LES INTERCESSEURS : SAINT AUGUSTIN A
apparaît donc formulé et défini, au début du y* siècle, dans les églises du sud de la Gaule. La vie apportée par Jésus n’est ici-bas le privilège d'aucune âme individuelle; c’est le privilège de l'Eglise, corps mystique du Christ; la vie ne s’éveille dans une âme qu'’autant qu'elle est intégrée à l'Eglise et greffée sur Jésus-Christ. Car la vie ne vient pas de l’âme, elle lui est donnée par le Christ ; c’est le Verbeincarné, c’est Jésus crucifié, ce sont ces autres « Christ » que sont les saints justifiés, qui lui procurent la grâce, le salut et la vie. L’Incarnation, la Crurifixion. les épreuves des martyrs, voilà le trésor dont les mystérieuses ressources peuvent compenser l'indigence et racheter la misère et payer vraiment les dettes de chacun envers la justice de Dieu; pour y parliciper, quelque indigne qu'il soit, il devra s'incorporer au corps spirituel du Christ et se sceller, pierre vivante, dans l'édifice sacré de l’église. De ce moment l'âme vit. La solidarité des hommes en Jésus-Christ compense surabondamment leur solidarité en Adam; la grâce surabonde où le péché sévit.
L’antique coutume est donc affermie, maintenant que les consciences en aperçoivent plus distinctement l'harmonie intime avec l’essence de la foi : au v° et au vie siècles, le culte des martyrs s’exalte (1). Les fêtes qui leur sont consacrées prennent uve place de plus en plus grande dans la vie des églises. On célébre les anniversaires avec plus d'éclat que jamais ; le pape Symmaque [498-514] décide que, ce jour-là, on chantera le
(4) Voir les beaux vers où Prudence, à la fin du ive siècle, supplie saint Vincent d'intercéder pour lui. Peri Stephanon. V, strophes 137-144. Perte, per illum carcerem, |. Miserere nostrarum precum, | Placatus ut Christus suis | Inchnet aurem proxperam, | Noxas nec omnes imputet.
gloria in excelsis jusqu'alors réservé à la solennité de Noël ; la veille de la fête, on s'y prépare par des lectures ou par le jeûne. Les calendriers locaux où ont été notées les morts des évêques et des martyrs, sont révisés, continués, finalement fondus ensemble, à Rome, au temps de saint Léon [440-461 ;] c’est le fameux Férial hiéronymien (1) qui représente ce travail de compilation. Il est développé bientôt après de manière à présenter en bref l’histoire des martyrs; c'est le WMartyrologe Eusébien (2) qui, au nom de chaque saint, à la date et au lieu de sa passion, ajoute quel juge l’a condamné et quels tourments il a soufferts. Les cimetières où les anniversaires se célèbrent, sont entretenus avec soin, souvent avec luxe. A Rome, ce sont des galeries souterraines, étroiles et hautes, creusées d’alvéoles occupées par les morts ; elles s’irradient autour des cryptes où dorment les plus fameux martyrs ; elles s'élargissent parfois en chambres plus vastes, affectées aux sépultures d’une famille. Le souvenir des persécutions y habite; le silence y règne; l'obscurité est à peine tempérée par la lumière affaiblie que versent les luminaires ou que répandent les lampes allumées autour destombeaux. Par endroits, de brèves inscriptions rappellent l’héroïsme du martyr. Tout concourt à donner aux fidèles un sentiment de tragique respect pour la grandeur mystérieuse des témoins de Jésus- Christ (3).
(1) Edité et commenté par de Rossi et Mgr. Duchesne. [Bruxelles 1894, in-folio].
(2) Cf. Albert Dufoureq. De Manichæismo apud Latinos ve vie sæculo [Paris. Fontemoing] p. 19.
(5) Cf. André Baudrillart : Les Catacombes de Rome. Paris, Bloud, 1903 [2 vol. Collection Science et religion]: