‹ La chronique de MantesChapitre 111 sur 143 · IM · texte numérisé non relu

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ASSEMBLÉE DU GLBROÉ

levée, et convoqua une Assemblée générale à Bfantea, pour le

25 février 1641.

Ni M. de Montchal, ni le contrat passé par devant M" Nool et Robert Besançon, notaires à Mantes, ne disent où eut lieu la réunion.

Il est probable cependant, par certains détails des Mémoires, qu'elle se tint dans les salles de TAuditoire. A ToaTerture de TAssemblée se présentèrent avec des pouvoirs régnUers :

M** Octave de Beltegarde, archevêque de Sens ;

M* Bonaventure le Rousseau de Bazoohe, auménier de Monsieur, frère du roi, pour la province de Sens ;

M'* Charles de Montchal, archevêque de Toulouse ;

M* Jean do Bertrand de Caminades, abbé de Bell^erohe, pour la province de Toulouse ;

M" Toussaint d(; Glandèves, évêque de Sistéron ;

Frère Jean de Géronce (1), grand prieur de l'abbaye de Saint- Victor de Marseilles, pour la province d'Aix.

M" François Péricard, évôque d'Evreux;

M* André Merlet Dujardin, docteur en ^Sorbonne, abbé de Salnt-L6, pour la province de Rouen.

M" François de la yallette Ckirausson, évéque de Vabres ;

M* Antoine de Pradet de Saint-Aoât, trésorier de la Sainte- Chapelle de Bourges, pour la province de Bourges.

M" Nicolas Denez, évéque d'Orléans ;

M* Michel Tubeuf, prieur de Dammartin, pour la province de Paris.

M'" Pierre Scaron, évéque de Grenoble;

M" François Barthélémy de Beauregard, conseiller au Parlement de Toulouse et prieur de Notre-Dame de Roquefort, pour la province de Vienne en Dauphiné.

Claude de la Madeleine de Bagny, évôque d*Autun;

H* Oratien Bernard, évéque de Mftcon, pour la province de I^n.

M*" Louis Duchesne, évéque de Senez ; M' Henri Robert, sacristain de Digne, pour la province d'Embrun.

M" Henri do Bethune, évoque de Maillezais ; M* Henri de Darche, doyen de Bordeaux, pour la province de Bordeaux.

(1) Jean de Oérento, d'après le Conb'aL

M" Louis Dole (1), évéque de Boulogne; M' Clément Boucher, abbé de Tenailles, pour la province de Raima.

M** Henri Litelphimaroni, éyôqae de Basas;

M* Charles Vie, abbé de Jaramon, pour la proyineed*Aiic1i.

M** Antoine Cochon (2), étdque de Ntmes» pour la proTince

de Narbonne.

M" Gabriel do Bcauvau, évôque de Nantes; M" Jean Hayet, abbé d'A.iguefive grand archidiacre de Tours,

de la province de Tours.

M" Jacques Danez, évéque de Toulon;

M* Ga-ipard de Varadier, archidiacre d'Arles, pour la province d'Arles.

Enfin, Léonor d'Btampes, évéque de Chartres, Pierre de Broc, évéque d*Auxerre, M* Bertier, abbé de Saint-Vincent, M* Denis de la Barde, se présentaient sans procuration. M* Loup d*Hugues, chantre de Téglise d*Bmbrun, et M* Jacques Adeyinar de Monteil de Grignan, seigneur de Peyrolles, se présentaient comme nouveaux agents du clergé en matières fiscales (3).

On commença dès la première séance préliminaire, dit M. de Montchal, « de reconnaître les intérêts de ceux qui se faisoient plus de féte. » I/évôqiie de Sisteron et Léonor d'Etampes étaient du parti du cardinal. L'évéque de Grenoble intrig^uait pour être aumônier du Dauphin. L'évéque d'Auxerre était dans la confidence des Tolontés du Cardinal. L'évéque de Nîmes était brouillé avec le premier ministre, mais il avait promis à / MM. d*Auxerre et de Chartres de faire tout ce qtt*on voudrait. L*évéque d'Autan, flatté par le roi et le cardinal « se portoit avec chaleur a servir toutes leurs volontés. » Etc. , etc.

Un des premiers actes de l'assemblée, fut de discuter si Ton recevrait l'évéque de Chartres qui n'avait aucun pouvoir, mais était l'évéque diocésain de Mantes. C'était le prélat contre lequel les évéques de l'opposition montraient le plus d'animation. M. de Montchal lui reproche malignement d'avoir assisté a uu ballet et a une comédie, au Palais-Cardinal. « L'évéque de

(1) Jean Dolee, d'kprès la Oonirat cité plut haut

(2) Anthime Denis Cobon. Ibid.

(3) V. Mémoires de Montchal et Contract faict et passé entre le roy et le cùrgé de France le é4» jour d'Aousl 1$él. Faiis, Ant. Vitray. udcxui. Br. deSSpb

ASSEMBLÉE DU CtBROÉ

Chartres y avoit paru rangeant les sièges, donnant les places aux dames, et enfin s'étuit pré^ientn sur le théâtre à la tëto de Tingt-quatre pa^^es qui portoiestla collation, lui étant vôtu de relours en habit court, disant à ses amis qui trouvoient à redire à cette action qu'il faisoit toutes sortes de métiers pour viTre. n prit aussi le soin de disposer les plats du festin de madame la duchesse d*Anguien (l). »

Les pouvoirs à peu près reconnus, les archevêques de Sens et de Toulouse furent élus présidents (3). Une commission fut chargée d'examiner les réclamations ; « d'autant que l'évéque d'Auxerre ne cessoit de requérir que Tévéque (de Chartres) comme prélat du diocèse fut invité d'entrer. » A la fin on lui permit de se présenter a titre gracieux. La discussion de certaines contestations se prolongea Jusqu'au 25 février, et tous les députés prêtèrent alors le serment suivant :

« Tèus les Prélats et députez du premier et du second ordre ayant la main sur la poitrine, dirent :

« Nous promettons et jurons de n*opiner ni donner avis qui » ne soit selon nos consciences iThonneur de Dieu et autorité, >• bien et conservation de son église, sans nom laisser aller à

• la faveur, importunilé ni autres passions humaines, que I» nous ne révélerons ni directement ni indirectement pour » quelque cause ou considération que ce soit, les opinions par- >» ticuliéres, délibérations et résolutions prises en la Compa- M gnie, sinon autant qu'il sera permis par ic*'lle. »

Le cardinal députa à l'assemblée Charles Brulard, sfij»neur do Léon, et Michel Particelle, seigneur d'Kmery, tous deux conseillers du roi et ce dernier Intendaat-Général des Finances. « La compagnie fht surprise de voir le mépris avec lequel on traitoit le clergé, depuis que le cardinal avoit la conduite des affaires >». En effet, c'était toi^ours, ou le Chancelier, ou le Garde des Sceaux qui venaient autrefois représenter le roi dans les assemblées ecclésiastiques.

Bnfin, faisant contre fortune bon cœur, les deux commissaires furent introduits chacun par un prélat « qui suivant la coutume marchoit devant. » On les fit asseoir dans « deux chaises à bras » au milieu de la salle, puis le sieur Brulard prit la parole

(1) Il fait son élofje un peu plus loin, sous certaines réserves. yt) L« cardiiuU fut aoumé premier président, par simpie flatterie.

et exposa les vues du roi, et condut, comme on l'a vu, par une demande de 6,600,000 Arancs.

Après des tiraillements et des intripxes dont la trame est intéressante à suivre» ce fut seulement le iZ mars qu'on mit en

d6Iib(^ration si on accorderait au roi, une somme certaine, ou le tiers des bénéfices ecclésiastiques. Les voix par provinces se parlagèrent, six contre sept et l'As -emblée devint des plus tumultueuses lorsqu'il fallut signer la délibération qui devait être mal accueillie du cardinal.

Le jour .suivant l'archevùque de Sens alla voirie cardinal pour lui rendre compte des décisions de l'Assemblée de Mantes et connaître ses dispositions. Pendant son absence, les prélats s'occupèrent de diverses questions secondaires , car l'intérêt n'était pas là. Le 10 mars, Tarchevéque de Sens étant revenu, fit entendre aux prélats qu'il follait en finir, et que les commis^ saires du roi menaçaient de faire saisir les biens du clergé. On lut une lettre du cardinal qui les engageait à satisfaire le roi et à lui accorder les deux millions par an pendant trois ans.

L'assi niblée se décida enfin à ofTi ir quatre raillions, et envoya une autre commission auprès du cardinal, composée de l'archevêque de Toulouse, des évéques de Chartres et d'Auxerre fi des sieurs de Saint-Août, Beauregard et de Bazoche (>tde l'abbé de Grignan. Les réunions furent ensuite ajournées après Pâques. Nous passons toutes les petites manœuvres qui furent mises en jeu, pour flatter ou indisposer Richelien.

Le 2 avril, l'évéque d'Autun stupéfia l'assemblée, parnnedéclaration exorbitante : « Il y en avoit, dit-il, qui faisoient bien « les délicats à accorder tout ce que le roi demandoit ; et s'ils « doutoient que tous les biens de l'église ne fussent à lui, et que « laissant aux ecclésiastiques de quoi pourvoir à leur nourri» « ture et entretennement modéré, Sa majesté no peut prendre " tout !<• surplus. Qu'il n'y avoit aucun bon français, qui ne <« fut de ce sentiment (1). » M. H. Martin cite aussi ce passage, et ajoute : «< Qu'on substitue l'Etat au roi, et pour les hommes " du dix-septième siècle ces deux mots sont synonymes, on se « croira non point en 1641, mais en 1789 1 »

L'assemblée au milieu de ces discussions violentes prolongea longtemps ses délibérations. Bien des démarches avaient été tentées auprès du cardinal, et on démêle dans les Mémoires de

(1) Ifontehal.

A8SBMLÉB DU CLERGÉ

Montchal, de nombreuses et basses intrigues. Le 3 juin eut lieu une séance plus violonte encore. I)'i;mery était revenu à Mantes, envoyé par le Chancelier qui voulait en flair. Il demanda à être entendu.

U fût introduit dans rassemblée et prononça un diseonn très ferme et très énergique, et dit alors aux prélats opposants : « 8a Mi^esté , ro*a commandé de dire de sa part à tous,

« Messieurs les archevêques de Sens et de Toulouse et à tous « Messieurs les évêques d'Evreux, de Maillezais, de Bazas et de « Toulon, i\o sortir dès ce jour mémo de cette ville, et do vous « rotiror chacun en vos diocèses, sans passer par Paris, pour y « faire aussi bien votre charge particulière, que vous avez mal « fait votre devoir en cette Assemblée. »

« Le bruit de ces choses, dit ensuite M. de Montchal, s^étant répandu dans la Tille, le peuple disoit qu'on aToit chassé tous ceux qui disoient la messe tous les Jours ; qu*il tt*y auroit plus de messe. »

Lel4aoAt, comme nous l'avons dit, l'Assemblée termina ses travaux, en faisant dresser le contrat dont il a été parlé ; il fut pa^sA chez MM. Besançon. Le cardinal s'était adouci et avait accopté soulornont n.-'VKI.OOO livres. « Et pour faire paroistro l'inclination qu'ils ont (1rs prélat s"! au service de sadite Majesté, luy ont accordé la somme de cinq millions cinq cents mille livres (1) ».

