‹ La chronique de MantesChapitre 122 sur 143 · LOUIS XV A MANTES · texte numérisé non relu

LOUIS XV A MANTES

1744. Elle dura dans sa période aiguo du 7 au 16. Ce qui en résulta de plus clair, ce fut le renvoi de madame de Chûteauroux, la troisième demoiselle de Neslc, (^ue le roi avait alors pour maîtresse en titre, comme il avait eu ses autres sœurs. Mais le diable n'y perdit rieii, et la cuuversioa ne fut pas do longue durée.

§ 311. L*Oie de Saint-Maclou. — En 1747, par les soins de M. Loguet, doyen, ï Oie- Aigle de cuivre doré à été achetée pour servir de lutrin dans l'église Saint-Maclou. L'argent avait été donné parle sieur Simon Cannée, dont le fils, Joseph Cannée était mort à Crémone, où il servait au Régiment du Roi. M. Pierre Loguet avait fait venir son extrait mortuaire.

§ 312. La Croix Blanche. — La Croix blanche du chemin de Rosny, a été bénite en 1747, en allant aux Rogations à Gassicourt, par M. Cottin, ancien chanoine de l'église Notre-Dame.

Cette croix était plantée à Tendroit oû, suivant la tradition, on avait trouvé les .reliques de Saint Marcoul et de ses compagnons. L'endroit s^appelle encère ta Croix Blanche,

§ 313. Le roi Louis XV passe à Mantes. — Le 22 septembre 1749» Loois XV, surnommé le Biea-Aimé, passa à Hantes, accompagné de Madame de Pompadonr et de plusieurs seigneurs de la cour. Il goûta dans le Val de Rosny où deux vignerons de Mantes lui présentèrent quelques grappes de raisin sur deux feuilles de chou. Ules prit et leur fit donner un louis d*or. On lui présenta aussi de la part de' Madame Lefèvre(l), un poisson vivant long de cinq pieds. Le roi ne Tayant pas reçu, elle Toffrît à Madame de Pompadonr, qui Taccepta et le fit envoyer à Versailles. Les principaux de la ville avaient fait faire des tentes sur le chemin de Rosny et s*y divertissaient en criant : Vive le roi ! Les habi-

(1) IfattrasM péeh«iu«, à laquelle appartoiMit la principale arelie du pont

umts étaient sous les armes. Les magistrats et autres ofticlers étaient à la porte de Rosny où le maire, M. Kobldtre, • levait présenter les clefs de la ville et faire un compliment au roi ; mais il passa si vite qu'il fut impossible de lui parler. Il venait du Havre et de Rouen. En descendant l'Etape il examina beaucoup Notre-Dame.

Cette dernière remarque est bien cnrieuse pour une époque où le rococo avait mis le style gothique en un ^rand mépris, ou au moins en une profonde indifférence.

Lonis XV venait du Hâvre, où il avait conduit Madame de Pompadour qni n'avait jamais vu la mer. Il écait parti le 10 septembre, pour aller à Crécy-Couvé, à trois lieues de Dreux, prendre la marquise. « C'est un voyage de treize à quatorze jours, qui ost une complaisance du roi pour madame la marquise, qui n'a jamais vu la mer. Cela est très naturel et ne pe\/U être critiqué que par des gens de mauvaise humeur {i). »

§ 314. Le cimetière de Saint-Pierre. — En 1750, le cimetière de Saint-Pierre a été coupé pour faire le grand chemin de Ilosny on ligne droite. On a ramassé les corps et ossements que Ton a mis dans un autre endroit à côté de l'é- ^^lise.

La route de Rosny au lieu de s'en aller directement comme anjourdliui, inclinait vers le nord, dans Taxe de la rue de Gassicourt. Dans le môme temps, un financier artiste, Savalette de MagnanviUe, faisait percer et planter d*une avenue d'arbres, la route de Magnanville actuelle.

