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visites de professeurs ou de publicistes Français éminents aux Etats-Unis, tout;, cela a grandement contribué à rétablir des relations cordiales entre les éléments intellectuels des deux pays. Un ambassadeur émérite, M. Jules Cambon, secondé par de zélés consuls, a su diriger le mouvement et en accroître encore la puissance. On pouvait craindre que la sympathie trop bruyante exprimée parla France envers l'Espagne au début de la guerre de Cuba et surtout les manifestations antiaméricaines, organisées par une poignée de tapageurs, n'arrêtassent net un rapprochement qui, en ce temps-là, s'esquissait à peine. Mais M. Cambon manœuvra si bien dans sa médiation pour aboutir à une paix dont les deux parties lui témoignèrent une sincère reconnaissance que le francophilisme s'accentua à la fois à Washington et à Madrid.
La mission Rochambeau scella cette amitié restaurée. Au lieu d'envoyer en Amérique, pour y présider à l'inauguration du monument élevé à la mémoire du maréchal de Rochambeau, une mission restreinte, le gouvernement de la république envoya le général Brugère, généralissime des armées Françaises à la tête d'une nombreuse escouade composée des représentants de
tous les grands services publics, armée, marine, diplomatie, lettres et arts. Peu de temps auparavant avait eu lieu la retentissante visite du prince Henri de Prusse. L'accueil fait aux envoyés Français dépassa de beaucoup en enthousiasme et en spontanéité la réception pourtant très cordiale réservée au prince Allemand. Le général Brugère fit le voyage sur un navire de guerre et visita les écoles de West-Point et d'Annapolis; c'est la première fois qu'un ambassadeur militaire apportait à l'armée et à la marine Américaines un salut d'Europe ; le fait ne pouvait pas ne pas être commenté et comme il s'agissait de rendre hommage à la mémoire d'un homme d'épée, le choix du gouvernement Français parut justifié et habile. Depuis lors, l'attitude adoptée par la France dans l'afifaire du Venezuela n'a pu que consolider les bonnes relations; seules, peut-être de toutes les grandes puissances, la France et la Russie se sont abstenues en cette circonstance de rien faire ou dire qui pût gêner les mouvements du président Roosevelt ou compliquer sa tâche; l'opinion transatlantique leur en a su gré.
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Siam et Maroc.
Aucun gouvernement n'est plus sincère que le nôtre lorsqu'il fait connaître qu'il n'a point de visées d'extension territoriale et cette déclaration s'applique au Maroc et au Siam aussi bien qu'au Yang-Tsé ou au Congo Belge. Mais il est de toute évidence que la sécurité de nos possessions Africaines et Asiatiques exige que ni l'empire d'Abdul-Azis ni le royaume de Chulalongkorn ne passent sous la tutelle d'une puissance étrangère.
Cette sécurité cesserait absolument d'exister le jour ou domineraient à Fez et à Bangkok des influences Européennes qui pourraient se traduire, à l'occasion, par un appui diplomatique trop marqué ou même par des secours armés en cas de conflit. Cela étant, notre politique sur ces deux points du globe est fort aisée à définir; elle consiste à maintenir par tous les moyens le statu quo mais à déclarer en même temps, avec netteté et résolution, que ce statu quo^ s'il se rompt, ne pourra se rompre qu'à notre profit; en termes plus vulgaires, il est bon que le Siam et le Maroc demeurent indépendants; c'est notre désir et l'objet de nos efforts, mais du jour où cette indépendance
se trouverait menacée par d'autres, nous la confisquerions aussitôt pour nous-mêmes. Cette politique à la fois pacifique dans le présent et franche pour l'avenir a été affirmée en ce qui concerne le Maroc par M.Delcassé; ses prédécesseurs n'avaient point eu à la formuler ou avaient jugé téméraire de s'y risquer. Le ministre actuel en a fait Tobjet d'un échange de vues avec plusieurs chancelleries et notamment avec l'Italie. Quant auSiam, M. Delcassé a jugé, avec sa netteté de vision habituelle, qu'il devait être à l'égard de la France soumis ou ami etque,du moment que nous ne voulions point faire la guerre pour le soumettre il convenait d'établir avec lui des relations amicales. Pour cela il fallait nécessairement modifier le traité de
On se rappelle dans quelles conditions il avait été conclu. En 1867 la France sanctionna lesconquêtes opérées quelques années plus tôt par le roi de Siam qui avait enlevé au Cambodge les provinces frontières de Battambang et de Siem Reap ; en échapge on lui concédait la libre navigation du Mékong. En vain le roi Norodom, et aussi le gouverneur de Cochinchine, protestèrent contre une politique imprudente et peu digne. Quinze ans
