LA TI TERREUR 2 ROUGE
‘Ia citoyenne ‘Hervé pour avoir donné du « Mes- .
sieurs » aux membres du département, la citoyenne
Saliou pour « n’avoir manifesté aucune opinion
sur les principaux événements de la Révolution », ~
la citoyenne Benazé pour avoir lu une lettre qu’elle ne devait pas lire, la citoyenne Kergrist pour étre
« aussi spirituelle que son mari est simple... Wee,
C’est la moitié, les deux tiers de la France a raccourcir, et le « rasoir national », si bien affilé soitil, n’en viendrait pas A bout. D’ot la nécessité de lui trouver des substituts plus expéditifs.
— Il suffit, dit 4 Port-Malo (ex-Saint-Malo) Lecarpentier, que nous restions dans cette commune ~ 3 000 bons sans-culottes. “8 Et elle compte 11 000 habitants! Quel espoir d’autre part pour les prévenus ou susceptibles de -prévention d’échapper aux mailles d’un filet aussi étroitement lacé, noué, serré? Lintervention d’En-Haut, le recours 4 une Providence bénévole? On venait de décréter lathéisme. C’était bien la peine d’avoir mis le pays a feu et 4 sang pour Vadoption d’une Constitution civile du clergé répudiée par la Révolution elle-méme! Fini de la distinction entre les deux clergés, les assermentés et les insermentés, les « juroux » et les réfractaires : si les assermentés ne déposent pas leurs lettres de prétrise et ne se marient pas dans la quinzaine ou le mois pour bien attester leur libération des liens du fanatisme, on leur appliquera le méme traitement qu’aux insermentés. L’évéque Le Coz, qui s’‘honore le premier parsa résistance et que > Lecarpentier fait enfermer au Mont-Saint-Michel, connaitra dans cette Bastille marine des rigueurs
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cae LA - CHOUANNERIE Rea
épargnées par ancien régime a son Bléenduize s prédécesseur La Balue; les autres récalcitrants moisiront un peu partout dans les gedles des directoires. Seul des prélats constitutionnels bretons, Minée se soumettra, prendra femme et finira, - dans quelque rue Mouffetard, épicier. Plus de dimanche, de fétes chémées, de semaines, de calendrier romain : 4 leur place le calendrier révolutionnaire et ses mois aux noms idylliques, floréal, germinal, fructidor, messidor, etc., divisés en trois décades, le décadi substitué au dimanche, - histoire du monde commengant 4 l’an I de la République une et indivisible. Plus de saints, dont - le nom. seul « blesse également l’ceil et Voreille — du républicain » : a leur place, des fruits, des légumes, les ingrédients d’un de ces solides potau-feu disparus de la consommation publique, depuis que le monde est entré dans l’ére de la félicité universelle. Plus de Dieu': a sa place la Raison, sous la fornie de quelque gourgandine ‘dépoitraillée paradant sur les autels. Et qu’on n’essaie pas de biaiser comme a Solidor (ex-Saint- Servan) oti, pour sauver l'image de la « ci-devant Vierge », de bonnes 4mes imaginent de la « décorer aux couleurs nationales » en la baptisant Liberté: Lecarpentier décréte que « toutes les statues et niches seront employées a la fabrication du salpétre », Déja Rouyer-Guermeur entre a cheval dans les églises du Finistére; bientdt on rasera ces « monuments de la superstition », comme dit le citoyen La Vallée, ou on en fera des grangesafoin, ~ des ateliers 4 salpétre. En attendant, on les — saccage : 4 Tréguier (mai 1794), une chienlit
| enoble 168 800 ale an bataillon a’ ae Se
~ aprés avoir brisé le tabernacle, les stalles merveil- 2
-leuses, le tombeau de saint Yves, chef-d’ceuvre de
-Yart ogival, parcourt les rues en habits sacer-— : dotaux et conduit un enterrement simulé au
milieu de chants obscénes; 4 Montagne-sur-Odet
(Quimper), le jour de Ja féte patronale du ci-devant s saint Corentin (12 décembre 1793), « Vinfame
Dagorn, a la téte du bataillon de Loir-et-Cher,
entre dans la basilique, brise l’autel A coups de
hache, s’empare du calice et, 4 la face du peuple, | le souille de ses propres ordures qu’il répand — ensuite ‘sur les degrés » (Ch.-M. Laurent). La. campagne la plus soumise frémit, serre les poings,
au récit de ces sacriléges dont elle est quelquefois — 2
(Broons, Trémorel, Runan, Saint-Isle, etc.) le
témoin horrifié jusque dans ses propres sanctuaires. Gare aprés cela au «patriote» assez impru-
dent pour se risquer seul sur les routes entre chien et loup! Gare a l’acquéreur de biens nationaux, surtout de biens cultuels! Et ce ne sera pas impu- —
nément non plus que le dernier prieur de Bégard déposera ses lettres de prétrise pour épouser une ~~ clarisse de Dinan : quelque soir un canon de fusil —
