‹ La Chronique de FranceChapitre 10 sur 13 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Vers le temps où Victor Hugo, dans l'élan d'un enthousiasme poétique décernait à la capitale de son pays le surnom « de Ville-Lumière », un prédicateur Anglais, du haut de la chaire, dénonçait en elle, la « Babylone moderne ». Et les deux qualificatifs sont demeurés. Ils ont alterné comme les refrains d'une litanie sur les lèvres des ennemis et des amis de la grande cité.

L'un a servi de cri de guerre aux prudes indignations et l'autre de péroraison facile aux pathos électoraux. Enfin un écrivain s'est rencontré qui a fait à chacun sa part et qui, juxta-

posant le plus lumineux des songe-creux humanitaires à la plus Sardanapalesque des corruptions, a prétendu fixer l'image exacte de Paris de façon monumentale et définitive.

De tous les ouvrages d'Emile Zola, le moins talentueux sans doute et, à coup sûr, le moins exact est celui dans lequel le célèbre romancier a tenté de fixer les contours de la société Parisienne.

jamais ne s'affirma plus clairement que par cet échec d'un grand talent l'infinie complexité de la capitale Française. Aucune autre ville n'est aussi difficile à connaître. Pour y parvenir, il n'existe qu'un moyen, un seul, c'est de vivre tour à tour dans tous les milieux qui la composent, dans tous ces Paris différents, formés par l'histoire et non encore désagrégés, non confondus. Car — chose curieuse — ce que le fameux préfet Haussmann sut accomplir dans le domaine matériel {uniformiser Paris en l'embellissant et en l'assainissant) le temps n'a pu le faire encore dans le domaine immatériel. Les hérédités ont mieux résisté que les murailles. La part de (' des dernières époques — surtout de j^^" périodes du xix* siècle — est r' société que sur les monuments

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Mais ces milieux Parisiens ne sont pas tous accessibles à un écrivain. Il en est dans lesquels on ne pénètre ni en se donnant de la peine ni même en devenant illustre et ce qui trompe peut-être les romanciers, c'est que ces milieux-là, au premier abord, n'ont pas l'air fermés. Les portes en paraissent grandes ouvertes; ils jettent un regard en passant et se croient renseignés... Celui qui écrit ces lignes n'a — est-il besoin de le dire — aucune prétention de reprendre l'œuvre géante tentée par Zola. Mais les simples notes qu'il a réunies pourront être utiles à ceux qui, dans la suite, auraient l'ambition de s'y essayer; leur principal mérite est d'émaner d'un Parisien que les hasards de la naissance et de l'existence ont abondamment pourvu de ces renseignements qui ne s'acquièrent point par l'étude mais seulement par la vie.

V Aristocratie.

« L'ancien régime » est représenté à Paris par l'aristocratie. Mais l'aristocratie ne forme point un tout homogène, comme le croient les lecteurs

de € l'Annuaire de la Noblesse » pour lesquels quiconque pone un titre ou une particule appartient ipso facto au premier des trois « ordres » dont la réunion formait les Etats-Généraux.

Cette portion de la société Parisienne se subdivise en trois cercles. Au sommet se trouve la haute noblesse comprenant peut-être deux cents familles. Ce ne sont pas nécessairement les plus anciennes, mais ce sont les plus illustres; elles puisent leur illustration à des sources très diverses. Quelquesunes, comme les La Rochefoucauld, les Maillé, les La TrémoïUe, les Noailles, les Uzès, les Rohan... sont mêlées depuis des siècles à l'histoire de France. D'autres se sont élevées plus récemment comme les Luynes qui durent leur fortune à la faveur de Louis XIIL Les origines ne sont pas également recommandables ; à côté de ceux qui, comme les Colbert, rappellent les éminents services d'un grand ministre, on pourrait citer une ou deux familles qui sont parvenues presque au premier rang, pour avoir rendu à nos rois des services d'ua uidrc beaucoup moins relevé. UnopanJc^ '• «iiblcsse créée par Napoléon I" a déâ^^l^B^^^ pied iMcmLlaluuie noblessç i

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familles qui jouèrent un rôle sous la Restauration et dont les chefs furent créés ducs par Louis XVIII comme les Decazes, les Blacas, les Pozzo di Borgo — et vous arriverez au total approximatif de deux cents familles mêlées les unes aux autres par des alliances et formant aujourd'hui le noyau aristocratique de Paris. Tout ce qui les concerne est connu ; on sait leurs origines, leurs gloires et leurs tares, les hauts faits comme les défaillances de leurs ancêtres.

Autour de ce noyau s'étend le vaste cercle de la petite noblesse. Ce terme n'implique pas une infériorité certaine. On pourrait citer nombre de familles de la petite noblesse ayant derrière elles un passé plus long, plus pur, plus rempli de belles actions que le passé de telle ou telle famille placée au rang supérieur. Mais elles n'ont point de titre ducal ou princier et leur fortune est moindre; une double raison pour se trouver moins en vue. La petite noblesse est plus ou moins directement apparentée avec la grande noblesse ; elles se soutiennent l'une l'autre, car socialement elles vivent l'une de l'autre. Et, liguées ensemble, elles se défendent contre un troisième cercle qui les entoure, celui de la fausse noblesse. On y trouve.

pêle-mêle, des aventuriers qui cherchent à se pousser, des bourgeois enrichis qui ont acheté un titre du pape ou en ont, tout simplement, inscrit un de leur choix sur leurs cartes de visite sans y avoir le moindre droit ; on y trouve encore des étrangers déracinés de leur pays par quelque aventure privée et cherchant à prendre racine dans le sol Français, et enfin des aristocrates authentiques déchus de leur rang social par la ruine ou l'inconduite de k génération précédente et cherchant à se hisser de nouveau là où s'étaient assis leurs parents. En général, tous ces efforts sont vains. Quelques-uns, plus audacieux, plus habiles que les autres, parviennent à se faire accepter temporairement, mais il est rare qu'ils se maintiennent. On conçoit que, sous des dehors pareils (car la petite et la fausse noblesse font de leur mieux pour copier la grande) il y ait en réalité de profondes diftérences dans les habitudes et ta manière de vivre de trois groupes aussi distincts les uns des autres que le sont ceux-là.

, comme l'on disaitautrejn » Frani;aise n'a plus de , des 1 faut poui

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tant que son influence sociale ait disparu. Cette influence est considérable. A vrai dire elle s'exerce surtout ,à la campagne. Ces ^milles possèdent chacune un ou plusieurs de ces « châteaux > qui, par la beauté et l'ampleur des bâtiments, comme par les parcs magnifiques qui les entourent, demeurent des centres d'attraction sur lesquels tout le voisinage tient les yeux fixés. Il y a beaucoup de « châteaux » en France ; parmi ceux qui appaniennentàla petite noblesse, un certain nombre sont inhabités ou bien sont loués à l'année ; quelques-uns ont été vendus à des étrangers- Mais on peut dire que la plupart servent encore de résidences aux anciens propriétaires. Dans un village, le « château » n'est jamais indifférent, comme il le serait en Amérique, où l'on se bornerait à y voir la demeure d'un habitant plus riche que les autres. En France, si le châtelain a des idées rétrogrades et que le village professe des opinions avancées il y aiii:i hostilité di: l'i il n'y aura pas indilTércnce. Et là n lage sera hostile au chAtelaîn, les V dront de ce dernier deb dons, des dli| sortes comme si, p:ir le seul fait âf propriétaire héréditaire du cliàiL'ai!

d'ocercer vis-à-vis d'eux une espèce de patronage.

Ces exigences sont bien autrement grandes lorsqu'il s'agit d'une de ces demeures princières dont je parlais tout à l'heure et qui sont aux bourgs, au milieu desquels elles s'élèvent, ce que le palais de Versailles est à la ville qui l'entoure, c'est-à-dire leur raison d'être. La famille qui habite là une partie de l'année tout au moius, esc cenainement moins libre de ses actes que ne l'est la famille du président de la république à l'Elysée. On la surveille, on l'épie, on critique l'éducation qu'elle donne à ses enfants et les clôtures qu'elle met autour de ses prés ; les petits journaux du voisinage racontent par le menu ses faits et gestes et il ne se fonde pas une société de bienfaisance, il ne se fait pas une amélioration publique, établissement d'une fontaine ou agrandissement d'une école, à cinq lieues à la ronde, sans qu'elle soit forcée de souscrire de l'argent ou de donner du terrain. Revenues Jans lt:urs hôtels de Paris, ces famill'-' -le la haute noblesse se sentent évidemk metit k ■■-'rw; mais là encore, leur nom pèse Tur ellt x- qui lei entoure n'est pas celui

■lit-r ou d'un riche industriel^ il

est moins confortable parce qu'il comporte une certaine étiquette.

Tout cela agit sut l'enfant élevé dans ces milieux. Le souvenir de la monarchie et des grandes charges de la cour, tes portraits des ancêtres dans leurs uniformes brodés, la vue des vieilles armures, des parchemins historiques, la-solennité des grands appartements vides, la perpétuelle présence de nombreux domestiques, l'espèce d'apparat dont s'entoure le moindre repas, tout cela lui apporte de très bonne heure le sentiment de sa dignité. Il grandit dans un petit monde qui tient les yeux fixés sur lui et lui donne la notion d'une sorte de conscience extérieure qui le regarderait toujours. Son précepteur a, vis-à-vis de lui, une certaine déférence et, s'il est au collège, il retrouvera quelque chose de cette déférence mêlée à un peu de servilité chez ses camarades.

