CHAPITRE XX
DANS LA RATIERE
nel, Carnac, tout le quadrilatére était perdu: —
la presqu ile seule, qu’on a comparée 4 une © bourse, restait a l’armée royale et pas tout entiére encore, car, au collet de la bourse, 4 son point de tattachement avec la terre ferme, 4 Sainte-Barbe et sur la chaussée du Bégo, plus un Chouan ne se. voyait. Pour enfermer d’Hervilly dans la bourse, il n’y avait qu’a serrer le cordon, autrement dit a barrer l’isthme en retournant, équipant et portant d’une mer a l’autre le retranchement sommaire ~ utilisé par les Chouans : l’officier du génie Moreau de Jonés s’en chargera sur les indications de Hoche; dans les vingt-quatre heures, avec des galets, des mottes, de la tangue, de la paille hachée et chacun y mettant du sien, les officiers en bras de chemise comme les hommes et ne gardant que le © hausse-col, ce sera fait : le retranchement, long de I 500 métres, s’appellera la redoute du Mat de Pavillon. Par derriére, Hoche assoira quatre batteries de 12 et de 8 qui prendront d’enfilade - toute la « falaise » jusqu’au fort Penthiévre, et qui
| ages Mendon, Sainte-Barbe, Plouhar- ~
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; -seront cependant hors de Patteinte de ae anglais. Mais d’abord il lui faudra repousser avec
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‘3 des moyens de fortune et dés la nuit méme une assez forte attaque montée par d’Hervilly qui,
sans étre bien convaincu encore de sa « criminelle sottise», s’est laissé persuader par Puisaye d’essayer de la réparer, — bien mieux, qui a consenti, pour
la premiére fois, 4 faire coopérer ses réguliers et
les troupes chouannes. Essai malheureux : les colonnes d’attaque, parvenues au pied du retranchement ala faveur des ténébres, ne se reconnaissent
- -pasetse fusillent. Hoche dédaigna de les poursuivre.
Le lendemain et les jours suivants, il consommait l'investissement de la presqu’ile par l’installation de redoutes sur tous les points dominants de Saiute-Barbe; il poussait ses avant-postes jusqu’a l’orée de la « falaise », 4 l’abri d’une ligne de cireon- - vallation qui en faisait une sorte de premier camp retranché. Il ne négligeait pas le quadrilatére, soli- . ~dement occupé par Josnet et Drut pour parer a toute tentative nouvelle de débarquement. Lui- méme s’établissait avec Lemoine et son chien Pitt au village de Glévenés, a la ferme David, dans une grange proche le vieux moulin seigneurial de Kergonan dont la tour crénelée lui servira d’observatoire. Et cela fait, la nuit venue, ses derniers ordres expédiés, une caresse donnée a Pitt dont sa jeune femme lui demande des nouvelles. et qui compose provisoirement tout son étatmajor, il écrit a Chérin sur un chiffon la lettre fameuse :
« Les Anglo-fimigrés- Chouans sont ainsi que des rats enfermés dans Quiberon, otr l’armée les tient —
bloqués. y espere que pire quatre jours - nous en
serons quittes... . Je suis sans secrétaire, sans aide de camp, sans adjudant général; sans papier et presque sans vivres. » | ‘eee
Tl pourrait ee « sans lit », car, ce sola.
