‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem, premièreChapitre 23 sur 63 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Il avait assez vécu pour sa gloire.

Mascaron.

Godefroid cependant, avec ses trois cents chevaliers , s'efforçait de dresser une petite armée d'infan-

• C'est en mémoire de cet heureux retour qu'on fêle toujours à Bruxelles, le 19 janvier, la Feillée des Dames (Wrouwens-avond). Selon les traditions populaires , dès qu'on avait appris le retour des Croisés, on leur avait préparé un souper splendide. Après tant de fatigues, le plaisir de se retrouver chez eux fut très-grand ; et dans la petite fêle commémorative qui tous les ans se célèbre en famille , ce soir-là, chez les bons bourgeois de Bruxelles, les femmes ont le privilège d'èlre maîtresses au logis ; les cloches sonnent toute la soirée en leur honneur.

' La bienheureuse Ida ne mourut qu'en 1115.

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tarie. Il avait pour sujets des Eoropéew , des Arabes , des Arméniefis, des Grecs, des Juifs, des pénitents de toutes les nations. U trouva qudque assistance dans r ordre de Saint-Lazare, religieax qui desservaient les hôpitaux des p^arins, et qui prirant Véapée pour la défionse du Saint-Sépulo-e délivré.

Ce fut alors aussi que neuf dievaliers, se cœisaorant au nom de saint Jean de Jérusalem, formèrent Tordre du T^nple, l^icna de héros qui marchèrent si long-temps , selon F expressicm de saint Bernard , armés de foi au dedans et de fer au dehm%. Les monastères devinrait des fitnrteresses , où les moines furent (^^ souveirt de maniar la lanœ. Les dianoines du Saint-S^ulcre, portant le casque et la cuvasse, étaient à Téglise des hommes de jurière et à la guerre des chevaliers.

Le royaume de Jérusalem , composé de la capitale et de quelques villes éparses , était hérissé d'enclaves occupées par les Infidèles. Les bannières de Mahomet flottaient au milieu des étendards chrétiens. Godefroid devait conquérir son royaume.

Presque partout ses armes furent heureuses; il imposa des tributs aux émirs d' Ascalon , de Césarée , de Ptolémaïs. Il traversa le Jourdain et soumit les Arabes qui habitaient Vautre rive. Il marcha ensuite contre ^ Arsur ou Arsouf , ville située «itre Césarée et Jafia, et qui , frappée d'un tribut , depuis la victoire d*Ascalon , refusait de le payer.

Au moment où les tours mobiles s'af^prociia^t des murailles d' Arsouf , l'armée infidèle qui la défendait s'avisa d'un cruel stratagème. Deux guerriers chré-

tieûs, Lambert et Gérard d' Ayesoes , étaient restés en otages dans cette ville. Oa les amena sur le rempart le plas exposé. Oq les attacha à deux mâts, aa-devant des pitres et des traits que lanc^ieat les assaillante. Gérard d'Avesnes, qui était aimé de Godefroid, se troubla un instant et supplia le Prince de l'épargner, en abandonnant le siège.

— Je ne le puis , répondit Godefroid avec douleur. Mon frère Eustache lui-même serait à votre place, que je ne pourrais, à cause de lui, sacrifier les intérêts du royaume qui m'est confié. Mourez donc , brave chevalin , pour le salut de vos frères et pour la glmre de Jésus-Christ.

Ces paroles rendirent à Gérard d' Avesnes le courage du martyre ; il ne demanda plus aux Croisés que d'offrir au Saint-Sépala*e, pour le salut de son âme > son cheval de bataille et ses armes , les seuls biens qu'il laissât. Et aussitôt les piarres ei tes javelots volèrent sur les remparts , mais pourtant en ménageant les lieux où étaient attadiés les deux frères , quoique le feu grégeois, lancé de là , brûlât les tours des assiégeants.

Les Infidèles se défendirent si vaillamment, que Godefroid se vit, ce jour-là, obligé à la retraite; et hâtons-nous de dire que Lambert et Gérard d'Avesnes, épargnés par la mort, rejoignirent peu après te Roi leur ami , qui paya leur rançon.

Les vertus de Godefroid lui donnaient tous les jours autant de conquêtes que ses armes* Les Musulmans^ frappés de sa renommée, vaaaient te voir de loin ; et tout émerveillés de te trouver sans aj^retl et sans

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pompe, assis non sur un trône d'or, mais sur une botte de paille, ils faisaient alliance avec lui. Parfois, à leur demande , il déployait devant eux sa force extraordinaire. Il abattait d'un seul coupd'épée la- tête d'un sanglier; il fendait eu deux une lourde armure. Les Infidèles admiraient tant de puissance, unie à tant de douceur.

