‹ La Chronique de France (volume 2)Chapitre 30 sur 31 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Parmi les grandes eatreprîaes françaises» la Compagnis des « Chargeurs Réonia n est assurément uma de celles donfc le développement a été le pins constant et dont Is marche en ayant offre l'exemple le pins typique de Tessor progressif que peut prendre one araire indastcielLa prudeounent et intelligemment administrée.

La Compagnie des a Chargeurs Réonis » a été Êondéo en lâ72, par un groape français, composé en majeure partie de négociants en relations avec i* Amérique du Sud, qui trouyaient insuffisants les moyens de transport mis a leur disposition pour i'expédition de leurs mar^ chaadises et prévoyaient la substitution & brève échéanca de la vapeur a la voile dans la navigation de commerce.

Créée au capital de 8,000,000 de francs la Compagnie des it Chargeurs Réunis » a porté, eu 1S83, son fonds social â f2,ôO0,0(jO francs. Elle débute modestement avec une flotte de 8 navires & vapeur, jaugeant ens^nhia 13,000 tonneaux. Dix ans plus tard^ en 1883, nous la retrouvons avec 17 steamers, d'une jauge totale de 34»300 tonneaux*

En 1888, le nombre de ses vapeurs s'élève ft 23 et sa jauge globale a 5i,()00 tonneaux, fin 1893, les a Chaigears Réunis » possèdent 30 navires, jaugeant 7(>,000 tonnaaux. Enân leur matériel est aujourd'hui de 31 vapeurs donnant un total de 90,000 tonnes et ils oat sur chantiafs S

grands cargo-boats représentant ensemble 32,000 tonneanz, A l'azception de trois naTires achetés en Angleterre, ponr parer à des besoins urgents, tonte la flotte actuelle de cette société a été construite en France.

f Jusqu'en 1889, la Compagnie applique tous ses efforts

an déYeloppement exclusif de ses services réguliers sur le Brésil et la Plata ; notons à partir de 1887 llnstallatîon, sur un certain nombre de ses navires, de machines frigorifiques pour le transport des viandes congelées, de 11 la Plata. Elle est, jusqu'à présent, la seule ligne fran-

çaise qui mette, sur ses navires, des chambres froides h la disposition de cette branche importante de l'industrie Argentine. La Compagnie des a Chargeurs Réunis » compte aujourd'hui six navires pourvus de cales réfrigérantes, pouvant transporter annuellement de Buenos - ^ Ayres en Europe, 10.000 tonnes de viandes congelées.

^ En 1889, elle commence è élargir son champ d'action

j en devenant concessionnaire, pour une période de 15

, années, du service maritime postal entre le Havre,

j Bordeaux, et nos possessions de la côte Occidentale

d'Afrique. En 1894, à la suite de la conquête de Mada- ^ gascar, son Conseil d'Administration inaugure une

nouvelle ligne entre la Francs et la grande île Africaine, avec escale à Lourenço-Marquès.

Enfin, les c Chargeurs Réunis » vont organiser incessemment un service régulier entre le Nord de la France et rindo-Chine Française i Saigon et Halphong).

Mentionnons, en terminant, que la Compagnie des « Chargeurs Réunis » a pris une part importante aux transports de troupes et de matériel nécessités par les expéditions du Tonkin, du Dahomey, de Madagascar et tout récemment par notre intervcmtion en Chine. Elle a transporté plusieurs milliers d'hommes, de chevaux et de tonnes de matériel et d'approvisionnements, pour le compte et à l'entière satisfaction dn Gouvernement.

'le

FÊCAMP

f>», 2ft ijillet Î*W. ;» -rilU -ie Fecamp était an rète pour rin*!iJî3rJP?*t»on -itm nouveaux ontlmeara ie La Bénedictiiie t^A i'j motuTienf -rte^'> ^ ;a Tiemaire de M. La Grand, Is fond»*MMp rte c«Ue entr^pr:>e Ie»>m8t9 iUiiatrs. Ce qui f»ii«i«jf. i>.'<f 'me or.ff.r,8».te le cefte 'T^rémonic, c'est q?j'*!.e r.<.aif«"i^î<: .'a!.;an/!e per'sif.e de L'Art et de Flii- 4<)«i^rie. \ji 'r>.n(^, lichne, en etTet, a'e«t pas aeufenient 11 rt*» «i^iine 'l'a ne 4^0'irii^s*inte prospérité, c'est »in cnaaés «4nrnr^:»le tu; aUire chaq'ie année, à Fécamp, dea milliKs de v.«!te«)r'î.