il couchera sur un banc. Des ombres confuses. dansent dans ia piéce, dont l’obscurité n’est - combattue que par un maigre suif. Mais, dans son - cerveau, ott s’enfante la victoire, tout est clarté, certitude : la Convention, l’armée, son chef n’ont qu’une méme Ame et opérent en plein accord. - Cest dans le parti qtti se qualifie de parti de Yordre, tristesse! que sont la division, |’anarchie. — Puisaye assiste a la déroute de ses combinaisons stratégiques, et comme toute sa vien’a été jusque-
1A qu’une suite d’échecs et de rebondissements,
il ne veut pas encore désespérer, il regarde vers la mer d’ot lui viendra peut-étre le salut. D’Her- villy, dont cette déroute est l’ceuvre, travaille 4. - Vexploiter. Qu’a-t-il cherché? Que 1l’ennemi le « forgat 4 rembarquer? » Puisaye le dit, mais, si - d’Hervilly avait eu le temps d’écrire ses Mémoires, nous entendrions peut-étre une autre antienne. — Ila réussi du moins a préserver son armée qui, a - quelques douzaines d’assaillants prés, tombés dans la nuit du 7, peut étre considérée comme intacte. C’est l’essentiel pour d’Hervilly qui s’en gait comptable devant son roi, devant l’avenir, et qui l’a « ménagée », comme le lui demandaient ses instructions, autant qu’il a pu. Le jour méme de loffensive, il s’était porté avec son régiment | jusqu’a la hauteur de Sainte-Barbe; il y avait vu les Chouans 4 l’ceuvre, rasant le sol, s’égayant,
LA CHOUANNERIE a ee
B ceasttant la poudre, inaptes au maniement de ie baionnette comme a tout mouvement ordonné, et, dégofité de cette tactique barbare, il avait fait temettre l’arme au bras a ses troupes pour ne pas les exposer davantage 4 un spectacle si démoralisant. Que ces brutes, sil leur plaisait, continuassent leur voltige de Hurons, lui, posté sur le bord de la montée du fort Penthiévre, faisait défiler ses grenadiers au pas, vérifiant l’alignement et: reprenant aigrement «ceux des officiers qui ne saluaient pas avec ensemble ». D’Hervilly, comme le Gui- - champ du poéte, semble avoir eu sur l’esprit deux
abat-jour : la discipline et la consigne. Il marchait
devant lui dans l’espace, un peu étroit, laissé libre par ces cilléres, mais il y marchait droit. Et il voulait qu’on marchat comme lui. Quelques jours plus tard, il ménera ses grenadiers 4 un nouvel assaut des positions de Hoche; il les conduira jusqu’au pied du retranchement; il efit pu l’emporter a la faveur du trouble jeté par la surprise de son attaque; les Toulonnais de Royal-Louis, lélément le plus stir de sa troupe, l’en suppliaient mais il s’était apergu d’un certain flottement chez les autres, et il répondit :
— Non certainement, messieurs. Je ne suis pas assez content de vous pour cela.
C’est une réponse presque romaine. Il y a une
certaine grandeur chez cet homme trop décrié et qui d’ailleurs saura mourir, une grandeur un peu séche, un peu roide et d’avant Jean-Jacques, mais qui, sur un autre théatre et dans des circon-
stances plus propices, efit pu trouver son emploi.
Aussi bien l’attaque montée cette nuit-la
Dies DANS LA RATIERE
(II juillet) n "était qu’ une diversion et qui, somme toute, avait réussi : il s ’agissait de retenir l’atten- | tion de Hoche pour qu'elle ne se portat point vers |
temps, deux flottilles de chasse-marée appareil- laient, l'une vers la presqu’ile de Rhuis, avec - une partie des familles de réfugiés, 3 500 Chouans et une compagnie de Loyal-Emigrant sous les - ordres de Tinténiac; la seconde vers l’anse du Pouldu, avec d’autres réfugiés et un corps de
Port-Haliguen et Port-Orange ot, dans le méme © 7
Chouans un peu plus faible sous les ordres de
Lantivy-Kerveno. C’est Georges qui avait eu l’idée de cette: manceuvre tactique destinée autant a - décongestionner la presqu’ile ou, les vivres com-— - mencant a manquer, d’Hervilly prétendait mettre les troupes chouannes a la portion congrue, qu’a -eréer une menace dans le dos de Hoche et 4a le prendre éventtiellement entre deux feux. Avec Tinténiac et outre d’Allégre, Mercier La Vendée et Georges lui-méme, s’étaient embarqués quelques émigrés, je vicomte de Pont-Bellanger, le comte de Guernissac,M M. de La Houssaye, de La Marche, de Busnel, de Closmadeuc, de Lorgeril, etc. Jean Jan, dans l’autre corps, doublait Lantivy. D’Hervilly, cette fois, n’avait pas fait d’objection au projet, qui servait trop bien les siens en le débarrassant — d’une méprisable cohue et qui lui eit souri davan- tage encore si Puisaye avait pris le méme chemin qu’elle. Le comte de Chatillon I’en pressait : Puisaye déclina l’invitation en phrases tout imprégnées de la sensibilité 4 la mode : « Si je n’€coutais que mon cceur, etc. », mais ses yeux restaient -tournés vers Londres d’ot il attendait la réponse
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ae qui devait décider entre @’'Hervilly et. re D'ailleurs un certain nombre de Chouans étaient ‘demeurés dans la presqu’ile. Et peut-étre la lutte stérile qu’il soutenait depuis trois semaines contre -
son rival avait-elle épuisé toute son énergie : on ne teconnaitra plus désormais le Puisaye d’antan, supérieur a la fortune et la dominant par sa téna-
-cité. Lépreuve a plus fait que de le vaincre : elle
l’a aigri, amoindri, et, quand il reprendra le com-
-mandement, l’aura rendu inapte a l’exercer.
