NICOLAS DERNIER
Jf de miisifiue ci-devant de la Str-Dinpelie de Paris, cnsuitle a la Chapelle du Roi, vc à Manie, le 2SJuin 1661. Morl àParUi le SJuillel 1734.
Sur le socle à gauche : L. N. Pinx. , et adroite : Ficquet se. Enfin vwiw. le socle et lu cadre, se trouve pris un rouleau de musique à moitié déployé.
\\) « On a de lui quelques divertissemunU ut cinq livre* do canUtea, dont les paroles sont en ^raiule partie de Rouwewi ^«aa>ltaptiato) et do Fcu*li«r. » Nouvelles liedierches sur la Franee,
Robert PITROU
IMCillIBUR l(r ARCBITBCTB
S'il est un nom bien mantais, c'est celui dos Pitrou qui comp- U'iit oncore aujourd'hui dos repr«^sontants dans la ville ; c'est celui d une famille de maîtres maçons-jurés, do vrais bourgeois de Mantes. Robert Pitrou est né en 1684, ainsi que le constate son acte de naissance :
« Le vin^ neufViesrae de may 1684, a été baptisé par moy Honoré Vathoniie prêtre curé de la paroisse de Ste-Croiz (1) dans l'églisse royalle et Collégialle de Notre dame de Mante et clianoine en ladite cgliso, Rob<'rt pitrou fils do Robert pitrou, maître masson Juré pour le Roy en la villedo Mante et de Catherine Masson ses père et mère, ledit enfant né le vingt septième de ce mois de légitime mariage. Son parain a été guillaume bailler m'* masson à Mante et sa maraine Jeanne Chrétien, Aile de feu Robert Chrétien, vivant marchant demenranten cette ville : fait comme dessus, le père présent.
Jeanne Chbbstien, OuiLLAinfE Bailler, PriRou Yathonnb. »
M. A. lîenoit a déjà publié sur Robert Pitrou, une bonne notice quo nous n'avons qu a reproduire (2). Comme on l'a vu par son acte de naissance, son père était un maître maçon de Mantes et il suivit la carrière paternelle en 8*élevant cependant beaucoup au-dessus d'elle. Doué d'aptitudes particulières, il étudia très jeune les mathématiques et les sciences qui en dépendent : il acquit sans maître, des connaissances très étendues en géomctrio, en mécanique et se livra spécialement à l'étude de l'architocture.
Robert Pitrou dût quitter Mantes de bonne heure pour aller exercer ses talents à Paris. En 1716, en eifet, il fut <diarg<% par le célèbre Gabriel, premier a^itecte du roi, de diriger les travaux du pont de Blois. C'est pendant l'exécution de cet important ouvrage, qu'il imagina, pour établir les arches de ce pont, les cintres retroussés dont les ingénieurs sesonttovûoors
(1) L'acte est inscrit sur le registre de SaintpMaclOU.
(2) V. Journal de Mantes, du 8 janvier 1873.
ROBERT PITROU
servis depuis, dans leciotra^e des arches de grande on ver-
ture.
Le cintre retroussé de Robert Pitrou n'a pas d'ontrait, ou a son entrait surélevé au-dessus de la naissance de l'arc. La poussée Tient s'oxerc&r .^^ur son pied, sur la base de la construction, sur la culée ou sur les pieds-droits de la voûte à construire. Son avantage, outre quMl n'exige que remploi de bois de petites dimensions, est de laisser Tespace libre au-dessous de lui ; et pour les travaux en rivière, il demande moins de pilotis, et n'apporte aucune entrave à la navigation.
Le cintre retroussé imap:iné par Robert Pitrou, a reçu de la part de Ferronot, une application devenue classique, dans le cintrage des ponts de Mantes et de Neuilly. Perronet avait complètement supprimé les entraits et ses cintres étaient de véritables arches de charpente. Ceux-là sont des chefsd'œuvre.
Dans la construction des piles de ponts, l'ingénieur mantais
introduisit encore une grande amélioration, en supprimant les crèches. La crèche des ponts anciens était une espèce de mur bâti entre deux files de paleplanches et entourant la base de la pile pour la préserver de l'elTet des infiltrations. Ces crèches débordant au-dessus du fond de la rivière, avaient l'inconvénient pendant les basses eaux, de rétrécir considérablement la partie navigable. De plus, les pilotis qui les maintenaient, finissaient par se dénuder sous Taction du courant et risquaient de déchirer au passage, le fond des bateaux.
En 1721, Hubert Pitrou fut nommé ingénieur de la Généralité de Bourges. Dix ans après, il était Inspecteur Général des Pontset-Chaussées. Sa réputation avait grandi avec le temps, et en 1736, l'ambassadeur anglais à Paris, lui proposa d aller à Londres, construire un pont sur la Tamise. Ses nombreuses occupations Tempéchèrent d'accepter.
