‹ La chronique d'Enguerran de MonstreletChapitre 21 sur 135 · Les». Suppl. fr. 03, syoute de Couchr, Cou ci · texte numérisé non relu

Les». Suppl. fr. 03, syoute de Couchr, Cou ci

S'ensuit la première lectre de response du roy Henry d'Angleterre aux

lectres du duc d'Orléans.

« Henry , par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre et seigneur d'Yllande, à hault et puissant prince, Loys de Valois, duc d'Orléans. Vousescripvons, mandons et faisons savoir que nous avons veues voz lectres et requeste d'armes dont la teneur s'ensuit : « A très hault et puissant prince, Henry, etc. » Parla teneur desquelles nous povons bien apparcevoir à qui elles adressent. Néantmoins il est à nous comme pourroit estre entendu par ce que vous avez mandé , nous en avons grans merveilles pour les causes qui s'ensuivent : premièrement, entre les trêves prinses et jurées entre nostre très cher seigneur et cousin, le roy Richart, nostre derrenier prédécesseur, que Dieu absoille, et vostre seigneur et frère, lesquelles vous mesmes avez jurées à tenir et qui sont affermées par vostredit seigneur et nous, secondement l'aliance qui fut pourparlée entre nous, et vous à Paris, et aussi par les seremens que vous baillastes en noz mains et ës mains de nos très chers chevaliers et escuiers , messire Thomas d'Espinguen , messire Thomas Rampston et Jehan Marburi , de la bonne amitié et aliance que vous promistes à nous tenir. Desquelles lectres de vostre aliance seellées de vostre grant seel la teneur s'ensuit : Ludovic us, etc. Or, puis qu'ainsi est que vous avez commencé devers nous, contre raison, pour les causes dessus dictes, comme il nous semble, qu'il nous soit par vous envoyé, nous voulons respondre en la manière qui s'ensuit. C'est à dire que nous voulons bien que Dieu et tout le monde sache, qu'il n'a esté

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ne n'est nostre entencion de aler contre chose que nous aions promis en nostre défault ne par nous commencié , mais puis que vous avez ainsi commencé en vostre personne devers nous , vous prions , mandons et faisons savoir que la pareille lectre d'aliance que vous avez reçeue de nous, cassons, adnullons et révoquons tant qu'est en nous, et tenons pour nulle amitié, amour, aliance doresenavant , et ce en vostre défault. Car il nous semble que nul prince, seigneur, chevalier ne autre de quelque estât qu'il soit, ne doit demander ne faire armes soubz icelle aliance et amitié. Et pour ce nous vous quictons devers vous toute nostre aliance et amitié , et vous respondons à vostre lectre de requeste combien que considéré la dignité que Dieu nous a donnée et là où Dieu nous a mis de sa bonne grâce, ne devrions respondre à nul tel fait si non de pareil estât et dignité que nous sommes , si faisons à vous savoir que là où il est contenu en vostre lectre que l'emprinse que vous pensez que nous devons avoir pour venir à proesse regardant l'oisiveté , il est vray que nous ne sommes point tant emploiez en armes et honneurs comme noz nobles progéniteurs ont esté. Mais Dieu est tout puissant de nous mectre à poursuir leurs fais quant lui plaira , lequel par toute l'oisiveté que nous avons eu de sa bonne grâce tousjours à gardé nostre honneur. Et quant à ce que vous désirez d'estre à lieu et à jour regarder, tant de nous comme de vous, en une place où nous feussions nous deux acompaignez chascun de son costé de cent chevaliers et escuiers de nom et d'armes et gentilz hommes sans avoir reprouche, à nous combattre jusques au rendre, vous faisons savoir qu'il n'a esté veu devant ceste

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heure que aucuns de nos nobles progéniteurs roys ait esté ainsi infesté par aucunes personnes de mendre estât qu'il n'estoit lui mesmes , ne qu'il n'avoit mis, ne emploie son corps en tel fait avecques cent personnes ou autre nombre, pour telle cause. Car il nous semble que ce que ung prince roy fait, il le doit faire à l'onneur de Dieu et commun prouffit de toute chrestienté ou de son royaume , et non pas pour vaine gloire , ne pour nulle convoitise temporelle. Et nous voulons par tout conserver Testât que Dieu nous a donné , prins à nous tel propos que à quelque heure qui nous plaira et semblera mieux expédient , à Tonneur de Dieu et de nous et de nostre royaume , nous venrons personellement en nostre pays pardelà , acompaigné de tant de gens et telz comme il nous plaira, lesquelz nous réputons tous noz loiaulx serviteurs, subgetz et amis, pour y conserver nostre droit. Ou quel temps, se vous pensez qu'il soit bon à faire , vous vous pourrez mectre avant avec tel nombre de gens que bon vous semblera, pour vous acquérir honneur en acomplissement de vostre courageux désir. Et se Dieu plaist et Nostre Dame et monseigneur saint George, vous n'en partirez sans estre respondu à vostredicte requeste, tellement que vous en devrez estre tenu pour respondu, soit pour combatre entre noz deux personnes autant comme Dieu vouldra souffrir, laquelle chose nous désirons plus que autrement pour eschever l'effusion du sangchrestien, ou autrenieut en plusgrant nombre. Et Dieu scet, et voulons que tout le monde sache, que ceste nostre response ne procède point d'orgeuil , ne de présumpcion de cuer, ne pour mectre en reprouche nul preudhomme qui son honneur a cher, mais seule-

