LES INTERCESSEURS : ORIGÈNE
soulever l’indignation de Tertullien. Au moment où celui-ci écrit son de Pudicitia, entre 217 et 222 (1), on ne croit pas seulement que les martyrs s'intéressent à leurs frères vivant dans le siècle, ou qu’ils recommandent seulement leurs prières au Christ ; on croit encore qu'ils peuvent expier leurs péchés. « Qu'il suffise au martyr, s’écrie « Tertullien, d’expier ses fautes, à lui! Qui « donc a racheté la mort d’un autre par la sienne, « si ce n’est le seul Fils de Dieu? C'était pour « cela qu’il était venu : pur de toute faute quant « à lui, et parfaitement saint, il voulait mourir « pour les pécheurs (2). »
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(1) D'après MoncEaux, entre 2AT et 221 d'après Neoupr- CHEN [Revue de philologie, janvier 1898, p. 92].
(2) De Pudicilia, XXII. « Sufficiat martyri propria delicta purgasse… Quis alienam mortem sua solvit, nisi solus Dei Filius?... Ad hoc enim veneral, ut ipse a de-
licto purus et omnia sanctus, pro peccatoribus obiret » [Micne. P. L., 2, 1027].
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L'affaire du Novatianisme atteste avec éclat la croyance commune au pouvoir intercesseur des martyrs. Les âmes faibles tombées dans la persécution de Dèce demandaient à grands cris pardon. Leur crime était un cas de pénitence perpétuelle ; un peu partout, on inclinait pourtant à leur rendre la communion; mais on voulait attendre que la crise eût pris fin, on désirait que les évêques se fussent entendus. Les intéressés trouvèrent ces délais trop longs; ils s'agitèrent, ils apitoyèrent quelques confesseurs ; céng prêtres consentirent même à célébrer les mystères devant ceux qui pouvaient produire un billet de recommandation délivré par un martyr. Tous les documents qui ont trait à cette histoire (1) attestent en effet qu'il y avait alors un usage bien établi: Les reconvaandations des martyrs étaient prises en considération par les évêques et servaient à abréger pour les pécheurs le temps de la pénitence canonique. C'est tout ce qui nous importe ici. On voit combien s’est profondément développée et largement épanouie dès le milieu du troisième siècle l’idée de l'unité des àmes solidaires qui à sa racine dans la conception paulinienne des dmes-membres du Christ.
Un siècle plus tard, de violentes attaques obligent les chrétiens à réfléchir sur leur vieille” croyance. Pressée de répondre aux objections que soulevait, après Celse elJulien, Vigilantius, l'Eglise précise le contenu de la foi; elle prend une idée claire de ce qui fondait son attitude et légitimait sa démarche; elle bénéficie des progrès qu'a fait faire à l’idée de {a grâce saint Augustin qui voit en elle, dès 397, un don purement graluit de Dieu : le dogme de la communion des saints
(1) Eusèse. H. E. VI. 43. — Leltre de Cyprien à Antonianus (ep. 59).