Maître des requêtes et garde du trésor royal, Savalette de Magnanville, faisait exécuter en ce moment aussi, par l'architecto Franque, le magnifique château qui passa plus tard dans les mains de M. de B»ullogne , puis dans celles de M. Morel de Vmdé. Celui-ci, par une bizarrerie iuexpliquable, le vendit en 1803, avec la condition expresse qu'il serait rasé. Un en retrouve actuellement des fragments nombreux dans les anciens fossés ; ils font vivement regretter cet acte de vàndalisme.

(1) Journal te Barbier, T. III.

ÊGUSE SAINT-MACLOU

§315. Les trois oroiz de Saint-Sanyenr. — Les frères de Saint-SauTeur (de Limay ? ; firent mettre les trois croix qui sont dans le chemin, en 1750.

La même année on a démoli le pont de bois qui était audessous (1) de celui de pierre, du côté de Limay.

§ 316. L*évêqiie de Chartres à Ifaatea* — Monseigneur Fleury, évêque de Chartres, fit son entrée à Hantes en 1750. Tous les curés des alentours sont venus le saluer. U a fait donner à l'église Notre-Dame, un peu du hois de la mie croix de Notre-Seigneur qu*il a fidt enchâsser. On dit une messe tous les premiers vendredis de chaque mois où Ton fidt baiser ladite relique à tout venant.

Ce nouvel évôque de Chartros était Pierre-Au}?nstin T3ornardin de Rosset de Rocozol, second fils de Jean Hercule, duc de Fleury, et petit-neveu du cardinal FIcury (2). On a vu plus haut, que Téglise de Mantes possédait déjà ua fragment de la vraie croix.

§ 317. Réparations de réglise Saint-Maclou. — L'an 1751 ,

on a fait une adjudication au rabais de la reconstruction et réparation de l'église Saint-Maclou, qui était en trî^s mauvais état, Veau y (onihant de toute part. On a fait une petite chapelle où se met tai(M]t les enfants du Collège de M. Jérosme, maître de pension, et une seconde sacristie avec un mur en dedans du chœur. Cela fut adjugé au sieur Jean Vavasseur, marnn, pour la somme de 1,4(30 livres.

On a réparé aussi, dans la mémo année, des chambres et les écuries du Château. L'adjudication en fut donnée aux nommés Louis Giroux et Jean Leguay, maçons, pour la somme de 2,600 livres.

En 1751, la rivière de Seine déborda trois fois. Elle a été si grosse qu'elle a perdu tous les blés et grains qui étaient semés dans les terres riveraines.

(1) s on a dit at(-âes.<sus, ce qui c<:t peu TatiOUMl.

(2) V. Journal de Barbier. T. IV, p. 60.

L*6tô fiittrèsiilaTieaxetroii fltleis vendanges en même temps que la moisson, car il y avait encore des grains dehors au premier octobre.

Le 10 octobre» on a chanté un Te Dewny en action de grâc e de la dôliTrance de madame laDauphine, qui était accouchée d*un duc de Bourgogne, le 13 septembre (1).

Le 25 octobre 1751» on conmiença le Juàilé de Tannée sainte 1750.

Le 25 janvier 1752, on couronna quatre rosières que Ton maria le même Jour, en réjouissance du retour de madame ta Dauphine en parjQEdte santé.

■ - Dans ce mois et le suivant, fl arriva à Mantes onze cents muids de hlé et seigle que Fon mit dans les greniers des bourgeois de la ville, à cause de la cherté, n n'y avait point eu de récolte, et 2^ blé de bateau valut de 28 à 30 livres le septier.

§ 318. Préaidial. — En 1752, le Présidial a été réuni au Bailliage, pour éviter de grands frais aux parties. M. Pierre Eustache Placide Bouretde Beuron, était pour lors lieute nant de piolice.

Cette même année, les juges de Mantes ont commencé à tenir audience pour Juger consulairement comme à Chartrès et àParis.