Pour lui, cela n'est pas .sans danger, mais cela n'est pas sans avantage non plus. Le danger, c'est l'affaiblissement du ressort individuel, de l'originalité native, s'il y en a. Cette existence, loin de les surexciter, les diminue. L'avantage, c'est l'incessanic nuuun dus liuvoirs. de devoirs meataires qu'on n'impusc

et qui ne correspondent plus à des droits, car il est certain qu'en ce qui concerne ces familles de la haute noblesse, on leur a bien retiré leurs droits, mais elles n'ont pu se dégager de leurs devoirs ; les uns ont disparu, les autres restent.

En général, la santé physique, pour affaiblie qu'elle soit par l'ancienneté de la race, a été consolidée par la pratique précoce du sport qui, malheureusement, n'est pas encore rentrée dans les habitudes de toute la nation Française et qui, en tous les cas, demeurait jusqu'ici l'apanage de l'aristocratie. Le mariage est précoce aussi et huit fois sur dix le jeune héritier d'un grand nom se marie sans sortir de son milieu. Peut-être connaît-il sa fiancée depuis l'enfance ; il sait ce qui la concerne; ils ont des parents et des amis communs. Dans ce milieu-là, les femmes sont supérieures aux hommes; elles sont élevées simplement, associées aux nombreuses charités de leurs mères et faites, de bonne heure, à l'idée que, dans la vie, leur caprice ne fera pas la loi. L'absence de cour et de royauté qui désoriente leurs jeunes maris en les tenant écartés des fonctions auxquelles, sous un roi, ils se trouveraient naturellement appelés, -^nche peu elles, sauf pour les préserver des

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mauvaises frivolités et des tentations auxquelles la vie de cour et ses conséquences les exposeraient. Quant aux idées qui circulent dans ces salons de la haute noblesse, voici ce qu'on en peut dire; elles sont modérées, mais ternes. On n'y juge pas d'ordinaire le présent avec passion, mais par contre on y juge Tavenir avec défiance. On ne regrette pas trop, mais on n'espère pas assez. L'avènement de la démocratie n'a point suscité là les colères auxquelles s'abandonnent volontiers certains représentants de la petite noblesse et, pourtant, c'est là qu'il a causé le plus de dommages supprimant les droits sans supprimer les devoirs.

En résumé, on n'aperçoit pas dans la haute noblesse les signes précurseurs d'une race épuisée qui s'éteindrait faute de sang. On y rencontre peu de ces « Gérard de Quinsac » en qui Zola a cru montrer le représentant-type d'une partie de la société dont évidemment il n'avait pas idée.* Il est même permis d'estimer la haute noblesse Française très supérieure moralement à la haute noblesse du reste de l'Europe, l'Angleterre y compris.

Que si nous descendons d'un cran dans l'échelle

sociale la même impression subsiste, mais atténuée. Seulement ici une distinction est nécessaire. La haute noblesse Française est en même temps Parisienne. La même chose n'est pas vraie de la petite noblesse dont une partie est essentiellement provinciale, ne vient à Paris que rarement et en passant. Nous ne nous occupons que de l'autre partie, celle qui est Parisienne. La petite noblesse parisienne est remarquablement futile et étroite d'idées. Mais la corruption des mœurs n'est pas non plus son défaut. Elle a même fait des progrès sous ce rapport; toujours empressée à s'inspirer de ce que dit ou pense la haute noblesse, elle suit les bons exemples que celle-ci lui donne. Elle ne fournit pas un contingent important à « l'armée du plaisir » dont nous parlerons plus loin.

Bref, l'aristocratie de Paris — petite et haute noblesse — fait un peu l'effet d'une « Belle au Bois dormant » . En tant que corps social, elle n'a plus d'activité ; elle a renoncé trop facilement à jouer un rôle, à se mêler aux affaires, à participer aux émotions de la vie générale. Mais si on examine, un à un, les éléments qui la composent, on les trouve honnêtes et sains. InsuflSsamment

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instruite, dépourvue d'ambition et de caractère, si elle ne représente aucun progrès de l'esprit, elle ne renferme du moins le genre d'aucune tare fondamentale.

Nous ne nous aventurerons pas à analyser la fausse noblesse. C'est un chaos plein d'intérêt pour le romancier en quête de particularités curieuses, mais peu intéressant pour celui qui recueille des impressions d'ensemble. De là, il ne s'en dégage aucune. Il a toujours existé probablement et il existe partout aujourd'hui de ces espèces de parasites de l'aristocratie, et ce parasitisme là n'est pas plus que les autres producteur de beaucoup de vertus. Il engendre facilement le mensonge et l'hypocrisie, voire même l'indélicatesse en matière d'argent. La vie de Paris agitée, multiforme, est propice aux équilibristes et ce sont souvent de vrais équilibristes, ces gens de la fausse noblesse qui dépensent des trésors d'adresse pour réussir dans l'aflfaire — matrimoniale ou autre — laquelle devra les remettre à flot ou pour nouer les relations qui leur permettront d'être reçus dans tel cercle ou d'avoir leurs entrées dans tel salon... Un beau jour, ils font le plongeon et disparaissent; ils sont allés

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recommencer ailleurs ou tenter la chance sous d'autres formes.

La haute bourgeoisie.

La puissance et l'éclat de la haute bourgeoisie Parisienne datent du règne du Roi Louis-Philippe (1830-1848), non pas parce que ce monarque avait coutume de se promener dans les rues son parapluie sous le bras, ce qui indiquait de sa part des goût simples, mais n'eût pas suffi à assurer le triomphe de ceux qui faisaient comme lui — mais bien parce que cette haute bourgeoisie s'étant formée et fortifiée pendant la période de la Restauration qui la tenait imprudemment à l'écart, se trouvait, en 1830, prête à jouer son rôle et désireuse d'en avoir l'occasion. Elle donna tout de suite ses plus belles fleurs ; elle fournit des hommes d'Etat, des financiers, des magistrats; elle tint toutes sortes d'emplois et y marqua, en général, p.' 'i'.rinciifï ; dcb habitudes

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dans les intentions, souvent doublée, par malheur, de vues erronées et d'un jugement étroit.

Ces caractéristiques ont aujourd'hui disparu ; on chercherait en vain, après un demi-siècle, les vestiges de ce qui semblaitalors devoir être fort et durable. La bourgeoisie, en arrivant au pouvoir, n'avait aucune idée qu'elle put en être dépossédée rapidement^ il lui semblait logique qu'au règne de plusieurs siècles de la société aristocratique, succédât le sien et elle était pleine, à cet égard, de généreux desseins : son règne devait être celui de la paix, de la justice et de l'abondance. Or, non seulement elle fut dépossédée, mais elle fut en même temps désagrégée. Ce qui constitue à présent la haute bourgeoisie Parisienne n'a plus guère de rapports avec la classe du même nom sous Louis- Philippe. Ceux qui composaient cette classe se sont orientés différemment ; leurs enfants se tiennent en général sur les frontières de la petite noblesse qui les accepte dans ses rangs pour peu qu'ils soient riches et « bien pensants » ; parfois, ils s'unissent à elle par quelques mariages. Tout en abdiquant leur indépendance sociale, ils auraient pu garder du moins les idées et les habi-

tudes d'esprit de leurs parents ; mais presque aucun d'eux ne l'a fait ; ils ont épousé toutes les manières de voir de l'aristocratie en les rétrécissant encore, comme pour se faire pardonner de ne pas lui appartenir par droit de naissance. .

Actuellement ce qui a remplacé la haute bourgeoisie Parisienne, ce sont les financiers, les grands commerçants, les grands industriels ; quelques rares familles où, de préférence, les fils appartiennent à la magistrature comme leurs pères, retiennent seules les traditions de calme, de modération, de labeur bien ordonné et régulier ; la nouvelle bourgeoisie a d'autres traits distinctifs. En premier lieu, elle donne une impression d'instabilité qui est exactement l'inverse de celle que donnait l'ancienne. Elle semble plutôt occuper un appartement d'hôtel très richement meublé et très coûteux qu'une demeure familiale. Cette instabilité correspond à de brusques changements de situation ; car si la magistrature n'enrichit guère, les finances^ le commerce, l'industrie comportent aujourd'hui, des fortunes rapides et souvent peu sûres. Celui qui les a réalisées en éprouve de la fatigue, parfois quelque embarras et sefl|j^ ne pas se sentir assez certain de les consepi^^Dr, les

perdre serait pour lui et pour les siens le malheur suprême. A cet égard, nous sommes bien du vieux monde et le contraste est absolu entre Paris et les cités Américaine^ par exemple.

En Amérique, la richesse est libre ; vous faites de vos écus ce que bon vous semble. Votre maison, votre train de vie, vos dépenses de table ou d'écurie ne sont pas nécessairement en rapport exact avec vos revenus. A Paris, c'est le contraire ; d'une manière générale, on peut dire que tous ceux qui possèdent 100, 200 ou 300 mille francs de rente vivent de la même manière, ont le même nombre de domestiques et de voitures, mangent la même cuisine, s'habillent de même, etc.. Il y a comme une hiérarchie de la fortune due, certainement, à l'existence d'une aristocratie elle-même étroitement hiérarchisée et dont les habitudes et les manières ont influé comme de raison, sur tout l'ensemble de la société. On entend parfois des étrangers exprimer quelque surprise à propos de la banalité de nos logis Parisiens et d'autre part, des Français revenus du nouveau-monde s'extasier sur « roriginalité » de ses habitants. Cette originalité n'est autre chose que le goût personnel, la fantaisie de chacun

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qui se donnent libre cours grâce à l'organisation sociale plus large là-bas que chez nous ; et la banalité Parisienne par contre n'existe souvent qu'en façade ; si l'on pénètre dans le détail de la vie privée on constate que la diversité individuelle reprend ses droits, mais ce n'est qu'après avoir d'abord sacrifié à ce culte du convenu qui recouvre les milieux riches de Paris d'une sorte de vernis uniforme.

