‹ La Christianisation des foulesChapitre 7 sur 26 · LES CULTES LOCAUX · texte numérisé non relu

LES CULTES LOCAUX

de lui sur le forum au temps de la guerre de Pompée contre les pirates ciliciens (1) ; il s’installe à Ostie et gagne Rome. Aurélien, fils d’une prètresse du soleil et qui a été vainqueur des troupes de Zénobie près d'Emèse, se plaît à lui attribuer sa victoire, et lui bâtit, sur le Quirinal, un temple magnifique. Apporté par les soldats, les fonctionpaires et les marchands, ce culte se répand daus le peuple : il s'efforce, à sa manière, de contenter les besoins moraux qui trouvent dans le Christianisme leur satisfaction légitime : il établit une sorte de baptême, une manière de communion, une purification sanglante, il organise une liturgie mystérieuse et compliquée en attendant que, plus tard, Julien lui donne une organisation ecclésiastique, parallèle à l’organisation chrétienne.

2. — Malgré cette triple unité, décorant, si j'ose ainsi parler, la façade du monde antique, on va voir que ce sont les divinités locales qui y sont le plus fidèlement adorées et que les cultes locaux son demeurés le plus vivaces : l’unité mithriaque, stoïcienne, impériale est toute de surface. Le sloïcisme, par la méthode philosophique qu'il retient, lors même qu'il prend les allures d’une religion, limite son influence à une élite, c’est-à-dire à une minorité ; et, dans cette mesure même, il est bon de rappeler que son influence est vivement combattue : l’épicuréisme, les divers scepticismes, le pythagorisme, le néoplatonisme sur'out, mieux adapté aux nouvelles conditions de la pensée, lui font une rude concurrence. De même que l'unité philosophique stoïcienne, lu-

(1) PLurarQuE, Pompée, 24.

nité religieuse mithriaque est toute relative: d’abord, parce que, au 11° siècle, le mithriacisme est très loin d’être systématisé comme il le sera à l’époque de Julien ; ensuite parce que d’autres religions lui font également une concurrence très efficace. Les cultes légaux de la Bellone de Comana et de la Mater Magna, celui-ci surtout, ont conservé beaucoup de vogue; le tendre culte d’Isis et des autres dieux de son cycle, qui est établi à Rome depuis la seconde guerre punique, a pris une large extension : il s’est même installé au Capitole : une inscription (1) nous signale une prêtresse d'Isis Capitolina. Depuis lors, après bien des vicissitudes, grâce à la protection d Auguste, d'Othon, de Domitien qui bâtit un Iseum et un Serapeum, de Commode et de Caracalla, il fait de nouveaux progrès : à la fix du premier tiers du 11° siècle, s’il faut en croire Lampride (2), Alexandre Sévère le couvre de sa particulière protection ; il est très répandu en Italie, en Afrique, en Espagne, en Gaule, en Helvétie, en Germanie, en Dorique, en Pannonie, en Dalmatie, en Dacie, en Grèce naturellement aussi comme en Asie-Mineure et en Egypte : les inscriptions l’attestent. Voilà donc, pour ne parler ici ni de Sabazius, ni d’Adonis, ni de Demeter, ni de la Virgo Caelestis, ni d’Atargatis, ni du Jupiter d'Heliopolis, ni du Jupiter Dolichenus, ni du Jupiter Beellefarus, — c’est, je crois, le dernier que nous ayons découvert, et tous ses collègues rivaux ont aussi leurs dévots, -- voilà donc un culte différent du mithriacisme, qui lui dérobe un grand nombre des fidèles auxquels il peut prétendre. L'unité religieuse que l’on croit apercevoir dans le monde romain n’est qu’une fiction.

Page 1