On ^ait qiio les Juges-Consuls ont été remplacés par les tribanaux de commerce.

§ 319. Recommandation. — En 1752, on a enterré pour la première fois, sans être recommandé la nuit, suivant la pieuse coutume de Mantes, la femme d'un nommé liertiiaud, tailleur d'habits.

Oet usage de la recommandation doit être aussi ancien que rexistence des conft^ries de charité. Voici en quoi il consistait : Le Ctiçtueteur de la confirérie, lorsqu'il y avait un mort dans la paroisse, sortait de chez lui à minuit, ou à une ou deux heures

(1) II mourut le 2Z mars 1761, tyuxi été malade toute sa vie.

[1752] REVENUS DES SERVICES FLiSÈBKES 515

du matin, en sonnant ou cliquetant avec ses deux sonnettes. 11 fusait le tour de la yiUe ou du bourg, en 8*arr6tant dans tous les carrefours et criait ces mots: « Réveillez-Tous, gens qui « dormes I Dites un pater et un ave, pour un tel qui est tré-

« passé ! » Si cet usage n*existe plus, notamment à Vétheuil (canton de Magny), il y a bien peu de temps qu'il est aboli.

La cessation de la recommandation, à Mantes, tint à la suite d'une querelle des bourgeois avec le curi- de Sainte-Croix; querelle très intéressante pour l'histoire des revenus des fabriques. Elle emprunte aux circonstances présentes connue un regain d'actualit'', et montre que les revenus des pompes funèbres n'ont pas toujours appartenu aux églises.

§ 320. Dispute des marchands drapiers et de M. le onré de Notre-Dame. — En 1752, a été conduit (au cimetière ?) par deux huissiers qui étaient les sieurs Dufour et Badouet, le corps de M. Hubert, marchand drapier à Mantes, à cause des discussions que les marchands ont eues avec M. le curé de Notre-Dame. Elles eurent lieu au mois d*août, entre les marchands drapiers et merciers, M. Feugère et M* Roblàtre, maire de la ville. Les marchands avaient toujours ^11 les tentures des gros cortèges et autres. Le sieur curé voulut leur enlever ce privilège, parce qu*il avait fait ûûre à ses dépens d*autres tentures dont il voulait tirer profit, au détriment des drapiers et merciers. Ceux-ci ne le voulurent pas souffirir, ayani acheté celte charge, permission de faire les tenturest et autres petites charges appartenant à VHàtel^te-VUle, et pour ce, ont pris à rente le capiUU de S, 000 livre de la veuve Nicolas Lhuytre, notaire* Il y avait encore le droii de tambour (1 ) . Les drapiers et merciers ont, à Tenterrement de M. Christophe Desmé, conseiller, secrétaire du roi, fait tendre, tant à Téglise Notre-Dame qu*à la maison dudit sieur Desmé. Pour la première fois, ils avaient foit faire des chaises dé deuil, pour servir aux enterrements; « auparavant icelles n*étaient que des bancs. » Ds ont eu aussi le recommandage que Ton fait la nuit, suivant la louable coutume de la vOle ; mais comme ils ont taxé ce droit à

(1) Droit do fuira les annonces à eri pubUc.

CHUONIQUI:: MANTES

25 8oas par personne et qu'avant on prenait moins, ils ont été cause que plusieurs personnes sont enterrées sans être recommandées. Les autres petites charges dépendant de ia ville étaient adjugées pour trois ans, le jour de l'Ascension ; les marchands en étaient en jouissance. Le juré en charge, qui était M. Gauthier l'un des marchands» a été avec un huissier, faire faire la fosse de M. Desmé, le 26 du mois d*août. Cela était dans leur adjudication.

Le manuscrit ne dit riende lasolution que reçut cette dispute.

Il est probable que les marchands furent d<>pouillôs de leurs prérogatives au profit du curé de Notre-Dame. Ce qui importe le plus, c'est do voir combien, dans les affaires de l'église, l'administration des choses temporelles resta longtemps à Mantes, eutre les mains des bourgeois.