Tel fut le résultat le plus important de cette Assemblée de 1641. Richelieu aTait dompté les protestants ; il aTait terrifié la noblesse ; il Tenait de soumettre à sa Tolontê, l'ordre le plus haut placé dans l'ancien Etat. Rien ne devait lui résister. Une

devait être bientAt vaincu que par la mort !

Après avoir rendu compte du principal objet de l'Assemblée do Mantos, il est à poino nécessaire d'ajoutor que les prélats y examinèrent quelques livres des deux jésuites Banni et Cellot et les censurèrent comme ils le lurentà Rome et en Sorbonne. La lutte entre Richelieu et les prélats opposants, A la téte desquels il faut mettre TarcheTéque de Toulouse, est autrement intéressante que la critique des liTres sur la hiérarchie et les cas de conscience.

« Ces débats, dit M. H. Martin, dans un autre temps, eussent

V. le rontrnr*. etc., p. 11. NataraUeoMnt 1m prilata expabés <to liaotes ne l'ont ptui mgaé.

CHRONIQUE ÛË MANTES

fortement remué Topinion publique ; mais la grandeur des événements politiques et militaires était telle qu*il restait à peine quelque attention au peuple pour les mouTements'du clergé. » C'est Tintérét de ces débats qui nous a engagés à nous étendre si longuement sur ce s^Jet

§ 242. ItfortdeM'Guériteau. — Le 16 mai 1644, mourut à Mante, M" Robert Guériteau, prêtre, curé de Sainte- Croix, en l'église Notre-Dame lîe Mante, chanoine en ladite église, fondateur et directeur des Ursulines et de la Congrégation de cette ville ; il est tenu pour saint. Même après sa mort, il a fait plusieurs miracles. Son corps est enterré à Notre-Dame, vis-à-vis lachapclle do la cure, sous une tombe plate où il est représenté en habit de jirètre, et son cœur au couvent des Ursulines. U était de Pontoise.

La vio do Robert Guéritcau a été écrite par Simon Faroul et • par Philippe Locouturier. Sa biographie n'est qu'un lon;^ récit de bonnes œuvres, et bien que le docteur de Surbonuc eut an savoir solide et étendu, on voit que la piété, la bonté et la douceur étaient le fonds de son caractère, et formaient lameilleuru part de son mérite.

11 était Fami de son compatriote André Duval, docteur de Sorbonne, professeur de théologie, directeur général des carmélites, traducteur de la Vie des Saints du P. Ribadeneira, etc.

Robert Guériteau fonda le couvent des Ursulines de Mantes. Il aida les religieuses de sa bourse dans les premiers temps dts leur établissement et leur prêta même sa propre maison, en attendant que la leur fut bâtie, sur l'emplacement de la gendarmerie et do la prison actuelles.

Il fonda aussi la Congn'gation, association religieuse destinée surtout à instruire les jeuues liiles pauvres, comme les Ursulines instruisaient les riches.

Enterré devant Tautel de Sainte-Croix, sa réputation de sainteté mit sa tombe en grande vénération et son nom (QuérU tâtj^ par une fantaisie populaire assez commune, n*y contribua pas peu. Nous avons retrouvé cette tombe il y a déjà quelques années, dans les dallages de Notre-Dame, et après en avoir restitué rinscription presque effacée, elle a été replacée d^ns

ROBERT GUERITEAU

Téglise. Elle est dans le déambulatoire, près de la porte de là sacristie.

L*iiiscription qu*onylit, rappelle tous les principaux titres de Robert Ouéritean, dont le nom commence à être un peu oublié à Hantes. La Toici :

CY OIST m'" ROBERT GVERITKAV PRK'" DOCTEUR DE SORBONNE CVRÉ ET CHANOINE DE MANTE l ONDATEVR ET DIRECTEVR DV COVVENT DES VRSYLINES DE GESTE VILLE AV MONASTERE DESQVELLES SON COEVRREPOSE. FONDATEUR AUSSY ET DIRECTEVR DES DAMES DE LA COI<IGRiOATION. QVI DÂCBDA LE XVI* DB MAT 1644 AOé DE 63 AAB. REQVœSCAT IN PAGE + P, O, A, V.

Lors de son inhumation, il y eut de vires contestations dans la ville. Les chanoines voulaient déposer son corps dans le chœur; les habitants le voulaient dans la nef, et les Ursulines demandaient quHl reposât chez elles. Les magistrats intervinrent : le corps fut placé devant Tautcl de lacurta, tandis que son coBur enfermé dans une boite d'argent, fut remis aux Ursulines, qui le gardèrent jusqu'à la Révolution.

« Au moment do la Révolution, on a trouvé le cœur du vénérable pasteur, enveloppé de soie verte et renfermé dans une boite d'argent en forme de cœur avec ces mots : Robcrtius Guèrilcau. Il y avait 14Gans qu'il était dans cette boite. On en fit l'ouverture ; il sentait extrêmement mauvais et cependant il saignait encore. La boite fut portée au district de Mantes ; Touvrier en reçut 10 francs de récompense.

« Nous voyons encore aujourd'hui (1830) des mères amener leurs petits enfants sur la place où fut inhumé lo vénérable pasteur (1). »

M. Auguste-François Guérin, possède un portrait de Robert Tiuériteau, qui provient du couvent des Ursulines. Il semble que ce soit l'original d'un*' gravure de Moncornet, qui est assez rare. Seulement le graveur a gravé droit et sa gravure est a Tenvers par rapport au tableau.

1 243. L'Hôtel-de-Ville bâti. — Du rcgue du roi Louis ilj Note de M. Ouéiin père.

quatorze, roi de France, en 1645, rHôtel-de-Ville de Hante, a été achevé de bâtir (1).

L'ancien Hôtcl-de-Ville est représenté dans une gravure de Millin, où se trouvent surtout la fontaine et le tribunal (2). Il n'était pas plus monumental que la mairie actuelle, qui date de 1845.

Louis XTV, encore enfant, vint à Mantes avec tout*^ la cour, en lGi5 ou ACj. Voici couiinent Chrestien rond compte docft événement: « Anne d'Autriche reine-régente, voulant faire faire le tour de la France an roi Louis XTV son fils, âgé de 7 ou 8 ans, amena Sa Majesté, et Monsieur, duc d'Orléans, en cette Tille de Mante, suivi des Princes et principaux seigneurs de la cour et du cardinal de Mazarin, où la cour séjourna plusieurs Jours.

« On donna notre Château pour logement au Cardinal de Mazarin, afin de le tenir plus entureté contre ses inalr allants. Le roi, avec Monsieur, logea à la rue aux Pois, dans trois maisons qui appartiennent au sieur de Vendôme, receveur des Tailles (3), à la veuve Lenoir, et à M' de Boismon, lesquelles on perça pour les faire cotnnmniquer les unes avec les autres. La reine régente logea au bas de cette rue aux Pois, dans la maison où demeure présentement le S' Gouel, lieutenant de robe courte et de la Prévôté, dont II exerce la diarge de Prévôt pour la vacance. »

Ce séjour de Louis XIV à Mantes correspond à un voyage que fit Anne d'Autriche avec la cour, en 1646. Elle mena son fils à Amiens, à Abbeville ctde là à Dieppe. « Comme les affaires n estoient pas grandes en Normandie, de Dieppe la cour vint à Paris pour y attendre la prise de Courtray (/i). » Il est probable que la cour s'arrêta quelinics jours a Mantes en passant.

Les quatre maisons que Chrestien désigne seulement par les noms de leurs propriétaires, étaient bien certainement les anciens et beaux hôtels qui existent encore aux n" 6, 8 et 10. Louis XIV logea plus particulièrement dans la maison qui porte le n* 6, rue aux Pois.

(1) Chrestien dit 1655.

(t) Antig. Nat. T. III.

(3) Il n'atait rien de eominiiii, bten «otenda, avec 1« fils naturel d»

Henri IV.

Mémoires de MademotseUe de Mon^^ensfer, eoU. Hichaud, p. 31.

CHAPELLE SAINT-ROCU

Quant ù la maison où nous pensons que logea Anne d'Autriche, comme à Mantes sous le nom â*H&tel de Uornay, et dans laquelle Ait longtemps le couTent des Bénédictines, elle consenre encore une partie de son ancienne splendeur. Rebâtie en 1710, c'était le siège du bailliage de Mantes ot Meulan. Le fronton du corps principal, renferme un grand bas-relief delà «/uf/fotf tenant dans SOS mains dos balances et un glaive en bronze. Les linteaux dos fonotros sont ornés do beaux mascarons, et les appuis sont soutenus par des consoles d'un beau stylo. La porto est une très bollo œuvre de menuiserie, très digue do la maison à laquelle elle sert d'entrée.

Nous ferons remarquer en passant que le couyent des Bénédictines de la rue aux Pois, n'est pas le même que celui qui existait à Mantes avant la Révolution. Ces dames venaient de Villarceao ou de Bray, et no s'établirent à Mantos qu*en 1814.

L'ancien couvent des Bénédictines au contraire, se trouvait rue de la Madoloine. Elles étaient là depuis l'an 1G50, et il leur fallut la porniis^ion du mairo ot dos officiers do la ville, pour traiter avoc le prieur de la Madeleine, dans l'enclos duquel elles se fixèrent (i).

§ 211. La Chapelle de Saint-Roch bâtie. — Audit an IG l"), la chapelle de Saint-Rocli, du Lieu de Santé, a été bâtie comme elle est de présent ; et était auparavant dans le jardin où est le puits. La confrérie de Saint-Roch est très ancienne et il y a plus de quatre cents ans qu elle est établie à Mante, à cause de la peste.

Le lieu s'appelait la Sanié et ht Orenouilie, U j avait un

cimetière dans Tenclos. L'établissement était spécialement affecté au traitement des maladies contagieuses. Il fut fort utilisé surtout pondant les grantlos guerres du rogne de Louis XIV. 11 semble qu'on y envoya des soldats dU des prisonniers, malados du typhus. I n niodeciu ou chiiuii^non nommé Willis, fut longtemps seul chargé de ce survice. La maison avait aussi son prêtre particulier. '

La chapelle bâtie en 1645, ne fût cependant bénite qn*en 1656, par Louis Baral, vicaire de Notre-Dame et officiai de Plnee-

(1) ArchiTM d« la Mairlf .

rais, dûment autorisé de M'* Jacques Lescot, évêquc de Chartres. Cela donna lieu à une vive protestation de la part de- Nicolas Pinard, curé de Saint-Pierre, sur le territoire duquel se trouvait Saint-Roch (1).

Le récit qu'on Yâ lire d*ua très important épisode de la seconde Fronde^ est un des mieux rédigés et des plus intéressants de nos anciens manuscrits. Le fait pvincipal est à la vérité sommairement Indiqué dans tous les mémoires du temps ; mai» développé d'une façon assez sobre et raconté par un témoin oculaire, il est d'une précision qu'aucune recherche en dehors^ ne saurait lui donner.

