‹ La chronique de MantesChapitre 120 sur 143 · LB SYSTÈME DE LAW · texte numérisé non relu

LB SYSTÈME DE LAW

merce se tonait à Paris dans la rue Quincampoix (1). Beaucoup de personnes de Mantes y ont fait leur fortune et beaucoup s'y sont ruinées. Dans ce temps, l'argent augrncntaitet diminuait fort souvent et il a cliangé trois fois de valeur en quinze jours, ce qui faisait que tout était fort cher. Au mois de mars, les écus de 6 livres en valaient 20. Au mois d'août, les louis d'or de 30 livres montèrent à 92. On ne connaissait pres([ue pas l'argent et l'or tant il y en avait de sortes de façons. Le blé, le vin, la viande, les étoffes, la chandelle et toutes les autres marchandises étaient d'un prix exorbitant. Dans ce temps, on ne voulait point d'argent et même monsieur le duc d'Orléans qui était Régent, permit par une ordonnance du roi, de racheter les rentes rachetables et non rachetables et d'en faire le l'embourserncnt autrement qu'en billets de banque, qui pour lors étaient en vogue dans le commerce. Les marchands aimaient mieux ces billets que de l'argent parcequecesbillets ne diminuaient pas, tandis que la valeur de l'argent n'était pas stable. Tout le monde courait en foule porter son argent à la banque pour avoir dos billets, au grand malheur de la France. Avec ces billets, plusieurs ont été remboursés de rentes qu'on leur devait, de sorte qu'il ne leur est plus demfMiré que du papier entre les mains. Ils ne savaient comment s'en défaire, d'autant qu'au premier novembre, ces billets n'avaient plus cours dans le commerce. Les rentes fonciAros remboursées avec ces billets ont été presque perdues. 11 fut permis aux rentiers, par arrêt, de porter leurs billets à Paris, àrHôtelde-Viile, où le roi en fit la rente au denier quarante. Quant à ceux qui avaient des billets provenant de vente de marchandises ou de paiements qui leurs avaient été faits, ils leur sont restés sans espérance d'en avoir jamais un liard.

§ 288. Te Benm. — Au mois d*août 1721, Louis XV, roi de Fïrance, alors âgé de onse ans, a été très malade. On a êra même qu*il n'en reviendrait pas (2). Cette maladie cau-

(1) Puis dans la place Vendôme, à partir du !•» juin 1720.

(2) L'indiiiposition de Louia XV de dura que quelques Jours. Il fut soigné par BtfTétInt, le fllt.

sait de grandes inquiétudes parce que si le roi fut mort. Philippe V roi d'Espagne, petit-fils de Louis XIV (1), aurait prétendu à la couronne, ainsi que le régent Philippe d'Orléans. Mais le roi s'étant mieux porté, tout le monde s'est réjoui et l'on a chanté \q Te Deum par toutes les villes de France. Cette céréiuonic eut lieu à Mantes, le dimanche 17 août.

La garnison assista au Te Deum, avec les otiiciers de l'Hôteldd-ViUe. On fit un lianquet le soir, et on alluma un feu de joie sur la plac« du Marché-aux-Femmes.

Quelques Jours avant les offlclersdu régiment du roi, avaient fait, à la même occasion, un grand banquet dans Tile Champion où ils avaient convié les bourgeois et surtout les bourgeoises de la ville. La table et les arbres de l'Ile étaient couverts de lampions.

§289. Béaédioiion des Drapeaux. — Le dimanche 23 août 1722, après vêpres, M* Martineaa doyen, fit la bénédiction des trois drapeaux du Régiment du Roi, qui était encore en garnison à Mantes. La cérémonie commença par le Veni Creator , puis on chanta un motet en musique, et la bénédiction eut lieu. Le doyen fit ensuite un discours aux officiers, et s*étani assis dans un fauteuil au pied de Tautel, les drapeaux lui fùrentapportés par un maître de cérémonie; les officiers s'avancèrent, se mirent à genoux, reçurent leurs drapeaux et embrassèrent le doyen en se relevant. On chanta encore quelques psaumes en musique, puis les officiers allèrent déposer leurs drapeaux chez leur commandant. Il faut remarquer que les ofKlciers et soldats entrèrent dans Téglise, jusqu*au sanctuaire, tambours battant et en jouant du hautbois. Ils gardèrent leurs chapeaux sur leurs têtes pendant toute la cérémonie.