sintroduira par l’ouverture du contrevent et le couchera aux pieds de sa « légitime ». Représailles isolées, qui se multiplient cependant, qui commen-
as cent d’ inquiéter les administrateurs, mais dont —
la répression en somme est moins du ressort de
la troupe que d’une gendarmerie un peu énergique. Et la preuve en est que, siles campagnes frémis-
sent, si méme l’indignation, la colére y déterminent maints attentats individuels, dans l'ensemble 5
“elles ne bougent pas de toute la meres: soit qu’en effet elles fussent « terrorisées », soit que le cuisant - souvenir de la dure répression de mars 93 les efit
me
induites & la prudence, soit plutdt qu’aprés la
magnifique preuve de civisme qu’elles venaient de donner 4 la Nation en marchant contre les Vendéens, elles répugnassent 4 lui fausser compagnie pour faire le jeu de ce qui restait de ces mémes Vendéens. Dans l’extréme Est seulement de la région insurgée (le bassin supérieur de la Vilaine, ~ VAnjou chouan, le Bas-Maine, le Bocage basnormand), pays d’origine de la Petite-Vendée et vets qui elle refluera naturellement quand la
Grande Armée battra en retraite (d’ou la rigueur”
particuliére de la répression dans cette contrée), on constate dés le milieu de février 1794 une fermentation assez vive, voire.un retour, comme a Mellé, dans la nuit du 14 au 15, a la pratique des coups de main collectifs.
Mais c’est la, malgré l’apparence, de la défensive plus que de l’offensive : les intéressés se rendent bien compte que dans ces campagnes qui ne leur sont que partiellement acquises, ott nombre de municipalités travaillent a les perdre, ils n’ont qu’un moyen de mater les haines, de museler la dénonciation, qui est de les devancer en leur courant sus.
Il s’y ajoute, dans le Maine, des raisons d’ordre historique et économique : nous sommes céans au berceau méme de la Chouannerie, fille imprévue de la faux-saunerie qui s ‘exergait a a main armée de pére en fils et donnait du pain 4 « plus de vingt mille familles »; la Chouannerie sera un gagne-
Be : LA TERREUR ROUGE >
travailler », dit Beauchamp. Mot révélateur du le genre de guerre qui a pris d’eux son nom. Rohu.
Bretagne, sur la céte, au cours de l’hiver 1794- 1795. De Chouans, dans le Maine lui-méme, il n’y - en avait d’abord qu’au bois de Misedon, paroisse d’Olivet, prés de Laval, ot c’était le sobriquet de
ane comme ots faux-saunerie. « Ils appellent cela S . « métier » qu’est pour eux la guerre, tout au moins ~
Ventendit pour la premiére fois, ce nom, en Basse- -
deux des quatre fréres Cottereau, peut-étre d’un —
seul d’entre eux, le plus fameux, Jean Chouan,
teau, « dit le Chouan » sur Vétat de 1814, par le sobriquet de Faraud. Et il se peut aussi que le mot Chouan vienne du nom donné au chat-huant dans les campagnes de cette partie de la France.
« Comme cet oiseau nocturne, dit d’Andigné, les” - premiers insurgés ne paraissaient que la nuit; ils passaient le jour dans les bois et imitaient, dit-on, pour se reconnaitre, le cri de ces animaux. » Les faux-sauniers limitaient déja et en avaient fait avant eux un signal d’alarme ou de ralliement. Mais, en Bretagne, c’est le cornet 4 bouquin ou
korn-boud, la trompe d’appel a la soupe, qui.
-sonnera les « rassemblements ».
L/origine du mot reste donc indécise. Comment se généralisa-t-il? Est-ce son pittoresque qui le fit - étendre de Jean Cottereau a ses compagnons de guerre, puis a tous les insurgés de la rive droite de
cat on désignait plus communément René Cotte-
la Loire? Est-ce l’audace déployée, dans leurs -eoups de main, par les premiers Chouans ou la
nouveauté de leur tactique de chasse ou son carac- tére intéressé, voisin de la piraterie?
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: ‘Lac CHOUANNERIE ~ ee Co eg ;
La nuita leurs préférences; mais ils opérent aussi :
“Je jour, quand la nécessité les presse. Un convoi, une diligence, est signalé venant de Laval ou de Mayenne. Soudain une chouette hulule sous le
—couvert. Quoi! une chouette en plein midi?
D’autres que ces gardes nationaux fanfarons ou ces grenadiers en ribote dresseraient J’oreille. Nouveaux chuintements plus rapprochés et qui semblent se répondre. Le convoi poursuit son train de sourd : parvenu dans quelque bas de céte propice, au tournant d’un pont, au coin d’un bois, il est pris entre deux feux de salve tirés de derriére les talus et qui couchent a terre une partie del’escorte, Le reste se débande, abandonnant le convoi. On n’a rien vu, on n’a entendu qu’une chouette sous la feuillée et, presque aussitdt, le roulement de la -fusillade.