On sent en \o lis\int, que le rédacteur a vu les choses dont il parle, senti rémotion populaire qu'il dépeint, pris part aux délibérations qu'il analyse, connu toutes les passions des divers acteurs qu'il met en scène. C'est un tableau ressemblant de ce qui se passait alors en province. Il montre les résistances que les Frondeurs rencontraient parfois dans ces escarmouches, qu*on a si bien appelés : La OmsKRB dbs Princes. Guerre peu sanglante, qui n'importait qu'à eux seuls et à leurs petites et basses ambitions, mais qui répandait partout un malaise général dont le peuple n'avait nul besoin.

Avant do roprodiiire ce long récit, nous 'devons en quelques lignes, en faire connaître l'origine et présenter ànos lecteurs, les principaux personnages.

Louis XIII, étant mort le 14 mai 1643, Anne d'Autriche avait été déclarée Régente toute puissante du royaume. Son fils» Louis XIV, avait cinq ans et pour gouverner pendant cette minorité, le cardinal de Richelieu avant sa mort, lui avait léguéou au moins indiqué un autre cardinal, qui Ait son ami aussi intime que lui-même avait été son ennemi détesté : c'était Jnle» Mazarin.

Le nouveau ministre favori fut bientôt entouré d'ennemis ;

les jalousies qui s'étaient produites pendant la minorité du pére se manifestèrent pendant celle du fils. Les personnages avaient changé ; les noms étaient presque les mêmes. Obéir à une Régente espagnole et à un premier ministre italien, était au-dessus de ce qu'on devait demander à tous ces princes du sang, ambitieux et intrigants, se croyant tous plus dignes le»

(1) ArchiTea de U Mairie.

QUBRRB DBS PRINCBS

uns <ine les autres, de gouverner l*Etat et de profiter des bénéfices d*une tollo position. C'était encore plus qu'on ne pouvait demander, à un Parlement trop longtemps maté par Richelieu, et qui aspirait à devenir le premier corps du gouvernement et à contrôler tous les actes du souverain.

Dans ces conditions, la régence ne pouvait se flatter d'être longtemps paisible. Les princes et le Parlement de Paris, firent bientôt de l'opposition, sinon à la Reine-Rôgente,au moins bien ouvertement à son premier ministre.

L*éclat eut lien en 1648. Il vint à la suite d*édits de finances que le Parlement fut forcé d*enregistrer malgré lui, et surtout sur la menace de retenir les gages des officiers de justice, c'est-ârdire le revenu fixe de leurs charges qui était le moindre de leurs profits. « C'était une grande maladresse, dit M. Bazin, que de blesser dans leur intérêt et dans leur orgueil, dos compagnies dont on avait besoin (1). » Les gens du Grand Conseil, ceux des Comptos ci ceux des Aides se concertèrent avec W Parlement; celui-ci, toutes chambres réunies, rendit un arrêt connu sous le nom d'.lr/x'/ d'Union, pour résister aux exigences fiscales du roi, c'est-à-dire d'Ânne d'Autriche et de Mazarin.

L*arrét d*union fut autorisé par la Régente, parce que tout d*abord les intéressés en dissimulèrent le véritable but. A la cour, on pensait que les quatre corps se réunissaient pour traiter de matières de gouvemement et on ne 8*en souciait guère. Mais quand on vit les députés des compagnies, lors de Tinstallation de l'Union, manifester leurs tendances et demander la révocation des intendants de justice de province, la résiliation des traités avec les financiers et l'établissement d'une chauïbre de justice pour juger les malversations, la cour ouvrit les yeux et résista. Cependant parcondescendance, elle consentit àl'éloignement du surintendant d'Emery et à quelques autres mesures conciliantes.

La Régente fit présenter au Parlement, par Gaston d'Orléans, oncle du roi, des lettres patontos établissant une chambre de justice pour la recherche des malversations, et un édit déclarant que les impôts, à Tavenir, ne pourraient être levés qu'en

vertu de déclarations dûment vérifiées.

C'est alors que le Parlement se montra ouvertement opposé a l'enregistrement de ces lettres. A la této des plus hostiles

(I) HisL de France, anu le minitière de Mazarin.

CHRONIQUE DE MAiNTES

était le conseiller Bronssel. Le Parlement fit des remontrances que la Régente ne voulut pas écouter, et le 26 août 1648, avait lieu la célèbre arrestation de Pierre Broussel et de Réné Potier de Blancméiiil , président aux Enquêtes. La Fronde commençait et le peuple de Paris se reprenait à faire des barricades.

D'autres conseillers, moins compromis, Tarent exilés en divers lieux : Lesné fut envoyé à Compiègne, Benoist à Senlis, Antoine Loysel (1) à Mantes ut Charny à Pontoise (2).

La cour se retira à Saint-Germain et ordonna au Parlement d'aller siéger à Montargis ; mais celui-ci fit la sourde oreille. « Le grand conseil qui avait résolu d*obéir aux ordres du roy et de se retirer à Mantes, voyant les autres compagnies en si bonne humeur et si beau train, changea de dessein (3). »

Nous ne pouvons suivre les événements des années 1640 à 1652. Disons seulement que les principaux meneurs étaient le coadjuteur de l'archevêque de Paris, Jean François Paul de Gondi, qui fut cardinal de Retz et François de Vendôme, duc de Beaufort, le Roi des Halles, et la duchesse de Longueville, sœur de Condé. Louis de Bourbon, le grcuid Condé et Gaston d'Orléans no s'étaient i)a.s encore nettement prononcés contre la politique d'Anne d'Autriche ; ils la soutenaient même en ce moment, mais ce ne devait pas être pour longtemps.

Réconciliée en apparence en 1650, avec les Frondeurs, la reine avait fait arrêter le prince de Condé, le prince de Conti et le duc de Longueville, les deux frères et leur beau-frère. Le duc d'Orléans s'était brouillé avec le cardinal, et un nouveau parti s'était formé : le parti des Princes. La Régente et Mazarin allaient avoir à lutter contre lui.

Les trois princes transférés au Havre, avaient cependant été remis en liberté, mais n'avaient point [)ardonné pour cela. Le prince de Condé désormais chef des mécontents, s'était retiré à Bordeaux dans son ^gouvernement de Guyenne, et y tenait tète à l'armée royale que la cour traînait avec elle. Les intrigues dont elle était entourée, avaient forcé Anne d'Autriche à se séparer de ICazarin ; il était mémo sorti de France. Bientôt cependant, il y rentra à la tète d'une petite armée, à la fin de

(1) Cétait le petit-flla du célèbre Antoine Loysel. (8) V. Mim. dê Brtennê. Coll. Uiehaud, p. IfXK

(3) Mémoires de Nicolas CFotflot, par Ch. Coostaat. T. III, pag« 15; «t ftuasi le cardinal de RcU.

QURRRE DES PRINCES

l'année 1651, et le 30 janvier 1652, il rejoignait la reine à Poitien.

Turenne était Tenu m mettre aa serrlce du roi, et Condé poursuivi dans son propre gouvemement, ayait demandé des troupes aux Espagnols. A cet effet, il avait envoyé le duc de Nemours, Chartes Anit'dôe de Savoie, auprès de rarcbiduc L<^opol(l Guillaume, fils de I<Vr(linan<î II. Nemours avant de partir, était venu se concerter à Paris avec le duc d'Orléans. « Il l'avait quitté avec la certitude que l'oncle du roi joindrait ses forces à celles qu'il allait chercher sur le territoire espagnol (1). »

« Le 15 de fébvrier, le parlement et la ville (de Paris) recearent deux lettres de cachet par lesquelles le roi leur donnolt part, et de la rébellion de M. de Rohan (2) et de la marche des

troupes d'Espagne que M. de Nemours amenoit, et leur en faisoit voir les inconvénients, en les exhortant à Tobéissance.Mon* sieur (Gaston d'Orléans) prit la parole ensuite. Il représenta que M. de Kohan ne s'estoit rendu maistre de la ville et du chasteau d'Angt-rs que pour exéquter les arrêts de la compagnie, qui ordonnoient à touts les gouverneurs de places de s'opposer aux entreprises du cardinal (3). »

« H. Tàloi, advocat général, dit le cardinal de Retz, conclut à ce qu*il fUst fait défense aux maires et échevins des villes, aussi bien qu'aux gouverneurs de places, de livrer passage aux troupes espagnoles conduites par M. de Nemours. Ce fut encest endroit où monsieur exéquta ce que je tous ai dit ci-devant qu'il avoit résolut et mesme il y renchérit. II soubstint que ces troupes n'estoient point espagnoles ; qu'il les avoit prises à sa solde (4). »

Pendant qu'on discutait dans le Parlement, pour savoir si les troupes de Nemours étaient allemandes ou espagnoles, ces troupes entraient réellement en France, arrivaient à Mantes et opéraient leur jonction au-delà de la Seine avec colles du duc de Beaufort.

« M. de Nemours entra en ce temps-là, sans aucune résistance

(1) BAzin, loco cit.

(2) Henri de Chabot, duc de Rohan, gouverneur d'Anjou, il venait de «'enfermer dans Ang«n, qu'il défendit trois MiiiaiiiM eontn le maréehal

d'Hocquioconrt.

(3) Mémoires du cardinal de Reli. CoW. Michaud, p, 228.

(4) JMn. â» taréM dêBêU, p. m

dans le royaume, toutes les troupes du roi étant divisées ; et quoique M. d*Elbœaf et messieurs d'Aumont, DIgbi et de Vaubécourt(l) en eussent à droite et à gauche il pénétra jusqu'à Mantes, et il y passa la Seine sur le pont qui lui Ait livré par M. le duc de Sully, gouyemeur de la ville, et mescontent de la cour parce que Ton avait osté les sceaux à M. le chancelier son bean-pére (2). Il campa à Houdan et il vint à Paris avec M. de Tavanno, qui commandait co qu'il avait consprvr rlo troupes de M. lr> princo, et ClincUamp, qui estoit officier général dans les estrangers (3). »

Lo maréchal do Turonno dit à pou près la même chose que le cardinal de Retz et y ajoute d'autres détails : « La cour s'en alla de là à Tours et ensuite à Blois. Dans le temps même, M. de Nemours emmena six mille hommes de Flandre, composés des troupes de M. le Prince et de régimens allemans que les Bspa> gnols lui avoient donnés. Ils ne trouvèrent aucune difficulté à traverser la Franco, n*y ayant point de troupes à leur opposer, et vinrent joindre les troupes de Gaston près d'Orléans, laquelle ville par l'arrivée de Mademoiselle (de Montpensier, fille de Gaston), demeura dans le parti dos princes (-4). »

Maintenant nous pouvons aborder le récit de ce qui se passa à Mantes, au commencement de cette année Itio^. Mais avant dy procéder disons encore un mot du principal acteur intéressé.

Le gouverneur de Mantes, était alors Maximilien François de Béthune, duc de Sully, fils de Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, et petit-fils de Sully. Il avait épousé Charlotte Ségttier, fille de Pierre Séguier, chancelier de France, auquel les sceaux avaient été retirés en 1650. A la suite de cette disgrftce, Séguier était venu à Rosny auprès de son gendre qui avait partagé son ressentiment contre Mazarin.