Au mois de septembre, une partie du bataillon s'en alla à Versailles et l'autre partit au mois de novembre pour Cambrai.

(1) CéUit la duc d'Anjou.

INCIDENTS

En 1722, leâ vendanges furent médiocres et il y eut très peu de vin.

§ 290. Croix de Notre-Dame-de-la-Désirée. — Le

20 mars, Vendredi-Saint do raniiée 172*3, la croix de boi.s que l'on voit à Notrc-Darae-de-la-Désiréo , pnVs de Saint-Martin-Ia-Garenne, a été portée par les frères de la Charité de Mantes.

S 291. ProcMsion. — Le dimanche de la Trinité de l'année 1723, il a été fait une procession générale avec les châsses, pour obtenir de la pluie. La sécheresse était très grande et il ne tomba pas de pluie pendant longtemps.

Les vendanges commencèrent le cinq septembre, mais il y eut très peu de vin, justement à cause de la sécheresse.

Au mois d*août de la même année, il y avait eu une grande tempête qui avait détruit tous les firuits des arbres.

§ 292. M. BoUfttre, mair«. — Le lundi 28 mars 1724, M. Pierre Roblâtre 8*est transporté à Saint-Maclou pour se fitire reconnaître maire de Mantes.

§293. La Groiz de dessus le pont. — Le24mail724. M. Charles Martineau a bénit la croix de la maîtresse arche du pont de Mantes. Cette croix avait été donnée par M. Licéron, officier du roi, et la bénédiction s*en fit pendant la procession des Rogations, en allant à Limay.

§ 294. Régimeiit de Qnercy. — L*an 1724, le 18 octobre, le régiment de Qnercy-Infanterie, est arrivé à Mantes. Les soldats étaient logés chez les habitants, &ute de casernes.

n est parti de Mantes, le 5 Juillet 1725, pour aller à Rouen où il y avait une espèce de révolte causée par la grande cherté du pain.

§ 295. Abondaiioe de Tin. — L*an 1724, il y eut une grande abondance. Les Aitailles manquèrent ; on fût obligé d'enfoncer les cuves. Le vin était très bon.

§ 296. Très grande cherté. — En 1725, il y avait apparence d'abondance de tous biens, tant blé et vin que de toute sorte de grains ; mais la persistance des pluies, qui ont commencé i\ tomber àla Saint-Marc et qui ont continué tous les jours jusqu'aux vendanges, a fait couler les vignes. Le septier do blé vieux a valu qtiatre-vingts livres, le nouveau étant sur la javelle. Le blé a germé parce qu'on ne pouvait le rentrer à cause do la pluie. Les pauvres gens ont été obligés de le faire sécher dans les fours pour avoir du pain, ne pouvant avoir du blé vieux à cause de la cherté.

On voit que l'annén 1882, n'a pas été la première des années pluvieuses et désastreuses pour les cultivateurs.

§ 297. Le prince de Tingry. — Le 15 octobre 1730, à deux heures après-midi, monseigneur le prince de Tingry fit son entrée à Mantes, en qualité de gouverneur. Il monta à rHôtel-de-Ville, accompagné des échevins. M. de Moriencourt, maire do la ville, était mort quelques jours avant. En sortant de l'Hôtel-de-ville, il alla A Notre-Dame où il fut reçu par le clergé et harangué par le doyen M. Martineau ; on chanta le Te Deum. Le lendemain il monta au siège présidial, en qualité de Grand-Bailli de Mantes.

Ce nouveau gouverneur était Christian Louis de Montmorency-Luxembourg, prince de Tingry et marquis de Bréval. C'était le quatrième fils du comte de Bouteville, plus connu sous le nom de maréchal de Luxembourg. C'est celui enfin à qui Chrestien a dédié ses Mémoires Historiques. Depuis l'année 1597, le gouvernement de Mantes, avait toujours appartenu à un duc de Sully, si ce n'est après la défection du gouverneur de 1Ô52. Le prince do Tingry avait épousé mademoiselle de Chevreuse, petite-fille par sa mère du grand Colbert. Son fils, le comte de Luce, marquis de Bréval, éfiousala fille de M. de Sénozan, propriétaire du marquisat de Rosny.

§ 298. Pont de bois. — On a fait un pont de bois en 1730, au-dessus de celui de pierre, du côté de Limay.

INCIDENTS

En 1731, l'on a fait à neuf, le bout du pont de pierre qui est entre celui de Mantes et celui de Limay.

