait- -ce si mal rai-
sonner méme pour un homme a la dévotion de Vabbé Brottier? Quand il serait vraienfin (ce qu’on peut admettre) que cet homme ait surpris la
confiance de Pitt et de Wendham, il resterait encote a expliquer qu’ils aient pu lui délivrer une
lettre de commission si notoirement limitative des pouvoirs qu’ils conféraient dans le méme temps a Puisaye. Parler de «grattage », de « suppression», de « maquillage » possible de la lettre ministérielle,
“LA GHOUANNERIE.. roe = voire de son « remplacement par un autre texte », n’est point de nature a satisfaire, quand on sait la prudence des bureaux britanniques et le nombre de visas officiels qu’y doivent recevoir les moindres piéces. Le document a disparu sans doute avec d’Hervilly, mais un duplicata devait se trouver dans les archives. S’il a disparu, comme I! original, c’est peut-étre que ceux dont il émanait tenaient faiblement 4 sa divulgation, et le plus vraisemblable en somme n’est-il point que l’Agence royaliste de Paris, qui avait réussi 4 imposer d’ Hervilly a Pitt, était aussi parvenue a lui-faire accepter, comme une mesure de stireté, la dualité de commandement? Se surveillant l'un et l’autre, d’Hervilly et Puisaye n’entreprendraient rien de contraire ~ aux intéréts anglais. Bonne raison. Wendham, mieux disposé pour nous que Pitt, y fut-il luiméme insensible? « J’aurais di trancher la ligne du commandement, avouera-t-il plus tard au comte de La Fruglaye. C’est moi le coupable. »
Quoi qu’il en soit du mobile auquel obéirent — Wendham et Pitt, les conséquences de cet inepte régime ne furent pas longtemps a se faire sentir : ptessés a l’avant des navites, impatients de fouler — cette terre de la patrie que tant d’entre eux, vetérans des guerres de Sept Ans et d’Amérique, désespéraient de revoir jamais, les gentilshommes du corps expéditionnaire eussent volontiers enjambé les bastingages pour étre plus tét a desti-
nation. Puisaye partageait leur impatience : il comptait sans d’Hervilly, « fort acre », dit Vauban, qui exhibe pour la seconde fois (il lavait déja fait en cours de route) sa lettre de commission.
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ews: se récrie. D'Hervilly tient bon. Tinténiac — et Bois-Berthelot qui surviennent joignent leurs
instances a celles de Waren, désireux de mettre 4profit l’absence de vent, le calme des eaux. D’Her-
__-villy n’en démord pas, et le 27 au matin seulement ose
aprés avoir passé la j journée de la veille A promener sa lunette sur les criques, les roches, les moindres accidents d’une céte ott, sauf A Penthiévre, ne se découvrait aucun ennemi sérieux, il se décide 4 donner l’ordre de débarquer. Entre la Mer Sauvage si bien nommée qui le bat vers 1’Ouest et la baie si plane, si lisse, ot est mouillée la flotte anglaise, s’allonge une sorte de grand appendice granitique, | ancien ilot devenu presqu’ile par le colmatage graduel de la chaussée de galets et de sable qu’y a | formée le jeu des marées : c’est Quiberon et sa « falaise »; en face, vers la terre, par dela le moutonnement des dunes, s’étagent ou se détachent des collines hérissées de frustes stéles funéraires, des pitons isolés recouvrant des chambres sépulcrales, un pays d’ombres gardé par des monstres de pierre et dont on redouterait l’approche, n’était la fléche des clochers qui pointe par endroits d’un — pli du sol sans parvenir a a dissiper complétement i VYimpression de malaise causé par ces présences souterraines et par cette faune mégalithique
. c’est Carnac, ses tumuli et ses alignements. D’Hervilly, homme de gofit, doit pester d’opérer dans un pays si peu racinien. Formaliste et tatillon de son naturel, on dirait qu'il raffine encore sur sa méticulosité ordinaire pour obéir aux instructions del’ Agence royaliste qui lui ont bien recommandé de veiller 4 « n’agir que sous sa responsabilité per-
rar
LA CHOUANNERIE 4 -sonnelle, de n’avancer dans l’intérieur que lorsqu’il serait sir du concours de tous et de laisser ainsi le temps 4 M. de Puisaye de démasquer ses plans».