Fouquet dans son procès, reprocha vertement la trahison de 1652, commise par le chancelier Séguier. Il avoua qu'il avait

(1) NicolM d« Nettancotirt, comte d* Vaubecoort, mort Uentenaot général

(?) « Et qui aurait pu, s'il eût vouln, leur reftiser le passage et retarder

beaucoup lour jonction avec l'armi'o dos princes, assemblée aux •nviroos dO Montar^iR. » Mémoires du duc d'Yorck, coU. Michand, p. S36w

(3) V. Le cardinal de Retz.

(4) Uémoirei de Turenne, eolL lOchaad, p. 434. Uadamoliwllo do Mont* poDiier dit quo lo pMiago ont Uea à IfouloD, mais ollo to trompe.

[IdSSj eUBRRB DES PRINCES

peut-être eu une mauvaise pensée, mais qu'il n'avait pas desservi l'Etat. « Mais de se trouvera la tète des ennemis du roi, et de faire délivrerdes passages par son gendre, et ouvrir des portes à une armée étrangère, pour la faire passer au milieu dn royaume, c*étaU cela qui était desservir TEtat et le troubler. M. le chancelier se sentit bien de ce reproche, mais il ne répliqua rien (1) ».

Nous connaissons suffisamment M. de Nemours; il était accompagné dans son passage à Mantes, pr\r Jacques de Saaix

comte de Tavannes, grand bailli de Dijon et premier gentilhomme du prince de Condé. C'était le petit-fils du maréchal de

Tavannes.

Quant aux autres personnages nous les ferons connaître dans le cours du récit.

§ 245. Ce qui s'est passé à Mante dans la Guerre des Princes. — L'an 1652, le 21 du mois de février, monsieur de Sully, gouverneur de la ville et du château de Mante, arriva à Rosny.

Le lendemain 22 du même mois, messieurs les maire et échevins lui turent rendre visite en son château do Rosnv, auxquels il témoig^na qu'il avait une lettre de cachet du roi, signée do Guénegaux (2\ dont il leur fit lecture et par laquelle SaMajesté lui donnait ordre de se rendreen la ville do Mante, pour s'opposer au passage de l'armée conduite par monsieur de Nemours, et de toute autre troupe qui se présenterait sans ordre exprés du roi, signé de Sa Majesté et de messieurs les secrétaires d'Etat ; cette lettre lui donnait pouvoir de faire rompre le pont do la ville, en cas do nécessité. La confiance qu'on avait en la fidélité du maire faisait espérer qu'il exécuterait le contenu do la lettre ; déclarant monsieur de Sully, hautement et par serment, auxdits maire et échovins, qu'il était venu pour mourir avec eux et défendre au péril de sa vie, le passage de toutes les troupes et que pour ce sujet, il y appellerait quantité de noblesse de ses amis.

L'ordre qu'il avait reçu du roi, présentait au maire comme

(1) Mémoires de Coligny-Saîigny, note. Ed. do M. de Moninerqué. (t) H«nrl Ooteégand, Mignear du Plessis, Merétalre d'Btat

aux habitants, ime occasion de se signaler. Le maire elles écheyins l'assurèrent que tous les habitants le secoaderaîent avec affection, étant tous portés pour le service de Sa

Majesté.

Le même jour, monsieur Apoil, lieutenant-général, fut à Rosny pour voir monsieur de Sully qui lui donna à lire la même lettre, lui donnant les mêmes assurances de s'opposer au passairo des onnomis du roi. Il pria monsieur de Sully de venii' (aire sa demeure à Mante, alin de mettre la ville on état de se défendre ; lequel lui répondit qu'aussitôt qu'il aurait avis de l'entrée des ennemis en France (1), lui et ses amis se rendraient à Mante.

Le V7 dudit mois de février (2), un gentilhomme nommé Goulard (3) vint à Mante, appela les échevins et leur dit qu'il était bon serviteur du roi et qu'il était content de savoir (pi'ils avaient une même intention. Les échevins lui en témoignèrent une grande Joie. Ce sieur Goulard les assura de sa bonne volonté. Par le maréchal de l'Hospital (4) il demanda, peu de temps après, aux maire et échevins, si les habitants de Mante avaient le même dessein, s'ils avaient des forces et s'ils avaient de la confiance au sieur de Cargrez et que si venant avec un ordre exprès de Sa Majesté, pour la défense de la ville, ils la défendraient. Les maire et échevins lui répondirent (pie tous les habitants étaient bien intentionnés pour le service du roi, que M. de Sully ét iit sur les lieux qui leur avait témoigné pareille affection ; qu'il y avait eu la ville de Mante, cinq à six cents hommes portant les armes, qu'ils connaissaient avoir coiiliance particulière au roi, comme aussi au sieur de Cargrez, leur voisin ; que quand il viendrait avec des troapes et un ordre de Sa Majesté, ils le recevraient.

(1) n devait en avoir l'avis depuis le 15 ou le 16 février.

(2) Chre8tien dit le 24.

(3) C'était peut-être ou Léonard Goulaâ, secrétaire des comoiandements de Oftston d'Orléans, ou Nicolas Goules» gentilhomme de sa ehamlips» dont BOUS nvoii^ oiti'" jtjs Mi/noires.

(4) Franyui^ de i'Uospital, soigneur du Ualiier, maréclul de Fraace.

GUERRE DES PRINCES

La même jour, le sieur Hachette (1), trésorier de France, Tint à Mante» croyant y trouver le régiment de la Tourequolore (2) en garnison, pour s'opposer au passage, avec une ordonnance de messieurs de THospital et d*Aligre (3), maré^ chaux de France, pour prendre Targent des receveurs des Tailles, afin de foire subsister ledit régiment. Bfois ce régiment n*y était pas. Les maire et échevins ayant vu Tordre du sieur Hachette, lui dirent qu'il follait que M. le maréchal d*Aumont (4) eut en besoin de monde. Le sieur Hachette dit alors qu'il allait envoyer à Beauvais, pour savoir où était ce régiment et qu'en attendant, il resterait à Mante.

Le 28, M. de Sully arriva à Mante avec grande suite, tant de ses gens que de la noblesse. Il logea dans la maison du beau-frère de M. le maire de la ville. H Ait visité par les officiers, maire, échevins et principaux habitants de la ville, en rassemblée desquels il renouvela toutes les assurances qu'il avait déjà données, de défendre le passage. Il ordonna qu'on fit les n^parations de toutes les portes et des murs de la ville, fit redoubler les gardes et s'informa 8*il y avait des vivres et munitions de g^uerre.

Le lendemain 29* février, on apporta à M. de Sully, trois lettres : l'une de M. le maréchal d'Aumont, l'autre de M. d'Elbœuf (5) et la troisième de M. d'Orgeval, intondant ; desquelles lettres il fit la lecture au sieur Lieutenant-Général, aux officiors. maire et échevins, et par lesquelles il était exhorté do s'opposor au passa^ire des eniiomis. A ces lettres, il fit réponse qu'il s'acquitterait à ootto belle action, de son devoir, attendu qu'il en avait un ortlre exprès du roi et qu'il témoignerait comme ses aïeux, qu il était fidèle serviteur de Sa Majesté et que s'ils défaij^aiont la moitié de l'armée ennemie, il leur promettait de défaire l'autre au passage avec les habitants.

(I) François Hachette, consoillor du roi. trésorier général de France et grand-voyer do la généralité de Paris, en ISBS.

(?) Ou TurqiioroUe ou Tour Rodoré.

(3) Peot-étre Louis, marquis d'Aligre, seulement lieutenant-général.

(4) Antoine d'Aumoot, duc, pair et maréchal de France, moit en aî) Chtriee de Lemine, t* da nom, mort en 1657.

CUftO.NlQUE DE MANTES

Le même jour le sieur Hachette apporta aux maire et échevins, une lettre du sieur Digby, qui contenait dos offres de fidélité de sa personne et de ses forces, pour sOppo^ser au passage de l'armée ennemie. Cette lettre l'm portée à l'instant à M. de Sully, lequel, après l'avoir lue, dit que Tordre du roi portait de ne recevoir aucune troupe sans une lettre signée d'un de messieurs les secrétaires d'EUit, et qu'il n'y avait pas lieu, sur cette lettre, de recevoir les troupes du sieur Digby qui était un étranger. Le sieur Hachette se retirant, fut supplié par un des échevins, au nom de tous les habitants, d'euvoyer en diligence en la ville do Paris, pour avoir des ordres de messieurs les maréchaux de riIos])ital et d'Aligre, afin de taxce entrer le sieur Digby et ses troupes ù Mante. A qnoi il promit d'y travailler de tout son possible et incessamment. Ce que ledit sieur Hachette n aurait pas exécttté.

Le même jour 29 février, à dix heures du soir, monsie ur de Sully fit assembler au Château le sieur lieutenant-général, les conseillers du présidial, le maire et les échevins, les capitaines et officiers des compagnies. Il demanda leur avis smr la rupture da pont de Mante. U commença le premier à opiner, disant quMl était d'avis de la rupture du pont, quoique cependant, par Tordre qu'il avait du roi, cela dépendait de lui ; mais il était bien aise d'avoir leur consentement et leurs résolutions. Le sieur lieutenant-général dit que c était une loi écrite ; que la volonté du roi était entre les mains de Monsieur le Gouverneur ; qu'il n'y avait pas lieu de délibérer sur cet ordre et qu'il fallait rompre le pont le plus proaiptement que faire se pourrait. Son avis fut suivi par le procureur du roi au bailliage et siège présidial, qui demanda pour le roi, la rupture du pont. Les officiers du présidial, les quatre échevins delà ville, les capitaines et officiers des compagnies, chacun en particulier et tous d'une commune voix, confirmèrent qu'il fallait rompre le pont. Il n'y eut que M* Nicolas Fournier, Lieutenant particulier, maire de la ville, qui f^t d'avis que l'on pouvait défendre le passage sans rom. pre le pont, parce que le commerce en cesserait.

GUERRE DBS PRINCES

Sur quoi il fut arrêté que le lendemain premier jour de mars 1G52, le j)ont serait rompu et que les habitants seraient avertis de se tenir i)r('ts à stM-endre au Cliàteau, avec des pics, houes, pinces de fer et marteaux.

Ledit jour premier mars, les habitants ayant été avertis, se présentèrent devant le Château, avec tous leurs outils, pour exécuter cette ordonnance. Il fut dit par monsieur de SuU}', (pril fallait visiter le pont pour reconnaître (pidles arches il était nécessaire d'abattre, de celles qui étaient les plus faciles à rétablir. Pour cet effet, il députa des officiers qui lui ayant rapporté quelles arches on devait démolir, il déclara, que comme il avait pris avis des prmcipaux olTiciers et habitants de la ville, pour la rupture du pont qui était de grande conséquence, il désirait faire encore une assemblée générale de tous les habitants pour avoir leur consentement, comme y ayant intérêt. Le même Jour à deux heures après-midi, le sieur Lieutenant-Général, officiers et principaux habitants s*étant assemblés à THêtel-de- Ville, deux échevins fùrent députés pour arertir M' de Sully de Tenir prendre sa place en rassemblée, n fit réponse qu*il était incommodé d*une colique, qa il priait toute rassemblée de rexcuser, et que, au surplus, la rupture du pont ne pressait pas, parce qu*il avait eu nouvelle de la marche de Tarmée des ennemis, laquelle ne serait à Chaumont que le dimanche suivant ; de sorte que si elle venait vers Mante, ce ne pourrait être que deux joursaprès. Cela rapporté à l'assemblée le maire et les échevinsle Airent voiret le prier de vouloir bien ordonner la rupture du pont. HT de SuUy les pHa derechef, de remettre l'assemblée et envoya le lieutenant dn roi, qui était de sa suite, donner ordre pour la garde. Celuici ne voulut pas que les capitaines tirassent au billet y à Vordinab^e, mais voulut que Tun des capitaines qui était bailli de Rosny, allât ù la porte aux Saints.