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ment pour faire abatre la haultesse de cuer et surcuidance de cellui , quel qu'il soit , qui ne scet discerner en quel estât il est lui mesmes. Et se vous voulez que tous ceulx de vostre partie soient sans reprouche, gardez vos lectres, voz promesses et vostre seel que m'avez fait devant ceste heure. Et pour ce que nous voulons que vous sachez que celle nostre response, laquelle vous escripvons et mandons, procède de nostre « certaine science, et que nous l'acomplirons en nostre droit, se Dieu plaist, nous avons seeïlé du seel de noz armes ces présentes lectres. Donné en nostre court de Londres, le v* jour du mois de décembre, Tan de grâce mil quatre cens et deux, et de nostre règne le rv*. »

S'ensuit la lectre de l'aliance jà pieça faicte entre le duc d'Orléans et le duc Henry de Lenclastre, ayant qu'il feust fait roy d'Angleterre.

« Loys, duc d'Orléans, conte de Valois, de Blois et de Beaumont, à tous ceulx qui ces présentes lectres verront, salut et dilection. Savoir faisons par ces présentes que jà soit ce que entre hault et puissant prince, nostre très cher cousin, Henry , duc de Lenclastre', et nous , soit donné dilection et affection , néantmoins , nous, désirans avoir plus ferme amitié et aliance ensemble , actendu que nulle chose en ce monde ne se peut à peine trouver meilleure , ne plus plaisant , ne plus proufïîtable de ce , ou nom de Dieu et de la très saincte Trinité , qui est très bel exemple et aussi ferme

4 . Le ms. Suppl. fr. 93 , porte : « Henry, duc de Lenclastre et Herosdie, comte d'Erby, Linceine, Leychestre et Northanipton. » ^

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et estable fondement en parfaicte charité et amitié, ne sans le bras de sa grâce riens ne se peut bien ne prouffitablement mectre à fin, Nous, en forme et manière que ceste nostre amitié soit réputée honnorable et honneste , sommes venus et venons à faire aliance et confédéracion en ceste manière :

Premièrement. Chascun de nous tient estre raison et appreuve moult que en ceste aliance soient exceptez tous ceulx qui sembleront à chascun de nous estre exceptez au regard de honnesteté , et pour ce nous exceptons de nostre fait ceulx qui s'ensuivent : Premièrement, nostre très hault et puissant prince et mon très redoubté seigneur, Charles, par la grâce de Dieu roy de France , monseigneur le Daulphin , son ainsné filz et tous les autres filz et enfans de mondit seigneur, madame la royne de France et nos très chers oncles , les ducs de Berry et de Bourgongne et de Bourbon , très nobles princes nos très chers cousins, le roy des Rommains et de Boesme , le roy de Hongrie, son frère, et leurs oncles, et Precop, marquis de Morienne, et aussi tous noz cousins plus prouchains et tous autres de nostre sang, présens et avenir, tant masles comme femelles, et nostre très cher père, le duc de Milan, la fille duquel nous avons à femme, pour laquelle affinité nous appartient estre favorable à son bien et honneur; et très nobles princes nos très chers cousins , le roy de Castille, le roy d'Escoce et tous autres aliez à mondit seigneur, ausquelz il nous fault adhérer avec mondit seigneur, et nostre très cher cousin le duc de Lorraine, le conte de Clèves, le seigneu/çte Cliçon et tous nos vassaulx et obligez par foy et serement , lesquelz nous devons estre gardez de mal pour ce qu'ilz se sont

adonnez à nos services et cominandemens; et finablement tous ceulx qui sont noz aliez, ausquelz appartient garder et tenir noz convens.

Item , entre ledit duc de Lenclastre et nous , sera tousjours sans intermission bonne affection de vraie dilection et de pure amour, comme doit estre entre vrais et honnestes amis.

