‹ La chronique d'Enguerran de MonstreletChapitre 88 sur 135 · Bouconne, boucon, poison · texte numérisé non relu

Bouconne, boucon, poison

3. Philippe de Maisières, chancelier du royaume de Jérusalem. Il fut gouverneur du Dauphin , depuis Charles VI , se retira aux Célestins de Paris en 4380, et y mourut en 1403.

Phelippe de Maisières s'en vint à Paris et se rendi aux Célestins par ypocrisie. Et ainsi comme le duc de Milan feignoit faire icelle saincte vie pour plus aisieément décevoir ledit messire Barnabo , il fist faire audit duc d'Orléans saincte vie pour décevoir etdestruire le Roy. Et alloit tous les jours icellui duc d'Orléans aux Célestins, et là oioit cinq ou six messes, par très grant dévocion ce sembloit ; mais ce n'estoit que faulse ypocrisie et scéléracion. Car, soubz tiltre de ce , ilz faisoient en ung oratoire leurs collacions , conjuracions et délibéracions de parvenir à leur faulse, mauvaise et dampnable intencion. Et non obstant que icellui duc d'Orléans se monstrast ainsi dévost , par jour, néantmoins il menoittrès dissolue vie de nuit. Car presque toutes les nuiz il s'enyvroit, jouoit aux dez , et coucboit avecques femmes dissolues. Et finablement , la dissolucion qu'il avoit menée par nuit secrètement par aucun temps, il l'amplia tellement et tant la continua, de jour et de nuit, qu'elle fut toute notoire et publique.

Or avons nous deux choses. La première que feu le criminel duc d'Orléans fut acteur des dessusdictes in-' vocacions de dyables , superstitions , charmes, exoracions, sortilèges et maléfices. la seconde que les sortilèges et maléfices dessusdiz sortirent leur efTect en la personne du Roy nostresire. Desquelles choses s'ensuit expressément que ledit duc d'Orléans fut criminel du crime de lèze majesté divine et humaine ; divine , pour ce que iesdiz maléfices , ydolatries et corrupcion de la foy catholique estoient en lui comme il appert par ce que j'ay déclairé en une des véritez de madicte majeur, qui parle de ceste matière; item, de lèze ma-

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jesté humaine ou premier degré et en la première espèce , parce que en faisant lesdiz maléfices , il machinoit directement à la mort et destruccion de son Roy et souverain seigneur par lesdiz charmes, sortilèges et machinacions.

Après je vueil monstrer qu'il a commis crime de lèze majesté en la deuxiesme espèce et en la première manière dudit premier degré. Car, lui voyant que par lesdiz maléfices n'avoit point du tout obtenu sa dampnable intencion, c'estassavoir la mort du Roy, se converti à le faire empoisonner par chose venimeuse. Pour laquelle chose faire, il marchanda avecques plusieurs et par espécial à deux , à l'un desquelz il promist quatre mille frans et à l'autre cinquante mille frans, dont les trente mille seroient baillez prestement. Mais, comme bons et loiaulx, les refusèrent, et les autres ne les refusèrent point. Et le marché fait et les paiemens ordonnez, ilz ne sortirent point d'eflfect, mais furent empeschez par la grâce de Dieu, et par aucuns bien vueillans du Roy qui apperceurent les choses dessusdictes. Et pour monstrer plus évidemment qu'il fut acteur desdiz sortilèges , charmes et maléfices , et aussi des empoisonnemens , car aucuns des malfaicteurs et des plus principaulx après le duc , furent mis en prison en plusieurs lieux et en divers temps, et fut fait le procès contre eulx et ordonné d'aucuns de quelle mort ilz mourroient , dont , il , par sa force et puissance délivra les ungs et les envoya en son pays. Et lors empescha l'exécucion de justice , à fin que sa desloiaulté ne feust descouverte.