On comprend aussitôt combien les fluctuations de la fonune doivent être redoutables à une société organisée de la sorte. Toute diminution de revenu correspond pour elle à une sorte de déchéance. Le revenu n'est, pour l'Américain, qu'un vêtement sous lequel il demeure lui-même ; pour le Parisien, il est non le vêtement, mais la peau même qu'on ne saurait lui arracher sans le feire saigner. Sur le vaste escalier du nouveaumonde, les Américains montent et descendent facilement ; sur l'escalier de Paris, assez étroit et fort encombré, si l'on descend d'une marche, il est nl.i iL-imuite; ^ui'^sitente-t-on de suprêmes s pour !:;;iriJt:i- .si plai:e. Dans beaucoup de aie Parisien riche fait plus fortune qu'il s'est

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acquise que l'Américain pour édifier la sienne. Il y a dans la nouvelle bourgeoisie, une autre cause de faiblesse. Elle s'esl créée, en somme, par le travail ; or, les trois quarts du temps, le travail cesse à la génération suivante. Que font-ils, les {ils du grand financier, du grand industriel, du grand commerçant ? Us font «mi/oni de travailler; ils continuent l'œuvre du père, mais sans intérêt, sans passion, pour y trouver simplement de quoi maintenir leur luxe. Si la banque, l'usine, la maison de commerce ont été établies sur des bases très puissantes, avec une organisation solide et ingénieuse, il arrive qu'elles se soutiennent d'elles-mêmes ; mais cela ne peut durer indéfiniment et, moitié pour partager sa responsabilité, moitié pour se soustraire à un labeur qui l'ennuie, l'héritier de la maison appelle des associés qui finissent par se substituer plus ou moins à lui. Il avait déjà reçu une éducation qui le rendait peu propre aux grandes entreprises; celle qut.- reçoit son fils l'en détournera bien davantage. Cirj] est, à Paris, de l'éducation comme du i maison; et par éducation n'entendez pas '1 mier âge, ni même le temps du collège, r initiation à la vie sociale qui est le fait desp

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plutôt que des maîtres; vous ne pouvez choisir les camarades ni les plaisirs de vos enfants ; ils vous sont imposés par le milieu auquel vous appartenez vous-même. La haute bourgeoisie Parisienne, à de méritoires exceptions près, n'élève pas ses enfants simplement et ne peut le faire ; ils s'habituent de bonne heure à dépenser beaucoup. L'argent joue dans leur existence, comme dans celle de leurs parents, le rôle principal ; ils ne le considèrent pas, à l'instar des Américains, comme un moyen d'action, un levier, une source de puissance ; ils le regardent comme une étiquette, un titre à la considération. L'ancienne bourgeoisie avait, comme a encore l'aristocratie, un passé, des traditions, une stabilité sociale ; la nouvelle bourgeoisie n'a pas cela ; dans la politique comme dans les affaires elle n'exerce pas une influence héréditaire; en temps que classe, ellen'est quelque chose qu'en proportion de l'argent qu'elle possède et qu'elle dépense. Il lui en faut beaucoup et cette ch.is!>c ,ui\ L-i;iis. tics mpiilenient, la dcraoralise, -lii^liât^our les grandes entreprises lenteraient ou rétabline. Les fils ne se leurs pères.

préfèrent la spéculation ou bien recherchent les places d'administrateurs de grandes sociétés d'autant plus volontiers que ces places sont le plus souvent des sinécures ; et si enfin, ils ont fait des pertes ou sentent que leur situation diminue, ils s'affolent et se laissent entraîner parfois aux affaires louches ou incorrectes dans lesquelles ils trouvent une sécurité pécuniaire relative et un déshonneur presque certain.

Sans admettre le moins du monde les exagérations des antisémites, on doit reconnaître que la haute finance Israélite a pris, à Paris, une influence beaucoup trop forte pour ne pas être dangereuse et qu'elle a amené, par l'absence de scrupules qui la caractérise, un abaissement du sens moral et une diffusion des pratiques corrompues. C'est précisément ta faiblesse de la haute bourgeoisie qui a rendu cela possible ; elle n'a pas la force morale nécessaire pour résister à des tentations qui sont pour elles d'autant plus pressantes qu'il s'agit d'argent et que l'argent est le seul piédestal sur lequel elle puisse désormais s'appuyer pour conserver sa situation. Il v.i s.iri'; dire qu'il y a, dans la haute bourgtoisiu iionilirc li'hi — -*— ' gens auxquels on doit savoir d'autant pli

de leur honnêteté qu'elle est plus exposée. Mais le nombre des gens indélicats y est aussi beaucoup trop considérable et c'est un résultat attribuable d'une pan à l'action pernicieuse de la finance Israélite et de l'autre à l'absence de traditions et de stabilité sociale qui fait tout reposer sur ce que M, de Vogué appelle a le pilier d'argent ». Peutêtre y a-t-il aussi ta quelque influence physiologique. Pour la bourgeoisie actuelle, il en est un peu de la vigueur morale comme de la vigueur physique ; elles semblent fondre et se perdre assez rapidement. Ce n'est pas une nouveauté qu'en sociologie l'accoutumance progressive à une vie nouvelle est une condition de force et de durée. Physiquement, la haute bourgeoisie ne paraît pas robuste ou du moins les provisions de santé qu'elle tire de son origine plébéienne et souvent campagnarde s'usent vite comme si on les avait gaspillées, comme si la vie et l'atmosphère de Paris les décomposaient ; l'aristocratie plus ancienne et plus frêle résiste intiniiiiL-nt mieux, Auprès de la haute bourgeoisie, lom prù.sJ'LlIc, mêlé même à elle par le contact dt L^rtaincs pro' fessions communes, se tient un groupe par la qualité plus que par le nombre ""

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constitué, celui-là, par une similitude de culte : ce sont les protestants. Ils sont stables, ayant de nobles traditions de familles auxquelles ils demeurent fort attachés; mais les occupations préférées de beaucoup d'entre eux sont financières, industrielles ou commerciales; ils s'occupent aussi volontiers de politique et y réussissent bien. La campagne contre les juifs ayant ranimé les souvenirs du fanatisme religieux, on a imaginé de faire le relevé des situations occupées par les protestants et on a trouvé qu'ils eu détenaient de considérables, dans une proportion inégale à leur importance numérique. L'explication de ce fait est tellement simple que c'est vraiment un signe des temps — de ces temps compliqués et aveuglés de passion — que d'avoir été en chercher un autre. Sous un régime de liberté, l'avantage appartient aux citoyens déjà formés aux nécessités du self'govemment ; ceux-là ont une avance sur les autres. Or les protestants sont ii que ce qui fait la base mOiiic de 1 l'autonomie de k conscience, c'a^^^H|eovernment moral. 11 est donc tout f^^^^^Ki^ '^~ trouve aujourd'hui à l'avant-,

La société protestante di; P.ni . neut

l'une des plus respectables et des plus unies qui soient. Là où elle est en contact avec l'aristocratie elle a su conserver ses qualités sans prendre les défauts que nous avons relevés au compte de la petite noblesse. On ne saurait dire qu'elle résiste aussi bien aux influences de la haute bourgeoisie ; néanmoins ces influences ne s'exercent sur elle que d'une manière partielle et amoindrie, provoquant plutôt un affaiblissement d'idéal qu'une contamination délétère.

Le Monde du plaisir.

C'est au second empire que l'on doit la création à Parisd'un milieu exclusivement vouéàla recherche du plaisir. La gaîté de Paris était née, sans doute, bien avant cette époque. Mais jamais on n'avait vu, avant le second empire, les gouvernants donner l'exemple d'un perpétuel divertissement et profesquc le plaisir est im devoir social à cause de ; mipul.'d4ï*'*i^il<:omiminiqueaucommerce.Ilpeut bvoir <J^^ ïhûsL- de vrai dans cette théorie, quelque chose de forcé et e qu'engendre la prospérité

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contribue dans une large mesure à entretenir cette prospérité, il faut éviter de confondre le luxe avec le plaisir qui n'enrichit que certaines industries au détriment des autres et par contre affaiblit la vie intellectuelle et compromet la vie morale de la nation.

Ce fut, dès le début du règne de Napoléon III une succession ininterrompue de fêtes. L'impératrice Eugénie y donnait tous ses soins ; le résultat fut la création d'une société parisienne dont toute l'existence tourna autour du plaisir comme autour d'un pôle. Cette société est-elle beaucoup plus nombreuse à Paris qu'ailleurs? C'est peu probable. Proportionnellement au chiffre de la population, la part faite au plaisir est certainement plus grande à Naples, à Rome ou à Venise; seulement le plaisir Parisien est peu discret; il se laisse voir et même se fait voir volontier s. La presse s'en occupe beaucoup etceux-1, nent pas veulent être renseid gestes de ceux qui s'y adonifl chronique i)ié.itraleet mondainl grande place qu'à Paris. Les ji ou de New-York rendent compB dîners r -content ce c

DE FBAKCE l8l

les salons ou dans les coulisses ; mais ce n'est pounant qu'un côté accessoire de leur tâche tandis que c'est la principale préoccupation de bon nombre de grands journaux Parisiens qui sont, par ailleurs des journaux politiques ou se croient tels. Il en résulte une sorte de grossissement ariificiel de cette portion de la société.