Cependant M' de Sully, depuis son arrivée, avait faitentrer dans la ville, grand nombre de gentilshommes de ses amis et la même nuit du premier au deux* mars, environ sur les trois heures du matin, il flt introduire dans la ville, par

Nicolas Fournier, maire, qui porta les clefs de la porte aux Saints, avec le lieutenant du roi, le sieur de Saint-Quentin, lieutenant des gardes de Son Altesse Royale (1), avec trois cents cavaliers, tant des gardes de Son Altesse que autres, sous prétexte de gens de guerre qui venaient au sieur de Sully pour s'opposer au passage, et aussi qu'ils lui apportaient un paquet du roi. Cela fut fait par un ordre secret donri" au sieur Fournier, qui se leva exprès pour aller faire ouvrir ladite porte. Et le sieur de Saint-Quentin ayant demandé à parler au sieur Fournier maire de la ville, celuici sortit hors la porte pour lui parler et eurent une longue conversation ensemble.

Le deuxième jour de mars, au matin, le maire et les échevins furent trouver M' de Sully et lui dirent qu'il était nécessaire de rompre le pont, attendu qu'ils avaient eu avis que les ennemis avaient logé aux environs de Magny. 11 leur répondit que c'était son affaire, que l'ordre du roi était pour lui et non pour eux ; qu'il savait le temps d'exécuter ce qui avait été résolu.

Le même jour, sur les deux heures après-midi, parurent sur les côtes des Célcstins, neuf escadrons de cavalerie en bataille, dont le maire et les éclievins eurent avis par les habitants qui étaient en garde, le guet qui était sur la tour (de Notre-Dame) n'ayant aonné, à cause de la défense absolue quilui en avait été faite pa?* M' de Sidh/ et le maire. Us furent trouver à Tinstant ledit sieur Sully, lui firent voir les escadrons et demandèrent qu'il fut procédé à la rupture du pont, qu'il n'y avait plus de temps à perdre. M' de Sully se vojant ainsi pressé, fut lui-même à la porte du pont, assisté d'un grand nombre de noblesse et gens de sa suite et s'étant saisi du corps de garde, il fit entrer par cette porte du pont, deux à trois cents cavaliers et quantité d'officiers, d(;squels il retint une partie dans la ville et fit passer le reste pour loger aux faubourgs laissantenvirun six coûts cavaliers logés à Limay pour garder l'avenue du pont.

(1) Gaston, due d*OrléMif, onde de Loais XIV. Oa voit qne Montlenr joignit réellement ses troupes à celles amenées par le due de Nemonn.

GUERRB DBS PRIMCB8

Le Ltentenant-Général, leproeareur da roi, le maire elles échevins étant avertis de ce passage, se plaignirent à lui de ce procédé, disant qu'il était contre Tordre du roi, qu'ils s'en plaindraient à Sa Majesté. Ils protcslArent de n'être aucunement responsables de cette action à laquelle ils ne consentaient. A quoi il leur (It réponse, qu'il n'était pas obligé de leur rendre compte de ses actions, qu'il était leur gouverneur, qu'il les ferait bien obéir et qu'il répondrait au roi de son procédé. Qu'il n'y avait aucune apparence de s'opposer au passage, attendu que Monsieur de Beaufort. avec trois ou quatre mille hommes de fjuerre, n'était qu'à trois journées de la ville, du côté de Chartres (1), et que si l'on faisait résistance, il les y viendrait forcer.

Le dimanche .T Jour <\o mars. M' Je Sully ayant nMii|)li les corps de irardo des cavaliers ({u'il avait fait entrer ei on ayant placé à toutes les avenues do la ville, il fut à la porte du pont où était M. de Nemours, que le capitaine de la «^anle avait arrêté à la barrière et lui tenait Téponton (2) à l'estomac.

Et aussitôt M' de Sullv' le Ht entrer dans la ville, avec fîrand nombre d'oniciers de Tarraée, qui furent tous au Château où ils tinrent conseil. Et sur le midi, ils retournèrent tous à la porte du pont, où étant, ils fîrent entrer huit réj^iments de cavah'rie, tant français qu'étrang-ers. et trois régiments d'infanterie, avec ^«-rand noml»re de chevaux, chariots et mulets de bagages, messieurs de Nemours et Tavannes marchant à la tète, avec tymbales, trompettes, tambours battants et enseignes déployées ; les ofilciers ayant Tépée nue et les cavaliers le pistolet à la main (3). Cela fait, lesdits sieurs de Nemours et Tavannes tarent traités par monsieur de Sully an Château.

Le lendemain 4* du même mois, le sieur de Sully étant encore saisi des corps de garde du pont et des carrefours,

(1) On a va que la jonction eut lieu vers Houdan.

(t) L'Bipootoii était un« eapèca do derai-pique, à l'au^ ■^lanwmt dm «fBcien aubalteriMs d« riofuntarie.

(3) Ceci prouve que la villa était ampriae et qua la gonvernaor enignait on oioavomeat populaire.

par les forces qa*il avait» fit, accompagné des sieurs de Nemours et deTaTannes, passer le surplus de Tarmée qui était d'environ trois mille hommes d*inCanterie, de quatre pièces de canon, Tattirail et quantité de bagages, avec un gros de cavalerie d*arrière-garde, qu*il retint dans la ville jusqu à son départ.

Le même Jour, fut apporté par le sieur de La Nô, aide-decamp du sieur Digby, deux lettres de cachet du roi ; Tune adressée au sieur de Sully et l'autre aux maire et échevins de la ville et aux habitants. Ayant été conduit au Château il présenta la lettre à M' de Sully, lequel ayant su qu il y en avait une pour les échevins et les habitants, dit qu*il la voulait voir et obligea le sieur de La N6 de la lui mettre entre les mains, n retint cette lettre par devers lui, sans Jamais la vouloir rendre ni communiquer aux échevins et habitants ; ce dont le sieur de La N6 leur ayant donné avis, il en demanda acte par devant notaire, ce qui lui flit octroyé, comme aux dits maire et échevins ce réquérant, à la réserve du Lieutenant-Général, du procureur du roi, des officiers et habitants. Le sieur de La Nô étant retourné pour la seconde fois au Château, il (Utarrêté parles sieurs de Nemours et de Sully.

Ceux-ci avant leur départ délibérèrent de laisser 500 hommes en garnison à Mantes. Ayant mandé le Lieutenant-Général, le procureur du roi, le maire et les échevins, pour souffrir cette garnison, ils la révisèrent absolument, déclarant que cette garnison ne demeurerait pas longtemps. Après ce refus, les sieurs de Sully, de Nemours et de Tavannes, Coligny (1) et Clinchâmpii (2) et autres officiers de Farmée» montèrent à cheval, partirent avec la noblesse, le gros de la cavalerie et Tarrière-garde qu'ils avaient retenue dans la ville.

(1) Jean de Saligny, dit le comte do Culigny, parlisan de Coiido, dont nom dterona les Mémoire.

M. «le Ni iiiours, apr^'s avoir pass»? la rivière, vint ici voir Monsieur i t aiuc-na avec lui M. le baron de Cliuchamp, qui coiiiiuaudait toutes truupes que le roi d'Espace «Yait données à 11. le prince, et quantité de se» onicitirs qui étaient étrangers et qui voulaient voir Paris. • Mémoire* de Montpensicr. Coll. Micliaud, p. 88.

[10Ô2] OUICRRU DBS PRINCES 451

Comme ils sortaient de la porte aux Saints, ledit M* Nicolas Foumier, maire» les ayant suivis jusqu'à la porte aux Saints» s*écria : « M' de Sully, vous me laissez ! Souvenei- I» vous de votre parole I » Ce qu'entendant le sieur de Sully, il s'arrêta avec toutes les troupes et ledit Foumier s*étant mis entre les sieurs de SuUy et de Nemours» sortit de la porte de la ville, à laquelle les habitants qui étaient de garde le voulant arrêter, en furent empêchés par ledit sieur de Sully et par M* François Gouel, beau-firère de Foumier (i) qui se jeta dans IVscadron on voyant qu'on voulait aussi l'arrêter. Le sieur Gouol sortit ainsi avec sonbeau-frero. à la faveur de la troupe et riin et l autre s'évadèrent ainsi de la ville (2), Ce qui causa dans l'instant, «jrand tumulte et émotion populaire parmi les habitants. Elle l'ut arrêtée par une assemblée tenue à Tinstant, dans laquelle on convint qu'il serait informé de l'évasion du sieur Fournier. do ses pratiques et complices, et en serait donné jtromptomt'nt avis au roi, pendant que le plus ancien éclievin reuqilirait la cliariie de maire, Pourcmj)«'c'her le peuple qui était assemljlé. de j)iller et brûler la maison de Fournier, le sieur Lieutenant-Général fut i)rié de s'y transporter ; ce qu'il fit. ' Ce que dessus sera vérilié par actes d'assemblée, procès-verbaux et informations encomlueucés, si besoin est. J M.

Outre les mémoires que nous avons cités, il a été imprimé sur cette affaire» une petite brochure de huit pages que M. A. Benoit à publiée dans le Journal de Mantes (3). Elle a pour titre : Relation vériiable contenant ce qui s'est fait et passé à Mantes à f arrivée des trottpes conduites par Moi s ir xr le duc de Nemours acec la hifii-che d>' Inflilc armée, raris l(>Ô2.

Voici quelques détails pa: ticuliers. {\\\r nous y ri lrvons. « Mon- >i<'Uf dWuniout. C'itoyaiit la rivière de Seine, lit drtacher de ses troupes, huit cents chevaux qui étaient cumniandéspar M. I)ij,'l>y, à cette tin d cuipécher que la Franco ue reçut ce saluluiru

il) «Où avait logé M. do SuUy, » ajoute le xm. M.

{%) • Ainsi M. de StUly, gouverneur, Nieolas Fournier, maire, et Frun<;oii« Gou<?:. bcau-frèto tludu Fournier, vendirent la viUe etlaUvrèrent. «If. (3) N« du a aeptembre 187;?.

452 CHRONIQUB DB MANTES [KBS]-

remède de la main du Tout-Puissant ot s'»Misovolit dodans sos niiiips... Ces huit cents chdvaux paruront dans la plaine, samedi deux de ce mois, sur les deux heures aprt^s-midi. Mais comme ils surent que M. de Coligny conduisant six cents chevaux allemands s'était emparé de la hauteur du dessus des Célestins, iU ii*os6reiit aller receToir la peine de leur témérité.

« Le lendemain dimanche, sur les onze heures du matin, le gros de Tarmée commença à défiler et à 8*approcher do Mantes. Monsieur de Sully vint au-devant do monsieur de Nemeurs et quoique la ville était sur point de branler, elle en fut distraite, par le bon génie de la France.

