‹ La Chouannerie: Blancs Contre Bleus 1790-1800Chapitre 27 sur 36 · PRISE. DU | FORT. PENTHIEVRE · texte numérisé non relu

PRISE. DU | FORT. PENTHIEVRE

chez les é€migrés, ne cédent point a la contagion, = mais on les compte, comme ce Senneville, nommé > par. .d’ Hervilly gouverneur de Quiberon, qui considére qu’un commandant de place forte a les | mémes devoirs qu’un capitaine de navire et doit —

quitter son bord le dernier, ou comme l’évéque

de Dol, Mgr de Hercé, modéle de résignation chrétientie, répondant 4 son clergé qui le presse de monter dans une chaloupe

— N’embarrassons point les barques.

Dix-sept, sur quarante, des ecclésiastiques Ventendront, moisson déja mire pour le martyre. Dans l’armée méme de Hoche, a cété des tape-dur, des hommes 4A tout faire, rebut des faubourgs de Paris, de Liége et de Bruxelles qui vivent de meurtre et de pillage et dont iJ est le premier a rougir, il y a, en grande majorité, le vrai soldat de France, le grenadier des chansons de marche, téte légére et bon cceur, sensible 4 toutes les formes d’héroisme. C’est de la bouche multipliée de ce soldat que jaillira le cri diversement rapporté, mais identique dans son fond et qui décidera de Tissue des événements : « Bas les armes! Vous serez épargnés » ou « Rendez-vous, braves Francais. Il ne vous sera fait aucuu mal ». Sombreuil, qui n’a pu mourir et qui n’a pas su organiser la — résistance, ne saura pas davantage poser les bases d’une capitulation réguliére. Il s’est avancé ‘vers Humbert (et non vers Hoche avec qui les émigrés ont confondu Humbert et que Sombreuil n’a vu qu’ensuite). Humbert est généreux, irréfléchi, abondant en protestations, mais la vérité ~ transparait dans le dialogue que le triste Sombreuil

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échange au retour avec Chalus et qu’ Y faut bien préférer aux récits de Chaumareix, linepte offi-

-. eier du Crand-corps qui — si c’est le méme — n’échappera de Quiberon que pour naufrager la Méduse, ou de Berthier du Grandry, agé alors de - quinze ans. Suivi de son hussard par Som- - preuil passe au galop devant le front du fort.

- — Mes amis, jette-t-il aux officiers, sauvez-vous

ou mettez bas les armes.

Mais lui-méme ot court-il? Chalus saute a la bride du cheval et manque d’étre écharpé par le’

hussard qui croit qu’on en veut 4 la vie de son fe chef.

— Général, crie Chalus, comment l’entendez-.

“yous? Avez-vous fait des conditions? Est-ce ives les émigrés ne seront pds fusillés?

— Mon ami, répond Sombreuil, nous sommes

--perdus. Sauvez-vous.

C’est & ce moment-la, suivant Chalus, que se placerait sa premiére tentative de suicide (car, chez Hiimbert encore, 4 Auray, il se tirera dans la téte un coup de pistolet), mais on concoit mal, prenant ce parti désespéré, qu’il ait attendu pour ~ Vexécuter que les colonnes républicaines fussent

sur lui, 4 cent cinquante pas, précise Grandry, au point qu’a la faveur de la tréve tacite qui s’était @tablie on s’interpellait, on passait d’un rang a - Lautre, Rouget de Lisle conciliant et fraternel,

- Ménage a cheval, la téte bandée, menacant de tout embrocher comme 4 Penthiévre si le Lark conti- — nuait son feu, Gesril du Papeu, le camarade d’en-

-fance de René a Saint-Malo, d’autres peut-étre, Froger de la Clisse, Guetry de Beauregard, se propo-

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ek pour aller 3 A la nage Te faire cesser. Et Yon entrevoit que, pour tenter une restitution a peu

prés recevable de Quiberon, il faudrait pouvoir __ commencer par classer et relier chronométri- - quement la centaine ou le millier d’épisodes ©

décousus et souvent contradictoires de ce grand — film tragique. Lhistoire ici, plus que partout, est une question d’heure, de minute, de seconde.

Sur l’é epilogue du drame au moins, la reddition de Sombreuil a Hoche. la remise de son épée A Tallien aprés l’avoir baisée, il n’y a que des témoignages

- concordants. Ensuite? Ensuite Sombreuil veut se donner l’apaisement que le « cri général de Varmée » tient lieu de conditions écrites, que les généraux, les représentants, la Convention elle- -méme et les directoires départementaux, encore — tout suants de peur, le ratifieront, et, sincére

seulement avec Chalus, il a la faiblesse de se préter

a en persuader les siens...

L/ Armorique, « terre des morts », titre d’un des plus beaux chapitres de 1’ Histoive des Gaules de Camille Jullian, ot sont déduites les raisons mysteérieuses pour lesquelles, 4 une époque malaisée a déterminer, mais assurément trés reculée, le -Morbihan, considéré comme le rivage le plus proche de lJ’Annwyn, de l’orbis alius des Celtes, devint une vaste nécropole, le grand « champ

& dolent » du monde occidental. Plouharnel, Erdeven,

-Kerserho, Sainte-Barbe, la lande du Haut-Brambien, Carnac surtout, avec ses deux mille menhirs, débris de la prodigieuse forét lithique qui le cou-

-vrait autrefois, semblent avoir été les principaux

‘centres d’inhumation. Et c’est ce pays encore qui,

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- par trois fois : en 56avant J.-C., en 1364 et en 1795,

servira d’ossuaire 4 la nation armoricaine, a la - fleur de la chevalerie bretonne et aux derniers tenants de la monarchie frangaise. A quelques pas de l’estuaire ott la fortune et Jes vents trahirent la flotte des Venétes, 4 l’endroit méme ou Charles de Blois tomba en hoquetant : Haa Domine Deus, sept cent dix émigrés (chiffre le plus bas, fourni par les états officiels de Lemoine) et dix-huit prétres dont un prélat fusillés et enfouis au lendemain de Quiberon dans les prairies du Loch, sur la garenne de Vannes, 4 Quiberon méme, puis. transportés dans la chartreuse d’Auray, huit cents prisonniers morts dans les gedles et les hopitaux attestent l’espéce de fatalité historique - qui continue de peser sur ce coin de terre, immeémorialement voué aux dieux infernaux.

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