Au point de vue de sa composition, on peut la diviser en deux grandes catégories, l'une passagère et l'autre permanente. La première — la passagère — comprend la jeunesse ; la seconde comprend les cosmopolites qu'attire la réputation joyeuse de Paris et ceux des Parisiens que le plaisir a définitivement conquis et qui ne peuvent plus s'en émanciper.

La jeunesse est poussée à la vie de plaisir par trois causes principales : en premier lieu, l'atmosphère énervante d'une grande ville et les attraits séduisants dont le plaisir est revêtu à Paris; en second lieu, l'absence de distractions saines et de divenissements honnêtes ; jusqu'à ces dernières ^effet, les exercices physiques, les difféconstituent en quelque sorte la L' pour un jeune homme étaient ^s et sans l'intervention de la

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bicyclette et la propagation rapide de ce merveilleux instrument, il est à croire qu'une réaction eût été très longue à venir et que l'habitude du sport ne se fût pas implantée facilement dans la race Française. Enfin il existe une troisième cause : le singulier préjugé qui, entre 1840 et 1870, a dominé presque toutes les classes de la société et commence seulement à perdre de son pouvoir.

La vertu, disait-on, estune éducatrice insuffisante, sinon médiocre, tt pour airivcr à une virilité complète, le jeune homme a besoin d'abandonner temporairement ses sentiers afin n d'apprendre à connaître le mal f. Cette bizarre et absurde pédagogie est née très probablement de l'abus des lectures immorales, romans vicieux, études de mauvaises mœurs dont le talent indéniable des

auteurs et la malsaine curiosité du public ont, de

connivence, assuré le succès. '.

lors, témoigné une grande ind]

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indiquent suftîsamnient poua

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Là encore, cependant, on r par les apparences. Non seule nesse r' ^e uniforméd

existence, mais parmi ceux qui semblent l'être, beaucoup n'ont avec les « Boulevards », leurs théâtres et leurs restaurants de nuit qu'un contact intermittent et superficiel. A moins démener une vie monacale, remplie par un travail acharné ou bien d'être en proie à une misanthropie fâcheuse, il est difficile qu'un jeune Parisien échappe à une telle fréquentation ; mais, réduite à cela, cette fréquentation devient presque inoffensive. Comment faire la différence à première vue?

L'étudiant que vous croisez au théâtre Cluny ou bien dans les cafés du Boulevard Saint-Michel (le Boul' Mich', comme ils l'appellent entre eux), et le jeune élégant que vous rencontrez aux « Variétés » et qui soupe ensuite dans un des restaurants à la mode sont-ils des habitués de ces lieux ou bien y viennent -ils, par hasard, à de rares intervalles, selon qu'un camarade les invite ou envie de se distraire ? Les deux liypoplausibles. C'est, qu'en effet, le monde Paris, n'est rien moins qu'un cénacle , ce qui est k- cas dans beau- ^ndcs villes. Non seulement, il est L::jt ouvert; on v entre et on

en sort librement sans que personne songe à s'en étonner.

Donc la jeunesse Parisienne, malgré qu'elle ait l'apparence dissipée, peut ne pas l'être réellement. II est vraisemblable que plus d'un tiers des jeunes gens dans les quartiers riches et un plus grand nombre encore dans le quartier des étudiants , mènent une existence qu'on ne saurait qualifier de dissipée, ce qui ne veut pas dire qu'elle soit pure. n faut en effet, distinguer entre l'impureté et la dissipation de la vie. Cette dernière caractéristique implique la première, mais la première n'implique pas nécessairement la seconde. D'une façon générale, à Paris comme dans le reste de la France (dans les villes tout au moins) la jeunesse n'a pas le respect delafemme.On ne le lui enseigne pas. Les parents sont, comme nous le disions p une indulgence excessive 1 maîtres ne se hasardent p trine que dément la loi; cati néfaste aberration de Napo« punit pas la séduction.

Quoiqu'il en soit du plus tion qui^^^BÉcise les jeunesl dissipât! J

DE FRANCE lOS

mum est, en général, passagère. Le souci de leur carrière ou de leurs intérêts, le mariage, la satiété enfin qu'inspire rapidement aux natures un peu distinguées une existence aussi frivole, tout cela fait que le jeune homme retourne souvent plus vite et plus souvent qu'on ne le pense à des habitudes rangées et se sépare de ses compagnons de plaisir. Parmi eux cependant, il en est qui n'ont pas le même courage; caractères mous que la jouissance domine trop absolument. caractères vicieux qui se livrent à des calculs épicuriens, les uns comme les autres prolongent jusque dans l'âge mûr et peut-être jusqu'aux approches de la vieillesse ce culte du plaisir auquel ils se sont voués. Le type de l'homme de plaisir déjà âgé est un type éminemment Parisien; on n'en saurait imaginer certainement de moins sympathique. Il advient pourtant qu'à force d'élégance, de bonne grâce et de tact, certains de ces Parisiens suivent faire oubliera ceux jguentent ce qu'il y a d'absolument vide s et de répugnant dans leurs mœurs.

pnt su même se créer une sorte de ce gr.ini.! seigneur qui, malade ui :i lait impotent promenait i6.

lS6 LA CHRONIQUE

naguère dans Paris des gilets renommés pour leur coupe spéciale et un cordon de monocle d'une largeur sensationnelle.

Tous ceux-là ne frayent guère avec la jeunesse, bien qu'ils fréquentent les mêmes lieux qu'elle et leur groupe, assez peu nombreux, en somme, n'aurait aucune consistance s'ils ne recevaient le renfort des cosmopolites qui se joignent à eux en toute occasion. Il est pénible pour un Parisien de dire du mal de ceux auxqueb sa patrie donne si volontiers l'hospitalité. Mais il faut bien avouer que la colonie étrangère de Paris est, d'une manière générale et toujours en tenant compte d'honorables exceptions, assez peu recommandable. C'est encore au second empire qu'est due la formation de cette colonie. Peu d'étrangers jusque-là, se fixaient à Paris, sans y être forcés par leurs fonctions où le soin de leur fortune. Ceux qui s'y fixaient, dans ce temps-là, étaient au contraire des gens d'élite, ayant occupé de hautes situations comme ministres ou anilia-,sji.lt-urs. Après la chute de Louis-Philippe (i8 l'i i.i changea. Le second empire, s'il s'etfoi- ( protéger » les arts, n'était pas tendre f hommes de lettres. Par contre, l'impératricL

nie qui ne semblait pas, par sa naissance, destinée à occuper un trône et qui avait beaucoup vécu la vie banalement enfiévrée des hôtels et des villes d'eaux, attira à Paris nombre de cosmopolites peu lettrés mais passionnés pour le plaisir. Ce fut-là l'origine de ceux qu'en argot Parisien on nomme les rastaquouéres. Les rastaquouères n'ont pas nécessairement des cheveux luisants de pommade, des moustaches cirées, un accent méridional et de gros diamants montés en bagues et en épingles de cravate. Il en est qui parlent un Français très pur et s'habillent avec goût ; mais ce sont des nomades ou, comme dirait Maurice Barrés, des « déracinés >. Ils viennent faire une saison sur le boulevard des Italiens comme des Londoniens font une promenade à cheval dans Rotten Row. La saison a beau se prolonger, ils ne prennent pas pied dans le sol. Ils ne deviennent jamais des a Parisiens » au vrai sens du mot et encore moins des Français. Ils sont chez eux aux Folies-Bergère ; le boulevard est leur domaine; tous les endroits où l'on s'amuse leur sont famili' ■ u- de Paris leur demeure aussi

ipoudan oul^Pamir. Or, ce qui frivole.

l88 LA CHRONiaUE

c'est que sa flânerie le pone de temps à autre vers les vieux quartiers du passé et qu'il prend plaisir à connaître les pittoresques recoins du Marais aussi bien que les somptueuses modernités de la Plaine Monceau.

Si, par impossible, les raslaqucuéres venaient à se retirer de Paris, on serait surpris du nombre de lieux déplaisir, petits théâtres, restaurants, cafésconcerts qui péricliteraient et seraient bientôt réduits à fermer leurs portes. On serait surpris de voir en même temps combien peu la physionomie générale de la ville s'en ressentirait. Par ses dehors bruya^its et l'importance apparente qu'il affiche, le monde du plaisir, à Paris, joue un peu |rôle de I ■ -iche du coche. Beaucoup se per- Ifintqu'i'' uî f.icteur indispensable de la

Vst p.lb.

La politique et les Fonctionnaires.

Les hommes politiques et les fonctioi en France, oe'datent point de la même époque ; les premiers sont une création de la république actuelle ; les seconds sont immuables depuis Napoléon le Grand. Il est hors de doute qu'on ne puisse reprocher aux uns d'être parfois médiocres et aux autres d'être presque toujours routiniers. Mais, volontiers, on va plus loin: on formule l'accusation de corruption et celle-là est tout à fait injustifiée. Paris étant le centre politique et administratif de la France, on peut apprécier l'ensemble du pays, à cet égard, d'après ce qui s'y passe.

