‹ La chronique de MantesChapitre 112 sur 143 · RÉVOCATION DE L'ÊDIT DE NANTES · texte numérisé non relu

RÉVOCATION DE L'ÊDIT DE NANTES

deNeauphlette. Elle montre à quelle sunrcillance étaient soumis les religionnaircs qui avaient été forcés d^abjurer à la suite de la révocation de 1683. Leurs actions ot leurs pensées t'étaient ^'pi(^es et quand on avait la pn'UVf de leur retour au protestantisinf», les agents du fisc lo si^,'iialaient avec emiiresscment et s'eniparaient de leurs biens. Voici celte lettre qui doit avoir été adressée à ITutendaut de la généralité de i^aris, et qui signale juslcineut uu oubli des dispusitious fiscales des ordonnances:

« Monseigneur,

« Je lue suis informé avec beaucoup d'exactitude du contenu M delà lettre que tous m'avez fait Thonneurde m'eserire en datte » du 23 du courant, et pour en rendre conte à vostre Oraii- » deur, Je prendrai la liberté de luy dire qu*il est vray, que M damoisclle Anne do Ronault de Beaulieu, qui estoit originai- I» rement de la religion prétendue réformée, dont elle avoit fait

* cy-devant abjuration, estant morte dans sa maison de Beaulieu, » paroisse de Xeaullete, au mois d aoust de l'année dernière » 1714, relapse, sans avoir receu pendant sa maladie ny voulu •> recevoir aucun des sacrenjents de l'église et est enterrée dans » son jardin et non eu terre sainte, le curet ayant fait refus de » la recevoir au nombre des fidelles ; il n'y a eu après son «» déccds aucune plainte n*y information, au sujet de la religion M de cette demoiselle, soit à la requeste du procureur du Roy M du Baillage de Dreux, dans le ressort duquel la maison do^ M fieaulieu est située ;

» Cette demoiselle a laissé douze à treize héritiers du second » au troisième degré qui sont :

» Le i' Robert de Hallot (1) escuyer, s' de la Chartres.

» Le s* Charles de Hallot, escuyer, s' de laBIairie.

» Le s' Robert du Buc-Ricliard, seigueur de Lommoye, etc.

n Voilà ce que j'ay pu aprendre de plus positif. Je voudrois »> bien, monseigneur, qu'il se présentait iiiie plus favorable >» occasion de pouvoir vous .^i^Jinaler toute Tard, ur de mon zèle >» et combien je suis pénétré de l'honneur qu«' vous me faites » do TOUS adresser à moy en cette occasion. Elle m est toute

• glorieuse, puisqu'elle me procure celle de tous renouveler

{IJ Hallot, hameaa de VilUert-da*I>é«»affra.

* les assurances de ma soumission et le respect très profond » aTOC lequel je suis, » Votre très humble et très obéissant serriteur,

I» Lbnoir, procureur du roi au présidial de Mantes. »

Guillaume Lonoir, seigneur (l'Hargcvîlle, était maire de Mantes depuis 1602. Il fit son entrée dans la ville do Mantes pour la première fois, cette année là en qualité de maire perpétuel. La bourgeoisie lui lit une entrée << fort honorable. >» On sonna les cloches, on tira <l<'s coupsde fusils et on se réjouit pendant toute la nuit (i). En 1708, il avait le titre do maire alternatif.

Il n'y avait peut-être pas de quoi se réjouir. Louis XIV était engagé dans ses grandes guerres avec la Hollande et l'Empire. Pour subvenir aux dépenses de toute nature que nécessitait son ambition, il avait créé une foule de charges publiques qui emplissaient à peine les caisses de TEtat, et foulaient le menu peuple. Les offices municipaux fhrent achetés avec avidité par la bourgeoisie, parce qu'ils exemptaient des impositions régulières et de nombreuses vexations fiscales. Chrcstien fait un tableau très noir de la situation à cette époque. 11 estime que les offices de Mantes rapportaient plus do 150,000 livres.

Ce fut d'ailleurs une honteuse duperie, car ces offices, malgré les promesses faites à leur création, furent frappés succt>ssiv<»ment de lourdes taxes, puis enfin supprimés sous Louis XV, pendant la Régence. Les titulaires en furent bien remboursés, mais ce fut en papier de la banque de Lav, c*est-à*dire quelque chose comme les assignats de la Révolution. En 1009, d'ailleurs, pour avoir encore de Targent, Louis XIV inventa le maire alternatif, le lieutenant de maire, les échevins en titres, etc., etc.