Item, est vérité que, environ dix huit ou dix neuf ans a , le Roy et icellui duc , eulx acompaignez de peu

de gens, alèrent ou chastel de Neaufle, soupèrcnt avec la royne Blanche et couchèrent oudit chastel. Et lendemain , ladicte royne leur donna à disner. Et le criminel duc d'Orléans, par cautelle et malice feigny de soy aler au bois jusques à ce qu'il feust heure oportune de faire et acomplir sa mauvaise entencion , en actendant jusques à ce que le plat du Roy feust drécié. Et lors , en passant par devant le dressouer où ledit plat du Roy estoit pour servir, saluant le queux, disant Dieu gart ! gecta dessus le plat pouldre blanche. Et après que ledit fut assis devant le Roy, la Royne bien . informée et moult courroucée dudit fait , fist incontinent oster ledit plat de devant lui , et fut porté devant l'aumosnier de ladicte royne qui estoit à table, auquel fut dit qu'il n'en mengast point. Lequel , parce qu'il toucha à ladicte viande et mist dans la corbeille de l'aumosne sans en menger, et puis menga du pain qu'il tint en ses mains sans les laver, chey pasmé , et le convint porter en bras comme mort, et lui cheurent sa barbe, ses cheveux et ses ongles ; les nerfz lui retrahirent; chey en langueur, et finablement en mourut. Et toute la viande fut enfouye en terre afin que personne n'en mengast. Et après vespres oyes, ledit jour, ladicte royne , en issant de l'église devant le Roy, dist audit duc d'Orléans, qui venoit de dehors d'esbatre du bois, après ce qu'il eut salué le Roy et ladicte royne, la Royne lui dist : « Estes vous là bon varlet ? faictes vous bien le marmiteux ? » Regardant le Roy et lui disant : « Que vous en semble beau fiïz? Hé 1 qu'il est bien taillé de laisser les pois ardoir. » Et en oultre dist audit duc d'Orléans : « Far saint Jehan ! vous ne ferez jà bien, u Ainsi appert que le criminel duc d'Or-

léans commist plusieurs crimes de leze majesté en la seconde espèce de la première du premier degré.

Après je viengs à déclairer comment le criminel duc d'Orléans a commis crime de lèse majesté en la tierce et dernière espèce de la première manière dudit premier degré. Car il est vérité que par sa subtilité , fraude et mauvais malice , pour ce qu'il n'estoit point venu à toutes ses ententes par les choses dessusdictes, se pourpensa de faire certains jeux et esbatemens de personnages , dont le Roy en estoit l'un. Et furent les personnages en manière de hommes sauvages, lesquelz par tout le corps seroient vestus de vestemens de toile couvers et fourrés de toile de lin , et ceintures estoffées de souffre et d'autres choses où le feu se prent aisément, habiles à enflaraber et embraser et très mauvais à estaindre. Et dévoient ces hommes sauvages venir danser en tel estât par manière de jeu et d'esbatement. Et combien que ledit feu duc d'Orléans eust acoustumé en tous esbatemens estre vestu de semblable habit du Roy et soy esbatre avecques lui, il se garda bien de s'en vestir, non obstant qu'il eust fait faire ung habit pour lui , mais il trouva une excusacion disant que son habit lui estoit trop estroit , mais il porteroit la torche devant les autres. Et qui pis est, vouloit que le Roy et les autres ainsi habituez feussent ensemble acouplez, à fin que le Roy ne lui eschapast qu'il ne feust ars, et c'estoit son entencion. Mais par la grâce de Dieu ung aucun preudomme , serviteur et familier du Roy, lui dist : « Gardez que vous faictes. Car se vous estez acouplez les ungs aux autres, et d'aventure le feu se prengne en l'un de vous par une torche ou autrement , vous serez ars et destruis sans

nul remède. » Et quant le duc d'Orléans oy celle parole il bouta sa torche toute alumée ou visaige de icellui , en disant : « Hé ! Ribault de quoy vous roeslez vous ? » Et ainsi le Roy ne soufïry pas qu'ilz feussent acouplez pour la parole du preudomme qui le garda d'estre ars. Mais Dieu scet quelles persécucions le duc d'Orléans fist faire audit familier. Et le bastard de Foix , qui en fut vestu et ars , disoit bien que tous ceiilx qui en seroient vestus se mectoient en grant danger de mort , et pour y cuider remède ordonna deux de ses varletz qui feussent à Tuis , à tous deux draps mouliez en eaue , à fin que se le feu se boutoit en l'un d'eulx, qu'ilz le couvrissent de ces draps. Mais lesdiz varletz ne furent point si pretz de secourir à leur seigneur et maistre comme il l'avoit ordonné. Si convint qu'il mourust à graut douleur de son corps, et le conte de Joigné et messire Charles de Poitiers et plusieurs autres , dont ce fut grant pitié , parce que le duc d'Orléans se fist varlet de porter la torche et bouta le feu ou vestement de l'un d'eulx, cuidant ardre le Roy, mais par la grâce de Dieu et l'aide de très excellentes dames de Berry, de Bourgongne et autres dames et damoiselles qui là estoient , il eschapa 1 .