A l'approche de Noël, Baudouin, prince d'Édesse, frère de Godefroid, vint le voir, pour fêter avec lui la naissance de Notre Seigneur. Plusieurs autres princes se trouvant à Jérusalem , attirés par la même solennité , le Roi voulut mettre à profit leur séjour dans la ville sainte. Législateur aussi bien que guerrier, il rédigea avec eux et soumit aux avis des plus sages vieillards , ce fameux code de lois féodales , les plus parfaites qu'on eût vues jusqu'alors, que l'on appelle les Assises de Jérusalem y parce qu'elles furent arrêtées dans les états ou assises tenues alors dans cette ville, sous la présidence de Godefroid de Bouillon.

Ces lois établissaient les droits de tous et de chacun selon le système féodal. On y trouve le détail curieux des forces militaires du royaume de Jérusalem. Conformément aux usages de son époque , Godefroid de Bouillon avait distribué aux compagnons de ses dan-gers les terres conquises , érigées en fiefs à charge de service militaire. Ainsi la sainte cité de Jérusalem devait fournir 328 chevaliers; la baronnie d'Acre, 329 chevaliers ; la baronnie de Naplouse , 328 chevaliers ; les baronnies de JafiFa , d' Ascalon , de Ramia , d'Ibelin et de Mirabel réunies , 500 chevaliers ; la baronnie de Galilée, 5Ô0 chevaliers; la baronnie deSaiette, Mont-

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fort et Césarée , 500 chevaliers ; la seigneurie du Krak et du Mont-Réal, 60 chevaliers ; la seigneurie du comte Josselin , 50 chevaliers; la seigneurie d'Arsouf (qui n'avait pas résisté à une seconde attaque), 330 chevaliers ; la seigneurie de Darou , 220 chevaliers ; la seigneurie de Baruch, 21 chevaliers.

« Les églises et bourgeois , quand il y a grand be- » soin en la terre du royaume de Jérusalem , doivent » 331 chevaliers. » Ce qui faisait en tout 3,497 chevaliers, commandés par le Roi ou par le connétable.

De plus , le patriarche de la sainte cité devait fournir 500 sergents ; le chapitre du Saint-Sépulcre , 500 ; les autres évêchés, abbayes ou monastères^ 4,075. En joignant à ces hommes d'armes les servants ou varlets , les hommes de poeste * ou serfs, les pèlerins et les volontaires, on suppute que le Roi de Jérusalem pouvait mettre sur pied trente à quarante mille hommes.

De sages dispositions avaient été prises, en rapport* avec rétat des choses. Pour fixer les habitants dans cette terre de conquête , il avait été établi que tout homme qui aurait occupé un an et un jour une maison ou une terre du royaume , en serait le propriétaire légitime. Une absence de la même durée lui faisait perdre tous ses drois.

On avait institué des cours de justice , où chacun était jugé par ses pairs. Les épreuves du fer et du feu y étaient admises , ainsi que les combats en champ clos , dits jugements de Dieu , qui terminaient si vite les procès*.

*• Homme de poésie (de poiestaie), qui est au pouvoir d'un autre. * Voyez, dans les appendices, une longue note sur les Assises,

Ce recueil de lois» qui allait régir le pays, fut lu en grande pompe, devant tout le peuple assemblé. II fut renfermé ensuite dans un coffre ricbement sculpté , et déposé devant le Saint-Sépulcre.

Après que ce grand devoir eut été rempli, Baudouin reprit le diemin de sa principauté d'Édesse. Les autres princes s'en retournèrent dans leurs seigneuries.

€k)defroid jouissait de quelque paix, lorsqu'il appît que Tancrède , qui avait la baronnie de Galilée , était attiuiué par le prince de Damas. C'était pendant l'été dé l'an 1 1 00. Il vola à son aide ; et son concours dispersa les Musulmans.

Il s'en révélait, ramenant sa part de butin, escorté des vœux et des acclamations du peuple , qui bénissait ses victoires et sa sagesse. Un émir vint à sa renamtre , pour lui rendre hcnnmage. Il lui prés^ita des fruits de la Palestine. Godefroid accepta une pomme de cèdre; peu djrès qu'il l'eut mangée , il se sentit malade.

De Joppé ' où il était, il fallut le transporter à Jérusalem. Un cortège de chrétiens en pleurs l'accompagnait. On supposa qu'il était empoisonné. On l'entoura des soins les plus tendres ;' mais tout fut inutile. Oa le voyait s'affaiblir d'instant en instant. Au bout

* Aujourd'hui Jaffa. « Le soir, uous jetâmes l'ancre devant JafTa. C'est une ville bâtie en aniphithéâtre, d'un assez triste aspect. Son premier nom était Joppéy et c'est celui que lui donne l'Écriture, qui en parle souvent. Quelques auteurs profanes ont prétendu qu'elle fut ainsi appelée de Joppe, fille d'Eole et femme de Céphée. On croit communément qu'elle est une des plus anciennes villes du monde, et qu'elle doit sa fondation à Japhet, second fils de Noé. Ce fut là que

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