Ce dernier point était peut-étre la grande affaire. Peu confiant par ailleurs et dés l’origine dans le succés d’une expédition numériquement trop faible et ot l’on avait fait entrer tant d’élements indésirables, d’Hervilly congut des doutes plus grands encore a l’aspect des bandes hirsutes au milieu desquelles il tombait : quand il s’attendait 4 trouver des hommes alignés sur deux rangs, la giberne au dos et lui présentant les armes, c’est dans les savanes du Nouveau-Monde qu’il crut avoir remis le pied. Le pays et Vhabitant lui parurent en harmonie parfaite : cela chantait, hurlait, trépignait, brandissait des fourches et des matraques, touchait ses gris-gris, chapelets, scapulaires, médailles bénites, et plongeait soudain dans une sombre torpeur. Beaucoup étaient ivres sans doute, de joie plus que d’alcool. Mais la suite ne vaudra pas mieux et, a peine en possession des fusils calibrés qu’on leur apporte, ces sauvages se mettront a déchirer les cartouches et a faire parler la poudre sans nécessité, pour le plaisir. Un vrai «feu roulant », dit Berthier du Grandry et qui dura « tout le long du jour, nonobstant la défense qui leur en fut faite et réitérée ». L’impression « facheuse » qu’en éprouvérent Berthier et ses amis fut évidemment partagée par d’Hervilly, bien vite persuadé que le concours de telles bandes serait plus « nuisible » qu’utile 4 ses régiments. Avant de les employer, il fallait les dégrossir, les équiper, les instruire. Cela prendrait du temps. D’Hervilly
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SEP - QUIBERON
sae) Quiberon, c’est Trochu au siége de Paris : ni Yun ni l’autre ne croient aux armées improvisées; — lun et l’autre, pour les mémes raisons, se refuse-
ront a la « grande trouée » que réclament les braillards. Puisaye, comme Gambetta, y perdra sa peine. Moins impressionnable ou moins ondoyant et passant outre a l’opinion des émigrés, il efit exécuté séance tenante d’Hervilly. Ainsi en eussent — agi Guillemot et Cadoudal : Puisaye préférarecourir 4 Londres, y détacher un cutter de1’escadre pour demander 4 Wendham de prononcer entre d’Hervilly et lui. Quand la réponse arrivera — par Sombreuil, — la partie sera si bien compromise qu’on pourra l’estimer perdue.
Cependant la foule campée en plein air autour de Carnac, a l’ombre deses mystérieux alignements, n’y comprenait rien : elle attendait depuis deux
‘jours les «libérateurs » qui lui étaient annoncés et.
-qu’un mot d’ordre inexplicable retenait sur leurs
vaisseaux. Ils se détachérent enfin du bord vers la gréve de Por-en-Drou, tout de suite couverte de peuple, les contingents de Royal-Louis et du Loyal-Emigrant dans les premiéres chaloupes, et ce fut a leur approche un déchainement de joie paysanne comme il ne s’en était jamais vu; on criait 4 tue-téte « Vive le roi! Vive la religion! » — les seuls mots de francais que la plupart connussent. | On pleurait, on riait en méme temps; on tendait les mains vers les chaloupes; on fendait l'eau pour les haler sur le sable; on s’attelait aux canons; on efit porté les arrivants en triomphe, s’ils se fussent laissé faire. Mais eux, les émigrés bretons surtout, avides de retrouver leurs pierres grises
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et l’odeur des briuyéres natales, se jetaient a genoux me
en débarquant pour baiser et respirer cette terre . Apre dont ils révaient dans l’exil. Spectacle plus touchant encore: d’une des chaloupes descendit une compagnie de vieux officiers, tous chevaliers de Saint-Louis, dont lVinsigne était suspendu a leur cou par un simple ruban de laine, faute d’avoir pts’en acheter un de soie. Ils portaient le mousquet et touchaient la paye de simples soldats; le moins agé comptait cinquante ans et leur capitaine, —M. de Rossel, en déclarait fiérement soixantedouze.... Ot: Pémotion fut a son comble, c’est
quand parut l’évéque de Dol, Mgr de Hercé,
-« vénérable vieillard a cheveux blancs », mitré, lacrosse en main, et qu’assistaient quarante
prétres en vétements sacerdotaux : d’un méme