Cest 14, peut-on dire, schématisé, le coup de main type des Chouans, susceptible d’une infinité de variantes, mais ot l’on retrouve toujours les mémes éléments de mystére, de surprise et de pillerie. La Rouérie, on le sait, avait tout de suite distingué les Cottereau : Francois, qui fut un de ses agents de recrutement les plus actifs; Jean, né a Saint-Berthevin (Mayenne) le 30 octobre 1757, rusée caboche de contrebandier, « blond, membru, a grosses jambes », mais singuliérement agiles,
rompu par sa lutte continuelle avec la matelote a tovtes les formes de l’embuscade, arrété pour — meurtre sous la monarchie et relaxé faute de
preuves. On peut ne pas porter la Gabelle dans son ©
coeur et rester, comme Jean Chouan, un fervent
catholique, méme un fidéle sujet du roi. La Rouérie —
Révolution mit sa téte a prix; l’armée vendéenne,
déroute, et les deux ou trois centaines de peaux
; - dislocation de l’armée, aprés la bataille du Mans,
Cee “TERREUR ‘ROUGE — :
ea jugea ainsi et fe) ‘nomma sous-lieutenant; la ee
en marche sur Granville, laccueillit. dans ses Tangs, avec sa mére, qui périra écrasée dans la sy
de biques rapées qui composaient ses troupes. A la ee
les quelques survivants de cette phalange barbare
reviendront se terrer avec Jean et ses fraéres dans
tendre des embuscades, piller les caisses publiques,
douteux, couper les communications avec la ville - par des tranchées et des abatis d’arbres, et c’est alors aussi que le nom de Chouans gagnera, rem-
placera peu 4 peu dans le public celuide«brigands» -qu’on donnait indifféremment jusque-la aux - insurgés des deux rives de la Loire. Le 23 fé-
vrier 1794, une lettre de Ja municipalité de Lou- | vigné (Ille-et-Vilaine) signalait au Comité de surveillance l’apparition d’ « une horde de scélérats —
les bois d’Olivet d’ou ils sortiront la nuit pour on
- fusiller les agents du directoire et les métayers ~
connus sous le nom de Chouans », ce qui semble
- YVindice que le mot était encore peu répandu, bien qu’employé par. Beaufort dans un rapport du - 6 janvier de la méme année au président de la Convention.
— Citoyen, dira un peu plus tard, a la Mabilais, f.tin représentant du peuple au chevalier de Sainte- - Gemmes ‘(le futur d’ Andigné), vous avez pris un - nom bien ignoble. ; — Nous 1’anoblirons, répondit Sainte-Gemmes.
Les chefs‘chouans des Cétes-du-Nord introduiront méme les chats-huants dans les armoiries —
parlantes de leurs sceaux. Et d’autres survivants
de la Petite-Vendée, d’autres petits chefs de bandes
revinrent en méme temps que les Cottereau, aprés
Le Mans, Ancenis ou Savenay, retrouver leurs - fourrés du Maine-et-Loire, du Bas-Maine, du Cotentin, du Fougérois, du Vitrelais : Moulins, ci-devant commis desfermes et ennemi de Jean Chouan, dans ‘les bois de Concise; Treton, dit Jambe-d’ Argent et qui avait simplement une jambe plus longue que l’autre, dans les bois de Quelaines; aux environs de Chateauneuf, l’ainé des Cottereau, Joseph, un ancien toilier, trés brave, mais féroce, brtilé d’alcool, le « boucher des Bleus », comme Westermann était le « boucher des Vendéens » (son frére Louis, qui le remplacera aprés sa mort, vaudra mieux et n’y aura pas de peine); dans la Charnie, prés Sainte-Suzanne, Louis Courtillé, dit Saznt- Paul, au parler doux, vingt ans, batard et commandant la sinistre bande de la Vache-Noire; autour de Domfront et de Mortain, Moulin et La Roque- Cahan qui prépareront le terrain 4 Frotté; Blouin- Duval dit Croco, la terreur de 1’Avranchin; Billard de Veaux, un Cyrano louche, Douéry d’Ollendon, un illuminé, dans le Bocage et le pays d’Auge; sur la lisiére vitréenne de la forét du Pertre, le modeste et digne Hubert, déja nommé, qui s’y était pratiqué une cache souterraine, véritable place d’armes
endeaiaatie
ott pouvaient tenir 80 personnes; Aimé de Boisguy
surtout, dans les parages de Fougéres, d’ot il a commencé par retirer sa mére et sa sceur pour les mettre en stireté chez des amis bas-normands.
Aprés quoi il reprend avec son frére sa vie pré-
caire dans la brousse.