Item , chascun de nous sera tousjours et en tous lieux amy et bien vueillant l'un de l'autre et ennemi de ses ennemis, ainsi qu'il convient à honneur et louenge de l'un et de l'autre. & Item, eu tous temps, en tous lieux et en tous cas causes et besongnes, chascun de nous pourchacera' gardera et défendra le salut, le bien et estât de l'autre' tant en paroles comme en fais, diligemment et soigneusèment, tant comme faire se pourra honnorablement et honnestement.

Item , en temps et en cas de discord et de guerre nous aiderons et défendrons l'un l'autre à grant désir pour vouloir et parfaire œuvre envers et contre tous princes, seigneurs, barons et toute autre personne singulière, communaulté, collège, université, de quelque seigneurie, dignité ou estât, degré ou condicion qu'ilz soient, par toutes voies et remède, engins, consaulx, forces, aides, gens d'armes, ost et autres subsides que nous pourrons et scaurons. Et chascun de nous se lèvera, résistera et combatra contre tous les adversaires guerroieurs et ennemis de l'autre, et se y efforcera de toute pensée, conseil et œuvres licites, exceptez tousjours, comme dit est, lesdessusnommez.

Item, les choses dessusdictes se feront, tenront, garderont et dureront tant comme les trêves présentes ,

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faictes entre mondit seigneur et le roy d'Angleterre dureront. Et se meilleure paix se fait, ils dureront tant comme icelle paix durera entre eulx sans enfraindre. En tesmoing et fermeté de ce , nous avons fait faire et escripre ces présentes lectres et y mectre nostre seel pendant. Donné à Paris, le xvn e jour de juing, l'an de grâce mil trois cens quatre vings seize *. »

S'ensuit la seconde lectre du duc d'Orléans répliquant aux premières lectre» du roy Henry d'Angleterre.

a Hault et puissant prince, Henry, roy d'Angleterre, je, Loys, par la grâce de Dieu filz et frère des roys de' France, duc d'Orléans, etc. Vous escrips, maude et faiz savoir, que j'ay reçeu à bonne estrainne le premier jour de janvier*, par Lanclastre, roy d'armes, vostre iiérault, les lectres que escriptes m'avez, faisans response à aucunes autres lectres que mandées et escriptes vous avoye par Champaigne, roy d'armes, et par Orléans, mon hérault, et ay bien entendu le contenu d'icelles.

4. Paris, 17 juin 1396, sic dans le ms. Suppl. fr. 93. H y a ici erreur de date , car l'original de ce traité, qui est en lalin, est ainsi daté en toutes lettres. Datum Pàrisius, die décima septima mensis julii , anno Domini millesimo trecentesimo nonagrsimo nonn.

2. C'était en effet une habitude du temps de donner des étrennes le premier jour de janvier. Et même on appelait ce jour, comme aujourd'hui , le jour de Tan, ainsi qu'on le voit par le passage suivant d'un compte de l'an 1458. « A madame Jehanne, fille du Roy nostre sire , duchesse de Bourbonnois et d'Auvergne, que le Roy nostredit seigneur lui avoit donné pour ses estrennes dudit jour de Fan , premier dudit mois de janvier, la somme de V e I. l. •

Et quant à ce que vous ignorez ou voulez ignorer , que vous ne sçavez se mesdictes lectres se adressent à vous, vostre nom y est, lequel vous prinstes sur fons et que vostre père et mère vous appelloient. De la dignité que vous tenez je escrips au long , mais je ne appreuve point , ne ne vouldroie en ce approuver la manière comment vous y estes venu. Mais sachez de vray que mesdictes lectres s adressent à vous.

Quant à ce que vous m'avez escript que vous avez merveille de la requeste que je vous ay faicte, considérées les trêves prinses par mon très redoubté prince, monseigneur le roy de France d'une part, et hault et puissant prince le roy Richard , mon nepveu et vostre seigneur lige, derrenier trespassé, Dieu scet par qui 1 ,