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plus tard, en i882,Chulalongkorn, cherchant une protection contre les empiétements Britanniques, envoya une ambassade à Saigon et parut désireux de se rapprocher de la France. Mais prompt aux volte-fiiccs, il profita ensuite de la guerre du Tonkin pour envahir les provinces Annamites de la rive gauche du haut Mékong. Les entreprises audacieuses des Siamois, encouragées peut-être par le /ùle intempestif et officieux de quelques agents Anglais, appelaient un châtiment. En juillet 1793 on se décida à présenter un ultimatum à Bangkok et, pour Tappuyer comme il convenait, Tamiral Humann franchit soudainement les passes du Menam et vint mouiller devant la capitale Siamoise ; l'ultimatum fut accepté et le Siam céda. Il eût fallu alors une plus grande rapidité de décision et d'exécution ; le gouvernement Siamois était découragé de n'avoir pas été soutenu par l'Angleterre. A Paris, on hésitait à poursuivre les avantages d'un coup de force un peu osé; deux mois se passèrent pendant lesquels l'ambassadeur d'Angleterre, Lord Dufferin, accentua soii langage comminatoire en raison des tergiversations qui se manifestaient et provenaient de la lutte toujours vive entre coloniaux et anti-coloniaux. Enfin le
3 octobre 1793 fut signé un traité par lequel le gouvernement Siamois renonçait à toutes prétentions sur les territoires de la rive gauche du Mékong ; les provinces de Battambang et de Siem Reap étaient neutralisées ainsi qu'une zone de vingt-cinq kilomètres sur la rive droite du fleuve sur lequel le pavillon Français pourrait seul flotter désormais. La ville de Chantaboum, occupée par nos troupes, nous restait en gage jusqu'à complète exécution du traité et les sujets indigènes résidant au Siam et originaires de nos colonies étaient placés sous notre protection. On a dit depuis que ce traité était inexécutable et qu'il avait été fait dans le but de maintenir entre le Siam et la France un état de constante hostilité et de faciliter les agressions éventuelles de cette dernière puissance. Ce résultat n'était nullement prémédité, mais c'est bien celui qui a été atteint et presque entièrement par la faute de la France. Les alternatives de laisser-aller et de « colérisme » qui ont caractérisé l'action de nos agents au Siam ont eu pour conséquence d'énerver et d'exciter à la fois le gouvernement Siamois. Les Asiatiques sont extrêmement sensibles à la force ; mais ils démêlent vite la faiblesse derrière les apparences
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de la force ; et cette politique de menaces perpétuelles non suivies d'effets leur inspirait la conviction que la France n'osait pas les attaquer malgré qu'elle en eût envie. En réalité ce n'était pas l'audace mais l'envie qui lui manquait. Dès longtemps, le parti colonial s'est convaincu que l'établissement de notre protectorat sur le Siam était nécessaire à la sécurité de l'Indo-Chine ; mais en France, le parti colonial n'est pas le plus fort et il lui est souvent malaisé de faire triompher ses vues.
L'heure était venue pourtant de choisir ; l'exclusion systématique des Français dans toutes les occasions où le gouvernement Siamois avait à faire appel à des concours Européens était de nature, en se prolongeant, à nous causer de graves préjudices. La convention Franco-Anglaise du 15 janvier 1896, qui avait neutralisé la vallée du Menam et l'avait transformée en une sorte d'Etat tampon, tournait de la sorte au détriment de l'une des parties, l'Angleterre étant seule à y progresser économiquement et la France n'ayant plus le droit d'y exercer d'influence politique. Sans toucher à cette convention (il pouvait y avoir quelque danger à le faire), M. Delcassé s'est appliqué à
remédier à l'état de choses provenant du traité de 1893, c'est-à-dire à rendre confiance au Siam tout en stipulant de sérieux avantages pour nous. Il semble avoir réussi dans une large mesure, car avant même que le nouveau traité n'ait reçu force de loi, le gouvernement Siamois a demandé à la France un personnel d'ingénieurs pour ses travaux publics, des médecins pour créer un Institut bactériologique, des professeurs pour enseigner le Français dans ses collèges ; enfin il a accordé une subvention aux paquebots qui font le service entre Bangkok et Saigon.