Le fonctionnaire Français a un idéal qui contribue singulièrement à le préserver de la corruption. Son idéal, c'est la probité. On pourrait, au premier abord, n'y trouver rien à redire ; aucune vertu n'est plus respectable; mais par idéal, il ne faut pas entendre ■.l-uIliuciii l'clTurt pour probequi est du Jl-vuIv vie uww. le hiï fonctionnaire ne pense p-i/. .\ autç comme hypnotisé i'.ir cfHc vert négliger les autres ; '.\ l'orcu de tout T sa conscience perd, sur le rc:

l'élasticité et de la sensibilité qu'elle devrait posséder. On imagine mal un fonctionnaire Anglo-saxoD se disant sur la 6n de sa carrière qu'il n'a jamais fait tort d'un centime à l'Etat et se décernant, en conséquence, un satisfecit absolu. C'est très bien en vérité, mais ce n'est pas assez. La probité est une vertu de l'homme en général, non point du fonctionnaire en particulier. Il est bon que celui-ci comprenne un peu autrement ses devoirs envers la société et fasse entrer en ligne de compte le

zèle, l'ardeur, l'initiative En France, i! ne le

fait jamais. La façon étroite dont l'administration s'y trouve hiérarchisée étouffe l'initiative bien loin de l'encourager, de sorte que le fonctionnaire n'est pas seul responsable de son esprit de routine. Mais ce qu'il y a de certain, c'est que, enfermé dans la tâche précise et limitée qu'il a à remplir, sa principale et même son unique ambition est de la remplir jusqu'au bout avec probité et désintéressement. Il est peut être d'autres pays où les fonctionnaires sont aussi routiniers; il n'en guère oùjla soient aussi parfaitement désinté-

alors, se trouvent-ils .irruption, celle préci-

sèment qui peut le moins les atteindre ? Pour s'en étonner, il faut être fort ignorant de l'histoire des démocraties ou bien envisager avec une confiance un peu naïve le progrès humain. Plus l'avènement du régime démocratique est récent et soulève encore de protestations de la part de la minorité, plus de tels inconvénients sont sensibles. Tel est le cas en France. Beaucoup de journaux vivent de scandales et, d'autre part, il est toujours agréable pour un royaliste ou un bonapartiste d'entendre dire du mal des fonctionnaires de la république. De là provient cette facilité à accuser sans preuves qui est une des caractéristiques du temps présent. Les Français y apportent une telle légèreté qu'on devrait à l'étranger être plus circonspect dans le cas qu'on fait de leurs jugements. Les trois quarts du temps, on les accepte pour valables sans faire attention que, dans le pays d'origine, ils ne sont pas toujours pris au sérieux par ceux-là mêmes qui les ont formulés. La i^rande maiorité des Friin^ais savent trùs bien qu'i-n réaJ|flkrs k)!K~t sont honnêtes, déiic.its q

Mais, encore uul- foi et pour tracL^r du fonctl' trait fidèle, beaucoup de

regard de cette qualité fondamentale. Le premier et le plus grave est le manque d'intelligence. On peut certainement penser que c'est à Paris que ce défaut tendrait le moins à se faire sentir ; on ne choisit pas pour la capitale, où se centralisent tous les services administratifs^ les fonctionnaires les moins intelligents. Pourtant le Parisien qui a des affaires à traiter avec les fonctionnaires se heurte comme à des murs qui barreraient leurs cerveaux. Il y a en eux quelque chose de Chinois; le mandarin qui s'est assimilé la dose de connaissances nécessaires pour passer les examens d'Etat n'est sans doute ni sot ni ignorant par rapport à la Chine; il Test pourtant par rapport à l'univers. Sans lui être comparable, le fonctionnaire Français a quelque chose du mandarin ; il se trouve^ par rapport au monde et à l'ensemble de la civilisation, dans un état d'esprit sensiblement analogue. Convaincu qu'on ne peut administrer autrement qu'il ne le fait, il se méfie de la moindre réforme et commence toujours par la croire irréalisable ; c'est bien là un manque d'intelligence. En second lieu, le point de vue auquel il se place est faux. Loin de se considérer comme l'auxiliaire du public, il le traite en ennemi. Il est toujours

194 ^^ CHRONiaUE

préoccupé de défendre l'Etat contre les citoyens comme si la guerre était perpétuellement déclarée entre eux. L'idée qu'il est le serviteur de tous ne l'effleure même pas ; il tient le fonctionnarisme pour une puissante aristocratie dont il est très fier de faire partie. Le résultat de cette manière de voir est de le rendre à la fois hostile aux améliorations et sourd aux réclamations ; il y voit un audacieux empiétement du citoyen sur les prérogatives de TEtat. Ce n'est qu'en étudiant le fonctionnaire Français qu'on peut arriver à se rendre compte de cette bizarre idole que nous nommons l'Etat : mot vide de sens ailleurs, car, après tout, il ne représente que l'ensemble des services publics ; tandis que, chez nous, l'Etat est un être distinct, un personnage véritable, un Bouddha auquel nous rendons un culte qui, à tout prendre, est beaucoup plus formaliste que le culte rendu au vrai Bouddha par les Asiatiques.

Le fonctionnaire Parisien, en tout cela, ne diflère guère du provincial. Il se piquera parfois de parisianisme et affichera un scepticisme blagueur qu'il croit élégant et de bon ton et qui contraste plutôt lourdement avec la façon dont il comprend sa fonction et s'en acquitte. Au fond.

le type demeure immuable. Evidemment ce n'est pas sur celui-là qu'il faui compter pour perfectionner l'avenir.

Faut-il compter davantage sur l'homme politique? Si le fonctionnaire est calomnié, ce n'est rien auprès de l'homme politique qui est, lui, trainé dans la boue avec une inlassable persistance. Ici point de distinction à faire entre Paris et la province, La grande masse des députés et des sénateurs représentent les populations provinciales mais tous résident à Paris et sont, à ce titre, Parisiens. Il est donc impossible de décrire la physionomie générale de la capitale sans parler d'eux. En dehors de Zola, deux romanciers s'y sont risqués récemment : Maurice Barrés et Eugène-M, de Vogué. Tous deux avaient fait partie du Parlement pendant une législature, c'est-à-dire pendant quatre ans. Mais ce qui devrait ajouter de l'intérêt à leurs ouvrages en cette circonstance leur en ôte. Quand un écrivain qui s'est acquis une belle réputation pénètre dans la vie politique, il s'attend à y jouer un grand rôle; s'il n'y réussit pas, il en est déçu. Barrés et Vogué son^iLiîmi |>r<ilMU^Mi^ tine et à Chate;iubriLii]d, Tu

res Etrangères en 1823, l'autre chef du gouvernement provisoire en 1848, et comptaient les égaler. Or, comme députés. Us échouèrent complètement ; leurs discours n'eurent aucun succès ; le public ne fit pas attention à eux et leurs collègues ne se montrèrent nullement disposés à les accepter comme chefs de parti. Au bout de quatre ans. Barrés ne fut pas réélu et Vogué, pressentant qu'il en serait de même pour lui, eût l'habileté de ne pas se représenter. Mais l'un et l'autre demeurèrent stupéfaits de leur insuccès et considérant que cet insuccès éuit une honte pour le Parlement, se mirent à le charger de tous les vices. Zola, lui, ne brigua jamais la dépuration. Mais l'afTaire du Panama semblait avoir pour longtemps intoxiqué son imagination. Dans c Paris » se trouve cette phrase exhorbitante : t On sortait à peine de Veffroyabh aventure du Panama ; il en avait suivi le drame avec X'angmsse d'un homme qui attend chaque soir le coup de tocsin sonnant l'heure dernUri: dt Ui vkilk société m agonie I » Tout cela pour un simplu scandx| cier comme il y en a eu de tous tcin| tous pays !

Le parlementarisme Français est toi

différent de ce qu'en ont dît les littérateurs à imagination ardente. Mais, tout d'abord quelques distinctions sont nécessaires. La vie politique, à proprement parler, n'existe que dans les démocraties, qu'elles soient à couronnement monarchique ou à forme républicaine. Il faut de plus distinguer entre les démocraties où la politique est une carrière et celle où elle n'en est pas une — c'est-à-dire examiner si le mandat parlementaire est ou n'est pas assez rétribué pour permettre ou non à celui qui l'exerce de vivre sans posséder ou sans se procurer d'autres ressources, Li France a adopté, à cet égard, une ligne de conduite défectueuse. Elle accorde à ses députés ou sénateurs une indemnité annuelle de 9.000 francs — ce qui est assez pour les tenter et pas assez pour lessatisfaire. Un homme qui n'a pas de fortune et qui a l'ambition de la politique s'imagine pouvoir vivre avec cette somme. Or, s'il se marie et a des enfants, il est acculé à renoncer à sa carrière, faute de pouvoir l'exercer honnêtement dans de telles conditions.