i . Richard II fut déposé le 20 septembre i 399. Son cousin, Henri de Lancastre , petit-fils du fameux prince Noir, lui succéda sous le nom de Henri IV et fut couronné le i 3 octobre suivant. Richard mourut en prison dans le château de Pontefract, en West-Riding, le 24 février ikOO. Les circonstances mystérieuses de sa mort ont donné naissance à trois opinions différentes. L'une , qu'il fut tué par sir Piers Exton qui était entré dans sa prison avec cinq assassins. L'autre, qu'il se laissa mourir de faim dans sa prison , en apprenant la défaite de ses partisans. Et c'est ce que dit Walsingham. Une dernière opinion, fut qu'on le laissa mourir de faim d'après les ordres de Henri de Lancastre. Le judicieux Lingard n'ose pas conclure ici , bien que la chose semble facile , surtout par un témoignage de l'archevêque Scrope , témoignage qu'il rapporte luimême, et que voici : Dbi eum breviter [ut vulgariter dicitur quindeeim dirs et totidem noctrs , in famé, siti et frigort vexaverunt et crucifizerunt ; et tandem morte turpissima , adhuc regno nostro Anglia penitus incognito , sed gratin divina penitus non celanda , interimerunt et occiderunt. Quoi qu'il en soit , en France , on crut généralement que la mort de Richard II avait été le résultat d'un crime. Son successeur, bien qu'en traitant avec la France , y était

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d'autre part, et que aussi vous dictes par vosdictes lectres que par aucune aliance faicte envers nous deux, laquelle vous m'avez envoiée de mot à mot , je la récite pour, les voians , mieulx informer en vous demonstrant , veu mon propos que lors avoie et auray, se Dieu plest, toute ma vie, c'estassavoir de garder l'aliance, se envers vous n'eust eu aucun défault.

Premièrement , d'avoir entreprins encontre vostre lige et souverain seigneur le roy Richard, que Dieu pardoint , ce que avez fait ; qui estoit alié de mon très redoublé seigneur, monseigneur le roy de France, tant par mariage comme par escripz seellez de leurs seaulx. En quoy nous jurasmes , c'estassavoir ceulx de leur lignage d'un costé et d'autre, comme il appert par les lectres faictes pour le temps , ilz assemblèrent devers monseigneur et vostre seigneur dessusdit, vous estans en sa compaignie et plusieurs autres de son lignage. Et povez congnoistre et apparcevoir par mesdictes lectres, dont vous m'avez envoié la copie, se ceulx qui estoient par avant aliez de mondit seigneur ne sont point exceptez. Et si povez savoir se ce seroitbien honneste chose à moy d'avoir aliance à vous de présent. Car au temps que je fis ladicte aliance je n'eusse cuidié, ne pensé que vous eussiez fait contre vostre roy ce qui est congneu et que chascun scet que vous

regardé comme un cruel usurpateur. C'est ce que démontre clairement une pièce originale du Trésor des Chartes. C'est une promesse de Henri IV de garder les trêves jurées par son prcdécesr seur, où le secrétaire du roi de France n'a pas hésité à mettre au dos la note suivante : Littere Henrici Lancastrie dicentix se esse regem Anglie , per quoi promittit tenere ireugas.

avez fait. Et pour ce que vous dites que nul seigneur ne chevalier, de quelque estât qu'il soit, ne doit demander à faire armes sans rendre leurs aliances avant qu'on feist ceste entreprinse, je ne sçay se à vostre seigneur le roy Richard vous rendistes le serement de feaulté que vous aviez à luy avant que vous procédissiez contre sa personne par la manière que avez fait. Et quant à la quictance que vous me fatctes avant que vous me respondez à la promesse que faicte m'avez, comme il appert par les lectres sur ce faictes que je ne puis avoir, sachez que depuis que je sceuz le fait que vous feistcs à vostre lige seigneur , je n'euz apparence que vous deussiez tenir àmoy, ne aultrui, quelconques convenances que vous deussiez avoir fait. Et devez penser et assez congnoistre que je n'ay vouloir d'avoir aliance à vostre personne.

Quant à la considéracion que povez avoir à la dignité en quoy vous estes, je ne pense que la vertu divine vous y ait mis, Dieu le scet et peut bien savoir, et avoir dissimulé , comme il a fait plusieurs princes régner et à la fin de leur confusion. Et à me comparer à vostre personne, point n'en est besoing , regardant mon honneur.

À ce que vous me rescrip'vez que pour l'oisiveté que vous avez eu vostre honneur a tousjours bien esté gardé, assez est le contraire sqeu par toutes contrées.

Quant à la venue que vous pensez à faire pardeçà sans le me mander quant ne où ce sera , rescripvez le moy ou le me mandez , et je vous asseure què vous orrez nouvelles sans guères ac tendre, de tout mon vouloir, pour faire et parfaire à l'aide de Dieu, se ay santé,

ce que j'ay escript par vos autres lectres se à vous ne tient.