« Monsieur do Nemours, enflammé du désir do renverser le tyran (Mazarin\ no voulut pas arrêter ;'i Mantes, et conduisit l'armée jusqu'à Dammartin, accompa;L,'ne de Sully. »

Pour ne rien omettre de tout ce qui concerne cet intéressant événement, voici encore un passage des Mènwij'cs d'un des principaux acteurs, le comte de Goligny-Saligny. On y voit la parfaite complicité du duc de Sully, et la ruse de guerre qui fut employée pour faire croire aux habitants de Mantes que toute l'armée de Nemours était auxCélestins, quand ce n'était qu'une avant-garde.

« Au commencement do mars 1652, M. le duc de Nemours

<^tant venu à Bruxelles, en repartit a* ec une armée, composée de sept ou huit mille hommes, tant de nos troupes (juo de celles que les espagnols nous avoient données, sous le coiumandement du baron de Cliiichamps. Nous enlrasmes par Fonsomme, marchasmes vers lîeauvais, en tirant du costé de Mantes, dont le duc de Sully estoit le gouverneur, et nous avoit offeH le pas» eage sur le pont. Estant arrivés à deux journées de Mantes, un escuyer dudit dius vint en diligence trouver M, de Nemours, pour lui demander du secours, parce que les habitants de Mantes sesoulevoientetnevouloicnt point livrer le passage; je fus commandé avec huit cents chevaux et fit tant de diligence que j'arrivayjustementdansle temps que les habitants commençoient à rompre le pont. Je me mis en bataille sur les hauteurs, faisant paroistre d(! loin beaucoup plus de jurais que je n'en avois, ne faisant que deux rangs de mes escadrons, ù qui de piusjc lis occuper un grand terrain sur une seule ligne ; cela épouvanta les habitants et les réduisit à obéir eniièrement au duc de Sully. « Dès le mcsmcjour je fis passer cinqcents chevaux au milieu

GUERRE DES PRINCES

(le la \ illo, et rae logeay au faubourg (Limay) du costé du pont, dont je me rendis maistre. Le mrsmejour que jarrivay d'un costé, le comte de Broglie arriva derautre^aTec mille cheTaux, pour donner secours à la ville et 8*en rendre- maistre pour le roi, comme les habitants avoient désiré ; mais estant arrivé trop tard, et la place nous étant demeurée, il fut contraint de B*en retourner, et passa et repassa dans le quartier des cents chevaux sans s'apercevoir qu'ils y fussent (1). »

Enfin nous ne saurions omettre la relation ins(!'rôo par Jean Loret dans sa Muze liisto}'iqnc (2). Son l écit n'a i^as seulement une sav<'ur toute pariiculière, il niontic que la marche de Nemoins était connue j>ar avance, puisque dès le 25f(''vrier, Loret ^avait à I*aris, que l'armée de secours devait passer à Beauvais et à Manies. Le duc de Sully avait donc bien été envoyé pour défondre le passage, et sa défection n*en était que plus répréhensible.

« Ces cinq ou six mille étrangers Qui vienneut secourir Angers Ont, de la Belgique contrée, Dans la France fait leur entrée, Dont certes les pauvres Picards Sont tous tristes et tous hagards.

Us ont, dit-on, p.n' la Tiéi-aolio Commencé leur iuncsle marche, Et, malgré les chemins mauvais, Ils doivent passer par Beau vais.

De là, par la ville de Munto, Qui n'ost plus à prczont charmante Comme elle ctoitpar le passé, Aius (mais) froide comme uu trépassé, D'autant que tous les beaux vizagcs, De erainte de leur pucelages Kt de tout plein d'autre mal-heurs Ont clierché des gîtei5 ailleurs.

J'ay toutefois entendu dire Que, par ordre de notre Sire, Sully, brave et puissant seigneur Qui dttdit Mante est gouverneur, Est à ce torrent et ravage

i\] Mémoires du comte de Coligny-Haligny. EU. Monmerqué. Cl) Publiée par Jannet et Daflto, 4 v. in-S*.

Allé disputer le passage

Et s'enfermer dans la cité

Pour y servir Sa Majesté ;

Du paîs aussi la noblesse

Veat, dit-on, montrer sa prouesse

Par un généreux armement»

Et les païzans mesmement,

Pour réprimer les insolences

Les désordres et violences

De CCS Espagnols et Flamands,

Que l'on estime un peu gourmands. »

Le 3 mars, Loret n'avait pas de nouvelles certaines de Tar» mée de Momoars, aussi se tiont-ii sur une prudente réserve :

« Du eamp étranger qui s'avanee Pour venir au cœur de la France,

D'An{?ers et du duc de Beaufort, Par tout Taris on parle fort, Mais d'une lagon si diverse.

Et souvent mesme si perverse Que j'ay résolu sur œ point De n'en parler a jjourd'hui point.

Mais peut-être l'autre sem iine, SU en Tient uouvelie certaine. »

Il en parla bien la semaine suivante, mais si peu que nous ne rapporterons point ce qu'il en dit.

Les troupes espagnoles et allemandes conduites par le duc de Nemours / taient, on Ta vu, au nombre de six à sept mille hommes. Elles ne firent pour ainsi dire que traverser Mantes. Aprrs avoir opéré sa jonction av( c le duc de Heaufort. Nemours s'en alla à Paris pour se concerter avec les chefs du parti, le duc d'Orléans et le Parlement. Car celui-ci, malgré sa rébellion contre le roi, n'agissait qu'avec lenteur, gardant en tout, un peu de ces formes solennelles et régulières habituelles aux corps judiciaires.

La cour montra une extrême irritation de la trahison du duc de Sully, ainsi que Tindlque la lettre suivante, envoyée à la ville. Le gouvernement de Mantes lui fut 6té» mais ce ne fût que pour un temps.

§ 216. Lettre du roi, envoyée aux maire, échevins et habitants de Mante. — « Chers et bien amez. iîous

GUERRE DES PRINCES

M avons apris avec un extrême déplaisir, le passage de nos » Ennemis» avec leur arrivée sur le pont et dans notre ville » de Mante, pour venir au-dcça de la rivière de Seine ; que » le duc de Sully se serait servi de rautorité que sa charge n lui donnait en cette ville et des pratiques qu'il avait dedans » avec le maire et ses adhérans, pour trahir la ruU^lité » des habitans et pour les surprendre ; que son infidélité ait » prévenu Tordre que nous avons donné pour vous prévenir » en cette occasion, et qu'il ait rompu le dessin que vous » aviez de vous opposer fortement à ce passage. Le récit et » les actes que vous aves envoyoz au sieur Duplessis, secretr » taire de nos commandements, de tout ce qui s'est passé en » cette ville, sur cette conjecture, et les avis que nous avons » reçus d'ailleurs, nous assurent du devoir que vous y avez » rendu ; que vous avez taii en cela tout ce qui deppendait » de vous. Mais pour empescher que le dit duc ne mette » encore une fois cette ville de Mante à la discrétion de nos » ennemis et qu'il n 'abuse plus du gouvernement qu'il enavoit, » Nous vous deffendons de le reconnoistre pour gouverneur » de ladite ville et d'avoir désormais aucun commerce avecluy. » A cette occasion et pour vous témoigner que nous sommes » touchez du déplaisir que vous avez de ce qui est arrivé en • vostre viîle sur ce passage, et que nous trouvons bon que M ceux quiron favorisé contre vostre intention, portent Japeine » que l'on doit à leur perfidie, Nous voulons que le nommé » Nicolas Fournier, maire, demeure interdit de cette charge » et qu'il soit procédé à l'élection d'un autre maire pour le » temps qui reste à exercer, qu'il soit informé contre luy et » contre tous ceux qui ont favorisé les ennemis, et que leur M procès leur soit fait et parfait, selon les ordonnances. » Comme nous voulons prendre un soing particulier de vos- »tre conservation et empescher que nostre ville de Mante » ne tombe par une autre fois dans le malheur dont elle témoigne estre affligée, Nous avons cru que pour la ga- » rantir, Nous n'en pouvions mettre et commettre le soin » à une personne qui pust s'en acquitter plus dignement » que le sieur Digbi, notre Lieutenant-Général en nos

» armées. Nous l'avons clioisy pour comuiander dans » nostre ville de Mante, pendant ces mouvements. Nous )» avons aussy commis le sieur La No, pour servir en » qualité de notre lieiitoii.int sous son autorité, dans la » confiance que nous avons en l'expérience et la lidrlité »> de I tin et de l'autre. Nous désirons que vous ayez à les » reconnoistre et leur obéir, en tout ce <iu'ils vous ordonne- » ront pour vostre sûreté et pour noslre service, conformé- ») ment aux j)uuvoirs ([ue nous leur en avons fait expédier. )» Et pour ne rien ol)mettre à tout ce qui peut servir à vostre » seureté. Nous ordonnons à nostre oncle le duc d'Elheufet à >» nostre cousin le maréchal d'Aumont s'avancer avec une » partie des troupes de nos armées, pour vous assister selon M le besoin que vous en avez. Et nous entendons que vous » ayez recours à eux pour cet effet et lorsque ledit sieur Digby » et vous, le jugerez à propos. Et nous assurons que vostre )• bonne conduite répondra toujours à la bonne opinion que » nous en avons, Nous vous promettons aussy que vous » recevrez de nous, toute la protection que vous devez atten- >» dre. Donné à Tours, le 12" mars 1G52. Signé, Louis et i)lus » bas : Guénégaut. Et sur la subscription est escrit : A nos » chers et bien aimez, les maire et échevins et habitants de » nostre ville de Mante».

Cette lettre (ùt reçue àlfantesle23mars, le jourmémede rarrivée de lord Digby, qui en présenta une autre, dont voici la teneur :

^ 247. Copie de la lettre de Sa Majesté à monsieur Digby. — « Monsieur l)igl)y, Après In faute qu'a commise » le Duc de Sully, gouv(îrneur de ma ville de Mant«\ d'abu- » ser de l'autorité que cette char^^o luy donnoit pour faire » servir cette ville au passade de mes ennemys. J'ay cru N que j)()ur la garantie d'une telle surprise et pour entrete- » nirles officiers et les habitans dans les bonnes intentions » (ju'ils ont témoignées en ce rencontre et en tous autres >• pour mon service. .Te n'en pouvois commetlre le soin à » une personne qui pust s'en acquitter plus dignement que