§ 321. Arrêt sur le droit de tambour et d'annonce. —

Le 30 août 1752, on a publié au son de la clorJictlr, au.\ carrefours de la ville, que défenses étaient laites à toutes personnes, de faire battre le tambour, sonner trompes, trornpottes et cornets, que pour faits de police ou d'atlaircs du roi, et que ce droit de cri public était adjugé aux marchands Drapiers-Merciers, qui prirent M. Aubé l'un d'eux pour leur receveur. Il fut déclaré, que dorénavant on prendrait 15 soua pour crier le vin, et 10 sous pour redemander les objets perdus.

Le lendemain 1*' septembre, on sonna pour la première fois une petite clochette aux carrefours, pour redemander un cachet d'or. Cette clochette rempla^tle tambour.

Cette petite mention qui n'a Tair de rien ei*t pourtant fort intéressante au point de vue des mœurs commerciales. Elle montre que le criage du vin s'était perpétué à Mantes jusqu'au milieu du XVIII* siècle, tandis qu*à Paris, il semble avoir disparu beaucoup plus tôt.

Le commerce ancien, qui n'avait pas comme aujourd'hui la ressource des annonces et des afliches, n'avait rien trouvé de mieux que le Criage. A Paris, la marchandise de l'eau était en

RÉJ0U1SSANCB8

pDSvrssion co cria^ro : à Mantes, au contraire, on voit que c'étaient les iJrapiers-Mcrciers.

C'étaient surtout les taverniors qui faisaient crier leurs vins par les mes. Et dans ce temps où tout était privilège, le roi se réservait, après les vendanges, le droit de faire crier le sien à Texclusion do tous les tavemiers qui fermaient boutique. On -criait alors lo vin du roi.

A chaque tav(>rne était attaché un criour-juré, qui criait toute la journée moyennant un certain droit, le vin de la taverne. Les •éditions des ancienues ordonnances de Paris, de 1500 à 1529, portent en téte, une vignette sur bois où l'on voit le crieur devant sa taverne, un broc d'une main et de l'autre offirant un lianap ou une écuelle de vin à un bourgeois qui passe.

« Les cricurs faisaient donc les affaires des taverniors, môme •malgré ceux-ci qui souvent se seroient bien passés du ministère <le ces employés forcés. Ils alloient criant le vin toute la matinée, et la veille (les grandes féte, ils crioient jusqu'au soir, les vins composés, tels que clairet ou vin épicé et miellé, vins de sauge, vinsde romarin et autres, dont les Parisiens se régalaient ^ors (1). »

On voit qu'à Mantes on pratiquait les mêmes usages qu*à Paris et qu'on les abandonna fort tard.

§ '322. Réjouissances. — L<j 1" octobre 1752, on a fait de grandes réjouissances à Manies, à cause de laguérison de monseigneur le Dauphin J , , lils du roi l/)uis XV le Bien- Aimé. La cérémonie commença la yeiU6 par un carillon à Kotre-Dame. Le lendemain il y avait sous les armes, une compagnie de bourgeois, une compagnie de cadets de la vitte et les arquebusiers. Le corps de ville ei le Présidial assistaient à cette cérémonie. On a cbanté dans le chœur de Notre-Dame, un Tel>eum en musique, composé par M. Harasse, habitué. U y avait beaucoup de violons et de basses et de bons musiciens. Chaque compagnie avait trois violons et deux tambours. Les messieurs de la ville avaient deux trompettes. On alluma un feu de joie, dans la journée, devant i'Hôtel-de-Ville, et le soir on tira dans la place, un soleil •d'ariillce et plus de cinquante boites.

(1) Dopping. Le ZÀvrê det UiUen^ p. lxU.

(S) Pèn de Louis XVI. U avait été atteint de U petite-vérole, le 1» aoAt.