Et ce que vous me rescripvez que voz progéniteurs n'ont point acoustumez d'estre ainsi infestez de mendres personnes qu'ilz n'estoient euh mesmes, qui ont este et qui sont les miens, n'est jà besoing que j'en soie mon hérault , il est congneu par tout pays , et quant à moy je me sens sans reprouche, la Dieu-mercy , et ay tousjours fait ce que loial preudomme doit faire envers Dieu, comme envers monseigneur et son royaume. Qui fait ou a fait autrement, et eust tout le monde en sa main, si n'a-il riens et n'est mie à priser.

Quant à ce que vous rescripvez que ce que ung prince roy doit faire il le doit faire à l'onneur de Dieu, au commun proufïit de toute chrestienté et de son royaume , et non point par vaine gloire et pour nulle convoitise temporelle , je vous respons que c'est bien dit, mais se vous l'eussiez fait en vostre pays le temps passé , plusieurs choses par vous faictes n'eussent pas esté exécutées ou pays où vous demourez.

Quant à comparer ma très redoubtée dame, madame la royne d'Angleterre , vostre rigueur et vostre cruaulté , qui est venue désolée en ce pays de son seigneur qu'elle a perdu, desnuée de son douaire que vous détenez , despoullez de son avoir qu'elle emporta pardeJà et qu'elle avoit par son seigneur, où est cellui qui veult avoir honneur, qui ne se monstre pour soustenir son fait? Où sont tous nobles qui doivent garder en tous estas les drois des dames vefves et des pu celles, de si l>elle vie comme tous scevent que estoit ma dessusdicle dame et nièpce? Et pour ce que je lui appartiens de si près comme chascun scet, me acquitant

devers Dieu et envers elle comme son parent, vous respons aux poins que vous me dictes, que pour eschever Teflusion du sang humain , vous estant venu pardeçà et moy estant venu à rencontre de vous , me respondrés plus voulentiers de corps à corps ou de plus grant nombre que de présent ne m'escripvez, qu'à I l'aide de Dieu, de la benoiste vierge Marie et de monseigneur saint Michel, sceue de vous laresponse de ces lectres, soit corps à corps ou nombre à nombre, soit povoir à povoir, vous trouverez en faisant mon devoir et gardant mon honneur telle response par eflect comme en tel cas appartient. Et vous mercie pour ceulx de mon costé, que de leur sang avez plus grant pitié que n'avez eu de vostre lige et souverain seigneur. Et afin que vous congnoissez et sachez que ce que je vous escrips et mande je vueil acomplir à l'aide de Dieu, j'ay cy fait mectre le seel de mes armes et me y suis soubscript de ma propre main, lendemain du jour Nostre Dame xxvr* jour de mars , l'an mil quatre cens et deux. »

S'ensuit la seconde lectre du roy Henry d'Angleterre, dupliquant à la seconde lectre du duc d'Orléans.

« Henry, par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre, seigneur d'Irlande. Loys<de Valois, duc d'Orléans ! nous vous escripvons , mandons et faisons savoir que nous avons veu unes lectres de vostre part, le derrenier jour de ce présent mois d'avril , que nous avez envoiées par Champaigne, roy d'armes, et Orléans, vostre hérault, en cuidant avoir donné response à noz lectres par vous reçeues le premier jour de janvier derrenier passé , par Lanclastre , roy d'ar-

mes, nostre hérault. Laquelle vostre lectre porte date du xxvi* jour du mois de mars, mil quatre cens et deux, et avons bien entendu le contenu d'icelles. Et jà soit ce que toutes choses considérées et par espécial Testât où Dieu nous a mis , nous ne deussions respondre à vostre requeste que faicte nous avez, ne aux réplicacions adjoustées à icelles, toutesfois, puisque vous touchez nostre honneur, nous vous voulons respondre, voiant et considérant qu'en vostre première requeste d'armes à nous faicte, à laquelle nous vous donnasmes response, vous prétendistes icelles avoir procédé d'entier désir et jeunesse de cuer pour vous acquérir honneur et bon renom à commencer à venir et vouloir savoir le mestier d'armes. Et nous semble par vostre présent escript que icellui vostre désir avez grandement tenu en frivoles et en paroles de tençon et de despit, en diffamant nostre personne, cuidant par aventure que ce tourneroit à la confusion de nous, ce que Dieu peut bien tourner à la vostre, et à bon droit. Si sommes pour tant esmeuz, et non pas sans cause raisonnable, de vous donner response aux principaulx poins comprins en vosdictes lectres par manière comme cy-après pourrez plus pleinement apparcevoir, bien pensant et considérant que point n'appartient à nostre estât , ne que ne pourrions nostre honneur garder par tencer, ne avecques ce sur les autres poins frivoles et tençons pleins de malice, ne vous donner response aucunement , sinon que tout ce qui touche nostre reprouche est faulx.