Par contre certains des avantages stipulés à notre profit sont évidemment un peu illusoires. S'il est difficile d'objecter à la suppression de la zone neutre, qui était devenue un repaire de brigands où nul n'avait plus le droit de taire la police, le renoncement à la neutralisation de deux des anciennes provinces Cambodgiennes prises avant 1867 par le Siam, équivaut à leur cession définitive ; les deux autres, celles de Melou Prey et de Bassac font retour au Cambodge ainsi qu'un petit territoire en bordure du grand lac important à cause de ses pêcheries ; mais cette restitution est un échange avec Chantaboum occupé par nos
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uoujVN depuis dix ans. Chautaboum, cela est ucx \iai, ne nous appartenait pas; c'était un gage UiujH^.ùic cnne nos mains. Mais une occupation vie di\ auiKVS en Orient équivaut à un titre .V ; ,vu\ ei !c îc>titucr représente un recul. C'est l.\, vImic ùson i;cnérale, ce qu'on pourrait reprovi\vi ,ui iKuic du ;* octobre 1902; il a été conçu iiop À î KuuHwnue et pas assez à l'Asiatique; on \\ii\ viaauiie v^u'il no fosse pas à ces populations c \vMv|ue.\» î\\lci d un contrat synallagmatique mais vl uu ivWv.luu de victoire pour Tune des parties. AiuM le u>;ime stipulé pour la protection des nuli>>\K\^ lv\v;ique ct avantageux à notre point de \uv\ \eia d\u\e application difficile et fournira au\ .uuvM iu\s Siamoises des prétextes trop fréquents vl luieuenùon entre nous et nos protégés. Ce sont K\, il v'.Ni \uii^ de simples nuances et tout dépendis» eu NOiun\e, de la façon dont le nouveau traité h' il e.sl apprvHivé par le Parlement — seraâppliviué. le principe qui a présidé aux négociations de {^}oi \.uit beaucoup plus que celui d'après lequel oui été conduites celles de 1893 ; Tamitié Siaiuoiî>e nous est plus précieuse que d'entretenir des casus belli, d'autant qu'il est toujours facile d*en trouver lorsqu'on en a besoin. Quant aux
clauses, on peut, dans un cas comme dans l'autre, en tirer du bon ou du mauvais selon ce que nos représentants au Siam apporteront d'esprit de suite, d'habileté et d'adresse à remplir une mission qui restera toujours épineuse et pleine d'embûches.
Espagne^ Danemark^ Italie.
Rien à dire du voyage accompli par le président Loubet, en Russie. Calqué sur celui du président Félix Faure en 1897, ^^ ^ montré que l'alliance Franco-Russe était toujours solide, chaleureuse et agissante. La seule innovation très heureuse d'ailleurs, a été un bref arrêt à Copenhague où le chef de la République s'est rencontré avec le doyen de l'Europe monarchique : rencontre pleine de cordialité sinon d'intérêt politique. Les senyments amicaux qui unissent depuis si longtemps la France et le Danemark ont trouvé là une nouvelle occasion de se manifester, et nulle n'en a été plus satisfaite que la gracieuse princesse Marie qui représente,àlacourd'Amalienborg, les charmes de l'esprit Français. Une visite de la reine Christine d'Espagne à Paris, précédée par la remise au prési-
dent du collier de la Toison d'or, la présence chaudement acclamée du prince des Asturies aux grandes manœuvres de Toulouse ont souligné les manifestations sympathiques qui ont accueilli, de ce côté des Pyrénées, la proclamation de la majorité politique du roi Alphonse XIII. L'amitié de la France et de l'Espagne a fait, cette année, de rapides progrès. Celle de la France et de l'Italie, plus raisonnée et moins spontanée, s'est consolidée sous la sage direction du roi Victor Emmanuel. Au point de vue politique l'Italie y a beaucoup gagné et sa situation actuelle paraît des plus enviables ; économiquement, le gain de la France est supérieur au sien. D'après les statistiques publiées par la Chambre de Commerce Italienne de Paris, le commerce entre les deux pays s'est élevé en 1902, à 254.653.000 fr. dont 136.622.000 fr.
de marchandises Françaises et 118.03 1. 000 frde marchandises Italiennes. Par rapport aux chiffres de 1901 l'augmentation est de 1.827.000 fr. en faveur de l'Italie et de 11.499.000 fr. en faveur de la France.