t autre distinction, c'est celle des démoli"s riiti'. ■.OUI fortonicnt organisés et irycmcni Tracés — et des

démocraties ou les partis sont flottants et les devoirs mal définis. Si le parti politique auquel appartient le député est fortement organisé, son vote en quelque sorte a moins de valeur vénale puisque, la plupart du temps, on ne peut l'acheter qu'à condition d'acheter tout le parti ; c'est une sauvegarde. Si, d'autre part, le programme du parti est ckiir, précis, susceptible d'engendrer de fortes convictions et d'être défendu avec enthousiasme, le député est plus en mesure de résister à la tentation de trahir ce programme ou de manquer il ce que ses convictions exigent de lui; c'est une autre sauvegarde. Toutes ces sauvegardes manquent ,'i la démocratie Française, Elle est jeune dans un pays vieux; elle a contre elle des traditions j;lorieusE's, un passé retentissant d'aristocratisme;s(jn programme d'action est intéressant mais multiple et confus; elle est encore inhabile à se grouper, iiifxpcric à cliu utiliser les hommes, lui est déf.ivorable .ui plni évident quelle étiui des pB 'dans la vénaliié et la corruM Y est-elle tombée ?Non.Lel^ toujours le nil'ils voi

avec ce qui se passe au même momtnt dans les autres pays, mais avec je ne sais quel idéal de perfection qui peut-être ne serii jamais réalisable et en tous cas ne l'est point à l'époque où nous vivons. Ils voudraient avoir des élections absolument honnêtes sans qu'aucune pression ni de l'administration, ni des partis, ni des candidats eux-mêmes ne fut opérée sur les électeurs au moyen de promesses ou de cadeaux ; cela est-il possible ? Ils voudraient qu'une fois élu, le député fit abstraction de tous soucis, de tous intérêts personnels pour ne plus songer qu'au bien du pays, qu'il lui sacrifiât jusqu'à ses chances de réélection en ne craignant pas de déplaire à ses électeurs, à l'occasion. Cela est-il raisonnable? C'est avec les parlements étrangers qu'il faut comparer le parlement Français et l'on s'aperçoit alors qu'il prend rang parmi les moins pratiques, mais aussi parmi les plus honnêtes. Et précisément il du Fanaiii.i dont on a voulu se servir ilipcnder a cournt' à son honneur. Ce s de plus inquiétant, ce fut de voir 'ïbier si facilement et perdre tout innombrables blagues chaque tnaiin. La façon

200 LA CHROMIQDE

mélodramatique dont quelques députés de la droite monarchique annoncèrent un beau jour qu'ils avaient découvert le « cancer qui rongeait la république » était déjà de mauvais aloi ; ils ressemblaient à des héritiers pressés, prompts à découvrir chez leur parent riche des maladies qu'ils souhaitent aussi mortelles que possibles. Puis vint la grande cascade de la calomnie ; elle coula à flots pendant deux mois ; sous couvert de révélations, on inventait des listes sur lesquelles on plaçait, sans vergogne, les noms de ses adversaires politiques les plus redoutés. Jamais le mensonge ne fut plus général ni plus impudent. Et quand enfin la justice eût son tour, elle ne trouva presque rien à dire: Ja plupart des accusations tombèrent d'elles-mêmes. Il fut prouvé non pas que beaucoup de votes avaient été vendus mais que beaucoup de gens s'étaient offerts pour les acheter, ce qui n'est point Ua|ÉBe chose.

Quelques hommes polit ii^^^^^^ru s'enrichir au pouvoir; mais ii en es^^^^^^Bantage qui, ayant habité comme mid^^^^^^Kpmpiueux palais que la monarchie ^^^^^^^^ei dans lesquels la république contini]| vernants, les ont à maintes

sansregrets pour rentrer dans les logements étroits et inconfortables où leurs maigres ressources les forçaient de vivre : ceux-là, quand bien même, ils ne sont pas des génies, constituent l'honneur et la sécurité d'une démocratie.

Les Intellectuels.

L'intellectuel Parisien étend son domaine de la € Société des gens de lettres » à l'Académie Française. Il commencera par être un « homme de lettres » et finira, s'il le peut, dans la peau d'un immortel. Mais que de chemin de l'un de ces points jusqu'à l'autre ! Et combien la route est variée et accidentée. Par monts et par vaux, la carrière de l'intellectuel se déroule à travers les ravins desséchésoù paissent les « vaches enragées » , i travers les rudes escarpements de l'indifférence qu'il lui faut escalader, à travers les I chancu oli tant de fâcheux ititLiit, i ii\iv(,-rs le jardin enchanté H du h mode dont les parfums lui ■ ; L-hcmin faisant, on le voit se dilRcultés, tomber maladroite-

ment aux obstacles, se laisser égarer par les mirages trompeursoudévoyerparles louanges mensongères. On le voit trop rarement résister d'une façon totale à tant de néfastes actions combinées.

Nulle part, à l'heure actuelle, la vie de l'homme de lettres n'est aussi étroitement mêlée à la vie sociale qu'à Paris. Cela tient à deux causes. En premier lieu, la liberté presque absolue de tout dire et de tout publier qui jamais n'avait été aussi complète que sous la république et jamais surtout n'avait subsisté intacte pendant une si longue période; en second Heu, l'absence de cour et la présence d'un gouvernement anonyme, impersonnel dont les pompes seraient un peu minces s'il n'y avait pour les rehausser, les spectacles de la Force ou les fêtes de l'Esprit. Derrière le représentant d'une dynastie établie par la victoire ou consolidée par les siècles, les Académies marchent à leur rang de service public, suivant le chef et se tenant plus ou niuins d.ins wn u:ii!>u\ Otez le souverain et elles i]KMrnfntLi cIIl-s ;,luIi-> » censée nationale dont il était, en quelque soi'ttt/ ' ''^n

héréditaire. Il en sera partout ainsi, maïs * mi

France où la penséi; nationale plonge si (^ ment dans le passe ti concentre tant d'cs|

L'intellectualisme est donc sur le pavois et, dans ces conditions, il ne pouvait se contenter longtemps de régir le goût ; il devait aspirer à d'autres directions. L'affaire Dreyfus lui en a offert l'occasion. L'homme de lettres s'est établi iabricant de morale sociale et entrepreneur de salut public. Cela lui &it un talent de plus. Il en avait déjà beaucoup : chroniqueur, critique, bulletioierj conférencier, causeur, professeur, conhdent, président de réunion, ornement de salon.... Nous passons sous silence la qualité d'auteur. L'intellectuel arrivé ou en passe d'arriver n'écrit plus guère de livres; c'est par là qu'il débuta ; à mesure qu'il progresse en notoriété, sa prose se fait rare; il tourne à l'oracle ; mais il s'en faut que la ciselure se perfectionne en proportion. C'est que le temps manque. Un homme si occupé, qui a tant de devoirs ;\ remplir, une correspondance si lourde à fournir, qui se voit investi par ta société de tant de missions de confiance, comment voulez-vous i|i,';' ,nii.:.f ■-' .MIL' éci-lrc des livres! Il en publie 11, il ne les écrit pas. Ce sont tous ui . '"année qu'il réunit en volume,

tMii^ SL>, oracles. Hélas! de ■.■.';iit*;ii..nt la brièveté, mais

souvent aussi l'imprécision et la fadeur vaniteuse. On entend qu'il existe maintes exceptions des plus honorables pour la littérature Parisienne ; n'empêche que tel est le courant général. L'intellectuel tend à sacrifier le beau idéal à l'agrément immédiat ; il préfère le Champagne à l'ambroisie et le commerce des jolies femmes à celui des Dieux. Volontiers, il cherchera à concilier son souci de l'art avec ses tendances pratiques et ses ambitions d'arriviste. Mais l'équilibre entre ces choses est trop dur à maintenir : on le rompt même inconsciemment. Te! écrivain se persuade être l'amant de l'art lorsqu'il est surtout l'esclave de son intérêt. Ainsi la position de l'intellectuel Parisien en vogue est devenue trop enviable et dans le même temps son mérite a baissé ; les deux phénomènes sont connexes. Servi par l'avènement d'une démocratie pacifique, héritier d'un long et beau passé, trouvant à s.i i^oofiS les armes faciles du journal et de la confcren. ^^^devenu, sur les bord^ de la Seine, l'un.

belle société ; toucaussit( légion ambitieuse et irébuchantel pour s'asseoir dans quelques faute^ en fin de cor""'" ■■■• netit nombre i%

beaucoup d'aigris- Paris est si bien responsable d'un tel état de choses que non seulement on pourrait relever dans les écrits d'un Loti, d'un Bazin, d'un Le Braz et autres provinciaux célèbres, des traits qui les différencient complètement de leurs rivaux Parisiens, mais encore que ces derniers s'isolent volontiers dans le calme de la province dès qu'ils veulent suivre une idée jusqu'au bout et tâcher d'en tirer toute la sève qui s'y renferme, L'homme de lettres proprement dit n'est pas la seule proie de Paris ; ce que l'on dit de lui s'applique presque aussi bien à l'artiste lequel représente une autre forme d'intellectualisme et il n'est pas jusqu'à l'homme de science qui, bien moins exposé ne se laisse pourtant atteindre à l'occasion. Si l'enivrement des succès mondains ne pénètre pas jusqu'au laboratoire où le chimiste prépare les transformations à venir de la matière, il est des branches de la science — les sciences psychiques par exemple — où volontiers la mode vient jeter trouble élégLin t ; i! en est d'autres qui, par igns, établissent un contact de tous e savant et la foule : telles, les *■ Siir cf^ formes diverses de la ît i'i;,on presque identique.

à la fois intense et déréglée, incitant des facultés trop faibles et des vocations mal définies par l'appât trompeur d'une renommée qui, finalement, ne s'adresse trop souvent, ni au plus laborieux, ni au plus digne.

Ceiix qui peinent.

A Paris, ils peuvent être rangés sous trois catégories : les petits employés, les petits commerçants, les ouvriers.

