‹ La Christianisation des foulesChapitre 5 sur 26 · LES FOULES EN OCCIDENT · texte numérisé non relu

LES FOULES EN OCCIDENT

la ville et leurs livres brûlés au Cynegion avec les statues de leurs dieux (1) ; au même moment, sous Justinien, en plein vi‘ siècle, un évêque se fait universellement connaître comme l’apôtre des païens et le briseur des idoles. L'évêque monophysite Jean d'Ephèse nous raconte lui-même que, sur le territoire de la ville de Tralles, il confère des milliers de baptêmes et qu'il y élève 24 églises et 4 cloitres ; il détruit le temple de Dariro, et au cours de ses missions en Asie, en Carie, en Phrygie et en Lydie il fait bâtir 12 monastères et 99 églises (2) : le nombre de celles que construit Justinien (3) atteste très clairement que la christianisation de la foule date seulement de cette époque.

En Occident, le paganisme n'apparait pas comme moins vivace. Sans doute, en 399, Honorius a renouvelé de son père l’interdiction de sacrifier ; mais par la même loi, il ordonne de respecter les statues des dieux (4). Sans doute, en 408, il ferme tous les temples (5), mais il faut penser que ses ordres sont ineflicaces puisque, en 409, il croit devoir rappeler que la législation de Théodose n’est pas abrogée (6). En effet, une

(4) Maara, XVIIL, « Mnv? touvlw, ivôueruvt ti aûti ousyeñivres "Ehknves, mepteBuuisinouv xai tà fi6Aix abrwy xaterad0n &v T@ xLVNYIp ai ElAÔVES TOY fLuGe-

&y eüv adrwv ai &ytAuarz [Bonn. p. 491, 18].

(2) Jean D'Ernése, Il, 44: III, 36-47 cité par SCcnuLTzr, J1, 320-321.[CF. Knumsacner, 2e édition, 404 et RUBENS DuvaL, La Littérature syriaque, p. 191 et 364].

(3) Procope en cite un assez grand nombre à Constantinople [De Ædificüs, 1, passim ; Bono. II, 167].

(4) Code Théodosien, XVI, X, 15. « Sicut sacrificia prohibemus, ita volumus publicorum operum ornamenta servari » [Haenel, 1620].

(5) 1d., XVI, X, 19. « Ædificia ipsa templorum..., ad usum publicum vindicentur, aræ locis omnibus destruan-

AR

inscription de la fin du 1° siècle mous montre en fonctions, à Capoue, un prêtre de la province (4). En 397, des païens veulent sacrifier, de force, les bœufs d’un chrétien à l’occasion des ambarvalia ; ils massacrent les clercs qui défendent le chrétien ; ils massacrent l’évêque de Trente qui veut détruire le culte de Saturne (2). De même les paysans de Ligurie entretiennent pieusement les autels champêtres et se parent avec orgueil des titres d’haruspices (3). En Afrique saint Augustin nous montre le forum de Madaure tout peuplé d’idoles, et il nous dit les honneurs bruyants dont les honorent les magistrats municipaux. En Espagre, la force persistante de l’idolâtrie arrache des cris de colère à Priscillien (4) et à Firmicus Maternus ; bien plus, à Tarragone, on voit des chrétiens revenir aux faux dieux, malgré les lois qui punissent l'apostasie (5). Saint Martin de Braga mort en 580, l’évêque d’Astorga Polemius, les pères du second concile de Braga (572) luttent avec acharnement contre les errores idolorum (6). Leur illustre devancier, saint Martin, l'apôtre des Gaules, s'est heurté souvent à l'opposition armée des paysans (7); saint Martin de Brives a été massacré par eux (8).

Les invasions germaniques contribuent peut-

vulgo paganos appellant, arbitrantur, legum ante adversum se datarum constituta tepuisse, noverint iudices nee præceplis eorum fideli devotione parendum » H. 1552].

(1) Ne X, 3792.

(2) TizLEMONT, X, 542.

(3) Saint Maxime de Turin, Sermon 101.

(4) Liber Apologeticus, 15-19.

(5) Ep. Siricu [P. L., 13, 1136].

(6) Cf. Caspari, D>2 correctione rusticorum. Christiania, 1883, in-8.

(7) Sulpice SévêÊre, Vila Martini, 1345.

(8) Acta Sanclorum, août, II, 412.

Page 1