Après je vous vueil déçlairer que ledit criminel duc d'Orléans a commis crime de lèse majesté en deux manières dudit premier degré. C'estassavoir qu'il a fait aliances aux ennemis du Roy et du royaume. Et pour déçlairer comment, la vérité est celle. Pour ce que le Roy nostresire et le roy Richard d'Angleterre

i . Ce fatal événement arriva le 29 janvier 1393, à une fête que la reine donnait dans l'hôtel de la reine Blanche, au faubourg Sainl-MarceâH

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furent ensemble en amitié confermez par le traictié du mariage dudit roy Richard et de l'ainsnée fille de France , le roy Richard , comment que ce feust , volt parler au Roy nostre sire pour le grant bien de sa santé, et se assemblèrent ensemble , et lors lui dist que les enfermetez et grandes maladies de son corps qu'il avoit tant souffertes lui estoient venues par le moien et pourchas desdiz ducs d'Orléans et de Milan , et non sans cause ; que le hérault qui portoit ses armes ne se osoit plus veoir devant le Roy. Et si tost que les choses dessusdictes vindrent à la congnoissance dudit duc d'Orléans , il conçeut hayne mortelle contre ledit roy Richard. Si enquist qui estoit le plus grant adversaire qu'il eust en tout le monde , et trouva que c'estoit le roy Henry de Lenclastre. Si fist tant qu'il eut aliances avecques lui : l'une pour destruire le roy Richard , et l'autre pour renforcer et rendre puissance à parvenir à sa dampnable entencion. Et furent d'accord les des* susdiz de labourer et machiner de toute leur puissance et par toutes les manières et voies possibles à eulx, à la mort et destruction des deux roys, pour obtenir les deux couronnes de France et d'Angleterre, celle de France pour Loys d'Orléans , et celle d'Angleterre pour Henry de Lenclastre. Henry est venu à son entente , mais Loys non , la Dieu-mercy ! Et qu'il soit vrav desdictes aliances? iceîlui duc d'Orléans a tousjours favorisé, conforté et aidé ledit Henri de Lencastre et les autres Anglois de la bande dudit Henry, de tout son povoir. Et expressément manda à iceulx Anglois ennemis du Roy et de ce royame, qui estoient ou chastel de Bordes, qu'ilz se tenissent bien et qu'ilz ne rendeissent point leur chastel aux François , et qu'il em-

pescberoit le siège et qu'il leur baillerait bon secours et remède toutes foiz qu'il en serait neccessifé. Et oultre empescha plusieurs voyages entreprins contre le roy Henry. Et ainsi fut-il tirant et desloial à son prince et souverain seigneur et à la cbose publique de ce royaume ; et comniist crime de lèse majesté en la deuxiesme manière dudit premier degré. A la confirmacion de ce fait muet une cbose que je vous diray. Il est vérité que ou temps qu'on détenoit le roy Richard que le roy Henry tendoit à faire mourir, aucuns et plusieurs seigneurs d'Angleterre lui disoient qu'il y avoit trop grant péril pour la double des François. \usquelz il respondi que de ce ne devoit faire aucune doubte, car il avoit ung si puissant ami en France auquel il estoit alié , c'estassavoir ledit duc d'Orléans, frère du roy de France, lequel ne souflreroit point, pour quelque cbose que on actemptast encontre le roy Ricbard , que aucun assault en feust fait à l'encontre des Anglois. Et pour les en faire plus certains, fist lire les lectres desdictes aliances. Ainsi appert que le criminel duc d'Orléans a commis crime de lèsemajesté en plusieurs manières et espèces dudit premier degré. Ainsi fine le premier article de madicte mineur. Nonobstant qu'il y ait plusieurs autres crimes horribles en plusieurs manières et diverses espèces de crime de lèse-majesté en ce premier degré, commis et perpétrez par icellui criminel duc d'Orléans, lesquelz mondit seigneur le duc de Bourgongne a réservez à dire en temps et en lieu , toutes foiz que mestier sera.