mouvement toute cette foule se prosterna, fléchit la téte pour recevoir sa bénédiction. Cing ou six mille Chouans des nouvelles levées, derriére elle, dans la méme attitude, contrastant avec la frénésie des démonstrations auxquelles ils se livraient naguére, présentaient au geste du prélat leurs massives encolures, comme ces hordes de fauves qui se courbaient, dit-on, 4 la voix de 1l’ermite Hervé. Le marquis de Talhouet-Bonamour, détaché
par l’Agence de Paris, n’avait pu les convaincre de
rentrer dans leurs foyers: A toutes ses objurgations, ils répondaient par le silence ou en montrant Vhorizon plein de sinistres rougeotments : le bruit courait que Crublier, qui en avait fini avec Boishardy, approchait, et, sachant le sort que ses troupes réservaient 4 leurs pauvres ménages, ils s’étaient hatés d’en distraire le plus précieux,
~ QUIBERON
o Cares, armoires, cami ha pour le mettre, avec = leurs troupeaux, sous la protection de l’armée
toyale. Peut-étre, comme les clans vendéens — dans l’exode sur Granville, méditaient-ils dem-
porter avec eux ces signes de la patrie jusqu’a Rennes, sous les murs de Paris au besoin. Car il | n’y avait pas a craindre cette fois que la marche
en avant fait arrétée et se changeat en déroute : les villes n’attendaient méme pas d’en étre som-
- mées pour se rendre; Auray, la premiére, arborait le drapeau blanc, et sa garde nationale, commandée par le notaire Glain, accourait se donner A Puisaye. — Hxemple que suivraient les gardes nationales des autres villes : les 4000 hommes de l’armée
royale et les 10 000 Chouans des trois divisions morbihannaises commandées par Vauban, Tinté-
niac et Bois-Berthelot, avec d’Allégre, Cadoudal,
Mercier, Jean Jan et Lantivy-Kerveno pour
lieutenants, seraient 50000 dés Ploérmel,« 80 000 », — affirmait généreusement Puisaye a Pitt.
Et comment Hoche, en effet, efit-il pu briser 1’élan d’un tel mascaret? Ses troupes éparpillaient — leurs colonnes le long de la céte, qu'il ne pouvait songer 4 découvrir complétement : Chabot devait défendre Brest « jusqu’a la mort », Aubert-Dubayet —
Saint-Malo, Canclaux Nantes; tout au plus si les
deux derniers pouvaient lui préter quelques — maigres bataillons, tandis que Chérin battrait
le haut pays, avec ordre ay ramasser tout ce qu'il trouverait pour en former a Rennes un corps de six ou sept mille hommes, — Rennes supréme boulevard de la résistance, Rennes ot, Hoche le ctoyait comme Puisaye, se déciderait la terrible.
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‘partie. L/’arrivée de la flotte anglaise devant Quiberon l’avait évidemment surpris et il devait l’attendre sur un autre point de la cdte, puisqu’en doublant les étapes lui-méme n’arrivait 4 Vannes que le 27 au soir, trop tard pour empécher le débar-
- quement. 400 fantassins, 30 cavaliers, c’est tout ce
dont il disposait : il essaie pourtant avec eux, le 28, de pousser jusqu’A Auray et ne va pas plus loin que Pontsall : les Chouans de Bois-Berthelot barraient la route. Il les culbute sans trop de peine, mais suspend la poursuite, craignant d’étre débordé, et rentre 4 Vannes un peu moins inquiet aprés cette pointe téméraire qui lui a permis de se rendre un compte approximatif des forces de VYennemi : néanmoins il alerte le directoire du département et l’invite a rassembler d’urgence ses fonds, ses papiers, pour le suivre éventuellement vers lintérieur. Lorient regoit pareille invitation. Mais, le lendemain, le surlendemain, ni les troupes chouannes, ni l’armée des émigrés n’ont esquissé le moindre mouvement : au lieu de foncer en avant, de «bourrer », comme dira Foch a la Marne, elles demeurent l’arme au pied. Et cependant les ren- forts arrivent 4 Hoche : voici Josnet, voici Drut, voici Mermet, voici Humbert, demain Lemoine, Valletaux. Le 30 juin, Hoche avait déja deux mille hommes sous la main, qui, dans quatre jours, seront treize mille. La situation commence a se retourner et, puisque l’ennemi ne bouge pas et lui laisse tout le temps d’opérer sa concentration, Hoche ne songe plus 4 retraiter; il entrevoit que la décision pourra étre obtenue sur place; il prend ses dispositions en conséquence, fait battre le rappel
p QU IBERON partout, dépéche jusqu’a la Convention pour récla-.