§ 323. Mort d'un chanoine. — An commencement de janvier 175:3, M. Ribaiilt, chanoine de Notre-Dame étant décédé, sa chanoinie a été donnée à M. Muidebled, vicaire, au contentemeut et désir de toute la ville.

Il deTint doyen, en 1754, comme on Ta Toir.

§ 324. Grande route de Houdan. — Au commencement

de cette année 1753, on a fait le chemin do Mantes à Houdan, en cailloiitapre. Il se fit à la corvée pour les chevaux et voitures, mais les terrassiers étaient payés. Ce chemin fut entrepris par M. Varin, qui eut la partie allant depuis l'Hôpital jusqu'à la côte do rour^^ent.

Le même entrepreneur, commença au mois d'avril, la grande route de Caen qui va de lionniércs à Pacy-sur-Eurf, en passant par La Villeneuve-en-Chevrie. Dans la cotequ on fut obligé de percer, on trouva « une veine » de mine d'or.

La mine d'or, c'était de la pyrite de fer, minéral d'aspect éclatant et très commun dans les collines crayeuses des bords de la Seine.

§ 325. Parlement exilé. — Le 9 mai 1753, M. l'abbé Chauvelin, conseiller au Parlement de Paris, passa à Mantes bien escorté, déclaré prisonnier d'Etat par une lettre de cachet du roi. Il allait faire sa prison au Mont-Saint-Michel, mais le roi permit qu'il restât à Caen parce «{u'il était malade. Tout cela, à cause du dissentiment qui existait entre le roi et le Parlement. Pendant que M. l'abbé Chauvelin passait dans la ville, trois autres conseillers connus à Mantes étaient envoyés dans d'autres villes. M. de Sénozan, seigneur de Rosny. y fut exilé parce qu'il était gendre du Chancelier. M. Brochant(l), seigneur de Villiersprès Mantes-la-VilleetM. Dabos d'Arnouville, seigneur d'Arnouville et de Binanville, tous deux conseillers, flirent exilés à Angouléme. M. Degars de FréminvOle, seigneur de FrémiiiTille, flit exilé à Poitiers.

(1) André Brocbant du Breuil, propriétaire du flef de Villiera dit FlMOurl» à CMM de Louis6-FrmiiçoiM>Éléoiior« Orenardi sa femme.

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BXIL DU PARLEMENT

Ils n'eurent que 24 heures pour se retirer dans les villes (jui leur «étaient assignées. Le rrirmc jour, le roi en avait bien exilé trente-trois qui ne trouvent pas place ici. Les plaideurs avaient bon temps, car il n'y avait plus de juges au Palais. Et le onze du même mois, le roi exila à Pontoise, la Grande. Chambre» qui était bien composée de soixante conseillers. M. le président de Thon Ait de ceux-là.

L'affairo du Parlement, dont il s'agit ici, (^tait la cons(''quence de la lutto (ju'il soutenait depuis longtemps contre la cour. C'étaient toujours les jansénistes contre les molinistes, toujours l'histoire de la bnlie Unigenitus. La cause surtout, la moins avouable, c'était de la part du clergé, la crainte de Toir tuucher à ses immunités que menaçaient le Parlement et le contrftlenrgénéral, M. de Machault.

L'archevêque d<^ Paris, Christophe de Bcauraont, voulant faire accepter quand nii-ine la famousc bulle, avait enjoint à ses curés de refuser les sacroments à quiconque ne prést-'ntcrait pas un billet de confession et un acte d'adhésion à la bulle. Le Parlement commença d'informer en 1750; les curés continuant, le Parlement en décréta un de prise de corps, en 1752.

Après une lutte où le Parlement déploya beaucoup d'énergie, celui-ci rédigea des remontrances au roi, qui touchaient nonseulement au refus des sacrements, mais aux lettres de cachet et aux abus du pouvoir (mai 1753).

