‹ La Christianisation des foulesChapitre 10 sur 26 · LOCALISATION DU CULTE IMPÉRIAL · texte numérisé non relu

LOCALISATION DU CULTE IMPÉRIAL

que, par la même souplesse qui permit aux habitants de sauvegarder leurs grands dieux Baal, Tanit, Echmoun et Melquart sous les noms de Saturne, Dea Caelestis, Esculape et Hercule, les Africains conservaient encore, avec leurs anciens rites, — tel ce mystérieux nasilim qu'attestent les inscriptions — leurs anciens cultes locaux (1).

La même situalion religieuse se reflèie dans l’histoire du culte impérial : dans beaucoup de pays d'Italie, d'Espagne (2), de Gaule et même d'Afrique, il semble que le sentiment religieux ait tendance à se municipaliser : le culte urbain revêt un caractère plus personnel que le culte des provinces; les pompes que déploient certaines villes, comme Lyon et Tarragone, ex-— citent autour d'elles, sinon de la jalousie, du moins de l’émulation; le culte d’Auguste s’insinue peu à peu parmi les cultes locaux et c’est à ce titre que les habitants s’y attachent et le conservent. Intimement associé à la religion des Dieux Lares restaurée par Auguste (3) et protégée par ses successeurs, il prend place parmi les cultes tutélaires : les Lares, protecteurs du

(1) Touraix, Thèse... p. 207-218, passim.

(2) En Tarraconsise notamment et en Lusitanie [Corpus 11, 2636, 454. 740, 2402, 2523, 2524, 2606, 3097...]

(3) Cf. Suétone, Aug., 31: « I] y avait une foule de divinités locales dont le culte étranger à la religion romaine paraissait impossible à anéanlir. Toutes ces diviuités.. Auguste les autorisa à titre de diviaités lares, les rattachant de la sorte, non seulement à la religion de Rome, mais encore par leur association obligée au génie de l'Empereur, lare suprême de l'Empire, à la partie de la religion privilégiée de l'honneur officiel des processions du printemps et de l'été et des offrandes de fleurs... les divinités. locales admises au rang des Lares Publics prirent le nom de divinités augustes.… [Revue Epigr. du Midi, I, 56].

foyer familial, sont surtout les protecteurs de la ville :

« Stant quoque pro nobis et præsunt mœnibus urbis »,

dit Ovide (1); ils ont leurs chapelles aux carrefours, on célèbre en grande pompe leurs fètes au printemps et à l'automne; ils sont les vraies divinités tutélaires de l’endroit. Le numen de l'Auguste vivant s'associe à eux, et, comme ils subsistent, ils le font subsister : l'esprit municipal et le senliment religieux confondus font bloc contre les croyances nouvelles. En Afrique, nous voyons des prêtres municipaux sous Constantin, sous Constance, sous Constant, sous Julien, sous Valentinien et Valens, sous Vélens et Gratien, sous Valentinien et Théodose, Arcadius et Honorius et même à la quatrième année du règne d’Huneric en plein sixième siècle, en 526 (2). Je sais bien ce qu’on dit : qu’à cette époque le titre de flamen n'implique aucune idée de paganisme, que le culte impérial est alors sécularisé et que le titre de prêtre n’est plus guère qu'une distinction honorifique, monopole de la noblesse municipale. Qui oserait assurer pourtant que le culte impérial ait perdu toute sa valeur religieuse au jugement des consciences ? Faut-il rappeler qu'en pleine époque chrétienne saint Ambroise traite de Zapsi ceux qui acceptent les sacerdoces (3);

(1) Ovine. Fastes, V, 135.

(2) Beuruier, 299.

(3) Awsrosius, Ep., 17. « Sæpi decepti sunt etiam chris= tiani partim per imprudentiam, partim propter publicarum necessitatum molestias declinandas : et quia non omnes fortes inveniuntur, etiam sub principibus christiapis plerique sunt lapsi. »

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