GUBRRR DES PRINCES

» vous. Je vous envoyé la commissiez que je voiis ay liât M expédier pour cet rflot, et en même temps j'ordonne à »» ceux lie cette ville (pTils ayent à vous reci-tnnoi.stre » et vous obéir en lotit ce (jue vous leur ordonnerez )» pour mon service et pour leur conscrv atinn. Comme » j'ay cru aussy (pie vous auriez l)esoin de quelqu'un \)0UT » vostre soula^rement et pour servir dans celte ville en vos- » tre absence, j'ay trouvé bon que le sieur de La Nô y exer- » ceast la cbariro de mon lieutonant sous v(Ktre autorité. Je » say la contiaiu-o qiu^ vous avez à sa fidéliii- et en son ex- » périt'iico et je me suis j)r(imis (pi'il s'acquitt(M'oit soigntui- » sèment de cet emjjloy. Kt })arce (pi'il est iu!'c('s<air(» cpio )• vous soyez partiruliéreUKUit iiiinmit' de tout co (pu^ j'ay » résolu pour la satisfaction des oHicirrs et liabitans de ma » vilb; lie Mante, je vous diray que je leur déllVuis de recon- » noistre le duc de vSuUy, leur îi:ouverneur et d'avoir aucun » commerce avec luy. A cette occasion, j(; leur ordonne » d'interdire le nommé Fournier de la charge de maire, » d'informer contre lui et contre ses adhérans, de leur faire » leurs procès suivant les ordonnances du royaume, depro- )» cedder à l'élection d'un autre maire, pour le temps qui » restoit à Fournier. Et qu'en cas que la nécessité le re- » quiert, ils considèrent avec vous s'ils auront besoin de » secours. J'ordonne à notre oncle le duc d'Elbeuf et à no- » tre cousin le maréchal d'Aumont, de leur en donner; je » les fais avancer avec les trou])es (pi'ils ont tirez de ujos » armées, pour servir à leur besoin. Dans cette conjonctiH'C »> et pour empescher mes ennemis de repasstu^ la Seine, je ») remets à votre prudence d'en user connue vous le jugerez M pour le mieux. Et sur tout, je vous recomuuuide de vivre " en l)onne intelligence avec les olficiers et liabitans de ma » ville de Mante ; le déplaisir qîj'ils ont eu d'avoir été des- » cens par leur gouvei neur et leur maire, et la fidélité (pi'ils » m'ont toujours témoignée, m'oldige de prendre un soin » particulier de leur soulagement. Je vous assure que le » contentement que vous leur donnerez, augmentera celiiy 1» de vostre conduite et de vos services ; c'est ce q^ue je me

458 CHRONIQUE DE MANTES [lfl5>]

» promets de la considération que vous avez pour les choses •» que j'affectionne. Cependant je prie Dieu qu'il vous ayde » et qu'il vous ait en sa sainte garde. Ecrit à Tours le 12* »> mars 1052. Signé, Louis. Et plus bas, de Guénégaut. Et »> sur la subscription est escrit: A M' Digby. »

Nous n'avons trouvé aucun renseignement .sur ce Digby, nommé commandant de la ville et du Château de Mantes pendant la disgrâce du duc de Sully. Nous avons cité un passage dos Mémoires du cardinal de Retz où figure sou nom ; les éditeurs ne l'ont fait suivre d'aucune note.

Il est probable que cet officier d'origine écossaise, « étranger » comme il le dit dans sa harangue, vint on Franco à la suite do la reine Honriette-Marie, vouvc de Charles Stuart, roi d'.\ngletorre. Le duc d'Yorck son fils, ne le nomme pas dans ses mémoires.

11 appartenait sans aucun doute encore, à cette famille des Digby, dont le plus fameux est celui qui prit part à la Conspi- }-alion des Poudres, sous Jacques I". Kenelme Digby, le chevalier Digby, dont parle longuement Morery, était plutôt un philosophe qu'un militaire. H avait un fils qui embrassa la carrière dos armes et qui pourrait être celui de Mantes.

§ 24.S. Harangue de milord Digby, Lieutenant-Général des armées du roi, faite à l'Assemblée générale de la Ville de Mante, sur la lecture de la précédente Lettre, pour établir ledit S' Digby dans le commandement dudit lieu, à la place de M' de Sully, le 23' mars 1652.

« Messieurs,

» C'est une grâce tout â fait extraordinaire que Sa Ma- » jesté fait à un malheureux étranger comme moi, que de » lui confier une ville au milieu de son royaume, de la consé- » quenco de colle-ci, dans les conjonctures présentes. Je » n'aurai jamais assez de sang ni de vie, pour lui en faire )> comme je dois, les très humbles reconnaissances. Cepen- » dant je vous assure. Messieurs, que la grâce m'est rendue ») plus chère par la croyance que j'ai que l'affection que » vous avez témoignée pour moi, a eu sa part à me la pro-

[1052J GUERRE DES PRINCES 450

» cxster, ci que tos melinations propres ayant devancé, et » secondé, à cette heure, Tautorité du roi, me donnent une 1» Juridiction toute particulière sur vous. Je tous promets » bien, Messieurs, que Je n*abuserai ni de Tune ni de Tau- » tre, mais que je les exercerai toutes deux, Dieu aidant, M avec douceur, modération et désintéressement. Je vous » dis : modération en tout, à la réserve des choses qui re- » gardent avec importance le service du roi. En cela. Je » vous prédis que vous me trouverez violent. Mais Je me » promets bien aussi qu^en cette matière, vous me dispu- » teres, à Fenvi, Tardeur de la violence. Certainement, » Messieurs, si après les lettres du roi, que vous venez d'en> » tendre, vous y pouviez manquer, vous seriez les plus » ingrats et les plus inexcusables de tous les hommes. Car » je défie toute Thistoire, de fournir un exemple pareil à la » bonté du roi, envers une ville tombée si récemment dans » une disgrâce si fbneste à la réputation de sa fidélité. En » quels termes plus obligeants ni plus tendres, pouvait-il » écrire aux plus chers de ses sujets et aux plus impecca^ » bles? De sorte. Messieurs, que ce malheur d*avoir donné » passage à Tannée des ennemis, qui sous un roi d*une clé- » mence moins admirable, et sous un ministre moins » doux (1), vous aurait pu imprimer un tache permanente, » n*a autre effet, sur votre innocence, que celui d*un petit » brouillard qui donne sur un cristal bien poli, qui le ternit » quelque peu en passant, mais dans un moment, ne lui » rend pas seulement son lustre, mais semble Tavoir aug- » menté. Il est certain que les rois ont un caractère céleste, » mais dans ce rencontre il semble que notre bon roi ait eu » des lumières tout à fait divines, par lesquelles. Messieurs, >» il a pénétré jusque dans le fond de vos cœurs. 11 ne vous » parle point selon Textérieur et le visible de vos actions, » mais il est alK> prendre dans Tintérieur de vos âmes, les » assurances de votre fidélité, pour vous en laisser ensuite, » par ses lettres, un témoignage illustre à la postérité. Cela

(1) Il s'agit du cardinal Mazarin.

CHKOiMQUE DE MANTES

>» étant, je ne doute nuUement qae vous n'employiez doré- » navant tous vos soins et tous Vos efforts, pour rendre » toutes vos actions à Favenir, conformes à une approba- » tion si indulgente de vos intentions passées, et que vous >» ferez voir à tout le monde, que vous n'estimez ni vos » biens, ni votre vie pour le service de votre roi. Et pour la » part que j'y dois avoir parmi vous, soit dans Texéeution, M soit dans la conduite, Je ne vous demande que la confiance » et lamitié que vous ne pouvez refuser sans injustice, à N une personne qui a une telle passion pour vos intérêts, >» qu'il doit passer parmi vous pour confrère adoptif de cette » ville. »

« Les sages précautions que prit le roi pour la conservation

de la ville ne furent pas inutiles. L'armée des j^rinces avait passé sans faire grand dommage, mais ses chefs virent quelle

faute ils avaient faite de n'y pas laisser une bonne ^larnison. Ils voulurent réparer cette faute et firent retourner un corps de trouiies. Comme elles n'avaient pas île canon, elles fmvnt reçues par l»s habitants qui étaient sur leur garde, à bons coups de mousquets (1). »

Ces troupes durent renoncer à leur entreprise et quelque temps après elles se trouvaient réunies à Etampes.

§ 1^9. Cïopie de la Lettre du Boi, envoyée aux maire» échevins et habitants de Mante, pour empêdier le retour de M* Nicolas Foumier.

» Chers et bien amez, Nous avons remarqué pendant no- . » tre séjour en cette ville, que la perfidie qu'a conmiise w Nicolas Foumier, en favorisant le passage des ennemis » de cet Etat, Ta rendu si odieux parmy ses concitoyens, » que le regret qu'Us ont d'avoir vu leur fidélité trahie par » celui qui, en qualité de maire devoit conserver l'ancienne » pureté, ne leur permet pas d'entendre parler de luy sans » horreur et moins encore de le souffrir dans leur Ville. Que

(1) Chresti«a.

« De par le Roy,

[16Se] GUERRE DES PRINCES 4AI

» comme lour avorsioii n'est pas moins jrraiule qiio sa » faute, on doit craiiKlri» qiio son retour n'y excite quohiue » trouble et n'y soit pit'>jihiicial)le autant que ses artifices. >» Dans le désir que nous avons de pr. venir ces iiiconvé- » niens et de témoigner aux habitans que nous avons égard » aux justes ressentimcns que leur zelle leur donne, nous I» avons résolu d'exclure ledit Fournier de sa demeure ordi- » naire en notre vUle de Mante. C*e3t poLH'«|uoy nous vau- » \om et vous mandons que conformément à notre inten- » tion, TOUS ayez à luy en empescher rentrée et tenir la » main que désormais il n'y fasse aucune habitation. Donné » à Tours (1) le 14 octobre 1652. Signé, Louis. Et plus bas, » DE GuéxéoAUD. Et sur la suscription : A nos chers et bien » amez officiers, maire, échevins et habitans de notre ville ^ » de Mante. »

liC 15 juillet 1653, le sieur de La Pierre, exempt des gardes de Sa Majesté et commandant dans le Château de Mante, déclara à Messieurs du Présidial qu*il avait une lettre de cachet à eux adressante de la part du roi. Messieurs du Présidial qui étaient assemblés à la chambre du conseil, lui dirent qu'il eut à leur donner cette lettre, qui portait et commandait à Messieurs du Présidial, qu'ils eussent à rétablir le sieur Fournier en la charge de Lieutenant particulier, ce qui fut fait. Mais M" les maire, éclievins et habitants qui étaient dans l'auditoire assemblés, firent remontrance à Messieurs du Présidial, que par lettre de Sa Majesté ci-devant écrite, il leur était défendu l'entrée dudit Fournier et son habitation dans la ville de Mante ; qu'ils allaient députer de leur part, pour envoyer au roi. Messieurs du Présidi:U ordonnèrent qu'ils f(»raieiit telles remontrances au roi qu'ils jugeraient à propos et que bnlit sieur Fournier s'altsenterait de la ville, dans laquellii} il était entré ledit Jour à quatre

(l) Cette erreur e»t reproduite par toos les manuscrits. Le 14 octobiv

Louis XIV r't.iit à M »ri?'^ ] oiitKriionc«'MH'nt d».- lu Ivttii- \o ptoiivo. » Nous avons romun^uu pendant noire séjour en cette ville. » Ellu doit ctre datée de Mutes.

402 CHRONIQUE DE MANTES [Ifltt]

heures du matin. [Il en sortit en effet et n*y remit le pied de sa vie.] Chr.

Le trente dndit mois, sur les cinq heures après midi, fut conclu par une assemblée des habitants» que le nom du sieur Fournier serait effacé de la planche de marbre qui est sur la porte de l'Hôtel-de-Ville (1) ; ce qui fût exécuté par les maçons et charpentiers à Theure même.

Sur une petite feuille volante attachée an manuscrit â*Aubé, on trouve la liste suivante, i la suite du long récit qu*on vient de lire :

Noms dt.'s maire et esclicvins :

W Nicolas Fournier, lieutenant particulier, maire,

traitre.

