‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem première et deuxième croisades 10801187Chapitre 20 sur 77 · CK LONG SIÈGE D>’ANTIOCIIE · texte numérisé non relu

CK LONG SIÈGE D>’ANTIOCIIE

Via aspera et longa.

Gerta Déc per Franc*.*.

Les Croisés cependant poursuivaient leur marche. Mais ayant négligé de laisser des garnisons derrière eux , ils perdirent bientôt leurs communications avec l’Europe.

Ils traversèrent, par- un soleil accablant, les montagnes du Taurus, respirèrent un moment dans la Syrie, repoussèrent plusieurs attaques des Turcs, prirent Arthésie (l'ancienne Chalcis); et enfin ils aperçurent Antioche, cette ville où saint Pierre avait siégé, où les apôtres avaient laissé tant de traces augusles, ville immense, que protégeait l’Oronte, que trois lieues de murailles entouraient, hérissées de trois cent soixante-quatre tours.

Il fallait , pour s’approcher tf Antioche, franchir le pont de l’Oronte, qu’on appelait le Pont-de-Fer, et qui était protégé par deux tours énormes, revêtues de fer et défendues par de vaillants guerriers. Les Musulmans étaient, des deux côtés, rangés en bataille. Le duc de Normandie et le comte de Flandre s’élancèrent les premiers sur te pont. Ils attaquèrent l’ennemi si vivement que le passage fut enlevé. Les Turcs se replièrent en fuyant sur Antioche, dont la forteresse passait pour imprenable, dont les remparts étaient

baignés par de vastes fossés , par l’Oronle qui était là un grand fleuve et par de profonds marais. L’émir Aecien gardait la place avec vingt-sept mille guerriers.

Ce siège parut si difficile qu’une partie des Croisés ne voulait pas qu’on l’entreprît. On manquait de machines. Le plus grand nombre des chefs demandait que l’on attendît les secours promis par l’empereur Alexis. Godefroid de Bouillon pensa que les délais seraient plus favorables aux Musulmans qu’aux chrétiens. Il rappela aux Croisés leurs précédents exploits. Il leur fit voir quelle serait leur force lorsqu’ils seraient maîtres d’Antioche; et six cent mille pèlerins, dont plusdedeux cent mille portaient des armes, investirent la ville.

Les postes , comme devant Nycée , furent partagés entre les diverses nations qui composaient l’armée de la Croix. Les Français et les Flamands , sous la conduite de leurs chefs, furent placés à l’orient, entre la porte de Saint-Paul et la porte du Chien ; les autres guerriers, dans la longue distance qui s’étend de la porte du Chien à l’Oronte. On négligea au commencement d' investir le côté occidental que bordait le fleuve; lés assiégés continuèrent de recevoir par là des secours. Dès qu’on s’en fut aperçu, Godefroid de Bouillon ayant établi sur l’Oronte un pont de bateaux, la ville fut bloquée enfin de tous côtés. Les Turcs faisaient des sorties imprévues, principalement par la porte du Chien : les Croisés , avec d’énormes fragments de rocher, murère t cette porte.

Mais au milieu d’une foule d’actions éclatantes, F hiver s’avança , humide et destructeur. Toutes les

calamités qui découragent survinrent, la disette, les épidémies, les sanglantes rencontres. En vain d’intrépides excursions amenèrent dans le camp quelques mulets chargés de vivres ; ces secours fortuits étaient insuffisants. L’armée ne recevait plus rien de l’Europe. De soixante-dix mille chevaux qui étaient arrivés devant Antioche, il n’en resta bientôt plus que deux mille, qu’on ne pouvait plus nourrir. Plusieurs chefs désertèrent; le vicomte de Melun et Pierre-l’Ermite luimême voulaient retourner en Europe. Il fallut toute l’autorité de Tancrède pour les en détourner.

Un dernier malheur frappa les soldats chrétiens : Godefroid, blessé grièvement dans un combat, resta malade sous sa tente.