Cel'ii, d'-^nf on con««crait ce jour- là la mèmoîic^ A. î>e 0:dnd niné, n^qait â Fecamp en 1830. A vin^ sua, il «e fcron7a.t ;* id tête d"iin comnnerce de vina et spiritoeux «t d>^;^ v>r\ >ma0r: nation ardente et son pniaaaat jnsUnct d'.rt:fiattv*i ie porUient a ctiercber ie aecrat da (^nelo'ie jifrande eritf<> pr.se qi» put enrichir et jrloriâar à la fou «a f4T....e et «a vil.e ne taie. En 1862, devecix proon.ïU;re d un li-re de fece^tes medicalea daa moiaea Yi^,ri<>A)<',f n^ 'if', ce*»:e %'"ttia ie abbaye de Fécamp détruite par U Ke/'/l .tion» il e '-f..fe â y chercher la recette d'un eJixir ftij^fiel U r^, ait de procirer une renommée uaîvcr- Mlle, f.n en pl<;!^ i»r<i, il a^ftit cle::oii7ert la « Bénédictines et aff corr.Tiençftit la fa.oncation. Lea débuta fareat )abofja',x; il e''i^ftî?ea toute sa fortune dans l'affaire, dut luttef f/ffitcfii de* eorttre.'a'^ons, «e trouva compromia par la failli''*» da *e<j b^riq.ier»; enfin n'écoutant que son patfK/ti.^ma, il abandonna son industrie en 1870 pour co'inr fi'i seco'ifs de la France; puis, de nouveau, en 1^1, la nouvel la da% événements dont Paris était la th^Atfa, rarracb^ A ses travaux; on tait que où fut lui qrif, * la téta d'une compagnie de sapeura-pompiera

UQTa des flamme* ilaœées par la Commune, le Palaisde-Jastice et la mai veillease Saiote-Chapelle ; cette action d'éclat loi Tslnt la croix de la Légion d'honneur.

Eq 1876 fut fondée la Société anonyme qui prit en mains l'affaire désormais assurée d'un brillant ayenir. M. L. Grand en fut le principal actionnaire et le Dirscteor général. Depuis lors, la Bénédictme a, pour ainsi dir^ conquis le monde; la vente annuelle qui était de 213.000 hout^ii.les en 1880 a passé dans le dernier exercice à 1.244.C00; la production a donc sextuplé en moins de 20 ans. Des entrepôts ont été fondés à Passages et è Hambourg où la liqueur est fabriquée et manutentionnée par des ouvriers venus de Fécamp, de façon que la création de ces agences étrangères ne fasse rien perdre à la maind'œuvre française.

En 1892, un violent incendie détruisit les bâtiments de la Bénédictine, M. Le Grand qui vivait encore, accourut du Midi où il se trouvait et sa première parole fut pour dire à son fils qui venait au-devant de lui : a L'hiver est rude; tu vas annoncer aux ouvriers que, quelle que soit la durée du chômage, ils seront peyés intégralement ». Rien ne peint mieux la constante préoccupation de M. Le Grand à l'égard de son personnel. Aussi h la lecture du Palmarès deë récompenses accordées aux ouvriers de la Bénédictine, les assistants n'ont pas été surpris, le 29 juillet dernier, d'entendre à chaque instant, la mention de 15, 20, âO et jusqu'à 35 années de service, suivre la proclan ation du nom de chaque lauréat. Des institutions sociales et de prévoyance, ingénieuses et variées, fonctionnent antour des usines. Dès 1874, une caisse de secours fut créée et dès 1880, des retraites furent assurées aux travailleurs Agés, sans aucune retenue sur leurs sslairas. Les fils et successeurs de M. Le Grand sont restés fidèles aux traditions généreuses de leur père e^ la paix sociale règne autour d'eux.

Les bâtiments actuels de la Bénédictine occupent une énorme superficie. On y a accès par une merveilleuse cour d'honneur bordée sur trois côtés par des bâtiments d'un stylss Renaissance très riche et fermée 8ur le quatrième par des grilles en fer forgé d'un superbe dessin. Au milieu, un escalier monumental conduit au musée qui se compose de nombreuses salles abritant

la magnifique oolleckion d'objets anciens fomrnis par M. Le Grand et sans oesse aoorue depuis sa mort. La salle gothique ares sa toiture de chône sculpté, la salle du Dôme, la Salle Renaissance, celle des archives, enfin rOratoire avec ses dentelles de pierre retiennent longtemps les regards du visiteur qui s'attarde encore à contempler la salle des Abbés, de 225 mètres carrés et contenant les statues des seize principaux abbés de Fôcamp, dont l'un devint le pape Clément VI; des vitraux et des lustres de toute beauté ornent ces salles. Les façades extérieures, la tour du clocher avec son campanile de cuivre et dans le square, la fontaine en fer forgé captivent ensuite Tattention. La visite de l'usine comprend le vaste laboratoire dont les foudres contiennent cinq cent mille litres de liqueurs, les caves, le magasin des bouteilles, puis les salles d« dépotage, de rinçage, le magasin de la publicité, enfin les tireuses automatiques qui permettent de remplir de 5 À 10.000 bouteilles par jour. Les bouteilles pleines sont alors transportées, à l'aide d'un monte-charge électrique, è l'étage supérieur, où les jeunes filles de l'orphelinat de la Bénédictine procèdent au cachetage, au poinçonnage et à l'étiquetage. L'emballage a lieu, de nouveau, au rez-de-chaussée; le stock permanent prêt k être expédié est de 15 à 20.000 caisses. Les machines et les ateliers de scierie et de menuiserie pour la confection des caisses sont, bien entendu, une des curiosités de l'établissement.

Telle est, résumée en quelques lignes, l'œuvre admirable, Industrielle, sociale et artistique, jadis rêvée par le modeste négociant de Fécamp et réalisée par lui et par ses fils, k force d'intelligence et de savoir, d'expérience et de volonté.

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