UNE INSCRIPTION DE
que le concile carthaginois de 400 emploie le terme de persécution pour qualifier l’attitude des gouverneurs qui contraignent les Chrétiens à les accepter ; qu'une loi de 415 reconnaît que ce culte est entaché de superstition païenne (1) et arrête que les sacerdoces doivent être des charges volontaires et non imposées, voluntalis non necessitatis munus ? Faut-il rappeler que Salvien, mort après 480, parlant précisément de l’Afrique, accuse les Chrétiens de retomber dans les superstitions païennes {2\ — il vise particulièrement le culte de Caelestis — et qu’Astius Mustelus enfin, mort en 526 (3), a grand soin de faire suivre de l’épithète de CHRISTIANVS le titre qu'il prend de FL(amen PP(erpetuus) : s’il a dit qu’il était chrétien après avoir dit qu'il était f/lamen, c’est donc que la chose n'allait pas sans dire; c’est qu’on aurait pu le prendre, comme quelques-uns de ses collègues, sans doute, pour un flamen
(4) Code Théodosien, XVI, 10, 28. « Sacerdotales pagauæ superstitionis. » — Goraorrent. Paratilton ad cod. Th. XVI, 10. Cf. leg, 103, XII. I, cité par de Rossi, Bull, Arch. Christ. 1878, p. 34, note 3.
(2) Sacvien De Gubern. Dei., VII, 2. « Sed quia de impuritate Afrorum jam multa diximus, nuuc de blasphemiis saltem pauca dicamus Professa enim illic jugiter plurimorum pagaaitas fuit. Habebant quippe intra muros patrios intestinum scelus, Cælestem illam scilicet, Afro rum dæmonem dico. Nec loquor de hominibus sicut ita etiam professione ac vocabulo paganis, et qui sicut profaui erant errore, sic nomine. Tolerabllior quippe est et minus nefaria gentilitas in hominibus professionis suæ. Illud peruiciosus ac scelestius, quod multi eorum qui professionem Christo dicaverant. mente idolis serviebant.. Quis non dæmoniacorum sacrificiornm nidore plenus divinæ domus limen introiit.…, ut non tam immais criminis fuisse ad templum Domini nou venire quam sie venire » [P. L., 53, 154]. Lt
(3) 6. I. L., VII, 10516; aAsTIVS MVSTE | Lys FL PP CRISTI | ANVS VIXIT AN | NIS LXXII QVIEVIT CII | ID DE- CEM | BRES ANNO | Ii DNI REGIS | ILDIRIX.
vraiment païen : « etiam sub préncipibus christianis plerique sunt lapsi ».1l est bien probable que, par endroits tout au moins, le culte impérial, même après Contantin, a gardé une valeur religieuse ; qu'Auguste et Rome sont parfois devenus par la force de l'habitude, comme une divinité protectrice particulière : ce qui ne laïsse pas d’être piquant alors que l'empire est tombé et que l'Afrique est vandale, qu'il n’y a plus d’Auguste en Occident et que Rome, plusieurs fois violée’ par les Barbares, est maintenant sujette du roi des Goths.
A voir cet ensemble de faits, d’un caractère commuu en Occident et en Orient, on se persuade que la religion païenne, au moment qu'elle dut lutter contre le Christianisme, se composait de deux éléments de nature, d'origine et de force différentes. Elle comprenait un élément universel que nous nous sommes efforcés de dégager d’abord, d'origine relativement récente, de nature politique, d'influence superficielle et dont la fortune était nécessairement liée à l'Empire, son créateur ou son protecteur : l'Empire mort, cette religion universelle qui lui est attachée, meurt aussi et disparaît. Ce n’est donc pas elle qui explique la survivance tenace du Paganisme. — Mais, à côté de cet élément universel, nous avons discerné un second élément local, d'origine antique et qui conservait une force redoutable : ce sont les cultes et les croyances indigènes plus ou moins déguisées qui sont demeurés debout, le décor unitaire une fois abattu : noyaux des vieilles pratiques idolatriques persistantes,