On avait envoyé à l’empereur de Constantinople des messagers qui ne revenaient point. Il faut lire, à cette époque, les vieux chroniqueurs et les légendaires. Un soir, disent-ils, plusieurs chevaliers entrèrent dans la tente de Godefroid malade. Les communications avec Constantinople étaient rompues; les vaisseaux de la Hollande, de la Flandre et de Gênes n’apportaient plus de vivres ; le port de Saint-Siméon, situé à trois lieues d’Antioche , ne recevait plus de navires amis. Le premier guerrier qui entra venait de Laodicée. Echappé de cette ville , que les perfides Grecs avaient surprise pour la remettre aux Infidèles, il annonçait que ceux des pirates Croisés à qui Baudouin avait confié la garde de Tarse étaient prisonniers. Un autre chevalier raconta que l’archidiacre deToul, s’étant retiré la veille avec trois cents pèlerins à quelques milles du camp , dans une vallée où il comptait trouver des vivres, ve-

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nait d'être massacré par les Turcs, ainsi que tous ses compagnons. On apprenait de toutes parts le meurtre des Croises qui, désertant pour trouver à manger sous les tentes ennemies, n’y rencontraient que la mort prompte. Ces nouvelles pleines de tristesse et de douleur, selon l’expression deGuillaume de Tyr, ajoutaient au sentiment de toutes les calamités qu’on éprouvait.

Un autre guerrier venu de loin parut; il était encore souillé du sang des batailles. En le voyant , Robert de Flandre lui demanda ce qu’il avait fait de Svvenn, que les chroniqueurs appellent Suénon. Suénon était un jeune et brillant prince, fils du vieux roi de Danemark Olaw et frère du roi régnant Erik III. Sur l’invitation du comte de Flandre, ce prince du Nord, son allié, avait aussi pris la Croix; il amenait quinze cents guerriers danois. La veille, on avait appris qu’il arrivait , et des hauteurs du camp on avait aperçu ses bannières à l’horizon.

— Suénon n’est plus, messeigneurs, dit l’homme que le comte de Flandre avait interrogé. Hélas! ce noble chevalier, à la stature de géant , à la blonde chevelure, au visage d’ange, au bras si puissant, la mort ne l’a point épargné. Nous sommes maudits à cause de nos péchés, et Suénon avait l’âme trop pure .pour combattre au milieu de nous. Une jeune fille, la princesse Florine, si pieuse et si sainte, et si renommée pour sa beauté et ses grâces, généreuse fille du noble duc Eudes de Bourgogne et de Mathilde- la- Belle, Florine, vous le savez, était fiancéeavec le héros danois. Selon leurs vœux, le mariage ne devait se célébrer que dans Jérusalem, après la délivrance du Saint-Sépulcre. Flo-

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rine elle-même avait pris la Croix. Animée de la même piété qui brûlait au cœur de Suénon , elle avait voulu partager tous ses dangers. Elle marchait auprès de lui sous la bannière du Seigneur.

La nuit dernière , pendant que Suénon reposait , et que Florine, encore en prières, songeait à Dieu et à l’objet de ses chastes affections, elle entendit un bruit; elle reconnut les pas des Infidèles : elle courut éperdue à la tente de Suénon : il était déjà trop tard ; le camp danois était investi par les Sarasins. Il fallut combattre dans les ténèbres et sans espoir de vaincre ; car le nombre des ennemis était immense. Après une heure de carnage, Suénon tomba percé de cent blessures mortelles. L’ardente Florine, armée de l’épée comme nous , n’avait cessé de combattre aux côtés du chevalier qui devait être son époux. Protégée longtemps par nos efforts, elle succomba, quand Suénon pour la dernière fois lui tendit sa main défaillante ; et leur hymen est consacré par la mort...

C’étaient donc tous les jours d'aussi lugubres nouvelles.

Cependant l’horrible hiver passa. Dès que le temps devint plus doux , l'évêque Adhémar, qui ne désespérait pas de sa mission , fit labourer et ensemencer les terres autour du camp, pour montrer aux Infidèles que les assiégeants comptaient persévérer. Godefroid , guéri de sa blessure , avait tout ranimé. Son frère Baudouin , à qui il avait demandé des secours , venait d’envoyer de l’argent et des grains. On construisit pour l’armée des moulins à vent, maohines que les chrétiens avaient trouvées pour la première fois en

Asie. La disette cessa enfin , et l'armée reprit confiance.