Premièrement , quant à la dignité que vous dictes nous tenir, laquelle vous ne escripvez au long ne approuvez, et si ne vouldriez en ce approuver la manière

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comment nous y sommes venus, certes nous nous esmerveillons grandement. Car nous le vous avions bien dit et déclairé avant nostre partement de pardelà , ouquel temps vous approuvastes nostre promocion et promistes aide à rencontre de nostre très cher seigneur et cousin le roy Richard , que Dieu absoille , se nous l'eussions voulu avoir. Néantmoins , de la preuve ou de la despreuve de vous en ce, nous tenons bien peu de compte. Car, puisque Dieu , de sa bonne grâce, en nostre droit nous a approuvé , et tous ceulx de nostre royaume, aussi il nous souftist pour tous ceulx qui en ce nous vouldroient contredire, qui auront le tort; confiant de la bénigne grâce de Dieu qui nous a gouverné et défendu, et bien a commencié en nous , car en continuant sa grande miséricorde , nous a mené à bonne fin et à telle conclusion que vous recongnoistrez la dignité qu'il nous a donné et le droit que nous y avons.

Quant à ce que en vosdictes lectres est faicte mencion du trespassement de nostre très cher seigneur et cousin , que Dieu pardoint , en disant que Dieu scet par quoy, nous ne savons à quelle fin ne par quoy vous le dictes. Mais se vous voulez ou osez dire que par nous ou nostre vouloir ou consentement, il ait esté mort , il est faulx , et sera toutes les fois que vous le direz. Et à ce nous sommes et serons prest , à l'aide de Dieu, de nous défendre contre vous, corps à corps, se vous le voulez ou osez prouver.

Et là où vous escripvez en nous monstrant garder le propos que vous avez de l'aliance faicte par nous deux se en nous n'eust eu aucun défault d'avoir entreprins à l 'encontre de nostre très cher seigneur et

cousin, ce que dictes nous avoir faict; qui estoit alié de vostre seigneur et frère, tant par mariage comme par escripz seellez de leurs seaulx ; et aussi , du temps que vous feistes celle aliance avec nous, vous ne eussiez cuidié ne pensé que nous eussions fait à rencontre de nostre très cher seigneur et cousin ce qui est congneu et que chascun scet que nous avons fait, à ce que vous en dictes nous respondons que nous n'avons riens fait envers lui que nous n'osons bien avoir fait •devant Dieu et tout le monde.

En ce que vous nous escripvez que nous pourrions congnoistre et apparcevoir par voz lectres de ladicte aliance se ceulx qui estoient paravant exceptez , et se nostre très chère et amée cousine dame Ysabel, vostre honnorée dame et nièpce, y estoit pas comprinse, nous nesçavonsse les avez exceptez en général. Mais adonq, quant vous feistes l'aliance d'entre nous à vostre requeste, vous ne les acceptastes point en espécial comme vous feistes bel oncle de Bourgongne. Et néantmoins une des principales causes de vostre aliance, qui se fist à vostre instance et requeste, estoit pour la malveillance que vous aviez à vostredit oncle de Bourgongne, comme nous saurons bien déclairer quant nous vouldrons , par où tous loiaulx pourront apparcevoir se aucun défault y a en vous , et pour ce une ypocrisie souftiroit devers Dieu , sans estre usée devers le monde.

Quant à ce que vous maintenez que puisque vous avez sceu le fait «que vous prétendez que nous avons fait à nostredit seigneur et cousin , vous n'eustes espérance que nous deussions tenir à vous , ne à aultrui, quelque promesse ou convenance que deussions avoir

si que nous deussions penser et assez congnoistre que vous n'avez vouloir d'avoir aliance à nostre personne, nous nous merveillons moult. Car, long temps après que nous estions en Testât que par la grâce de Dieu nous avons de présent , vous envoiastes devers nous ung de voz chevaliers portant vostre livrée , qui nous compta de par vous que vous vouldriez toutesfoiz à nous estre entier ami , à ce qu'il nous disoit , et que après vostredit seigneur et frère vous nous feriez autant de plaisir et amitié comme à nul prince qui feust. A. telles enseignes que vous lui chargastes de nous dire que l'aliance faicte entre vous et nous estoit passée soubz noz grans seaulx , laquelle chose, ainsi qu'il nous disoit, ne vouldriez avoir descouverte à nul François. Et depuis, par aucuns de noz hommes liges vous nous feistes savoir vostre bon vouloir touchant celle amour et entière amitié par semblable manière en eflfect comme ils nous ont dit. Mais puisque vous n'avez vouloir d'avoir aliance à nostre personne, nostre estât bien considéré , si comme escript nous avez, certes nous ne sçavons pour quoy nous deussions désirer d'avoir aucune aliance à vous , toutes choses bien considérées. Car, ce que envoié nous avez par avaut, ne s'accorde pas à ce que escript nous avez à présent. Et là où vous avez escript quant à la considéracion que nous pourrons avoir en la dignité en quoy nous sommes , vous ne pensez que la vertu divine nous y ait mis en disant , Dieu peut avoir dissimulé , comme il a fait plusieurs princes régner, et à la fin à leur confusion. Certes, de bouche et de cuer plusieurs gens parlent, et pour telz comme ilz sont eulx raesmes, ilz jugent les autres. Pour quoy Dieu

