‹ La Christianisation des foulesChapitre 8 sur 26 · LES CULTES LOCAUX D'ORIENT · texte numérisé non relu

LES CULTES LOCAUX D'ORIENT

Le syncrétisme qui résulte des caractères communs à ces cultes n’a pas déraciné les cultes locaux dans les milieux populaires, ni en Orient ni en Occident. En Orient d'abord : la plupart des dieux rivaux de Mithra sont, leurs noms mêmes l'indiquent, originaires d'une région déterminée et y restent toujours plus dévotement adorés ; comme c'est de Pessinonte qu'est venue la Mater Magna et de Comana en Cappadoce qu’est venue Bellone, c’est de Byblos que s’est envolé Adonis et d’Emèse le dieu Soleil d’Elagabal, de Carthage la Virgo Cælestis, d'Hiérapolis Atagartis la déesse syrienne, d'Heliopolis le Jupiter appuyé au timon d'un char, de Doliché en Comagène le Jupiter au taureau et de Phénicie, sans doute, Jupiter Beellefarus. Les grandes divinités de l'Olympe qui ont fait fortune daas l'histoire, n’ont pas perdu dans leur patrie, comme on pourrait le croire, le caractère local qu'elles avaient à l’origine ou qu'elles ont acquis peu à peu (1). « Chaque grande ville (d'Asie), écrit « Lebas dans son Æzxploration de l'Asie Mi- «neure (2), avait ses sanctuaires, objets d'une « vénéralion plus ou moins ancienne et étendue, « mais dont l’administration et les cérémonies « ne concermaient pas les villes voisines : aussi « n'y a-t-il pas d'exemple d'un temple élevé par « la province entière à une divinité de l'Olympe ; « ce n'était pas possible; Ephèse aurait réclamé « la préférence pour Artémis, Pergame pour « Esculape, Cyzique pour Proserpine.» La même localisation des cultes apparaît encore de la même façon dans l’histoire du culte impérial en ces mêmes provinces de l'empire. Lorsqu'il s'agit de décerner les honneurs divins à un empereur

(4) Desrarnins, Revue de philologie, 1819, III, 42. (2) Tome III, n. 885.

mort, on se met facilement d'accord, sauf sur un point : le choix de la ville où s "élévera le temple ; et c'est au souverain que l’on adresse à cet effet. Un autre fait analogue, emprunté à la même histoire, atteste cette localisation persistante des cultes que je voudrais meltre en lumière : bien qu'elles ne forment qu’une seule province, le Pont et la Bythynie ont deux assemblées provinciales et deux prêtres impériaux (1); et il en est de même de la Phénicie séparée de la Syrie, de la Lycie séparée de la Pamphylie. de Lesbos séparée de l’Asie, de l'hexapole de Tomi séparé de la Mésie inférieure, de la Lycaonie et du Pont Polémoniaque séparés de la Galalie, de la Thessalie séparée de la Macédoine (2) : un culte essentiellement politique lui-même ne peut pas se modeler toujours sur les divisions politiques de l'empire ; il doit respecter les groupements religieux locaux : ant il est vrai que ceux-ci sont toujours vivants, les attaches topographiques des cultes toujours solides.

Il en va tout de même à l'occident de l'empire : les dieux qu’on y adore, au moins dans la foule indigène, sont toujours les dieux locaux. Sur l’aulel que la corporation des naulæ parisienses élève à Jupiter Capitolin, en signe de loyalisme, on lit les noms des vieilles divinités Esus et T'arvus (3) ; en d’autres endroits on relève à côté d’Apollon ou de Mercure les dieux Srrona ou /osmerta ; en Bretagne on adore Mars Pelatucardus, Apollo Belenus en Cisalpine, dans les Pyrénées Minerva Belisana, en Lusitanie Proserpina Atæcina (4), à Nimes Jupiter et Nemau-

(1) €. 1. G., 4157. — WaApniNGToN, Asie Mineure 1178. (2) Beuruer, 105.

(3) Oreuut, 1993.

(4) Orecur, 2407. 5909.

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