§ 253. La croix de Notre-Dame plantée. — L*an 1685,

la croix qui était autrefois ;\ côté du pavé vers l'endroit ou Ton fait ordinairement le feu, la veille de TAssomption, le soir après matines, fut mise dessus la fontaine comme elle se voit à présent.

§ 254. Les fontaines rétablies ; les arbres des Corde* liers plantés. — L an 1689| JËustache Lemaire de Fii-

^Ij 2« Chkv.

éOUSB DE SAINT-MACLOU m

court, avocat du roi au Parlemont et pour lors maire de la ville de Mante, fit rétablir les trois fontaines qui sont dans cette ville : une devant Notre-Dame, l'autre dans le marché devant riIôtel-de-Ville cl l'autre dans le marché au Pain (1). II y avait plus de trente ans qu'elles ne venaient pas. Cela se ûtaux déi)ens des habitants.

En la même année ledit sieur Lemaire fit faire les allées des Cordeliers et planter 258 pieds d'arbres qui y sont encore, sur 975 pas de long. Pour cet effet il fit abattre par les habitants qui y aUaient à la corvée, une grosse butte qui était au milieu et si haute qu'on ne pouvait pas voir Limay.

§ 255. Le chœur de l'église St-Maclou tombé. — L'an

1C92, le jeudi IS décembre (ou octobre, CiiR.), entre les quatre et cinti lieures du soir, le chœur et le ])as-côté de l'église Saint-Maclou toud)èrent ; la cause de cela est que cette église a toujours été mal entretenue. L'on sortait delà prière et heureusement il n'y eut personne de blessé. Les grosses pierres de tailles roulèrentjusqu'au-dessousde la Boucherie.

[ Ce chœur de Saint-Maclou était un bel ouvrage tout en pierres de taille de S. Leu. A la voûte et aux bas-côtés étaient des culs-de-lampe fort proprement sculptés d'où on pouvait juger que cet ouvrage était du règne de Louis le Gros i ! I, après (pic notre ville avait été entièrement saccagée I>.'it ic roi (iiiillatiiJK.^ d'Angleterre. On regardait dans le chœur de cette église, comme un morceau d'ouvrage excellent, un petit clocher en forme de lanterne ronde qui était placé au bout d'en haut de ce clocher, et un escalier en limaçon formé dans un pilier. jK)ur monter à cette lanterne, qui avait servi d'échauguetle, pour découvrir les dehors de la ville, dans les cas de guerre et auti'es occasions de pai'eilie nature et extraordinaire j Ghr.

Il est inutile de relever cette grosse erreur de Chrestien. Le chœur de Saint-Maclou, n'était pas plus du règne de Louis le Oros que la tour actuelle. Cette Toftte en pendentiiiB ou culs-de-

Ct) Roa Porte^QX-SainU.

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lampes» indique simplement une construction du xyi* siècle ou tout au plus de la fin cxtrôme du xv*. D'ailleurs Nicolas Delà*

brosse avait travaillé à orner ce chœur, vers 1535 (1).

Saint-Maclou était sans doute très mal constniit, carde temps en temps 11 on tombait quelque partie. M. A. M()uti('' a dit que cettt' f'gli.sc avait été détruite par h' vainlalism»' révolutionnaire en 1792. Il n'en est rien. A cette époque l'é^'lise tombait en ruine, être fut pour éviter les dangers d'une chute imminente, que la municipalité se décida à la faire démolir. Mais alors, il y avait nombre d*année3 qu'elle ne servait plus au culte.

La tour, du même coup, avait été condamnée. Elle fut sauvée parle conventionnel Paulin Crassou, législateur et poète, qui en avait déjà aperçu le mérite architectural. 11 fit à cette occasion, remarquer qu'on devait respecter les œuvres d'art que le passé nous avait léguées. Ces vues intelligentes malheureusement, n*ont pas toiyours été celles de ses amis politiques.

§ 250. Le chœur de Saint-Maclou rétabli. — L'an 1093» le 15 mars, l'on commença le rétablissement du chœur de l'église Saint-Maclou. Ce tut M. Lenoir, main; de la ville, qui en fit l'adjudication. M" René Barqiiillet, sei<j^neur de Hen- (|ucvill(', conseiller au présidial de Mante, donna pour le rétablissement, la somme de mille livres, et tons les habitants donnèrent à leur volonté. Pendant ce rétablissement, roltice se fit en l'église du prieuré de Saint-Georges.