Il est très difficilede définir le « petit employé » Parisien. On ne saurait trouver ailleurs son équivalent. C'est un aristocrate à sa manière. Pour rien au monde il ne donnerait son rond de cuir. Non seulement il ne voudrait point d'un métier

manuel qui serait bien de « l'Administration » Ini ance. Et de fait, il a raison a le plus souvent il se trouver, autre besogne. Certes les can ii.

naire sur celui qui les iraver marin "" mer

■"if ; mais sortir ^ k une déché-

"lont l'empreinte de \ 'feinte adminil

plus profonde. Le petit employé de Paris est, avant tout, méticuleux, lent à se mouvoir, esclave de ses habitudes ; il a horreur de l'initiative ; il craint par dessus tout les responsabilités et prend plaisir a se sentir « couvert » par ses supérieurs. Ce mot qui n'aurait point d'équivalent en Anglais, exprime le sentiment d'une sécurité engendrée par un mélange de paresse et d'égoïsme. Quoi qu'il arrive, se dit le subordonné, ce n'est pas moi qui en serai responsable; il sufEt que j'exécute à la lettre ce qui m'est prescrit sans jamais le dépasser d'une ligne et on ne pourra jamais s'en prendre à moi de ce qui arrivera. Ainsi raisonnerait, s'il pouvait raisonner, le piston d'une machine à vapeur.

Cet esprit là existe bien chez les fonctionnaires du rang supérieur ; mais eux du moins sont ambitieux ; ils tâchent de se pousser aussi haut que isible. Le petit employé n'a guère de ces ambiliorinon est très borné; il sait que, ne montera jamais très haut.

! laissé inachevé et publié tel quel ^laubert a décrit l'odyssée morale jycs Parisiens sur lesquels un l'improviste. Bouvard et

Pécuchet {c'étaient leurs noms et le titre du livre) s'essayent successivement à l'agriculture, à la science, à la politique ; rien ne leur réussit et surtout rien ne les contente ; ils gardent, au fond du cœur, la nostalgie du bureau vers lequel ils reviennent à la fin, heureux de reprendre l'unique labeur propre à satisfaire leur médiocrité. Si le détail est parfois un peu exagéré, l'observation est fine et la thèse est juste. Le petit employé Français est cerclé dans un moule et on ne peut plus le démouler pour en faire autre chose.

D'autre part, cette idée que sa fonction est plus honorable, plus élevée, plus aristocratique que les autres, l'actionne et le soutient à travers les ennuis et la gêne. Le plus souvent, il n'a rien à lui ; et même si ses parents lui ont laissé un peu d'argent ou bien qu'il soit parvenu à réaliser quelques économies sur son mince budget, il suffit de malheurs domestiques Ou d'un mauvais placement pour que ce pécule s'évanouisse su petit employé est d'une extrêmcj dernier point ; lui, parfois si reste, se laisse prendre ■^ la plus ^ financière ; c'est avec l'épargne font chez nous toutes les mauvaist

aux malheurs domestiques, il y est toujours exposé; sa satité, que la vie de bureau ébranle, peut le condamnera une retraite prématurée ou bien ce sont ses enfants à élever, de vieux parents à entretenir, etc.. S'il pouvait se décider à vivre, comme son voisin l'ouvrier, il serait à son aise; mais il ne le veut pas, Ses chefs, d'ailleurs, le sauraient et Une pourrait conserver sa place. Du haut en bas de l'administration régnent ce faux décorum, ce faux sentiment de respectabilité qui s'attachent à la fonction et non à l'homme qui la remplit.

C'est pourquoi beaucoup, parmi les petits employés, sont malheureux. Leur gêne confine à la misère ; ils la cachent, s'ingénient pour n'en rien laisser deviner, et vraiment dans cette lutte, ils apportent une dignité, une persévérance, qui forcent la pitié, sinon l'admiration.

Les petits commerçants semblent, tout compte fait, moins à plaindre que les petits employés ; non pas que leurs affaires soient prospères, tnais piucc qu'il y a, en tous cas, un peu plus de mouveme m^H d'indcpendancc dans leur vie, qu'ils i préjugés ei qu'enfin, en cas de ruine trouvent pas inhabiles à tout : l'fjtle petit employé, empê-

210 LA CHRONiaUE

tré dans sa redigote et dans ses manies. Le petit comnnerce Parisien est en beaucoup de cas, héréditaire. C'est ce qui explique qu'il participe en quelque sorte du caractère de sa clientèle. Dans le quartier de la chaussée d'Antin, au Marais, ou bien dans le faubourg Saint-Germain, le personnel de la petite boutique a des habitudes d'esprit, des manières d'être, jusqu'à certaines formes de langage qui ont cours dans les salons du quartier. Cela était encore très sensible il y a trente .ans ; alors, un petit commerçant n'avait point de chance de réussir dans le faubourg Saint-Germain, par exemple, s'il n'était « bien pensant », c'est-àdire s'il ne partageait, en politique et en religion, les idées aristocratiques du quartier. Aujourd'hui, tout cela s'efface; ce ne sont plus que des nuances; Je petit commerce est atteint dans son principe même par une crise générale, et cette crise a été déterminée par la création des grands magasins. Ces magasins, le Louvre, le ^o« Marché, le Printemps, et en seconde ligne la Place Clichy, le "^agne Petit et tant d'autres sont iine des partît larités de Paris. On n'en trouve pas ailla l'équivalent au point de vul' de la quantité marchandises mises en vemc clKiquc jour. Qi

à prétendre que le petit commerce gagne au voisinage de ces magasins, cela peut être vrai pour un pâtissier ou quelque autre vendeur de denrées, mais en général nul ne s'avisera d'acheter dans la boutique ce qui se trouve, dans le grand magasin, à des conditions bien plus avantageuses.

Aussi les faillites et les « cessations de commerce B dont l'annonce.n'est souvent qu'une faillite déguisée, vont-elles se multipliant. Rue du Bac, au Palais-Royal, dans tous les quartiers inélégants, les K boutiques à louer » sont tous les ans plus nombreuses. Quand vous les voyez fermer leurs volets, songez aux déchéances, aux drames cachés que dissimule cette fermeture. C'est une tradition qui s'éteint, une famille qui tombe, une dispersion qui se produit. La place est prise, mais par qui? Après avoir cherché en vain à relever aux mêmes conditions la boutique vide, le propriétaire abaisse son loyer et aménage le local différemment, à moins que la maison étant belle et bien située à l'angle de deux rues ou près d'un 1 eUfi-fle lente un pharmacien et surtout un ; car le nombre de ceux-ci va

J(.- l'-.nh végète; il peine.

212 LA CHROHiaUE

Que dire de l'ouvrier ? Ceci est un vaste sujet que nous ne pouvons traiter à fond. Le milieu ouvrier de Paris est, au premier aspect, très complexe. D'abord il confine à la politique ; une partie des ouvriers s'en occupent activement et bruyamment; ceux-là sont moins nombreux, il est vrai, qu'on ne pourrait le croire. Ensuite, il y a les nomades, ouvriers de province qui viennent régulièrement dans la capitale exercer leur métier à périodes fixes ; ils vivent généralement encre eux, gardant leurs idées et leurs habitudes. Il y a encore les étrangers qui, le plus souvent, rencontrent devant eux des jalousies et des haines de races et n"aiment point Paris, mais y demeurent faute de ressources suffisantes pour retourner chez eux ou pousser plus loin. Lorsque de grands travaux s'exécutent — aux approches des expositions notamment — les ouvriers étrangers et les provinciaux affilient vers Paris. Au milieu de cette masse de travailleurs, il devient difficile d'isoler pour Pétudier, le véritable ouvrier Parisien. Celui-là existe pourtant ^^Bhvsionomie est assez sympathique. Il a dn^^^^^^kce et da cœur ; son m,ilheur vient de € ne lui a rien donné à

DE FRANCE ÎIJ

aimer; ses facultés s; dévorent en lui, faute d'aliments.

Paris ne feit pas grand chose pour ses ouvriers et par contre il se montre trop à eux. La vie Parisienne, comme nous l'avons déjà dit, présente cette particularité d'être très en dehors, très à l'extérieur ; le luxe de la façade est souvent beaucoup plus considérable que le luxe du dedans. D'autre part, Paris vit un peu confondu ; à la différence de Londres, les quartiers de labeur et de pauvreté et ceux où résident les riches, s'encastrent les uns dans les autres ; l'ouvrier, sans parler du miséreuî:, n'ignore rien du luxe qui l'environne ; il le coudoie, il le contrôle. En général, il ne le hait pas. La haine sociale est, à Paris, plus vivacechez l'étranger que chez le Parisien. Dans presque tous les mouvements insurrectionnels depuis cent ans, le Parisien a été plutôt mené que meneur. Mais s'il ne cherche pas à détruire le luxe brutalement, il cherche avidement à l'atteindre lui-même pour en jouir. Et comme il le sent hors de son atteinte normale, trop éloigné pour nir ritn qu'en suivant sa voie .<-)nnêtement, son imagination jûit des moyens extraordinaires

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de s'enrichir, s'éprend de théories séduisantes, d'utopies ingénieuses. Avec sa facilité à comprendre, on meublerait rapidement son cerveau d'idées saines, fécondes; laissé à lui-même, il le meuble de notions incomplètes, de données inexactes sur lesquelles il échafaude des raisonnements brillants et captieux à l'aide desquels il se trompe lui-même. Ses qualités de cœur se tournent vers ses pareils; la fraternité chez lui n'est pas un vain mot ; il en a le sentiment et l'instinct ; il est dévoué jusqu'au sacrifice pour ceux de ses frères qui sont plus malheureux que lui ou qui ont besoin de son aide. Avec cela, il est léger, mauvaise tête, parfois paresseux, ami de la nouveauté et du changement. Malgré tout il est digne d'intérêt, susceptible de s'améliorer et, dans ce tryptique où nous tentons d'esquisser, d'un trait hâtif, « ceux qui peinent > on ne peut s'empêcher de penser qu'il représente l'avenir, comme le petit commerçant représente les métiers du passé et le petit employé, l'administration terne du présent. Le petit commerçant Parisien se meurt; à moins d'une révolution économique qu'on ne saurait prévoir, on ne peut lui rendre la vie ; le petit employé est endormi dans sa routine ; rien ne servirait de le réveiller ; il est

ankylosé et n'est point susceptible de faire un autre métier que celui qu'il fait. Quant à l'ouvrier il autorise l'espérance; mais pour qu'il donne tout ce qu'il peut donner, il faut que Paris s'occupe de lui et satisfasse ses légitimes aspirations vers une existence améliorée.