Après, je viengs au second article de madicte mineur, ouquel je vueil monstrer comment le criminel duc d'Orléans a commis crime de lèse-majesté , non

point seulement ou premier degré, lequel degré est de faire offense à rencontre du Roy et de son espouse. Car il est vérité que quatre ans a ou environ , que le Roy estoit encheu en sa maladie , ledit criminel duc d'Orléans qui ne cessoit de machiner par quelle manière il peust venir à sa dampnable in tendon, pensant que s'il povoit tenir la Royne et ses enfans hors de ce royaume il vendroit de léger à son entencion , dist et fist scavoir à la Royne faulsement et contre vérité, que le Roy estoit merveilleusement tneu et indigné à rencontre d'elle , et pour ce il lui conseilloit que si cher quelle avoit elle et ses enfans, que, elle et sesdiz enfans, meist hors de la voye du Roy et en tel lieu qu'ilz feussent hors de sa puissance, tendant de les mener en la duchié de Luxembourg 1 à fin que quant il les eust là tenus il en eust mieulx fait sa vouleuté, et promectoit à ladicte Royne qu'il la tiendroiten ladicte duchié de Luxembourg bien et seurement, et sesdiz enfans aussi. En disant oultre, que se après la santé du Roy il veoit et appercevoit que le Roy ne feust plus meu contre elle , et qu'elle peust seurement retourner par devers le Roy, à quoy ii promectoit de l'induire de tout son povoir, il l'iroit querre , elle et ses enfans , et la ramenroit audit Roy. Et ou cas que le Roy demourroit en son propos et ymaginacion contre elle , il la tenroit audit pays de Luxembourg selon sou estât, qui que le voulsist veoir, feust le Roy, ne autre. Et afin de coulourer sadicte mauvaistié et entencion , faisoit entendant à ladicte Royne qu'il convenoit que la chose feust faicte cautement , subtillement et tellement que

i . Voy . ta çote 3 de ta page 35.

ou chemin , elle , ne sesdiz enfans , ne peussent avoir empeschement aucun. Et pour ce faire et exécuter, avoit advisé que la Royne feindroit que elle et sesdiz enfans alassent à Saint-Fiacre en Brie, en pèlerinage , et d'ilec à Nostre-Dame de Liesse , et que de là il la conduirait ou pays de Luxembourg , et que là lui baillerait et ferait bailler Testât d elle et de ses enfans honnorablement comme il appartient , en amendant que la voulenté du Roy feust muée envers elle et ses dessusdiz enfans. Et de ce faire oppressa fort ladicte Royne et par plusieurs foiz, en récitant en eflfect les paroles telles que je les ay couchées , tendant à fin d'avoir ladicte Royne et sesdiz enfans pour en faire sa voulenté. Dont ilz furent en grant péril, et eussent esté encores plus , se n'eussent esté aucuns bienvueillans du Roy, de ladicte Royne et de sesdiz enfans, ausquelz ladicte Royne se conseilla, lesquelz lui dirent que c'estoit une décepcion et très grant péril. Pour laquelle chose ladicte Royne, bien advisée, mua son propos, apparcevant la faulse et dampnable intencion du dit feu criminel duc d'Orléans , et se détermina à demourer pardeçà et non aler audit voiage. Ainsi appert le deuxiesme article de madicte mineur, ouquel je monstre que ledit criminel duc d'Orléans a commis crime de lèse-majesté ou second degré.

Après je viens déclairer le troisiesme article de madicte mineur, c'estassavoir que ledit criminel duc d'Orléans a commis crime de lèse-majesté ou tiers degré. Et combien que ce appert assez par l'article devant déclairé , toutesfois je monstre qu'il a commis crime de lèse-majesté. Le premier, par venins, poisons et intoxicacions, le second, par fallaces et décepcions.

