‹ La chronique de MantesChapitre 133 sur 143 · LES ILLUSTRATIONS · texte numérisé non relu

LES ILLUSTRATIONS

pli aucun drame dont les acteurs aient à rougir. Mantes, comme beaucoup d'autres ville» n"a pas connu pour son compte, les sanglantes exécutions de la Terreur. Comme partout, la lutte des partis y a été vive et les petites ambitions de la politique s'y sont montrées sous un vilain Jour. Comme partout on y a exécuté les décrets de la Convention ; on y a dress»'' los listes des émigrés, créé des sociétés populaires, brûlé des confessionnaux, dos tapisseries, dos sculptures armoriées, dos titres de noble.sî>o. fait des perquisitions, monic la «ranle, chanté des hymnes à la déesse Raison, envoyé au district de \ ersailles, le bronze qui pouvait servir à faire des canons et l'argenterie qui pouvait payer nos soldats. D*un autre o6té, on s*y est beaucoup enrélé pour aller défendre la patrie et on y a supporté sans avoir recours à la violence, la misère profonde qui venait i^outer ses horreurs aux discordes civiles.

Tout cela, à la rigueur, pourrait être raconté ; mais nou? craindrions de blesser quelques susceptibilités, en nommant ct'ux (lui ont joué alors, un rôle un peu actif dans l'adiniiiistratiou de la ville, et qui ont assumé sur eux la responsabilité de

certains actes, dont l'agitation publique et Tardeur des passions politiques de cette époque, faisaient souvent une nécessité.

Cependant, avant de terminer ce livre, nous avons un chapitre à y ijouter. Pour respecter Tordre que nous nous étions imposé, nous n'avons rien dit de quelques hommes qui ent illustré notre ville, soii parce qu'ils y sont nés, soit parce qu'ils y ont dem«'uré, suit enlin parce (ju'ils y ont ou des alliances. C'est par la que nous fermerons notre Chruniquo.

Mantes, nous eu convenons, n'est pas très riche eu illustrations, et il faut dire que les noms dent elle pourrait su glorifier, y sont absolument ignorés. Nous avons cité jusqu'ici tous ceux qui, appartenant à Tliistoire, se sont trouvés mêlés aux événements qu'on vient de lire : Guillaume le Breton qui y fut élevé. Philippe-Auguste, Marie de Brabant qui y passa ses derni« rs jours ; les princes d'Fvreux dont c'était la dcmeuif habituell-', t t<'. Dans des temps plus rapprochés, nous avoub longuement parlé de Henri IV et de Sully.

A ces noms illustres, nous pourrions ajouter celui de Jean de Rotrou, le grand poète tragique avant le plus grand de tous, Corneille. Rotrou qui est né i Dreux« se maria à Mantes, le 0

d*an boargeois de Mantes (i). Nous n'avons pa retrciiTer cet aete de mariage, soit dans les études des notaires de Manies, soit dans les registres de l'état-ciTil.

A vrai dire, tous ceux que nous venons? dp nommer ne sont pas de Mantes. Il en est quelques autres, dont nous devrions nous enorgueillir et qui sont pourtant absolument inconnus parmi nous. Tels sont, le peintre-graveur Pierre Brébiette ; le musicien Nicolas Bernier ; l'ingénieur Robert Pitrou ; tous les trois sont nés i BCantes. Nous pouvons encore y ajouter le médecin philosophe et économiste François Quesn^, qui y exerça la chimrgie pendant près de vingt ans.

Bnfin on peut y joindre encore, Réné Boudier, Jean-Baptiste Carsiller, d'une famille originaire de Mantes, l'architecte Patte, Palissot, madame Campan, etc., qui tous y oui longtemps demeuré.

Pierre BRÉBIËTTË

IWHTBB-OKAVSOK

Voici un nom sur lequel il reste plus d'une recherche à faire. C'est celui d'un artiste qui fut peirilre du roi et dont on no connaît que des gravures et des eaux-fortes estimées des amateurs.