Misère et Charité.

La misère se ressemble dans toutes les grandes villes ; celle de Paris n'est ni pire ni moindre que celle d'ailleurs. On peut dire pourtant que la misère engendrée par le vice y est moins considérable qu'on ne le pense généralement et que, par contre, Paris compte plus de « pauvres honteux » qu'aucune autre capitale. Ces mots de « pauvres honteux » désignent ceux qui, s'étant trouvés dans de bonnes positions dans leur enfance et parfois pendant une large portion de la vie, .sunt ensuite tombés dans la gênif, pui^ 4J|^ Iji ^ène dans I misère ets'elTorcent Je i^âcbifl^^^ta^ti^ d'à leur situation malheui par fierté. Les F^ infortune ne uV^

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de rétablir leur fortune ; ils sont casaniers ; ils restent, soit qu'ils entretiennent des illusions tenaces, soit qu'ils se sentent peu faits pour les entreprises lointaines ; de la province, ils affluent même à Paris où l'on peut mieux se cacher. Paris devient de la sorte un centre de ralliement pour les « pauvres honteux ».

Il y a aussi à Paris beaucoup de mendiants professionnels, les uns se bornent à demander l'aumône dans les rues en cherchant à exciter la pitié des passants soit en simulant quelque infirmité, soit en s'entourant d'enfants hâves ou estro. pies qui souvent ne sont pas les leurs; d'autres, plus nombreux, et dont il est plus difficile de découvrir la supercherie, se présentent à domicile sous de faux noms, munis de papiers habilement fabriqués et débitent des récits mensongers destinés à émouvoir ceux qui les écoutent. Quoiqu'on en dise, il est assez rare que ces individus aient choisi de leur plein gré un pareil métier et plus rare encore qu'ils en tirent d'abondantes ressources. Il ne faut pas moins se garer de cette catégorie de mendiants et s'eftorcer de les décourager parce que l'exemple qu'ils donnent est pernicieux.

Entre les « pauvres honteux » qui sont peutêtre les plus malheureux, parce que la charité ne parvient guère à les découvrir — et les mendiants professionnels, se place la catégorie la plus nombreuse, celle des malades, des infirmes, des malchanceux, de tous ceux qui ont faim et froid ; leur sort est bien dur et il est superflu de rechercher si, par leurs fautes antérieures, certains d'entre eux sont ou ne sont pas responsables de leur infortune ; la responsabilité est l'affaire de Dieu parce que lui seul peut l'apprécier selon la justice absolue. En tous cas il faudrait un bien grand crime pour que le supplice de mourir de faim put être contemplé d'un œil sec par l'humanité. Et puis n'y a-t-il pas les veuves et les enfants, pauvres êtres irresponsables ? Sans donc discuter la loi des responsabilités intimes et en dehors des remèdes que la sociologie peut recommander et dont il est à craindre que l'effet ne soit pas aussi puissant que certains optimistes se l'imaginent, l'obligation de l'aumône subsiste pleine et entière dans toute : la morale évangélique.

1 Paris ? De trois

-ptivi-ç^ rasées -iiir ^es ;aees iome et -listes, et '.s-:r icr:on -.es; exercés :res -Lnicmenr sourdes :M-nrrC-; lie niiscrsiis:. l-i^s J."une '.3.cjn Lrênérsie. :ir- ■.e'. -^.ms îe-jr L-rsemric:, .^s œuvres ne rcmpia.- ■;t-nr p3s '.i ::-,arl:é :ndi".-:dneiie, i"ai;rioii de r'i.imrne -.Idiint sponninerneiit son scmbUble sans a-'-T-'s miibijcs oue l'csorit de iniTeniite et la oitié. C ■.■st là que Pan:; ic-ji embie t-tt = -ecijrd.'Iii dé\-niiem€nt. Femmes de U :i:imc société qni p,i m Mirent les quartieis rniseracîea elles-mêmes des secoors. des p ■ii^lirion Je leur présence — donr Ift vie mondsine ^e double J rfi.-.* ignorée partocs de \ cnn-^icrée .uik malbearci:; mnV'^es ressouroi-: qm —n l;i'.!i\ dans leur buiijrer, smiM Ac lîlianré Uïjues, miis y vivant une ■■■ m^-nr. il / j lians

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nel laïque qui, si bien choisi soit-îl, ne saurait avoir la même abnégation er le même désintéressement, cette idée est à coup sûr, l'une des plus absurdes qui se puissent concevoir. Elle a été non seulement formulée mais appliquée à Paris et y a donné d'assez tristes résultats sur lesquels l'Assistance Publique ferme volontairement les yeux.

A côté de la charité officielle se dressent les a œuvres o. Que valent-elles? Hfaut distinguer; il y en a de purement mondaines, ventes de charité, bals, représentations dramatiques... qui coûtent fort cher et qui ne rapponent guère à ceux qui en fournissent le prétexte. Ce ne sont au fond que des occasions de plaisir auxquelles il semble que l'idée des misères voisines apporte une sorte de piment savoureux. Il y a heureusement d'autres œuvres, mieux conçues et inspirées par un sentiment plus noble et plus pur. t L'Hospitalité de Nuit 1 qui fournit un gite pendant trois nuits consécutives à ceux qui se trouvent momentanément sans abri, i 1'. 'assistance par le travail » qui distribue des auIâAneMùIl^ forme de salaire pour quelque best^d^^^^^^B|^U^cure ou à la journée dans s

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œuvres basées sur des idées saines et justes, et leur action s'est exercée très utilement pour des quantités de miséreux. Mais d'une façon générale, prises dans leur ensemble, les œuvres ne remplacent pas la charité individuelle, l'action de l'homme aidant spontanément son semblable sans autres mobiles que l'esprit de fraternité et la pitié. C'est là que Paris nous semble tenir le record du dévouement. Femmes de la haute société qui parcourent les quartiers misérables, apportant elles-mêmes des secours, des provisions et la consolation de leur présence — hommes modestes dont la vie mondaine se double d'une autre existence ignorée parfois de leurs amis et entièrement consacrée aux malheureux — petits ménages aux maigres ressources qui trouvent moyen de faire large, dans leur budget, la part des pauvres — sœurs de charité laïques, restées dans le monde mais y vivant une vie d'abnégation et de détachement, il y a dans Paris tout un état-major composé de ceux-là et dont les belles actions s'accomplissent dans l'ombre. Et cet esprit de charité descend jusqu'aux pauvres eux-mêmes; ils s'entr'aident avec une générosité et un désintéressement sans pareils. Non seulement ils partagent le

cas échéant ce qu'on leur a donné mais on les voit, déjà chargés d'enfants, recueillir chez eux et traiter comme leurs propres enfants des orphelins dont les parents sont morts sous leurs yeux et que souvent ils ne connaissaient pas six mois avant. Dieu seul sait tout ce que Paris recèle de beautés morales de ce genre, mais l'observateur attentif n'est pas sans en rencontrer sur sa route d'assez nombreux exemples pour que sa conviction s'établisse que Paris n'est point la « Babylone moderne » à laquelle des étrangers trop zélés jetèrent l'anathème.

11 faut borner là ces notes déjà trop longues pour une esquisse et forcément trop courtes pour un tableau. Quant à une conclusion nous n'en tirerons point. Conclure c'est mettre en relief une idée centrale, dominatrice, qui s'élève au-dessus des autres et les résume. Cette brève étude ne renferme pas les éléments d'une pareille opération. Nous venons de parcourir les sept collines parisiennes, car ce n'est pas seulement Rome qui a sept collines, urbs septicollis ; ce sont toutes les grandes agglomérations humaines du présent

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aussi bien que du passé. Toutes présentent les mêmes traits; toutes ont des aristocrates, des bourgeois et des travailleurs ; chez toutes la politique a son domaine ; chez toutes il y a des hommes qui pensent, des hommes qui s'amusent, des hommes qui se dévouent. Pour fixer la physionomie d'une grande ville, recherchez toujours ce que valent les uns et les autres ; parcourez les sept collines : aristocratie, bourgeoisie, plaisir, politique, pensée, labeur, charité.

Mais cela fait, il sera bien rare que vous en puissiez dégager une caractéristique d'ensemble précise. Des rêveurs s'y sont essayés ; ils ont cru voir un Paris criminel et odieux disparaître sous le poids de ses iniquités et se lever un autre Paris lumineux et assaini ; ce sont là des espoirs de romanciers. Pourquoi verrait-on ce qui ne s'est jamais vu ? Pourquoi Paris plutôt qu'une autre ville ? Le travail humain est à peu de chose près le même partout; la fcrmeimiiuii t^si la incnit; , les résultats apparaissent presqm.- i.'ir'iiijnéiiic-ni, ici ou là, jamais complets, rareniLn

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