Les deux corps expéditionnaires avaient touché
‘terre aux points convenus; leur débarquement s'était opéré sans rencontrer de résistance et, tout de suite allégés de leurs impedimenta, ils s’étaient
mis en route, l’un en direction d’Hlven, l’autre vers Pont-Aven et Quimperle : celui-ci fondit
en chemin, bien loin de faire la moindre recrue,
aspiré par ses guérets et l’appel impérieux-de la moisson; l’autre, mieux en main, se grossit un moment des bandes de Guillemot, déjoua Grouchy lancé a ses trousses, enleva Elven, poussa méme jusqu’a Plaudren. Mais 1a, au lieu de continuer sur Baud ot il devait faire sa jonction avec le corps
de Lantivy et de Jean Jan pour retourner tous
ensemble vers la presqu’ile et tomber dans le dos
de Hoche, Tinténiac le fit obliquer brusquement
vers lintérieur : |’ Avmée rouge, comme on l’appelait, en raison de la casaque écarlate 4 boutons de
cuivre qui lui avait été infligée au départ, était le
14 a Saint-Jean-Brévelay, le 15 a Josselin, le 16 a
-Mohon, prés de la Trinité-Porhoét. Or, si Puisaye dit vrai, le matin de ce méme 16 juillet, au petit -jour, elle aurait da se trouver sur les derriéres de
un chevalier de Tinténiac, la loyauté faite homme,
ee des engagements si précis?
Pour l’abbé Guillevic, secrétaire de Cadoudal et dont l’opinion a du poids, rien de plus simple :
- cest que Puisaye ment ou s’abuse et qu’aucune date n’avait été arrétée entre les deux chefs. Ceci © résulterait du caractére méme de la mission
-confiée par Puisaye a Tinténiac et a Lantivy qui devaient commencer par rallier toutes les bandes
avant de se rabattre avec elles sur les derriéres de -Hoche : mais quinze jours au moins étaient nécessaires pour l’exécution d’un tel plan. Puisaye se flattait-il qu’il en fallait 4 peine la moitié? Ou, de - naturel ombrageux, céda-t-il a la crainte de voir entrer en scéne un nouvel arrivant, beau, jeune, - intrépide, comblé de tous les dons de l’esprit et
- du cceur, le propre frére de cette jeune fille sublime
- qui, disait-on, dans les prisons de I’ Abbaye, avait.
cru acheter Ja grace de son vieux pére en acceptant de boire un verre de sang, le comte Charles de Sombreuil? Une auréole romanesque 1’enveloppait lui-méme, pour s’étre résigné, docile aux ordres de ses princes, mais le coeur déchiré, a quitter une fiancée chérie, Mile de La Blache, le jour méme qu’il devait l’épouser. Sombreuil, qui s’était illustré en Hollande n’ayant pas vingt-cing ans,
commandait la seconde division d’émigrés embar-
- qués 4 Portsmouth sur la flotte de lord Moira
dont, chaque matin, Puisaye guettait les voiles a horizon. Elle parut enfin, dans l’aprés-midi du 15,
- put-il, en des circonstances ‘si graves, manquer a
-chouannes du Finistére et des Cdédtes-du-Nord
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‘Hothe pour lattaque générale convenue. Comment se :
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mais trop tard au gre de ionteneas et les choses étaient trop engagées pour qu’on les arrétat. -Cependant, avant la nuit, Sombreuil était chez Puisaye. Et il lui apportait, pour don de bienvenue, la réponse de Wendham tant attendue qui tranchait le conflit en sa faveur : d’Hervilly rentrait dans le rang et Puisaye redevenait le seul chef. “A la maniére toute détachée dont d’Hervilly accueillit la nouvelle, on put juger qu’elle n’était point une surprise pour lui et qu'il estimait - qu’ayant consciencieusement rempli le mandat dont l’avait chargé l’Agence royaliste, temporisé et retraité a souhait pendant trois semaines, il - pouvait fort bien maintenant passer la main a son tival et méme le seconder : toute crainte d’une offensive sur Rennes était écartée et le prestige de Puisaye suffisamment atteint. Mais les instances les plus pressantes de Sombreuil pour obtenir que lattaque en préparation fit retardée d’un jour jusqu’au débarquement de sa division, forte de quinze cents hommes, presque tous émigrés | et rompus au métier militaire, échouérent devant lobstination de d’Hervilly et de Puisaye luiméme qui répondait :
— Impossible. Je ne pourrais avertir Tinténiac.