§ 257. Famine ; grosses eaux. — L*an 1694, il y eut une grande cherté de blé ; Ton voyait le monde dans les prés et dans les îles, jnanger Therbe comme des bêtes. Ce qui causa quantité de maladies de pourpre (2). Il mourait tous les Jours six à sept personnes (3).

L*an 1697, au mois de Juillet, la Seine déborda de quatre pieds, ce qui causa la perte de beaucoup de grain.

Le nianu<:crit Marion consacre un lonfr paragraphe à la paix de Ry.swich sigufV' le 30 octobre 1(507 ; olle donna lieu à Mantes à de grandes réjouissances. Nous supprimons de la décision de

(fl) V. radjttdieatlon de cm travatut, dans las ragUtres de la mairie.

(2) Hémorragie qui ae nantfeate en taehea rouges aoas la peau.

(3) lis. Marion.

FBU D'ARTIFICB

l'Hôtel-de-VilIe, les longues considérations sur la paix et les éloges trop pompoux d(^cernés à Louis XIV, pour ne garder que la description d'un feu d'artifice très curieux.

§258. Paix générale. — La paix générale fut conclue parle roi de France et de Navarre, Louis le Grand et les autres potentats, en 1G97. Il a été fait de-grandes réjouissances par tout le royaume et particulièrement dans la ville de Mante, où il a été tiré un feu d'artifice dressé devant l'Hôtel-de-Ville, par les ordres de M" les maire et éclievins, dont la description suit : (1)

Le théâtre sera de seize pieds en carré ; le piédestal sera de douze, sur dix pieds de hauteur. Sur ce piédestal sera représentée la Paix, comme le motif principal de cette fête, tenant en main un rameau d'olivier. Elle sera posée sur une boule accompagnée de trophées d'où tombera une espèce de banderole où ces mots seront écrits :

Ne soupifiv- plus Jésormais, Je viens a vous et suis la paix.

Âux quatre coins seront représentées quatre figures. Sur la face qui regarde l'Hôtel-de-Ville doivent être les figures de Mercure et de l'Espérance, parce que le premier est le messager ordinaire de toutes les nouvelles, bonnes ou mau- Taises, et que les dieux de rantiquitô Tout toigours destiné à cet emploi; et la seconde,, parce que dans le cours des maux dont la guerre a coutume d'être accompagnée, rien ne les adoucit davantage que Tespérance de la paix. Us font ensemble un dialogue :

Mercure

J'aunonce la Paix à la France, Quéi autre messager fut Jamais plus heureux ?

L'Espérance

Plus je savais partout Louis victorieux, Plus j'cQ avais conçu l'espérance.

(1) Elle a déjà été publiée intégralement par M. A. Benoît, dans le Journal de Manies, du 12 mars 1S73. M. Benoit assure qne ce feu d'artifloe fut ioiSr giné par Charles Santerre, docteur en médecine de Mantes.

A la facd opposée, on yerra la figure d'Hercule^ à droite, comme un héros célèbre par ses longs et pénibles travaux, se reposant sur la massue avec laquelle il a vaincu tant de monstres. On lui fàit dire ces paroles :

Quand oa a comme moi souffert de loags travaux, Que le repos est agréablo I

A gauche sera représentée Minervei que les poètes font sous ce nom, aussi bien déesse de la science et de la médecine, que déesse de la guerre sous celui de Pallas, et qui connaît ainsi les désordres aussi cruels pour le peuple que le senties plus cruelles maladies. Elle fait cette réponse :

MlNERVB

Autant qu'aux langoureux fàtigués de leurs maux La santé Ait toujours aimable.

Chacune des faces du théâtre sera fornK'O d'un nmblonin : le premier, ayant pour titre le Branle de la Paix, rej)réscntera une danse composée des divers peuples qui sont entrés dans le traité, chacun dans l'habillement de sa nation, se tenant tous par la niain et dansant au son d'un instrument de musique que la déesse de la Concorde tient à la main. On lui fait dire :

Lb Branle db la Paix

Bst*il branle plus beau que celui de la Paix?

Est-il une plus noble dausc ?

Surtout quand la Concorde en marque la cadcacâ Et qu'on no s'interrompt jamais.