Le i mai, M. do Meaupou, premier-président, MM. Molr ^t Le Peletier de Rosanbô, présidents à Mortier, étaient allés à Versailles, où le roi avait refusé de rçceToir leurs remontrances et leur avait ordonné de continuer à rendre la Justice. Le 7, le Parlement déclarait qu'il « ne pourroit obtefnpérer sans manquer à son devoir et trahir ses serments, i» Le 0, dans la nuit, des lettres do cachet envoyaient la plus grande partie des parlementaires en fxil.

L'abbé Chauvelin, l'un deux, était des plus sévèrement traités, avec Frémont du Mazy, Gauthier de Bésigny et de Bèze de Lys. « Apparemment que ces messieurs dont on n'avoit cependant pas tmf entendu parler dans le cours de toutes les assemblées du Parlement, ont été plus ardents pour des dénonciations, soit pour des démarches particulières (1). »

(1) Journal historiqtie de Barbier.

« L'abbé Chauvelin est très petit de taille, très délicat et de beaucoup d'esprit.... M. Chauvelin, son frère, intendant des finances, a obtenu, à cause de la faiblesse de sa santé, le changement d'exil dans la ville de Caen. Il a envoyé l'ordre par un courrier, qui l'aura rejoint dans le chemin. Il est au lait pour toute nourriture et seroit crevé au Mont-Saint-Michd (1). »

L'envoyé rejoignit sans doute l'escorte de l'abbé Chauvelin à Mantes, et c'est ainsi qu'on y fut si bien informé de toutes les particularités qui le concernaient. Quant aux conseillers qui sont ici nommés, Barbier ne donne do renseignements que sur M. de Sénozan.

Olivier de Sénozan, seigneur do Rosny, était fils d'un receveur général du clergé, qui avait été marchand de dentelles à Lyon. Comme il était fort riche, son fils avait épousé la fille de Lamoignon do Blancracsnil, d'abord président à mortier puis Chancelier de France, en 1753. C'était par la protection de son beau-père que M. de Sénozan avait obtenu d'avoir sa terre de Rosny pour lieu d'exil. Barbier ne dit rien do Brochant de Villiers, de Dabos d'Arnouville, ni de Degars de Fréminville.

Le trouble était du reste dans tous les Parlements de France, pour la même cause. Tous les parlementaires étaient, en général, les ennemis dos jésuites et opposés aux abus d'autorité des évôques. Le Parlement de Rouen, par suite du refus de sacrements fait par un curé de Verneuil (Eure), avait décrété ce curé et l'évêque d'Evreux. Le roi s'était fait instruire de l'affaire ; le Parlement avait envoyé des remontrances, et le roi, pour toute réponse l'avait mandé à Versailles (2).

§ 326. Parlement de Rouen. — L'an 1753, au mois d'août, le roi Louis XV a mandé le Parlement de Rouen à Versailles pour recevoir ses ordres. Il a passé par Mantes bien accompagné et a couché à l'Hôtel du Cheval-Blanc. Le lendemain, il est parti pour Versailles ety étant, les conseillers ont eu une audience de sept minutes avec le roi, qui leur a donné un paquet cacheté et les a renvoyés à Rouen. Ils ont repassé à Mantes le soir de l'assemblée de Saint-Fiacre à Porcheville. Ils avaient été mandés pour affaires du temps.

(1) Journal de Barbier.

(2; Ibid.

tB DUC DB BOUILLON

A part les daios, cola est absolument conforme au Joit/'nal de Barbier. Mais celui-ci fait arriver le Parlemeut à Versailles, le «amedi 1" septambre, et Yen fait repartir le 4. Il avait eu défense de passer par Pontoise» pour Tempécher sans doute de «e concerter avec le Parlement de Paris, qui y siégeait alors.

§ 327. Réjouissances. — Le 15 octobre 1753, on a chanté \m Te Deum en actions de gniccs. pour l'hoiiroux accouchement de madarao la Dauphino, d'un second 111s nomiiif monseigneur le duc d'Acquitaine. L'on a l'ait un feu de réjouissance et le soir il y eut illumination par toute la ville.