Il le croyait donc bien au rendez-vous. Sombreuil sollicita du moins la faveur de prendre part a laction en qualité de volontaire et pour que sa division y ftit représentée dans la personne de son — chef. Mais comment Puisaye (car d’Hervilly lui abandonnait volontiers ce qui touchait aux troupes chouannes) ne s’était-il pas assuré d’abord
- que Tinténiac avait pu exécuter son mouvement —
trouvera bien le moyen, aprés la dislocation de ses
pour avertir Puisaye, 4 temps pour y mourir.
Avec Vauban du moins, chargé de l’attaque de
- flanc et qui doit débarquer avant la pointe du jour
sur la plage de Carnac, on communiquera par des fusées : une fusée voudra dire qu’on a pris terre, deux fusées que l’attaque est ratée. Mais il arrivera que la deuxiéme fusée, lancée au lever du soleil
-et parce que les chaloupes de Warren n’étaient — pas prétes 4 I’heure, ne sera point apergue de
Puisaye, si tant est qu’elle ait été lancée.
La grande attaque enveloppante, de téte, de
dos et de flanc, se réduisait ainsi, par la carence
de Vauban aprés celle de Tinténiac, 4 une simple attaque frontale comme les précédentes. Celle-ci
était seulement montée avec plus de soin et l’on y ©
avait engagé l’élite du corps expéditionnaire et jusqu’au bataillon des vieux chevaliers de Saint- Louis : en téte, sous le major d’Haize, quatre cents hommes du régiment de la Chatre déployés en tirailleurs. Puis trois colonnes en formation de - marche, distantes chacune de cent vingt pas : dans celle de droite, les regiments du Dresnay et ‘de Royai-Marine, avec six cents Chouans com-
mandés par le duc de Lévis; dans la colonne de
gauche, Royal-Louis, les mille Chouans du che- — valier de Saint-Pierre et la garde nationale d’Auray - aux ordres du notaire Glain promu colonel pour
~ sa belle retraite du 7; dans la colonne du centre
le comte de Rothalier, commandant de V’artil- —
bandes a Plouay, de regagner Quiberon, trop tard |
> DANS LA RATIERE See tournant? Quoi! Quand la mer est fibre, pas un ae agent de liaison entre les deux chefs! Lantivy’
LA (CHOUANN ERIE
a qu’un ruban de quelques kilométres entre Pen-
thiévre et Sainte-Barbe; l’aube, prés de poindre quand on s’engagea dans la « falaise », n’empécha —
pas de voir la premiére fusée de Vauban qui,
oe: Tiatie, et ses canons, Quatre ‘mille hommes au q =~" 4" otal, Ils partirent vers Sainte Baltes 4 une heure ae : matin : les nuits sont bréves en juillet, mais il n ya
ne
-avec ses Chouans et deux cents fusiliers prétés
par Warten, avait pu débarquer sur la plage de » Carnac, mais que le feu nourri de Roman, insuffi- © samment contrebattu par celui des canonniéres ©
anglaises, forca presque aussitét de rembarquer.
Cependant, comme on n’avait point vu la seconde fusée, Puisaye et d’Hervilly en conclurent avec —
quelque logique que Vauban progressait. Et la
précipitation avec laquelle les avant-postes
d’Humbert, sans attendre méme le choc, se replié-
rent sur les lignes de Sainte-Barbe, leur fut une
occasion de méprise encore plus grave. D’Hervilly,
le premier, y vit l’effet de Vattaque a revers de s
l’Armée rouge et vint en prévenir Puisaye qui *
n’eut pas plus d’hésitation :
— Cest Tinténiac, marchons!
Sur quoi la charge battit. D’Hervilly commanda : « En avant! » ordre répété par tous les chefs de © colonne qui ajoutaient comme Contades pour —
enlever leurs hommes : « Voyez, les Républicains
décampent! » Et déja le premier barrage était © emporteé et pas le moindre signe de réaction n’appa- — taissait chez les Républicains. Ce silence et cette | passivité eussent da donner 4 réfléchir aux assail-
lants dont certains, en approchant du grand 144 :
yetranchemerié, crane entdidte i voix qui, de S eee
autre cété du rempart, recommandaient : « Pas. encore! Ne tirez pas encore! » Le piége s avérait.. Cétait, toutes. proportions gardées, celui-la méme que Foch et Gouraud tendront un jour, devant Reims, aux feldgrauen de Ludendorff :
~ prévenu la veille, par deux transfuges, de l’assaut projeté, Lemoine, qui commandait en l’absence de Hoche, s’était entendu avec Humbert pour ‘simuler une panique et l’abandon précipité des
- avant-postes, mais, derriére le grand retranche-— og?
