‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem première et deuxième croisades 10801187Chapitre 7 sur 77 · PREMIÈRES ANNÉES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ANNÉES

Henri le reçut avec joie; il lui confia l'étendard de l’Empire.

Quelques avantages partiels inspirèrent dès lors de l’assurance aux partisans de Henri. Celui-ci, rempli d’espoir, réunit toutes ses forces et marcha contre Rodolphe de Soualie , qui était aussi lui-même à la tête de son armée.

Ce fut le 1o octobre 1080 que les deux ennemis se joignirent dans les plaines de Volksheim , en Saxe. La bataille fut engagée avec un acharnement égal des deux côtés; cependant les troupes de Rodolphe faisaient plier celles de Henri , lorsque Godefroid s’élança vers l’ennemi de son prince, qu'il jugeait toujours comme un rebelle , et lui plongea le fer de sa lance dans le côté , au défaut de la cuirasse. Rodolphe ne survécut que peu d’instants à sa blessure: l’armée des insurgés se retira en désordre 1 .

Les principaux chefs désignèrent alors le successeur de Rodolphe. Hermann de Luxembourg fut choisi pour le remplacer, et proclamé Empereur. Il s’empressa de rallier les troupes dispersées , et il harcela l’armée de Henri.

* La victoire était gagnée par les adversaires de Henri IV lorsque son rival Rodolphe , voulant traverser un ruisseau , fut frappé d'uncoup de lance par Godefroy de Bouillon , qui l’avait long-temps cherché dans la mêlée. Ce coup de lance avait fait à Rodolphe, dans le bas-ventre, une blessure mortelle. En mourant il demanda : — A qui la victoire ? — A vous, seigneur, a vous, répondirent ceux qui l’entouraient. — J’accepte donc avec joie le sort que Dieu me fait répliqua Rodolphe ; la mort est belle au milieu d’un triomphe. Et il rendit l'Ame, — comme un autre Épaminondas. Ceux qui ont écrit que Godefroy lui avait coupé la main avec laquelle il avait juré fidélité à Henri IV n’ont admis ce conte que pour faire de l’effet.

Ce dernier pensa qu’il fallait chercher à sa source la fin de cetle guerre. Il était excommunié. Ce fut à Rome qu’il se décida à se rendre pour forcer le Souverain-Pontife, qu’il avait si odieusement trahi, à le reconnaître solennellement et à le couronner. Il traversa rapidement la Lombardie et mit le siège devant Rome. Grégoire VII se retira au château Saint-Ange, et ne refusa point d’entrer en pourparlers avec Henri , qui, pendant ce temps, travaillait à se procurer des intelligences dans la ville, déposait le Pape de son autorité, et faisait nommer l’antipape Guibert. Il se décida alors , après deux ans de négociations perfides, à donner l’assaut aux murs de Rome. Ce fut à la faveur d’une nuit obscure qu’on dressa les échelles contre les remparts. *

Godefroid , égaré par son opiniâtre obéissance et ne réfléchissant pas que la guerre qu’il faisait, dirigée contre le Saint-Siège, était devenue une guerre infâme , franchit le premier les murailles et soutient seul l'effort des Romains qui, éveillés en sursaut, s’étaient élancés aux murailles. Les coups redoublés du prince, sa valeur téméraire, leur font penser qu’ils ont à soutenir l’attaque de plusieurs bataillons. Le désordre se met parmi eux ; ils reculent devant Godefroid , qui , profitant de cette terreur, arrive à la porte de Latran , qu'il ouvre aux troupes impériales : elles pénètrent dans la place , et bientôt Henri est reconnu maître de Rome.

Grégoire VII se retira à Salerne, où il mourut l’année suivante.

Disons encore quelques mots du caractère de Godefroid.

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