>r Estiene Bouret, escheviu.. depuis maire de ville, bon serviteur du roi (2).

W Jacque Faroul, sieur de Dampont, président au grenier à .sel.

Mazimilien Faroul et Denis Xienoir, eschevins, royal* Ustes.

Noms de ceux qui ont été exilez :

M** GouSl» lieutenant assesseur criminel» par maxime (?) M' Gouel, avocat, par maxime.

M' Barquillet, éleu, beau-frère du S' Fournier. Jean Daniel et toute sa famille, qui était concierge du Château de Mante.

Jacques Lhuistre, chirurgien de la maison de Sully.

Voici ce que raconte Chrestien des suites de cette trahison du maire de Mantes :

« Nos habitants étaient si outrés d*avoir été trahis dans ce passage de l'armée ennemie, que ne pouvant pas s*en prendre à M. le duc de Sully qui en était le principal auteur, ils poursui-

(1) C't*st la seule raeiition que nous connaissions de cette plaque da marbre. Contenait-elle les noms des maires de Hantes? noua rignorona.

v2) Il obtint des lettrea de noblesae de Louis XIV, à cause de aa fidélité. Chr.

GUERRE DBS PRINCES

virent le s' Fournior jusque dans sa posiTitu ; car son fils s'étant tait pourvoir de la char^^e de lieutenant particulier de ce bailliage sur la démission de son père, et s'ôtaut établi en cette ville, plus de trente ans après cet évcneaient, il y fut regardé avec tant d'iadignation et de si mauvais œil, que nos liabitants ne pouvant oublier cette faute du père, fis le chargèrent de trois cents liores de tailles^ à quoi ils l'imposèrent, au Ueu de cinq sols que payaient ordinairement les officiers du présidial ».

Peiidaut (jne les Espa;^nols du duc de Nemours passaient à Mantes, la (Muir no pouvant ou ne voulant rentrer dans Paris qui criait par dessus tout : Pas de Mazarin 1 se tran>^i)urtait sur tous les points ou le parti des princes était le plus d craindre. C'est ainsi qu'elle avait été dans le Poitou, dans la Tuurainc, ù Angers, etc. Au mois de juillet elle vint à Pontoise, oû slnstalla le Parlement royaliste, destiné à contrebalancer Taction de celui de Paris et a lui opposer arrêt contre arrêt.

« La cour ne fut pas plustôt arrivée à Pontoise, qu'on publia qu'elle en devoit partir le lendemain, pour aller à Mantes 1 1 d ont le gouverneur avoit ouvert les portes aux Espa^Miols et leur avoit facilité le passa;,'c de la Seine sur le pont de cetti' ville. On accusa niènu,' le chancelier :Sé;;uier) d"y avoir contribué, tant parce qu'il était b»'au-pére du ;rouvt.M'n('ur (jue parla crainte qu'il avoit de voir sa maison brûlée. 11 s'était trouvé aux C(Hiseils qu'on avoit tenu au Luxembourg (chez Gaston d'Orléans, avec M. de Nemours). La demeure de Pontoise ayant été j u^ée meilleure que celle de Mantes, la cour y resta et n'en partit que pour aller à Compiègne où le cardinal do Retz se rendit (2) ».

La visite du coa^jutcur à Compiègne avait deux buts. Le premier et le plus sérieux pour lui, était de se faire remettre par le roi, le bonnet cardinalice ; ce qui eût lieu le 12 septembre. I/autre. était de discuter avec la reiu'S les conditions de la rentrée du roi à Paris, « t <lu pardon plus ou moins avantageux, de tous les Frondeue.s.

Sûre maintenant qu on désirait ardemment sou retour à

(1) La coar ancunement errante,

S'ai'hcmiue, dit-on, vers Mante ;

iiaù j'ay 8C0U d'un sonneur de cor

Qu'à Pontoise elle était encor. Muzê Mstoriqtte.

(t) Mémoires de Brienne^ p. 141.

CURONIQUË DE ^UNTBS

Paris, Anne d'Autriche s'en rapprocha peu à pou. Elle quitta Compiègne, lo 23 septembre, visita à petites journées Creil^ Marines, Mantes (l)etMeiilan, et rentra à Pontoise le 28. C'était là qu'an agent secret des meneurs royalistes et des Frondeurs lassés, le Père Berthod, devait traiter les conditions définitive» d'accommodement, pour la rentrée du roi dans sa capitale.

Ces conditions étant prosqun arrAtéos, la cour se remit en marchf et revint à Mantes le 1 i octobre. Elle y séjourna cinq jours. Voici un passage des Mémoires de Turenne relatifs aux derniers pourparlers et aux décisions prises à Mantes dans le conseil du roi :

« M. de Tureiuu) ayant sçu l'état des choses, fit agréer à M. lo maréchal de La Ferté (2) de demeurer à l'arméo, et il s'en alla à la cour, où la reine lui ayant demandé à son arrivée son sentiment, si le roi devoit aller à Paris, nV ayant qu'elle et le roi présens, il lui conseilla de n'en point perdre le temps ; et comme il avoit la connaissance de Tétat de l'armée et du peu de moyens qu*il avoit d'avoir de l'argent pour la remettre sans être à Paris, il pressa fort cette raison qu'il joignit à beaucoup d'au> très, qui étoicnt que l'autorité du roi étoit si diminuée que l'on ne vouloit plus le recevoir en aucuiit' ^Tande ville ; (lue si Thivor se pa'^soit s-\ns aller à Paris, tout-' la France se souleveroit ; que le r<ii n'ayant plus d'arniée ni d'argent, ni de quartiers pour en remettre une sur pied, ce qu'il avoit ensemble se réduiroit pou à peu à rien, les officiers quittant tous les jours faute de subsistance. Ces raisons persuadèrent la reine, de sorte que la cour quitta Mantes et s'en alla coucher à Saint-Qermain (3) ».

« Pourvu qu'un commun bruit ne mante Le lloy de présent est à M%ute, Mais n'y sera, dit>on, qu'un jour

Et l'on croit que toute la Com*,

S'iMi vient, plus tranquille et plus gaye

Loger à Saiut-Gcrinaiu-eu-L«ayc (4). »

(1) Pendant son «éjodr, Louis XIV tignm la DéelareUlon du Roi contenant

la levoo d<;s inoiiiflcation» portées par l'arrêt 'lo vt-riflcation d' l ;unni«tie accordée par sa Majo-stè. Culte piév*.e, ddlé^ do Mautos, 2G septembre lt>5:^, fut imprimée à Paris, la même année. V. A. B<»noit, Journal de liantes do

9 octobre 1^:2.

(2) Jacques d'Etampos, seignour de la F^rté-lrabault. Il tenait tâte 4. Fannée de Cendé, au-de«aaa de Paris, vers Vilioneuve-Saint-Oeorget.

(3) Mcnioircs de liHenne, p. 449.

(4) Mute historique.

INCIDENTS

Le 2i octobre, le roi Louis XIV rentrait à Paris, et la Fronde était ponr ainsi dire terminée. Il ne resta guère quo le grand Condé pour continuer la lutte à la téte d'une armée étrangère.

§ 2r><). Débordements d'Eaux. — Le iiremior mars lt>50, la rivière était enflée aix pieds par dessus le pont. La plus grande partie des parapets emportée, de même qu'un motilin et des maisons qui étaient dessus. Les bateaux étaient dans la ville, depuis la porte de Chante-à-Loye jusqu'aux Cordeliers. Il y avait un grand l)ateau dans lequel on allait se promener dans la ville, qui était attaché aussi haut qu'un deuxième étage de maison.

§251. Accord lait entra le curé de Saint-Madou et les ohapalains de ladite égliee* — Appert, M* Michel Aupers, prêtre» doyen de Notre-Dame et curé de Saint- Macloa d*ane part, M" Yard et Christophe Faroul, chapelains dadit Saint-Maclou d*autre part : Lesquels, pour éviter toutes les contestations qui pourraient survenir entre eux, sont convenus de ce qui suit, savoir : que ledit sieur curé aura toutes les fonctions curiales, Tadministration des sacrements, que le sieur vicaire fera en Tabsence du curé. Qu'il dira ou fera dire les matines, grandes messes et vêpres, les dimanches, fêtes et veUlesdUcelles, si mieux n*aiment les chapeUuns Ten acquitter et faire chacun leur semaine, comme ils ont ci-devant fait. Auquel cas, celui qui sera en semaine, fera Tolfice. Les chapelains auront une clef du tabjemacle, pour donner la communion dans révise seulement, porteront Tétole aux processions et aux enterrements pendant leur semaine. Le vicaire semainiant comme eux en l'absence du curé, fera quand bon lui semblera lesdites fonctions. No pourront s'attribuer plus grands droits que de coutume, ceux du sieur curé réservés en tout et partout, fit au cas qu'il n'y aille qu'un prêtre-clerc, le vicaire ira à l'exclusion des chapelains, qui ne pourront prendre autre qualité que celle de chapelain. Les cliajielains porteront chape et en auront les droits, à l'exclusion des vicaires ; diront les messes des confréries et obiits en l'absence du

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curé et en recevront» lorsqu'ils les diront, la rétribution. Lesquels chapelains Jouiront avee ledit sieur doyen, par quart, des rentes et legs fkits ou à ûdre à la cure de Saint- Madou ; ils auront le même droit et séance qu'ils ont accoutumé ; seront tous les papiers de Téglise mis dans un coffre dont ils auront chacun une def. Et ne sera fait aucun rachat de rente ou remplacement que du consentement desdits chapelains. Ladite transaction passée devant les notaires de Mante, le 26 août 1663.

§ 252. Le Pont Boufard tombé. — L*an 1073, le 13 juin, sur les huit heures du soir, le pont Boufard tomba par Timpétuosité des ravines. Il passait par dessous, des meubles, bestiaux et autres choses conmie arbres et des maisons, qu'elles avaient entrainées par où elles avaient passé. Il y eût 39 personnes de noyées qui étaient sur ledit pont Ces ravines étaient venues sans pluies. Le pont n'a été relait qu'en 1707.

M. A Benoît a publié dans le Jaw^neU de Mantes (1) les noms des victimes de cette catastrophe épouvantable.

Une des suites de la révocation de l'Edit de Nantes, un d«'s actes les plus iinpolitiques do tout le règne de Louis XIV, fut la démolition des temples protestants. Celui de Limay subit le sort Commun, le jeudi 25 octobre 1685. « M. Bouret (de Beuron , président en Télectlun de Mante et subdélégué de M. de Ménars, Intendant de la Généralité de Paris, reçut la déclaration du roi. portant révocation de l'Edit de Nantes de l'an 1508, et celui de Nîmes de 1620, en conséquence de laquelle, le prêche de Limay, pour les Calvinistes qui y étoient établis depuis ces édits, fut démoli entièrement le même Jour. Et le samedi en suivant ledit s' subdélégué se transporta avec maçons et charpentiers de cette ville et accompagné des huissiers de l'Election et d'archers de la maréchaussée, pour faire démolir celui d'Avernes (2) ».

11 existe à la mairie, une curieuse lettre d'un maire de Mantes, concernant une protestante de BauUeu, hameau de la commune

(1) Numéro du 11 Juin 1813. M. Benoit <Ui s«ul«mdDt 27 vicUmat. (2; Ciuv.

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