C'est le pontFayollc ou Fayol, détruit vers 1845.

§ 299. Gorgée. — En* 1738, onfiûsaît aller les bourgeois deà Mantes et des villages circonvoisins à la corvée, pour fiure les chemins entre Meulan et Jusiers, et vers RoDeboise^ pour la route de Yemon à Bonnières.

S 300. Gfosses eaux. — L'an 1739, le Jour de Noël, Teau est venue si grosse, qu'elle était pardessus le pont de Mantes. On s*y lavait les mains et Ton allait en bateau depuis la rue de Guens Jusqu'au Gros-Poisson (1).

L*inondation de cette année lit tomber la chambre du dos des Arquebusiers.

En 1745 on fit la clôture de l'Arquebuse, et on construisit le bitiment en retraite qui existe encore (2).

§ 301. Les portes de la Ville abattues. — L'an 1739 ou environ, on a abattu par ordre du roi, les portes de Rosny,deChante-à-rOie et des Cordeliers. Cette dernière l'a été tout entière et à la place on a bâti deux piliers qui font une espèce de porte. A côté, M. de Sénozan, seigneur de Rosny, a fait faire une belle maison et y a mis un moulin qui était autrefois au-dessus (au dehors?) de la porte. Ce moulin et cette maison furent vendus à M. Jacques Lecoq, meunier, moyennant une certaine somme et cinq cents livres de rente rachetable, et qui lut rachetée depuis.

Le moulin dont il est ici question est celui des Cordeliers, qui se trouve au-dessous du grand boulevard des Martrais. On voit anssi que la porte des Cordeliers, devait avancer un peu sur la petite place qui borne la promenade actuelle.

§ 302. OnimiiMits de NotM-Dame; Xaimpe d» Saintci) Auberge «tuée derrière l'Arquebuse.

(2) Note dt M. Ouérin, père.

Maclou. — M** Pierre Loguet (1), doyen de l'église royale et collégiale de Mantes, a acheté un ornement magnifique pour le grand autel de Notre-Dame, en fleurs d'or. C'est celui que l'on met aux grandes fêtes.

Il aclieta aussi en 1741, une belle lampe d'argent pour lo chœur de Saint-Maclou. Elle fut faite par un orfèvre d(^ Mantes qui s'appelait Charles Eustache Bonnenfant, fUs d'Eustache, aussi orfèvre à Mantes.

Cette famille d'orfèvres, qui fournit une longue liste de maîtres, était chargée i peu près exclusivement de Texéeutioa de toutes les pièces d'argenterie achetées dans la ville. En 1704, la veuve d*Bustache Bonnenfant, ]amèredeCharlesEtt8tache,avait fourni deux salières etun gobelet aux chevaliers de TArquébose, pour un prix tiré à Toccasion de la naissance du duc de Bretagne.

Nous connaissons oncore une œuvre plus considérable, une sorte do chcf-iV œuvre, d'un de ces orfèvres-artistes. C'est une ^fraude Viorj^e en argent, d'environ trente centimètres de hauteur, socle compris, duo à un Anthoine Bonenfant. Elle appartient à M. A. Benoit, cunseillcr à la Cour d'Appel de Paris, eu retraite.

Sans être un chef-d'œuvre au sens artistique du mot, c'est au moins une œuvre intéressante et personnelle. La Tierge a une certaine lourdeur; les mains sont grosses et maladroites, mai» l'ensemble se tient bien. La couronne est posée sur un voile qui laisse voir le cou et ses attaches solides. Le sceptre, terminé par une fleur de lis, est délicatement ornô. Il y a dans les draperies une certaine grâce naturelle qui n'est d'aucune école et qui appartient bien à l'artiste. Elles sont décorées au burin de fleurs et de feuilles imitant TétofTe, d'un très bon travail. Quant au petit Enfant, il est charmant et bien proportionné. La tète est souriante et le mouvement des jambes bien compris.

Plusieurs orfèvres de cette famille ont porté cepi^nom d'Antoine et il est difficile de dire ai^ourd'hui, auquel il faut attribuer cette statuette. Certains caractères de style nous font penser que l'auteur a d& l'exécuter dans la première moitié du xvn*

(1^ Ou Logoé, tt non Logné, eonmit noat ravons écrit | M. H. CMtaa Vu^ pelto Loogttflt 11 avftit luecédA à H* Chariw MaitlneBo, «n 1781.

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