est tout puissant de faire tourner vostre sentence sur vous mesme , et non point sans cause.

En ce que touchez la dignité en quoy nous sommes, vous ne croiez que la vertu divine nous y ait mis. Certes, nous vous respondons et faisons sçavoir que nostre seigneur Dieu , à qui nous donnons tousjours loanges et grâces > nous a monstre de sa divine grâce plus que nous ne sommes dignes de recevoir ou d'avoir, se ce n'estoit seulement de sa miséricorde et bénignité, par quoy il lui a pieu de nous donner, et certes ce que toutes les sorceries , ne dyableries pourraient faire ne donner, ne aussi tpus ceulx qui s'en entremectent. Et combien que vous doubtez, nous ne doubtons pas , mais sçavons et aftions bien en Dieu , que nous y sommes entrez par lui et de sa bénigne grâce.

Quant à ce que vous escripvez par vostre demande que avoit à comparer vostre très chère et très honnorée dame et nièpce , nostre rigueur et nostre cruaulté, qui estoit venue en son pays désolée de son seigneur qu'elle a perdu, desseurée de son douaire que vous dictes que nous détenons, despoullée de son avoir qu'elle aporta pardeçà et qu'elle avoit de son seigneur, Dieu scet, à qui nulle chose ne peut estre celée , que nous n'avons fait rigueur ne cruaulté envers elle, mais lui avons monstré honneur, amour et amitié. Qui vouldroit dire le contraire, il mentiroit faulsement. Et pleust à Dieu que vous n'eussiez jà fait rigueur, cruaulté ne villenie devers nulle dame , damoiselle ne autre personne , que n'avons fait devers elle ; nous créons que vous en vauldriez mieulx.

Quant à ce que vous faictes si grant levée 'de son

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douaire, comme vos lectres plus pleinement font mencion , nous sommes bien contens que ou cas que les lectres de convenance faictes sur son mariage eussent esté bien veues et entendues , vous ne peussiez, à dire vérité , avoir mis sus à nous telle reprouche comme vous cuidez avoir fait.

Quant à ce que vous touchez la désolacion de vostre très chère et très honnorée dame et nièpce de son seigneur, nous vous respondons par la manière que respondu vous avons paravant. Quant à son avoir, il est vérité qu!à son département de nostre royaume nous feismes pleinement à elle restituer ses biens et ses joiaulx et plus que nous n'en trouvasmes avec elle quant nous venismes à nostre royaume. Si que nous tenons à en estre quicte , comme il appert par une quictance soubz le seel de son père, vostredit seigneur, passée, et par son conseil, vous y estant présent; comme à toutes gens pourra clèrement apparoir, sans ce que de riens layons despoullée, comme mis sus le nous avez faulsement. Et pour ce, vous devriez adviser de ce que vous escripvez ; car nul prince ne doit escripre si non loyaument et pleinement , ce que vous n'avez pas fait à présent et pour tant nous vous avons respondu comme dessus et vous respondons à tous poins en ce que nous devons faire par telle manière qu'à l'aide de Dieu , de Nostre Dame et de monseigneur saint George, chascun nous tendra preudomme et nostre honneur en sera gardé.

A ce vous escripvez que vous scavez que ceulx de vostre compaignie et vous, estes tous preudommes et loyaulx et pour telz vous réputez , touchant vostre compaignie , nous ne leur reprouchons pas , car nous

