‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem première et deuxième croisades 10801187Chapitre 6 sur 77 · U PREMIÈRES ANNÉES · texte numérisé non relu

U PREMIÈRES ANNÉES

mille, l'investit en même temps du marquisat d’Anvers, sous la suzeraineté de Conrad, son fds, duc récemment nommé de la Lotharingie, duché qui comprenait le pays de Metz, les Ardennes et le Luxembourg. Cet Empereur était Henri IV, qui s’allia encore de plus près à Codefroid de Bouillon en épousant sa sœur Praxède.

La comtesse Mathilde, veuve du duc Godefroid V, conçut alors contre son neveu une prévention qui s'explique par rattachement que le jeune chevalier vouait à l’abominable empereur Henri IV, dont il ne soupçonnait pas les crimes , et dont la pieuse Mathilde , si lidèle au Saint-Siège, était justement l’ ennemie. Le comte Albert de .Namur fut, dit-on, encouragé par elle à réclamer les biens légués à Godefroid. A la tête de ses troupes , Albert marcha sur le château de Bouillon. Cette forteresse, presque imprenable, eût servi de clef à ses états. Il ne se déguisait pas les difficultés de l’entreprise; mais il comptait sur la jeunesse et le peu d’expérience de Godefroid. Voyant pourtant que le jeune prince s’était renfermé en hâte dans le château avec ses chevaliers, il le fit sommer de le lui livrer, sous peine de voir mettre tout à feu et à sang. Sur le refus de Godefroid , il se disposa à tenter l’assaut. Mais tout à coup il fut averti que des troupes arrivaient , appelées par le jeune duc prévoyant. Il comprit le danger de sa position , et leva le siège. La garnison alors fit une sortie, et le comte Albert dut rendre grâces à la modération du prince qui, après l’avoir vaincu , s’arrêta sans entrer dans ses domaines , et lui accorda la paix.

L’évêque-comte de Verdun s’était ligué avec AI-

bert. Godefroid, se rappelant que ses ancêtres avaient eu des droits à porter le titre de comtes de Verdun , marcha sur la petite ville de Stenay, qui dépendait de l’évêché, s’en empara, et obligea l’allié du comte de Namur à lui reconnaître le titre de vicomte de Verdun. Depuis lors , personne ne troubla- plus Godefroid dans la tranquille possession de ses domaines.

L’empereur Henri IV cependant gouvernait si mal et avec tant de tyrannie , qu’il était obligé de soutenir des guerres continuelles contre ses sujets. A la fin, pour ses atteintes aux droits de l’Église, il fut excommunié. Les insurgés alors élurent empereur Rodolphe, duc de Souabe , en déclarant Henri IV indigne de posséder le trône. Le tyran d.échu appela autour.de lui ceux qui lui restaient encore dévoués. Le jeune Godefroid se crut obligé d’obéir à la voix de son suzerain, qui était aussi son beau-frère. Ayant assemblé toutes les troupes qu’il put réunir dans ses États, il se mit à leur tète pour aller joindre Henri. Tout en parlant pour se ranger sous la bannière d’un ennemi de Dieu et de l’Église, le jeune duc avait le cœur si droit qu’un nouvel acte de piété signala son départ. Il mit l’église de Bouillon sous la juridiction de l’abbaye de Saint- Hubert. Cette abbaye était devenue célèbre par l’affluence des fidèles qui s’y rendaient en foule pour révérer les saintes reliques du premier évêque de Liège et pour obtenir, par son intercession, la guérison de diverses maladies.

La renommée avait publié le récit de la sage conduite de Godefroid lors de la défense du château de Bouillon et dans la guerre de Hollande. L’Empereur

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