‹ La chronique de MantesChapitre 101 sur 143 · LE VIEUX PONT · texte numérisé non relu

LE VIEUX PONT

dans la chaussée vers Vile de Limay, et une vers Limaj, sur laqueUe pose la vieille maison qui en commande rentrée. En lavai, on a détruit les arches en partie, et formé une culée de maçonnerie, faite indubitablement avec les matérlauxdes anciens cintres.

Lorsque les eaux sont basses, le radier de la plupart des arches est à sec et l'on peut alors étudier de très près la vieille construction des piles. Malgré des remaniements considérables et <lo nombreuses restaurations partielles, on voit facilement alors une différence notable, entre la base et la partie supérieure. L'appareil ancien est relativement petit et n''giilier ; les assises ont environ vingt-deux à vingt-cinq centinièti es de hauteur et tous les parements portent ces signes ou ces lettres qu'on appelle des marques de tdcherom. Elles sont très variées et indiquent d'une façon indiscutable une époque antérieure au ziu* siècle. En effet, l'appareil ancien de Téglise Notre- Dame ne porte aucnnede ces marques, bien que, suivant ropinion que nous avons avancée dans le chapitre que nous lui avons consacré, le commencement de ce monument appartienne an zn* siècle.

Du re^te, le plandécepont est parfaitementen rapport avec ceux

delà même époque qui subsistent encore en France. Les arches sont relativement «''truites, plus larges cependant vers le milieu delà rivière que près des rives. Les piles sont munies d'avantbecs assez aiîzns, en aval comme en amont. Ceux d'aval cependant sont troiiqu(^s par une section d'environ ciiHiuante centimètres. C'est à peu près 1»? plan du pont de Cahors, avec lequel ce pont devait avoir la plus grande similitude. La chaussée e»X étroite et il est impossible ai]\}OQrd*hni, de savoir si les avant-becs formaient refuges pour les piétons et si les parapets étaient crénelés, deux dispositions très usitées dans les ponts contemporains de celui de Mantes.

La forme ancienne des arches étroites, gênante pour la navigation, avait l'avantage très grand de permettre de construire ces arches les unes après les autres, et d'une façon tout à fait indf'^pendante ; ce qui ne peut se faire avec les arches modernes de grande ouverture. La résistance de chaque pile se trouvait ainsi suffisante pour contrebalancer la poussée de chaque cintre, et ce système permettait en outre d'appliquer des ressources restreintesà l'édincation d'un pont même considérable. De plus, en cas d'attaque, à une époque où le droit du plus fort primait souvent la raison et la justice, si les ehfttelets, portes on tonis

qui défendaient ces ponts n'étaient pas en état d*opposer une défense snfflsante, on pouvait détruire seulement une ou plusieurs arches, sans nuire notablement à la solidité de celles que ron Toulait conserver.

Tel était justement le cas de notre vieux pont. Avant on pendant la Ligue, toutes les arches à l'exception d'une seule furent démolies, et les piles sont restées assez solides pour supporter de nouveaux cintres et résister Jusqu'à nos Jours. L'arche qui a été respectée nous montre la disposition exacte de la construction primitive. L'arc est une ogive évaséo et oxtra(ios.s«^('. Il est formé (lo claveaux ('•gaux de quarante à cinquante r< ntinirtrcs de hauteur et n'ayant pas plus dt- quinze à dix-huil ceiUiiuètres d'épaisseur, dans leur partie moyenne. Cette ai che appartient incontestablement au pont primitif et l'ét;it de dûlabrcmentdans lequel elle se trouve, le prouve tout autant que son mode d'appareillage.

Cette arche en ogive fournit une autre indication dont on ne se doute guère lor>qu'on passe simplenu iit sur la chaussée. Elle était beaucoup plus inclinée surladi uiie, en allant à Mantes, que la direction qui a été donnée au pont, lors de la réfection de 1613. On voit en eflét, en aval, au-dessus du cintre, une corniche en encorbellement, qui surplombe d'au moins cinquante centimètres dans le bout vers Mantes ; cette disposition architectonique supporte le parapet et a permis de changer la direction primitive, qui était plus inclinée vers TOuest.

On sait peut de choses sur la reconstruction du pont en 1613.

Il est probable qu'elle eut lieu par l'influence de Sully. Celui-ci dès IGOÔ, avait fait allouer 15000 livres aux trésoriers généraux do Rouen, pour les réparations des ponts de Mantes et de Saiut-

Cloud.

Des anciennes défenses du pont, il ne reste plus rien. Il y avait, comme on l'a vu une porte ou donjon sur le milieu, à l'endroit à peu près où sont construites les maisons du Trou Fayo- Ics, et sous lesquelles on trouverait saiis doute encore les fondations. Un chemin partant du pont, conduisait par une chaussée, ^ans rile Champion qui porte actuellement le nom d'ile-'ouah Daines* Cette porte s'écroula en grande partie dans le courant du xvu* siècle ainsi que le raconte notre Chronique.

L'entrée, au bout de la chaussée de Limay, était aussi défendue par un ouvrage assez considérable, qui a également

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