ùk CHRONIQUE [140Î]

ne les congnoissons pas, mais quant à vostre personne, nous ne vous réputous pas pour tel, toutes choses considérées. Et là où vous nous merciez pour ceulx de vostre costé, que de leur sang avons plus grant pitié que n'avons eu de nostre roy lige et souverain seigneur, nous vous respondons qu'en l'onneur de Dieu et de Nostre Dame et de monseigneur saint George , que en ce que vous nous avez escript que du sang de ceulx de vostre costé avons plus grant pitié que nous n'avons eu de nostredit seigneur, vous avez menti faulsement et mauvaisement. Car vraiment nous avons sou sang plus cher que le sang de ceulx de vostre costé , combien que vous prétendez le contraire faulsement. Et se vous voulez dire que nous n'aions eu cher son sang et sa vie , nous disons que vous mentez et mentirez faulsement à toutes les foiz que vous le direz. Et scet le vray Dieu , que nous appelions en tesmoing, en mectant en ce nostre corps contre le vostre pour nostre défense , comme loial prince doit faire, se vous le voulez ou osez prouver. Et pleust à Dieu que vous n'eussiez onques fait ne procuré contre la personne de vostredit seigneur et frère , ne les siens , plus que nous avons de nostredit seigneur. Si créons qu'ils en feussent à présent plus aises. Et jà soit ce que vous pensez que nous n'avons desservi d'estre merciez de ce que nous avons pitié de ceulx de vostre costé , toutesfois il nous semble que envers Dieu et tout le monde nous l'avons bien desservi, mais non pas en telle manière que vous prétendez faulsement. Considéré que après le sang de noz féaulx liges et subgetz , certes nous avons bonne cause comme il nous semble de avoir bien cher le sang de

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ceulx de France en recordant le bon droit que Dieu nous a donné , ainsi, comme nous avons entier espoir en lui, pour la salvacion desquelz voudrions plus voulentiers mectre nostre corps contre le vostre que souffrir l'effusion de leur sang, comme bon pasteur doit faire , en lui exposant pour ses brebis , là où moiennant vostre bonne grâce et orgueil de cuer' vous les mectriez à ce qu'ilz pourroient, quant vous ne vouldriez mectre vostre corps ou exposer pour eulx quant mestier seroit. Mais nous ne merveillons point se vous faictes de vostre part comme le mercenaire , veu que au pasteur des brebis n'appartient pas que quant il voit le loup venant, laisser les brebis, en soy mectant à la fuite sans avoir de riens cher leur sang. Et nous aussi confermant des femmes qui contredirent avoir l'enfant devant le noble roy Salomon. C'est assavoir, la bonne mère qui avoit pitié de son filz , ou l'autre qui n'estoit point sa mère vouloit avoir en ce faisant départi et mis à mort, se le sage juge et discret n'eust esté.

De ce que vous escripvez que sceue de nous la response de vos derrenières lectres , soit corps à corps ou nombre à nombre, soit povoir à povoir, nous vous trouverons en faisant vostre devoir et en gardant l'onneur de vous par effect comme en tel cas appartient , nous vous mercions se vous le voulez poursuivir et fournir. Néantmoins savoir vous faisons que nous espérons, à l'aide de Dieu, que vous verrez le jour que vous ne départirez sans avoir l'une des deux voies à nostre honneur.

A ce que vous désirez d'estre acei tené de la venue que pensons à faire pardelà , vous faisons scavoir par 1 S

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la manière que vous avons rescript en npstre autre lectre , que à quelque heure qu'il nous plaira et semblera mieulx expédient à l'onneur de nous et de Dieu premier, et de nostre royaume, nous vendrons personnellement en nostre pays de pardelà, acompaigné de tant de gens et telz comme il nous plaira , lesquelz nous réputons tous noz loyaulx serviteurs, subgetz et amis, pour y conserver nostre droit. Toutesfois nous commectons à l'aide de Dieu nostre droit contre le vostre en nostre défense, comme escript vous avons paravant, pour obvier à la malicieuse et faulse renommée que vous nous cuidez avoir mis sus, se vous le voulez ou osez prouver. Lequel temps vous trouverez assez tost à vostre confusion et pour estre congneu tel que vous estes. Dieu scet et voulons que tout le monde le sache, que ceste nostre response ne procède point d'orgueil, ne de présumpcion de cuer, mais pour ce que vous avez commencé à vostre tort , nous confiant tousjours en nostre seigneur Dieu , qui nous a mis en tel estât en qui nous devons soustenir droit de tout nostre povoir, par la bonne grâce et aide de lui devant mise.

Si vous respondons et respohdrons comme dessus est dit. Et pour ce que nous voulons que vous sachez que ceste nostre response , laquelle nous vous rescripvons et mandons , procède de nostre certaine science, avons seellé de noz armes ces présentes lectres. Donné à Londres, etc. »

Néantmoins , jà soit ce que ledit roy d'Angleterre et le duc d'Orléans eussent escriptes et envoiées les lectres dessusdictes l'un à l'autre f toutesfois ne com-

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parurent onques personnellement l'un contre l'autre. Et par ainsi se demourèrent les besongnes touchans la matière, en cest estât.

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