Le second emblème aura pour titre les Effet$ de la Paix et représentera un port de mer sur lequel on verra un marchand Français avec plusieurs tonneaux de vin» et un marchand Hollandais avec une pile de fromages de Hollande. Les paroles suivantes y seront écrites :

Lbs Bffbts bb la Paix

Si nous sommes bien sages Vivons en bons votsiDS

Mangez de dos fromages Noua boirons de vos vins.

FEU D*ART1FICB

Le troisième emblème sera intitulé les Douceurs de la Paix et représentera trois ou quatre bons paysans, le bonnet sur Toreille, la trogne enlaminée et le verre à la main ; ils sont à table et boivent ensemble à côté d'un râtelier où sont suspendus comme au croc, épées, hallebardes, mousquets et autres fortes armes. Autour sont ces paroles en leur patois :

Les Douceurs de la Paix

Par la morgué 1 compère Biaise !

Que j'alloos trctous être hcut'cux ! Ces gaebles de soudurds, je n'érons pus peur d*eux Et je boirons tout à notre aise 1

Le titre du quatrième ômblême est la Sûreté pendant la Paix, et représente une vaste campagne où se voient plusieurs voyageurs à pied et à cheval. Ce qui suit y est écrit :

La Svrbtâ pendant la Paix

Sons craiudre ses eonrears, ni trouver 4*ennemi8,

Nous parcourrons toute la terre.

Nous irons on Hollande et même ou Angleterre,

Sûrs d'y rencontrer des amis.

Ce spectacle doit être cxj)osô aux yoiix du public durant deux jours entiers. La l)ourgeoisie se doit disposer ;\ exécuter les ordres de M. Lenoir, maire de la ville, «jui a ordonné qu'il y eût des illuminations dans toutes les maisons, et des (eux de joie dans toutes les rues, un»? heure auparavant, pour servir de prélude au feu d'ai-tifice. La coinpaj^nie des chevaliers de l'Arquebuse y sera sous h^s armes et toute la mousqueterie des habitants doit être commandée; à cet effet. Avant le feu d'artifice, M. Lenoir criera trois fois : Vive le roi ! La dernière servira de signal au feu d'arlilice. Le tout a été exécuté comme il est ci-dessus dit.

Où sont les échevins qui ont ima','iné une machine si ingénieuse et si Cûmpli(iuée ? Où sont les artistes qui l'ont exécutée ?

§ 259. Grêle. — Le vendredi, 18 juillet 1698, entre cinq et six heures du soir, il tomba à Mante et aux environs, une grosse ondée de grêle. Elle était comme des œufs de pigeon et si violente qu'elle perdit tous les blés et toutes les vignes, de sorte que Taoût et vendanges furent faits en trois quarts d*heure. L*on était si épouvanté que Ton croyait que c'était la fin du monde.

§ 260. La Chapelle de Saint-Bonaventure bâtie. — En

Tannée 1699, la chapelle de Saint-Bonaventure, sur la côte, a été bâtie. L'on y voit, au côté gauche en entrant, dans la muraille où est la grille de fer, la pierre sur laquelle saint Bonaventure se mettait à genoux, dans le temps qa*il était au couvent des Cordeliers de Mante.

§ 261. Friponnerie des Juges de Mante. — L'an 1699, le 14 mars, a été rendu arrêt aux Requêtes de l'Hôtel, en faveur de demoiselle Catherine de Goubert deFerrières, qui voulut réhabiliter la mémoire de défunt M" Charles de Goubert de Ferrières (1), seigneur de Saint-Chéron, la Villeneuve-en- Chevrie, sœur de Claude de Goubert : Contre Pierre Manoury, lieutenant-criminel de robe courte en la maréchaussée de Mante, Daret, grellier, Jean Hourct, procureur du roi, François Letourneur, assesseur, Petit, conseiller, Lemaire, président, Mottet. conseiller au si(^ge présidial, Chambellan et Gilles, avocats gradués, tous lesquels, les uns ont été décrétés de prise de corps, et les autres condamnés comme il se verra ci-après.

Le sieur Charles do Goubert de Ferrières, gentilhomme de noble extraction, cornette en 1636, capitaine de cavalerie

et garde de la manche du roi (2), avait trois enfants : Claude de Goubert, qu'on appelait de Saint-Chéron, Géneviève et

(1) Les Ferrières, hameau de la ViUpnoiiYo-f n-Ttievrie.

v2) Le garde de /a manche était chargé de la garde d'un Jeune prince et deriiit la snin« d'Mses près, pour qu'aa moindra dangw, tt pût le retenir comme per la manche.

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