D*après Mariette et Félibien, Pierre Brébiette naquit à Mantes en 1506. Les registres de Saini-Maclou de cette époque, n'existent plus. Quant à ceux de la paroisse Sainte<3roix, on les possède encore, mais il ne s*y trouve aucun acte ni avant, ni après 1506, ayant trait à la naissance de cet artiste. Bien plus, parmi les nombreux actes de ce temps, soit des paroisses do Mantes, soit de celle de Mantcs-la-ville, on ne rencontre pas une seule lois, même parmi les témoins, ce nom de Hrébiette. Ce nom y est cependant connu : c'est celui d'un cbaniptier de la commune de Mantes-larYilIe.

Nous conservons donc Pierre Brébiette à la ville de Mantes» mais nous pensons quo c'est peut-être bien nne erreur biographique, comme on en rencontre assez souvent dans les diction-

(1) Fille do Jehan Camus, conseiller du roy et cslu en l'élection de llantef, et do Françoise Apoil, et née en 16iS^ V. Registres, acte n* 344.

NICOLAS BERKIBR

naires. Le regrôtté Jal, daas son Dictionnaire Critique qui contient des trésors de patience et de déeeuvertes, a rôuiii de nombreux docnments sur son mariage, sur ses enfants, ses demen- Tes successives à Paris, mais il n*a pn dire ni le lien certain de sa naissance, ni môme l'époque de sa mort. Poumons, ce n'est qu'un Mantais intérimaire.

Pierre Bn'biotte a laiss(^ un recueil de très bonnos gravures : «Opéra ab eo inventa, lab. rrn. delifieaia, Parisiis-, Quesnel, 1638, in-8' obi. » En tète, l'artiste s'est représenté triste et regrettant la mort de sa femme, Louise de Neufgermain, liUe d*nn poète ridicule et extravagant. On Ut au bas de cette gravure : FtdeUs9imœ coniugts ZAâdoûUsœ de Neufçermain posterUaUs memoria oontolaJtur (1). »

T^n autre g:raveur, Pierre Daret, dont parle Jal, pourrait bien <Hre de Mantes, mais nous n'avons pas trouvé non plus son acto de naissance. Cependant son nom est bien mantais.

Nicolas BËRNIER

Mosicmn

Nicolas Burnier est né à Mantes, le (i juin 1(3(55 (2). Son acte de naissance se trouve dans les registres de l'église Saint-Ma^ clou ; il est ainsi conçu :

« Le 6 juin 1605 a esté baptisé Nicolas, fils de Remy Bernier, officier de l'éj^lise St-Maclou, et de Marjrueritto Baullery (3) sa femme, SonParain, iM. Nicolas Gronard, Cous" du Koy et son procureur en l'Eslection de Mante ; sa niaraine, Elisabeth le faroul, femme de noble h° M" Eustache Cannée, cons" du Roy et Esleu en son Esleetion de Mante.

Gbenard, Elizabbtb Faroul, Rozat. »

La vie de Nicolas Bernier ressemble, à part la renommée, par

(1) Sur Pierre Brébiette, v. Biographit de Ilichaud, Jal, Le* nterveillcs de Ut ffravure, etc.

(2) Fétis le fait naître le 28 juin IG&l.

(3) Ce nom »e trouve écrit : Bolecy, Boulery on fiauraiy.

GHRONIQUB DB HANTB8

plus d'un point à celle do Boïeldieu. Fils d'un « ofificier » de 1'^ glise Saint-Maclou, c'est-à-dire d'un bedeau ou d'un sacria* tain, il fut dans sa jeunesse, enfant de chœur de l'église et attaché à la maîtrise qui existait dans une des deux églises, et dont les maîtres recovaicut de la mairie une certaine somme chaque annéo. C*est là, dans ce milieu où les maitreadeê mifcmkde cfumtr apprenaient à leurs élèves à chanter d'ui^e foçon conTenable, qull prit le goût de la musique.