Et quant à la première manière , ledit criminel duc d'Orléans machina à faire manger à monseigneur le Daulphin, derrenier trespassé , une pomme empoisonnée et venimeuse , laquelle fut baillée à ung enfant et lui fut chargé qu'il la portast et donnast audit monseigneur le Daulphin et non à autre , comment qu'il feust. Si advint qu'en la portant il passa par les jardins de Saint Pol et là encontra la nourrice de l'un des enfans du duc d'Orléans, laquelle nourrice tenoit icellui filz entre ses bras. Et pour ce que ladicte pomme sembloit à ladicte nourrice belle et bonne , elle dist a l'enfant qui la portoit qu'il lui baillast pour la donner à son filz. Lequel respondi que non feroit et qu'il ne la bailleroit fors à monseigneur le Daulphin , et pour ce qu'il ne lui volt bailler de son gré , elle lui osta par force et la bailla à manger à son filz, dont il chey en maladie et mourut assez tost après. Si fais cy une question. Cest innocent est mort par la pomme empoisonnée , doit estre puny l'enfant qui le portoit , ou la nourrice qui lui bailla ? Je respons que nennil , ne l'un, ne l'autre n'y ont coulpe. Mais la coulpe et la trahison en doit estre attribuée à ceulx qui la pomme empoisonnèrent et la firent porter.

La deuxiesme manière est par fallace et décepcion , c'estassavoir par donner faulx à entendre. Et combien que ceste manière appare par le cas dessus déclairé de la Royne et de ses enfans qu'il voulut mener à Luxembourg , toutesfoiz je vueil encores déclairer par ung autre cas. C'estassavoir qu'il est vérité que ledit criminel duc d'Orléans persévérant tousjours en sa mauvaise et dampnable entencion a esté et envoie plusieurs foiz par devers le pape tendant à fin de

priver et débouter le Roy de son royaume et de sa dignité royale. Et pour parvenir à sa dampnable entencion controuva faulsement , malicieusement et contre-vérité plusieurs cas et crimes contre la personne du Roy, redondans à sa noble généracion et lignée. Lesquelz il donna à entendre au Pape , en requérant qu'il voulsist déclairer le Roy et sa postérité inhabile à tenir telle dignité comme le royaume de France , et qu'il voulsist absouldre ledit criminel et les autres faulx du royaume qui à lui vouloient adhérer, du serement de fidélité en quoy ilz estoient abs train s et obligez envers le Roy. Et qu'il voulsist déclairer le plus prouchain de sa postérité devoir venir et succéder à la couronne et seigneurie du royaume de France. Et pour mieuht conduire son fait et plus tost incliner le Pape à sa faulse, injuste et inique requeste, a tousjours favorisé le fait dudit Pape et soustenu en plusieurs et diverses manières. Pour quoy il , appert, de la voye de cession et restitucion sur le fait des pécunes et de l'épistre de Thoulouse. Ainsi appert le tiers chapitre de madicte mineur déclairé. Nonobstant qu'il fist plusieurs autres crimes très grans et très horribles de lèse-majesté ou tiers degré , lesquelz mondit seigneur de Bourgongne a réservez pretz à déclairer en temps et en lieu loutesfoiz que besoing sera.

Après je viengs à déclairer le quart et derrenier article de madicte mineur. C'estassavoir que ledit criminel feu duc d'Orléans a commis crime de lèse-majesté ou quart degré. Lequel degré est quant ladicte offense est directement contre le bien publique du royaume. Et combien que ce appert assez par le cas

dessus déclairé des aliances qu'il avoit faictes avec les ennemis de ce royaume qu'il soit expressément ennemy de la chose publique, je vueil déclairer lui avoir commis crime en autres manières. La première, en ce qu'il a tenu les gens d'armes sur les champs en ce royaume par l'espace de quatorze ou quinze ans , qui ne faisoient autre chose que menger et exiller le povre peuple, piller, rober, raençonner, occire, tuer et prendre femmes à force ; et mectoit capitaines es fortresses , pons et passages de ce royaume , pour parvenir à sa faulse et dampnable entencion , c'estassavoir usurper la seigneurie du royaume. La seconde manière est en ce qu'il a fait mectre sus tailles et emprunts intolérables sur le peuple , en feignant que c'estoit poursoustenirla guerre contre les ennemis du royaume, et eu donnant d'icelles pécunes aux ennemis , adversaires et malvueillans du Roy et du royaume et en a fait ses aliez en entencion de aiïeblir le Roy et soy rendre plus fort et plus puissant pour obtenir sa dampnable entreprise de parvenir à la couronne et seigneurie du royaume. Ainsi appert que j'ay déclairé et remonstré comment ledit criminel duc d'Orléans a commis crime de lèse-majesté ou quart degré , non pas tant seulement ou quart degré , mais ou tiers , second et premier en plusieurs cas et manières d'espèces diverses a commis et perpétré pour parvenir à sa dampnable et mauvaise entencion , c'estassavoir à la très noble couronne et seigneurie de France et le oster et soustraire au Roy nostresire et à sa généracion. Lesquelz autres crimes mondit seigneur de Bourgongne a réservez à déclairer et dire en temps et en lieu, quant