Sur ces entrefaites , des ambassadeurs du calife de l’Égypte se présentèrent devant les chefs des Croisés. Le calife sachant , dirent- ils, que les chrétiens étaient venus pour délivrer Jérusalem , s’obligeait , s’ils voulaient mettre bas les armes , à relever les églises de la ville sainte et à leur permettre d’y entrer en pèlerins. Mais s’ils allaient plus avant, lui, le calife, était prêt à lancer contre eux tous les hommes armés de l’Égypte et de l’Éthiopie, et tous les musulmans de T Asie et de l’Afrique.

Ce discours irrita les Croisés. Codefiroid répondit, au nom de tous, qu’ils étaient venus pour affranchir Jérusalem , dont les chrétiens voulaient être seuls les gardiens et les maîtres; qu’ils ne redoutaient ni l'Égypte ni ses alliés, et qu’ils ne pouvaient faire de traités qu’avec les princes qui juraient au nom de Jésus-Christ.

En même temps que ces Égyptiens se retiraient, une armée de vingt mille Sarasins, venus d’Alep et de Damas, s’approchait pour secourir Antioche. Elle fut en quelques heures taillée en pièces par les guerriers francs et par les soldats de Bohémond.

Le comte de Flandre , voulant ajouter une démonstration à la réponse que Godefroid venait de faire aux ambassadeurs du calife de l’Égypte, fit courir après eux et leur envoya sur des chameaux deux cents têtes d’infidèles. Deux cents autres furent lancées dans la ville assiégée.

Peu de jours après, une flotte génoise étant entrée

dans le port Saint-Siméon , des pèlerins , sous la conduite de Bohémond , allèrent recovoir les provisions qu’elle apportait. Comme ils s’en revenaient chargés , ils furent attaqués par quatre mille musulmans qui les épiaient et qui les mirent en déroute. Bohémond luimême commençait à fuir. Godefroid, surveillant tout, vole à leur secours avec son frère Eustache et quelques chevaliers à qui il ne dit que ces mots : — Imitez-moi. Il se précipite l’épée à la main au milieu des ennemis , et les Infidèles tournent le dos , s’enfuyant vers la ville. Accien , qui la défend , fait sortir un renfort d’élite pour soutenir ces alliés qui lui arrivent. A l’appel de Godefroid , le nombre des Croisés se grossit en même temps. La bataille s’engage plus sérieuse. Godefroid , par un mouvement habile , se place de manière à couper à l’ennemi la retraite dans Antioche. Tous les musulmans furent massacrés. Ceux qui cherchèrent à fuir, pressés par les chrétiens, se noyèrent dans l’Oronte , au nombre de deux mille.

Dans cette journée , où la valeur des soldats de la Croix éclata par des prodiges , Godefroid faisait voler en éclats les casques et les cuirasses. On lit dans les chroniques qu’un Sarasin de taille démesurée, l’ayant assailli, mit du premier coup son bouclier en pièces. Godefroid furieux s’élance sur son gigantesque adversaire, se dresse sur ses étriers, et laissant tomber avec force sa lourde épée , partage le corps du Sarasin en deux parts, dont l’une roule dans la poussière, tandis que l’autre, emportée par son cheval , rentre dans la ville qu’elle épouvante.

Les Croisés vainqueurs ramenèrent le soir dans leur

camp, avec leurs provisions sauvées, les chevaux, les armes et les vêlements de soie des Infidèles.

Le siège néanmoins était toujours sans autres résultats , faute de machines. Dans l’intérieur des murs , les Turcs se vengeaient de leurs défaites sur les chrétiens qui habitaient Antioche et sur les prisonniers qu’ils pouvaient faire. Un jour ils amenèrent sur les remparts un chevalier captif; il se nommait Raymond Porcher; il avait les mains enchaînées. On lui enjoignit d’engager les chefs de la Croisade à le racheter, s’ils ne voulaient pas qu’on lui coupât la tête. Raymond , élevant la voix , cria aux chrétiens :

— Ne faites pour moi aucun sacrifice; il est bon que je meure. Mais pressez le siège; cette ville maudite ne peut plus vous résister long-temps. Restez fidèles à la foi du Christ , qui est avec vous.