De ses premières années nous no savons rien, mais ses biographes racontent qu'étant allé en Italie, pour s'y perfectionner dans son art et étudier avec plus de fruit qu'avec les maîtres français, il désira se lier avec Caldara, qui était alors le grand maître de musique. On dit, mais c'est une légende commune à plusieurs artistes, que ne trouvant pas de meilleur moyeu d'approeher de Caldara et de profiter de ses leçons, il se présenta i lui comme domestique et fut admis dans sa maison en cette qualité. Un Jour, nous copions Fétis (1), ayant trouvé sur le bureau de son maître, un morceau que ce compositeur n*avait point terminé, Dernier prit la plume ot l'acheva. Cette aventure, dit-(»n, les lia de raniitié la plus intime.

Fétis ne dit point à quelle époque eut lieu le séjour de Nicolas Bernier en Italie. Cependant il fut maître de musique de Saint- Germain-l'Auxerrois, et en 1704, il l'était de la Sainte-Chapelle. C'est alors qu'il épousa la fille d'un autre musicien nommé Uarais. Mais la règle de la Sainte-Chapelle ne permettait pas que cette place fut occupée autrement que par un célibataire portant l'habit religieux ; aussi l'aurait-il perdue, sans la protection du duc d'Orléans qui obtint du chapitre son maintien, à la condition toutefois que sa femme n'habiterait pas la maison destinée au maître de musique. Plus tard, il devint maître de la chapelle du roi. *

Nicolas Bernier avait reconnu la supériorité des maîtres italiens et il avait l'habitude de dire à tous les Jeunes compositeurs : « Allez en Italie, ce n'est que là que vous pourrex apprendre votre métier. »»

En effet, entre la musique des vieux maîtres français, dont toute la science consistait en froides combinaisons de fugues et de contre|)oint, et la manière déjà si variée et si large de Stradella ou de Durante, il y avait un abimc. Si le musicien maniais

(1) Biogre^i$ dte mnuteimu.

uiyui^ca Uy GoOglc

NICOLàS BIRNIBR

n'a pu le franchir, ce n'est pas uno minco gloire ponr loi,

de l'avoir aperçu et d'avoir ess-iyA de rompre avec les redites sans caractère des musiciens français du xvii* siècle.

« Bernier, dit encore Fétis, passait pour lo plus habile compositeur de ison temps. Cependant son style est froid et lourd et sa manière est ineorrecte comme celle de tons les musiciens français de cette éqoque. »

Nicolas Bemier a laissé on certain nombre â*osttTres gravées qui forment trois volumes : 1* Mollets à U7ie, dmm et troUvoLv, avec symphonie, au nombre de vingl-six ; /• oeuvre gravée par M. //. de Baicssen ; Paris, chez l'auteur, grand in-f*. 2* MoUels, 2" œuvre, Paris, chez l'auteur, 1713, in-f°, 1* et 2' livres. 3* MolieLs, livre posthume, mis an jour par Lacroijv, Paris 1736. A la suite : Cantates Française ^ livres l à 7. Enfln, on a de Bemier, en manuscrit, deux mottets et un 8ahê 129- Çina (1).

M. A. Benoit, dans rarticte qu*il a consacré à Nicolas Bemier, le foit mourir le 8 JuQlet 1734 ; Fétis, au contraire, le 5 septembre. Nous pensons que cette date doit être vraie, quant a l'année, puisqu'une œuvre posthume de notre musicien, fut publiée

en 1736.

Il existe un portrait gravé de Nicolas Dernier ; il fait partie de la collection d'Odieuvro. Le musicien est à ini-corps dans un ovale, drapé dans un manteau. La figure est belle et représente un homme de 40 à 50 ans. On lit dans le cartouche :

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