Leduc d*Aquitaine, né le 8 septembre 1753, mourut le 2Z février 1754.

§ 328. Marguilliers. — Au mois de décembre 175:^, il y eut un difl'ûrend dans la ville, pour la nomination des marguilliers. MM. Caillou de Courinont, Saint-Jean, hôtelier, Haranger, chapelier, furent élus itour Notre-Dame, et Fichon officier, Gérôme, maître de pension et Lecomte, épicier, pour Saint-Maclou. Les sieurs de Courinont et Pichon se croyant exempts de cette charge, se refusèrent à signer lacté de leur nomination, faite à la iablcite, par le maire, les échevins et les anciens marguilliers. Il leur fut donné assignation par-devant monsieur le Lieutenant-Général le jour même qui était jour de féte, attendu qu'ils devaient entrer en charge le 1" janvier 1754. La sentence Ait prononcée le jour même et ordonna Toption aux sieurs de Counnont etPidion, entre la charge demarguillier et cent francs d*amende. Us se déterminèrent pour rentrée en charge.

§ 329. M. de Bouillon, gouverneur. — Le 28 Janvier 1754, le maire et les échevins de la ville allèrent au château de Montalet-sur-Seine, pour coniplinifuter monseijj^neur le duc deHouillon, gouverneur et Grand-Hailli de Mantes, M. le prince de Tingry lui ayant cédé le gouvernement. ^^ Ho!)làtre, alors maire, n'y fut point parce qu'il était malade II remit une lettre aux échevins que ceux-ci présentèrent à

M. le Gouverneur. Ces échovins étaient : MM. Eustache Hyacinthe Delaunay, apothicaire, Jacques Maheu, épicier. Nicolas Hua, dit Motet, tailleur et Louis Lecomte jeune, épicier. M. Joseph Delagrave, notaire, procureur-syndic de la ville, y fut aussi. Ils étaient accompagnés des massiers et sergents et de ([uatro tambours.

Le 29, les arquebusiers y allèrent en habits d'ordonnance.

Le 30, les chanoines y députèrent MM. Mariauchaux et Muidebled.

Le 31, MM. Desmé, receTeur des Tailles, Pittot, subdélôgué et Noireterre, lieutenantHnriminel de la Maréchaussée, y furent à leur tour.

Le nouveau gouverneur était Charles Godefroy prince de Bouillon, dont la femme était une petite-fille do Jean Sobieski, roi de Pologne. Il était grand-chambellan de Louis XV. P^nvoyé à Dunkorquo en 1745, avec le duc de Richelieu, pour faire une tentative en faveur du Prétendant, on dit alors qu il fallait que l'Angleterre fut bien malade, puisqu'on lui envoyait le demiet*

Le château de Montalet (commune dlssou), habité par le duc de Bouillon, qui possédait aussi le magniflque château de Navarre, près Evreux, fut habité plus tard par M. de Miroménil, garde des Sceaux, sous Louis XYI. Il est aiyourd'hui détruit.

§ 330. Cloche. — Le 12 janvier 1754, la cloche de Sainte- Barbe, qui était partie le 14 septembre 1752 pour être refondue, revint de Rouen sur un bateau. Elle devait revenir au mois de novembre 1752, mais son retour fut retiirdé par les incommodités du temps et parce que le fondeur la manqua. La maladie de M. Jacques Martin, doyen, a empêché aussi qu'elle Ait baptisée avant le 1*' mars 1754. Elle fbt bénite par son parrain, le doyen, et tenue par demoiselle Dorothée Desmé, sa marraine, qui donna six aunes de beau damas blanc pour servir de chemise. Le fondeur 8*arrangea avec le prévôt de la Charité, et laissa ce damas

(1) Jowmal de Barbier, T. II.

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