ment, tout était disposé pour recevoir les colonnes . d’assaut et les mitrailler 4 bout portant. Dans un pl F de la dune, la cavalerie attendait, sabre au clair. ‘Des mémes bouches qui recommandaient quelques ‘secondes auparavant de ne point tirer partit le cri: «Feul » Toute la falaise trembla : quatre batteries ‘s’étaient démasquées, dont la mitraille et les obus fauchaient dans la colonne de droite des files entiéres d’assaillants. Du premier coup soixante - officiers et la presque totalité des grenadiers - mordirent la dune; le reste, débandé, courait - «entre la colonne de gauche et la mer » (Beauchamp). y ~ Cest avec cette poloane fortement décimée ~ elle-méme pat la mousqueterie qui s’était allumée d’un bout a Vautre du retranchement, que d’Her- ' villy tenta de continuer l’attaque : il la lance au pas de charge sur le retranchement, tandis que Rothalier, avec ses six canons enlisés jusqu’au pehiee travaille a se dégager pour repondre aux batteries républicaines; quelques émigrés de- Royal-Louis, de cette espéce de Francais indomp-
To
tables que rien n’arréte, parvinrent ainsi jusqu’aux —
. derniers redans. Refoulés, ils revenaient a la charge.
* — Ala bonne heure! auraient dit A ce moment des officiers bleus, on voit que ce sont des Frangais. Beauchamp veut méme qu’« étonnés » de tant d’audace «les Républicains aient été sur le point ' d@’abandonner ».la position, lorsque d’Hervilly, « sur des monceaux de morts et de mourants. », fut atteint 4 son tour, en pleine poitrine, d’un coup de biscaien. A ce moment lui parvenait, de Puisaye, l’ordre d’arréter l’attaque. Il le remit a ‘son aide de camp qu’tin boulet emporta avant d’avoir rempli sa mission prés d’Attily, commandant de Royal-Louis, et le résultat fut qu’une partie de l’armée royaliste continua d’attaquer,tandis que l’autre retraitait.
Ainsi était rendu inutile, une fois de plus, par uhe sorte de conjuration .des forces obscures dressées contre elle, le magnifique esprit de sacrifice de cette noblesse frangaise, si inférieure dans Vaction politique, mais 4 quiles champs de bataille restituaient toutes ses anciennes vertus. Lemoine, qui tenait en réserve sa cavalerie, n’eut plus qu’a — la lacher sur Puisaye; les colonnes royalistes, — mélées aux bandes chouannes, roulaient en désordre vers la « falaise », et le sabre des hussards de Vernot-Dejeu se fatiguait a tailler dans cette masse inorganique. Les cent vingt chevaliers de Saint-Louis étaient réduits 4 quarante-neuf. Rothalier, avec les trois canons qui lui restaient, essayait @Warréter l’effroyable poursuite et, voyant son fils tomber a4 cété de lui, ordonnait : « Enlevez cet officier », puis continuait 4 diriger le tir. Chiévre,
ee ~ DANS LA RATIERE
avec deux pieces, défendait non moins aprement le passage de la « falaise » vers la Mer Sauvage. Et __ ~¢cest encore Charles de Corday, le frare de Charlotte, qui, pressé par les hussards, se retourne :
— Comment! Nous nous laisserions charger par quarante bougres comme ca! Ae
Rien n’y fit. Et la boucherie efit été complete, ‘Penthiévre méme enlevé peut-étre, si leur échec sur Carnac n’avait amené la par grand hasard Vauban et Warren, l’un avec ses Chouans, l’autre avec ses canonniéres : les Bleus, pris d’écharpe, durent rentrer dans leurs lignes, — pas si vite que certains ne trouvassent letemps de faire main — basse au passage sur les croix, I’ argent, les souliers et jusqu’ aux chemises des morts qui couvraient la dune et entre lesquels ils ne prenaient pas la peine de distinguer. Hoche apprendra ainsi avec indi- -gnation que son jeune adjudant général et ami Vernot-Dejeu, tombé au cours de la poursuite, a
été dépouillé de ses vétements par ces « coquins»
qui, au témoignage d’un des leurs, ne se et méme pas d’achever les blessés... .