mestier sera.

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Et en oultre appert, madicte mineur déclairée , laquelle joincte à madicte majeur, s'ensuit clèrement que mondit seigneur de Bourgongne ne veult et ne doit en riens estre blasmé , ne reprins, dudit cas advenu en la personne dudit criminel duc d'Orléans. Et que le Roy nostre sire ne doit pas tant seulement estre content , mais doit avoir mondit seigneur de Bourgongne et son fait pour agréable et le auctorizer en tant que mestier seroit. Et avec ce le doit guerdonner et rémunérer en trois choses. C'estassavoir, en amour, en honneur et en richesses , à l'exemple des rémunéracions qui furent faictes à monseigneur Saint Michel l'Ange et au vaillant homme Phinées. Desquelles rémunéracions j'ay fait mencion en madicte majeur en la probacion de ma tierce vérité. Et l'entens ainsi en mon gros et rude entendement , que le Roy nostresire lui doit, plus que devant, sa loyaulté et bonne renommée faire prononcer par tout le royaume , et dehors le royaume publier par lectres patentes, par manière d'épistre ou autrement. Icellui Dieu vueille que ainsi soit fait qui est benedictus in sccula seculorum. Amen.

Après laquelle proposicion finée, icellui maistre Jehan Petit requist audit duc de Bourgongne qu'il le voulsist advoer. Lequel duc lui accorda, et ladvoa en la présence du Daulphin qui là représentoit la personne du Roy , et du roy de Cécile avecques tous les autres cy-dessus nommez. Et après dist icellui proposait que icellui duc de Bourgongne retenoit et réservoit encores aucunes autres choses plus grandes à dire au Roy quant lieu et temps seroit. Et tantost après se retraïrent tous les princes, chascun en son hostel. Et

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le duc de Bourgongne, acompaigné de plusieurs hommes d'armes et gens de traict , s'en retourna en son hostel d'Artois. Si fut adonques fait grant murmure dedens la ville de Paris, tant des princes et nobles hommes , comme du clergié et de la communaulté , et y eut plusieurs et diverses opinions. Car ceulx qui tenoient le parti du duc d'Orléans disoient icelles accusacions estre faulses et décevables , et ceulx tenans le parti du duc de Bourgongne maintenoient le contraire *.

Après ces choses la royue de France , pleine de grande admiracion et crainte , le duc d'Acquitaine , son filz, et ses autres en fans se partirent de Paris, acompaignée de Loys, duc de Bavière, frère d'elle, et s'en alërent faire leur résidence ou chastel de Meleun. Et tost après le roy Charles, qui grant espace de temps avoit esté malade, retourna en santé. Devers lequel, icellui duc" se tira et trouva les manières qu'il fut racordé .et reconsilié à lui , et impétra , et aussi les obtint , lectres scellées du seel du Roy et signées de sa main, par lesquelles lui estoit pardonné le cas na-

i . Voici la réflexion par laquelle termine le Religieux de Saint- Denis. « Sur ce , rassemblée se sépara. Je me souviens que plusieurs personnages recommandantes et d'un éminent savoir, qui y avaient assisté, trouvèrent ce plaidoyer répréhensible en beaucoup de points. Je serais disposé à partager leur avis ; mais je laisse aux vénérables docteurs en théologie le soin de décider s'il faut regarder comme erronées ou ridicules crronca vel ridiculosa les raisons alléguées par l'orateur. » {Chr. de Ch. FI, t. III, p. 765, traduction de M. Bellaguct.)

2 Trois jours après, suivant le Religieux de Saint- Denis. Triduu nondum exacte (Ibid., p. 766).

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