Accien, s’étant fait traduire ces paroles, fut étonné d’une telle grandeur d’âme. Il offrit les plus hauts honneurs au chevalier, s’il voulait embrasser la religion de Mahomet, la mort, s’il persistait dans sa croyance. Raymond Porcher, pour toute réponse, se mit à genoux, tourna ses regards vers l’orient et fit sa dernière prière, bénissant Jésus-Christ. On lui trancha la tête. On jeta ensuite d’autres chrétiens dans un bûcher.

Mais la ville était tombée à son tour dans une disette si profonde , que le fier Accien se vit réduit à demander une trêve. Les chrétiens, abattus par les longues . fatigues, l’accordèrent. Baudouin, sur ces entrefaites, envoya d’Édesse quelques sommes d’argent , et on prit dans le camp un peu de repos. II y eut des pourparlers

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entre les Turcs et les Croisés. I n Arménien, nommé Phirous, qui avait abjuré le christianisme pour se ranger sous les étendards de Mahomet, et qui commandait trois des tours d'Antioche, offrit secrètement alors à Bohémond de lui livrer la ville. Voici comment la chose se passa.

Phirous, honoré de la confiance de l’Émir, avait avec lui son fils et son frère, apostats comme lui, et investis de commandements sous ses ordres. Avant de chercher à gagner son frère, qu’il savait très-dévoué à la cause des Turcs, il ébranla son fils, lequel entra dans ses projets. Sans admettre d’autres tiers au complot , il descendit le jeune homme dans le fossé par une échelle de cuir, et le chargea de faire des ouvertures à l’un des chefs croisés. Le jeune homme , à la faveur de la nuit , se présenta aux portes du camp. On le conduisit à Bohémond. Le prince de Tarente reçut avec joie des propositions qui allaient terminer tant de maux. Il renvoya l’émissaire à son père avec de séduisantes promesses et fit sur-le-champ rassembler en conseil secret les chefs de la Croisade.

Ils commencèrent par rejeter les offres de l’Arménien, en disant que la trahison était indigne de leur cause et honteuse pour leur valeur, mais peut-être intérieurement jaloux de Bohémond, qui prétendait, s'il gagnait Antioche par stratagème, considérer cette ville comme son domaine. On décida de reprendre le siège , en arrêtant que chacun des chefs commanderait sept jours, et que la ville appartiendrait à celui qui serait de semaine lorsqu’elle se rendrait.

Le commandement de la première semaine fut donné

à Bohémond , et , dès le lendemain du conseil secret , on apprit que Kerbogâ , prince de Mossoul , après avoir ravagé la Mésopotamie , amenait au secours d’Antioche une armée que l’on disait forte de deux cent mille hommes. De vives alarmes se répandirent dans le camp. Ceux qui s’étaient le plus opposés à la proposition du prince de Tarente vinrent le presser d’exécuter ce qu’il avait dit.

Bohémond , ayant fait prévenir Phirous , osa la nuit suivante monter lui-même à la tour, au moyen de l’échelle de cuir. L’Arménien était prêt. Il livra son fds en otage, pour sûreté de son engagement. Le jeune homme , arrivé au camp , fut présenté aux chefs. Tout était conduit dans cette affaire avec une discrétion extrême. Bohémond , qui devenait maître de l’entreprise, voulant inspirer une fausse sécurité aux assiégés , lit sonner les trompettes , déployer les bannières et donna l’ordre à l’armée de se mettre en marche, en annonçant partout avec bruit qu’on allait à la rencontre du prince de Mossoul.

Cette manœuvre occupa toute la journée. Aussitôt qu'il fut nuit, les nombreux corps des armées de la Croix reçurent le commandement de faire volte-face, et furent ramenés dans le plus grand silence sous les murs d'Antioche. Ils s’arrêtèrent dans un vallon, au pied de la tour des Trois-Sœurs , où commandait Phirous , et tous apprirent là ce qui se préparait.

