DUEL DU SAINT ET DE L'IDOLE
appelle Æelanus Mons, il y avait un grand étang autour duquel les paysans des campagnes voisines se réunissaient chaque année ; la fête durait trois jours, accompagnée de mille actes idolàtriques. L’évêque s’élève contre ces pratiques du diable ; il admoneste ses paroissiens, use tour à tour de menaces et de prières. Bientôt, il est contraint d’avouer son impuissance. Il s’avise alors, en désespoir de cause, de bâtir sur les bords du lac une église à saint Hilaire de Poitiers ; il y place les reliques du saint, il invite les paysans à les venir vénérer. Tout change aussitôt ; les païens prennent peu à peu le chemin de l'Eglise ; ils apportent à l'évêque de Jésus-Christ ces offrandes qu’ils déposaient jadis aux pieds des idoles ; mis en contact direct avec celui-là, ils sentent Ja faiblesse de celles-ci; le saint a tué la déesse des eaux.
En même temps qu'ils protègent l’homme inquiet qui les implore, les saints (1) glorilient les cités où ils ont vu le jour, où ils ont confessé la foi, où ils ont enseigné le peuple. Leur culte devient un intérêt local par l'effet des pélerinages. C'est dire que l’orgueil municipal et les intérêts pécuniaires, le patr'otisme local en un mot, s’accommode de ce culte aussi bien que des cultes païens : les mêmes sentiments qui ont soutenu ceux-ci s'expriment encore dans celui-là, qui leur apporte, par surcroît, une doctrine de vie infiniment supérieure. L'attachement de l’homme au coin de terre, compagnon de sa vie présente, gardien de ses ancêtres disparus, tel est, sans
(4) Avec les martyrs. on fêtait, comme saints, la plupart des évêques. — Gélase I [494] autorisa, sans certaïnes conditions, l'archevêque Herculentius de Poteuza à dédier une église à l’archauge saint Michel et au confesseur Marc. D’après Pholius, saint Cyrille d'Alexandrie(mort en 444) fut le premier qui employa des reliques de saints cui n'étaient pas martyrs.
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doute, le sentiment primitif qui a déterminé la localisation des cultes aux premiers âges. Ce sentiment était respecté par la religion nouvelle, > il s’alliait à merveille aux sentiments d’humilité
d’où avait jailli, on l’a vu, le culte éntercesseur Ë des martyrs; il y trouvait, en quelque manière, x son achèvement, sa purification et sa glorifica- { tion. Comme les fêtes païennes locales faisaient # place, souvent aux mêmes jours, à des cérémo- 5 nies chrétiennes, au dieu local vaincu succédait } un martyr local qui continuait à couvrir de sa puissante protection les habitants de lendroit. à Parfois même la tombe du martyr enfantait une ville nouvelle : si Drépane de Bithynie renaît de | sa décadence autour du tombeau de saint Lu- * cianus, c’est une cité toute neuve, Théodoropolis, qui sort du tombeau de saint Théodore de Paphlagonie (1).
Si donc le paganisme survit dans les masses populaires à sa déchéance officielle, c’est sans doute l'alliance du sentiment religieux païen avec l’esprit local qui l’explique, et s’il meurt à. la fin dans les masses, c'est que la primitive croyance chrétienne de l'unité des âmes dans le Christ et de l'efficacité de la prière sur le Christ, racine du culte rendu aux martyrs intercesseurs, permettait, préparait, préformait, si j'ose ainsi dire, l'adaptation du Christianisme à cet esprit local toujours vivant. Grâce aux martyrs du Christ, l'hostilité des foules pour la doctrine du Christ s’affaiblissait insensiblement ; elle finit un jour par s’évanouir : le culte de ceux-là avait fait passer celle-ci. Né peu à peu avec les martyrs, ce culte était donc devenu, du 1v° au vu siècle, le véhicule de l'Evangile. S'il est vrai qu'au moment où régnaient la force romaine et la force