mer de nouvelles troupes — de la cavalerie particuliérement dont il dit avoir grand besoin — et
__vers les représentants pour demander du paindont © il a plus besoin encore. Car on est terriblement rationné dans l’armée des Cétes de Brest : vingt
onces de gruau par jour, et le soldat, que talonne la faim, maraude, pille, torture un peu, si lon résiste, égorge tout a fait, sil’on s’obstine. Tallien, a défaut de farine, dont on manque a Paris autant que dans le Morbihan, lui apportera de l’eau-de-vie — par tonneaux : on ne sait pas encore que I’alcool: est un aliment, mais on fait comme si on le savait. Et, en dernier recours, pour enlever ses hommes, Hoche n’a qu’a leur montrer dans le camp royaliste les immenses réserves de provisions débarquées par la flotte anglaise et a leur dire comme Bonaparte aux troupes d’Italie : « Tout cela est A vous. Vous n’avez qu’a le prendre ». Dés le 30, il fait attaquer Tinténiac 4 Landévant par les bataillons faméliques de Josnet. qui lui enlévent ce poste avancé; Bois-Berthelot, 4 son tour, est débusqué d’Auray qu ‘il reprendra, comme Tinténiac, en traversant a la nage deux bras de mer, reprendra Landevant, mais d’ott Mermet le délogera définitivement le 3 juillet. L’un et l’autre, le premier surtout, - trop en fléche, ne pouvaient résister sérieusement s’ils n’étaient épaulés par quelques bons éléments ‘de troupes soldées. D’Hervilly leur fit espérer trois ou quatre centaines de grenadiers et n’envoya rien. Ii n’est pas guéri encore de ses préventions - contre les Chouans, préventions 4 peu prés géné-. rales, on le sait, chez les émigrés du corps de débar-
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LA CHOUANNERIE a
quement, et ni tui ni eux n’en quiesidete de sitet. Ce bon chrétien de Jean Rohu, un peu enclin a la - bouteille comme tous les Bretons et qui se garda honnéte tant qu'il put boire a sa soif, raconte que - Georges — on commengait d’appeler ainsi Cadoudal — l’avait envoyé porter un message a d’Hervilly, au bourg de Carnac. Il vidait chopine dans - lantichambre, en attendant la réponse du général, quand survinrent deux émigrés qui tournérent - curieusement autour de lui et dont l'un dit a - Yautre :
— Qu’est-ce que cela?
— Un Chouan apparemment. On ne voit que cela ici.
— Prenez patience, messieurs, dit Jean Rohu en se levant : avant longtemps vous en verrez — d’une autre couleur plus que vous ne voudrez.
Des hommes qui ne savent pas marcher au pas, qui ignorent les secrets de la charge 4 douze temps, qui n’ont pour uniformes qu’une cocarde et un chapelet, n’étaient pas des soldats pour les émigrés.. Des égaux encore moins. Le matin du débarquement, tandis que Mgr de Hercé cél€ébrait en plein air, pour Puisaye et ses Chouans, une messe d’action de graces oi l’on acclamait le nouveau roi — (on avait appris en cours de route la mort du —
petit Louis XVII), les émigrés allaient entendre une autre messe 4 l’église de Carnac — une messe «noble », commandée par d’Hervilly. Entre ces défenseurs d’une méme cause, dont les wns avaient retrouvé toute leur morgue de caste et dont les autres sentaient gronder en eux la vieille passion égalitaire qui fait le fond du caractére armoricain,
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te. malentendu ne : panvait: que ce aggraver ; des:
mots aigres s’échangeaient, prélude. de rixes pro- chaines. Puisaye devait courir des uns aux autres: ee et, quand tout le pressait d’agir, dépenser ce qui lui restait d’autorité a régler de mesquins conflits
d’amour-propre. Mais, enfin, puisque d’Hervilly, contestant la valeur des troupes chouannes, refusant méme de les assister et estimant sans doute . que eur salut ne valait pas les os d’un de ses grenadiers, s’entétait 4 ne pas sortir du quadrilatére de Carnac, au moins fallait-il qu’il n’efit — point 4.son flanc cette menace de Quiberon, sur
les redoutes duquel flottaient toujours les odieuses
couleurs de la République. Sans-Culotte surtout, clef stratégique de la presqu ile, inquiétait Puisaye. — Finissons-en, prenons-le, proposait-il.
= — Nous n’avons pas d’artillerie de -siége, - ; répondait d’Hervilly qui efit tenu pour messéant =
de faire tomber une place contre les régles.
Les canons de l’escadre anglaise, par grand’ chance, suppléérent 4 Vindigence de l’armée
royale : Quiberon, le Beg-Rohu, etc., dés la pre- Rate
miére bordée, s’étaient rendus; Sans- Culotte. plus copieusement bombardé, en fit autant aprés un semblant de résistance (3 juillet). On réecompensera: Warren de son concours en levant dans la presquile unrégiment decavaleriedson nom, hommage — doublement agréable 4 ce marin et a ce sportif qui assiste a nos batailles comme 4 un match et ne dédaigne pas d’y lancer lui-méme la balle. En réalité Sans-Culotte, faute de vivres, fat tombé tout seul. Mais, pour décider d’Hervilly a cueillir
cette proie facile, il n’avait pas moins fallu que
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Aa a chute définitive d’Auray et la peur d’étre pris
entre deux feux : huit jours s’étaient passés en conférences, harangues, parades et autres fariboles; docile aux instructions de Agence royaliste, d’Hervilly suspendait toute offensive, laissait écraser sans scrupule, sinon volontairement, Tinténiac, Bois-Berthelot, Vauban. Et Puisaye, de son coté, qui avait fait arborer les couleurs britanniques a coté des couleurs francaises sur.le fort Sans-Culotte redevenu Penthiévre — détail relevé avec soin par d’Hervilly, — commettait l’insigne folie d’enrdler dans l’armée royale les deux tiers de la garnison, quatre cents soldats, que, pour comble d’imprudence, il maintenait a leur poste aprés les avoir harangués. Leur adjoindre quelques
- éléments de la Chatre et de Royal-Louis sous les
ordres de M. de Folmont remplacant le commandant Maire, était-il une garantie suffisante et comment d’Hervilly, cette fois, ne s’interposa-t-il pas? Mais son régiment 4 lui-méme, qu’il avait levé et qui portait son nom avant de reprendre celui de Royal-Louis, était bourré d’anciens pensionnaires des pontons anglais. On se perd
dans ces contradictions.
— Messieurs, avait dit Puisaye aux émigrés, une fois maitres du fort, nous filerons sur Rennes.
Il n’était que temps en vérité. Un morne découragement avait succédé chez les Chouans 41’enthousiasme des premiéres heures : ces guerriers de talus, qu’on ne trouvait dignes d’étre « secondés ni par l’artillerie, ni par les troupes de ligne » (Rohu) et
dont l’attitude au feu déroutait tous les principes,
se lassaient a la longue d’étre un simple objet
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Oe curiosité pour les jowricties des é émigrés. Seuls — Puisaye, Tinténiac, Bois-Berthelot, d’Allégre, Lantivy et quelques autres, qui avaient bataillé avec eux sous les fourrés, estimaient 4 son juste prix leur tactique de primitifs, leur science innée de l’embuscade et de la surprise; mais Puisaye, en
grand crédit chez les Chouans, n’en avait presque
aucun chez les émigrés, et Contades lui-méme, son major général, le brocardait et chansonnait par derriére. D’Hervilly, 4 peine Quiberon entre ses mains, s’était haté d’y transporter son quartier général et son artillerie : il se trouvait 14 comme dans une place forte, un camp retranché de tout >
B Tepos, un « Gibraltar royaliste » et qui lui donnait
moins que jamais l’envie de bouger. Il ne rejeta point cependant le plan d’offensive de Puisaye; il fit méme semblant d’y abonder, mais en différa autant qu'il put Vexécution et, finalement, sous prétexte de « faciliter la jonction des forces royalistes » en vue de l’attaque imminente, ordonna aux divisions chouannes de se replier entre Ploermel et Carnac : elles devraient tenir sur ces nouvelles positions « jusqu’a la derniére extrémité », le dos a la mer, la gauche seule de Vauban communiquant avec la presqu ‘ile. Singuliére fagon de comprendre la percée, remarque Gabory. Mais d’ Hervilly l’avait-il jamais voulue?
On en peut douter. Il reste que rien mieux que ces atermoiements ne pouvait servir les desseins de Hoche, nullement insensible, comme on l’a dit, a la perte de la presqu’ile et qui augurait plus favorablement de la fermeté du commandant Delise 4 Quiberon et du commandant Maire a
nue CHOUANNERIE ene - Sans-Culotte, mais qui n’en poussait qu’avec plus de vigueur le rassemblement et le regroupement
de ses forces. D’Hervilly était en l’occurrence son meiileur lieutenant, son plus actif auxiliaire : le
temps qu'il lui accordait si généreusement, Hoche,
désireux d’en finir d’un seul coup, l’employait a étoffer par tous les moyens ses minces effectifs :
les renforts ne lui arrivaient pas assez vite a son gté, bien qu’il en recfit d’un peu partout, méme de
. Varmée royale ot les signes de dislocation com-
mencaient d’apparaitre; chaque jour l’immense
lande de Lanvaux, choisie comme point de concen-
tration, se hérissait de nouvelles baionnettes.
