JUSTIFICATION DE SAINT BERNARD
Mais, après les revers qu'on venait d'éprouver, on n'entendait plus que la plainte et le blâme. On s'en prenait particulièrement à saint Bernard, contre lequel on s'emportait, en le traitant de faux prophète qui avait trompé tant de princes et tant de peuples. Comme ce grand saint, qui ne fut pas l'auteur, mais seulement le prédicateur de la Croisade , avait promis en effet qu'elle aurait un heureux succès, ce fut pour lui un sujet de mortification d'autant plus sensible, qu'il semblait que ces plaintes eussent quelque fondement. Mais, s'il fut pénétré d'une douleur qu'il ne put pas entièrement dissimuler, il se justifia pourtant dans son apologie, qu'il adressa au pape Eugène. C'est là que, toujours détaché de lui-même et uniquement attaché à Dieu, il dit : « Que, s'il faut que les hommes, » qui jugent ordinairement des choses par les événe- » ments, murmurent en cetle rencontre, il aime bien » mieux que ce soit contre lui que contre Dieu. Qu'il » se tient heureux de ce que Dieu daigne se servir de » lui comme d'un bouclier, en l'exposant à la fureur » des langues médisantes et aux dards empoisonnés » des malédictions, qu'il reçoit volontiers afin qu'ils » n'arrivent pas jusqu'à Dieu. Qu'il ne refuse pas » d'être déshonoré par ceux qui le déchirent, pourvu » que par son propre déshonneur la gloire de Dieu » demeure à couvert. Qu'il souhaite de se pouvoir » glorifier avec David , en disant comme, lui : C'est » pour l'amour de vous , mon Dieu , qu'on m'a chargé
PRISE DE JÉRUSALBIf.
Cependant les affaires des chrétiens en Orient, après le départ des Français et des Allemands, furent bientôt réduites en un état très-pitoyable. Noureddin, étant entré avec une puissante armée dans la principauté d'Ântiocbe, y défit et tua le prince Raymond en bataille (année H 50) ; se rendit maître de la forteresse d'Harenc et ensuite de la plupart des places ; prit dans une embuscade Josselin, comte d'Edesse, qu'il fit mourir dans les fers à Alep (1152); s'empara de tout le comté, en ayant chassé par force les Grecs, auxquels le roi Baudouin et la comtesse l'avaient résigné pour le défendre ; puis il conquit la ville et l'état de Damas , tandis que le roi Baudouin , avec toutes les forces du royaume, assiégeait Ascalon^ qu'il contraignit enfin de se rendre , après sept mois de siège (1 1 54). Ce jeune et vaillant Roi s'opposa toujours courageusement aux progrès de Noureddin , et il le vainquit même plus d'une fois avec gloire ; mais enfin la bonne fortune du prince turc l'emporta sur tous les efforts que l'on fit pour arrêter le cours de ses conquêtes. Il les poussa encore plus avant par la prise de Panéade, après la mort de Baudouin , qui mourut empoisonné par son médecin , en la trente-deuxième année de son âge et la vingt et unième de son règne (1163).
Comme il était mort sans enfants, son frère Amaury lui succéda; jeune prince de vingt-sept ans, qui, avec
plusieurs boones qualités , avait aussi de grands défauts, surtout r avarice. Celte passion lui fit entreprendre dans rÉgypte une guerre, heureuse en ses commencements , mais à la fin la cause de la perte de Je* rusalem.
L'Egypte alors était sous la domination des Sarasins de la secte d'Ali , dont le souverain monarque, menant une vie molle dans son palais du Caire > laissait r administration à celui qui commandait sous son autorité, et qu'on appelait le Soudan d'Egypte : c'était Sanar. Ayant été dépossédé par Dorgan son rival, il alla implorer le secours de Noureddin, le plus puissant de tous les Turcs. Dorgan, de son côté, eut recours au jeune roi de Jérusalem. Celui-ci , ébloui de l'apparence d'un tribut qu'on lui promet, descend en Egypte avec toutes ses troupes, mais trop tard pour Dorgan, qui, tué par un traître, laissait sa place à Sanar, son rival. Il eût pu obtenir quelque chose de ce dernier; son avarice le perdit. Aveuglé par l'ardente passion de posséder les trésors de T Egypte, après avoir traité pour ce dessein avec l'empereur Manuel, dont il épousa la nièce, Amaury rompit, contre la foi donnée, la paix qu'il venait de faire ^vec le Soudan, prit de force Pelusium, qui fut mis au pillage, et s'alla présenter avec son armée victorieuse devant le Caire, qu'il eût pris aussi, dans Tétonnementoù il avait jeté les Egyptiens, si le même amour de l'or , qui lui avait fait entreprendre cette injuste guerre , ne lui en eût fait perdre tout le fruit. Craignant, s'il prenait la ville, que l'armée seule n'en profitât, comme elle avait fait à Pelusium, il aima mieux traiter avec le Soudan ; celui-ci , qui connais-