‹ La Chouannerie: Blancs Contre Bleus 1790-1800Chapitre 7 sur 36 · LA TERREUR ROUGE · texte numérisé non relu

LA TERREUR ROUGE

< os péril passé, l’entente cessera. Mais au

ret janvier 1794, huit jours aprés la cléture de l’effroyable hallali d’hommes, de femmes,

denfants qu’avait été, du Mans 4 Savenay, la |

- poursuite de l’armée « brigandine », cette entente

dure encore; l’apaisement s’est fait un peu partout

en Haute et Basse-Bretagne, sauf sous quelques | fourrés, dans les trous de carriére, que hantent les - contumaces, les prétres insermentés et les derniers réfractaires auxquels vont se joindre les débris

~ de la « petite » et de la grande Vendée. Moins d’une

année pourtant nous sépare du mouvement

protestataire de mars 93, si promptement et si durement réprimé. Cadoudal lui-méme, aprés - LPéchauffourée d’Auray ot il ne joua qu’un role ~ ' insignifiant,-n’avait pas cru devoir se soustraire

plus longtemps 4 la réquisition. Que ne l’avait-on — - expédié aux frontiéres! La sottise fut de le diriger

sur la Vendée et dans le moment oti les hostilités ©

prenaient un caractére particuli¢rement atroce. Entre Bonchamps et Rossignol, le héros magna- —

nime et l’ancien septembriseur, comment hésiter?

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tadoudal déserte, passe aux « hisbeds » - fait — si bien, au cours de la marche sur Granville, aan oy tf force l’admiration du difficile Stofflet :

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— Siun boulet n’enléve pas cette grosse téte, je

vous jure qu’elle ira loin, disait Stofflet.

Elle roulera en effet jusqu’a la place de Gréve : d'ici 1a, avec les autres rescapés « mainiaux » et bretons du désastre vendéen, Cadoudal reprend la route de son village et, six mois durant, ne cherche

qu’a s’y faire oublier, ne demande peut-étre lui- —

méme, au début, qu’a oublier....

Car il n’efit dépendu que de la Convention, et

pour la Bretagne tout au moins, de changer en — paix définitive cette tréve patriotique de quelques | semaines. Mais la Convention, les clubs, la popu- © lace des faubourgs ne se connaissaient plus : aprés ©

la Vendée et la Bretagne, Lyon, Marseille insurgés,

Toulon livré 4 l’amiral anglais Hood, Landau — bloqué par les Autrichiens, Dunkerque par York, | Cambrai par Cobourg, la concordance et la gravité ©

du péril intérieur et du péril extérieur, la misére, la faim avaient fait descendre une brute de sang

sur les esprits. Juste le jour ot la Gironde succomba —

— sans avoir combattu — a Vernon (13 juil-

let 1793), Marat expirait dans sa baignoire sous —

le poignard, non émoussé celui-la, d’une adepte — normande de cette méme Gironde, Charlotte >

Corday, descendante du grand Comeille. Morte © - la béte, mort le venin, pensait Charlotte. Breit

Les restes de Marat, pleuré comme un dieu, sont transportés au Panthéon; Marat est plus puissant,

plus agissant, mort que vivant; le 5 septembre au — soir, quand Barére monte a la tribune pour

y emander que la ‘Terreut soit mince 2 4 « Pordre du

“se reserve, et Danton, qui s’efface, qui commence dincliner vers la modération depuis son mariage teligieux clandestin avec Louise Gély béni par un réfractaire breton, l’énigmatique abbé de Kera- - venan (le méme dont Cadoudal demandera J’assis-. tance a I’heure du supplice), il y a, en haut, dans des clubs, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois; en bas, dans les départements, Fréron, Saint-Just, Barras, Le Bas, Fouché, vingt autres représentants © en, mission plus obscurs, mais aussi sanguinaires ; en Bretagne Jeanbon Saint-André, Prieur, Pochole, -- Lecarpentier, Carrier, qui les passa tous en froide- - férocité : ce n’est pas la hyéne hystérique qu’on a - dit, ou bien cette hyéne voyait singuliérement clair dans sa haine contre le « négociantisme » et - - s’acheminait, par des voies obliques, mais sfires, vers une sorte de communisme atténué, le régime de légalité des fortunes dans l’universelle médio- ° : erité. 3 eo Mais enfin la Terreur n Vatteignit Hee le méme degré de frénésie sur tous les points du territoire breton. Dans les cyclones les plus violents, il y a - des zones réservées : 14 ot la guillotine chéme, le - fusil de chasse et la fourche restent volontiers au ratelier. Elle ne chOma pas assez 4 Laval, Rennes, Fougéres, Brest, Vannes, Auray, Lorient, Saint- - Malo, etc., méme dans de simples bourgades comme Ernée (38 exécutions), sans parler de - Nantes, comblé véritablement par son proconsul

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jour », c’est proprement 4 installation officiellede la doctrine et du culte maratiste que nous assistons. Pour desservir ce culte, entre Robespierre, qui

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qui, pour aller plus vite, lui adjoignit la « balenoie nationale », les noyades collectives dans la Loire,

- par le moyen d’ingénieux bateaux a soupapes,

mobilisa dans les prisons jusqu’au typhus et a la peste bubonique.

L’excuse d’un Carrier, s’il en pouvait invoquer — une, est l’insuffisance de la loi des suspects, la |

grande loi terroriste, égale 4 la grandeur du péril, mais aux possibilités d’application intégrale de laquelle ses auteurs n’ont pas pourvu. Par le jeu ou l’extension arbitraire du jeu de cette loi qui,

suivant l’expression d’Hugo, faisait la guillotine

visible au-dessus de toutes les tétes, tout citoyen,

et jusqu’aux femmes, aux enfants, avait en lui © Létoffe d’un suspect, autrement dit d’un condamné ~ a mort » étaient suspects, non pas seulement les ©

ci-devant nobles, les fonctionnaires destitués, tout partisan, convaincu ou supposé, de la royauté

ou du fédéralisme, quiconque méme ne justifiait —

pas de l’accomplissement de ses devoirs civiques, mais encore les proches, les domestiques, les fami-

liers de ces malheureux, les riches, les gueux, les q sots, les gens d’esprit, les infirmes et les trop bien —

portants, les maris ombrageux et les femmes sans

complaisance, le citoyen Bodinier, pour avoir été lami du girondin Defermon, le citoyen — André pour avoir déchiré, étant ivre, un assignat

de 50 livres, le citoyen Chanu pour avoir dit a la

sentinelle, sur les remparts de Saint-Malo, qu'il |

y avait 14 plus de canons que d’hommes, le citoyen

Blanchard pour détention d’armes offensives,

lesquelles consistaient en « trois carquois remplis

de fléches et trois grands arcs dorés a la chinoise », ©

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