- Hoche pressait l’envoi de cing mille autres qu’il
-attendait de Laval, quand il apprit le recul de
Vatuban et des divisions chouannes : il ne leur laisse méme pas le temps de s’organiser sur leurs positioas de repli et, le 6 au matin, a son signal, toute l’armée bleue dévale sur trois colounes vers Erdeven, Ploermel et Carnac. Humbert commandait la premiére colonne, Valletaux la seconde, Lemoine la troisitme. Un raz de marée répuplicain, méthodique et irrésistible, remplacait le raz de marée royaliste annoncé et toujours différé, et son approche, comme celle des grands — cataclysmes naturels, était signalée par une fuite éperdue de la population. Gagneés de panique, les émigrants des campagnes voisines, qui étaient
venus quelques jours auparavant, avec leurs —
meubles et leurs bestiaux, chercher un asile dans les lignes royalistes, poussaient des cris aigus et ajoutaient a la confusion : ils tournaient sur eux-
‘mémes, ils ne pouvaient songer, dit l’abbé Le
QUIBERON-
en heure, se resserraient autour d’eux Plus ¢ épaisses; ils ne se résignaient pas non plus as “engaget dans | [cette partie étranglée de Visthme qu’on appelle] «la falaise », au dela de laquelle ils ne voyaient que —
Sarrec, «a percer le lignes ennemies qui, d’ heure © “
la mer », Leur unique espoir était dans d’Hervilly
qui devait se porter avec deux régiments, Royal- Louis et Loyal-Emigrant, sur Plouharnel, mais qui, aprés un commencement d’exécution, et — quand les trois divisionnaires chouans se roidis- -saient pour lui laisser le temps de déboucher, faisait reprendre a ses troupes le chemin de la - presqu’ile, sans avoir brilé une amorce. Puisaye, — - confondu, désemparé, qui le cherchait partout, sur la chaussée du Bégo, sur les retranchements de Sainte-Barbe, l’apercut enfin du haut de la dune qui rentrait, l’arme au bras, sous la poterne du fort Penthiévre. Mais d’autres que Puisaye
‘Yavaient vu. « Pourquoi ce monstre [ou ces - monstres] n’a-t-il pas été englouti dans la mer
avant d’arriver 4 Quiberon? » se serait écrié
Georges. Et Vauban, définitivement édifié sur son chef, parlait de le faire traduire en conseil de guerre pour haute trahisoa.
De toute facon la retraite s’imposait, et elle ne pouvait se faire que vers la presqu’ile. Elle s’exécuta d’abord en assez bon ordre, le feu des échelons alternant avec des retours offensifs 4 la baionnette vigoureusement menés. Mais ensuite ce fut la ruée. Ii ne restait plus en action que le bataillon d’Auray cantonné au manoir de Kergonan ot on l’avait — oublié et, derriére les troupes chouannes, trente mille fuyards des deux sexes, femmes, enfants,
‘LA CHOUANNERIE HE ae
vieillards, ecclésiastiques, se lancaient par l’anse < Plouharnel avec leurs troupeaux, leurs charrettes, leurs vaisseaux saints, vers l’espéce de goulot que forme la « falaise » A cet endroit. La mer montait, mais‘l’anse n’était pas encore couverte et la fusillade se rapprochait, quand par bonheur survinrent Jean Rohu et ses marins, les meilleures troupes de la division Tinténiac, retraitant de Sainte- Barbe dont elles occupaient le retranchement. Leur chef, chargé de l’arriére-garde, les fit s’établir en crochet défensif devant l’anse jusqu’a ce que la mer etit fini sa montée. Cette généreuse diversion, attribuée par d’autres a Georges, mais justement revendiquée par son lieutenant, sauva . du méme coup les restes du bataillon d’Auray qui détalait vers la chaussée du moulin, talonné par les Bleus. Rohu ne s’en alla qu’aprés que Tinténiac en personne, au grand galop, fait accouru lui intimer l’ordre de se replier. Et, 4 ce moment, il apergut sa bonne femme de mére, ses sabots a la main, qui, « depuis deux heures», le suivait silencieusement....