Un grand orage s’était élevé, mêlé de vents et de tonnerres. Les Croisés virent dans ce tumulte des éléments une marque certaine de la protection du ciel , qui empêchait ainsi les sentinelles de rien entendre.

Le complot de Phirous allait donc se consommer.

Comme l’Arménien n'attendait plus que l’heure convenue , le bruit vague d’une trahison se répandit tout à coup dans la ville. On en accusait le peu de chrétiens qui s’y trouvaient. On soupçonnait plus vivement peutêtre les apostats , gens en qui on n’a jamais une confiance entière. On nommait sourdement Phirous : on disait qu’il entretenait des correspondances avec les Croisés. Accien le fit venir et l’interrogea, fixant sur lui un de ces regards qui fouillent dans les plus intimes pensées. Le sang-froid de l’Arménien le sauva. Lui-même proposa avec calme des mesures de sûreté:

— Il faut changer, dit-il , tous les gardiens des tours et mettre aux fers tous les chrétiens.

— C’est ce que je ferai demain , répondit l’Émir en le renvoyant.

Phirous retourna à son poste, plus pressé que jamais d’en finir. Mais son frère n’était pas encore prévenu ; et il ne pouvait rien faire sans son concours, parce qu’il commandait la tour voisine de la sienne. Il alla le trouver.

— Vous savez ce qui se passe, lui dit-il. On arrête tous les chrétiens. Demain matin, avant le jour peutêtre, tous seront mis à mort. C’est pour moi une vive douleur ; je ne puis oublier que nous sommes nés dans la même religion et que nous avons été leurs frères.

— Et c’est une raison de plus pour les avoir en horreur, répondit froidement l’autre apostat. Depuis que ces Croisés sont venus , nous ne vivons que dans les alarmes. Puissent-ils périr tous, et les Irai très avec eux !

Le frère de Phirous avait, en disant cela, un air si

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menaçant et si farouche, que l’Arménien vit bien qu’il ne deviendrait jamais son complice. 11 n’hésita pas un instant. Se précipitant sur lui avec violence, il lui plongea son poignard dans le cœur , et jeta aussitôt le cadavre dans les fossés.

Un peu rassuré alors, il descendit son échelle de cuir. Un émissaire de Bohémond , posté au pied de la tour, monta pour s’entendre avec Phirous.

— Nous n’avons qu’une seule ressource , dit l’Arménien, c’est que tous les intrépides de l’armée viennent ici par l’écheHe flottante. Dès que nous serons en nombre, nous irons ouvrir une des portes.

Pendant qu'il parlait ainsi , un officier de ronde se présenta tout à coup avec une lanterne. Phirous n’avait eu que le temps de cacher le Croisé sous les coussins d'un divan. Pourtant son air calme ne laissa rien soupçonner.

L’officier loua sa vigilance , examina tout avec sa lanterne et ne vit rien.

Lorsqu’il se fut éloigné, l’Arménien fit descendre le soldat, en lui recommandant bien de dire à Bohémond qu’une heure de retard perdrait tout.

Mais à ce moment suprême, la frayeur s’empare des soldats chrétiens. Tous calculent le danger. Tous s’épouvantent. Personne ne veut se hasarder sur la tremblante échelle. En vain Bohémond donne l’exemple en montant le premier; en vain il prie; personne ne le suit. Les paroles même de Godefroid de Bouillon n’excitent pas les braves.

Robert de Flandre s’approche alors, suivi de soixante guerriers d’élite.

— Nous irons donc, nous autres, dit-il.

Ses soixante compagnons le suivent en silence.

L’élan était donné ; une foule de soldats montent intrépidement. Dix tours sont en quelques minutes au pouvoir des Croisés. Une porte est enfoncée ; Godefroid de Bouillon entre dans Antioche au son des trompettes, au cri de guerre Dieu le veut! qui retentit partout. La garnison turque est exterminée; et au point du jour on voit flotter sur les remparts la bannière rouge de Bohémond.

Accien, voulant s’enfuir, fut tué par un bûcheron qui le reconnut, et qui apporta aux chefs des Croisés sa tête énorme, aux oreilles larges et velues, à la longue barbe blanche.

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