Pitrou n'était pas seulement un grand ingénieur, c'était encore un très remarquable architecte. Après la signature de la paix de 1748, la ville de Paris pour flatter le roi, mit au concours un projet de monument à élever à ta gloire de Louis XV. Notre Maniais se mit avec ardeur au travail. II avait [jroposc l'ile du Palais pour emplacement ; la statue de Louis XV qui était la partie priiicipale, se trouvait ainsi sur une place dont il avait tracé le plan, entourée de Notre-Dame, du Palais de Justice et de rHôtel-de-Ville. On sait que le projet de Gabriel fût
adopté par la ville, et la place Louis XV ou de la Concorde^
choisie.
Le travail excessif auquel il se livra pour terminer son projet dans les délais fix(^s, futcause de sa mort. Il succomba le 10 janvier 1750, laissant cinq garçons et cinq filles. Ses œuvres ont 6ié recueillies, mises en ordre et publiées par Tardif, son gendre. Son projet de monument pour Louis XV, a été publié par Patte, dans un recueil spécial (1). Robert Pitrou avait tracé aussi tout le projet du pont d'Orléans, construit plus tard par parHupeau(2).
Réné BOUDIER de la JÛUSSËLINIëRE
Rétté Boudier, sieur de la Jousseliniére (3) estnéà Alençon,oft
il tni baptisé le 19 février 1634. Il était fils de Réné Boudier et d'Antoinette Biouneau. Sa mère était de Mantes, et M. A. Benoit pense que la famille de son père en était aussi, parce que les registres de Sainte-Croix et de Sainte-Maclou, contiennent en effet plusieurs actes où se trouve ce nom de Boudier.
Son mari étant mort en 1642 au siège d'Arras. Antoinette Biouneau revint à Mantes avec son fils, qui avait alors huit ans (4) ; Réné Boudier devait y passer toute sa vie. Le 4 septem* bre 1663, il épousait dans la paroisse Bainte-Croix de TégUse Notre-Dame, Marie Leber, fille do Salomon Leber, conseiller et élu de l'Election, et d'une famille mantaise considérable. Dans l'acte de mariage, on donne à Wmt'' Boudier, les titres d'écuyer et d'avocat au Parlement. De ce mariage naquirent quatre enfants : deux garçons et deux filles dont une seule lui survécut. Sa femme elle-même, était morte en 1717.
Réné Boudier mourut le 16 novembre 1723, âgé de près de 90 ans. Il Ait enterré dans Téglise de Mantes « par le grand col-
(1) V. Biographie d« MicIiMid.
(2) V. page 5:i5.
(3) Nous empnintuiis cette biographie à l'intéressante brochure de M. A Benoit : Notices sur Boudier de la JemteUnièn «t Boudier de ViUemert,
Chartre.p, Mnrrn.xxv.
(4) Moren dit qu'il vint chez sa grand uière à 1 âge de trois ans.
RÈSÈ BÛUDIER
lège d«8 èhanoines. » Sa vie entière Ait consacrée à rétndé'des lettres et des beanx-arte. Dès rftge de quinze ans, Il savait le
grec, le latin, Titalien et l'espagnol ; il s'exerçait déjà dans la poésie. Il dessinait, Jouait du luth et peignait passablement, ainsi que lo prouve un triolot dont il accompagna l'envoi d'un crucifix «< peint par l'auteur », à une dame pieuse :
Si Le Sueur, Le Brun ou Mignard,
Avoicnt peint le Christ au Calvaire, lis l'auroient fait avec plus d'art Et mieux que je n'ai pu le faire.
Mignard et Le Sueur et Le Brun Pont des choses hors du eommuD, Où je n'espère pas atteindre ; Mais Le Rrun, Migtiurd et Le Sueur N'auroient pas su si bien le peindre Qu'il est gravé dans votre cœur.
Un mois après sa mort, de la Roque, le directeur du Mercwre de France, lui consacrait un article élo^Meux : « J'ai admiré, dit-il, pendant plusieurs années, los talents hcuroux rt lo mérite sinjrulier de M. Boudicr, gentilhomme de Mantes ; et nous avons été liés ensemble d'une étroite amitié. J'ai eu en mon particulier, quantité de lettres de ce savant homme, lesquelles étant jointes à celles qu'il a écrites à d'autres personnes, sur divers points d*érudition, pourroient faire pûisir au public. Je puis assurer que le recueil en serait curieux ; car M. Boudicr étoit consulté de tous côtés, surtout pour ce qui regarde Tintelligence des médaillée et des autres monuments antiques. »
Titon du Tillet a admis Réné Roudier dans son Intimasse Français (ed. de 1732). L'article qu'il lui a consacré, lui fut envoyé par Guillaume Bouret de Beuron, dont nous avons déjà parlé dans lé cours de la Chronique. « Personne, disait-il, n'a si savamment écrit sur les médailles tfb les monnoies romaines. II a même écrit sur les monnoies de France... Il étoit vraiment philosophe de cœur et d'esprit ; et il a plusieurs fois refusé des places aussi honorables qu'utiles. M' le duc d'Orléans, régent du royaume, ayant cnt- ndu parler d'un homme aussi rare, voulut le connaître. En ( ffot, il vint de Mante, parordro du prince, qui fut charmé de sa couversalion et de quelques-unes de ses poésies qu'il lui récita. »
ses
Admis dans le Panume Françaia, Boudier, par ses poésies légères, fut oonnu de Voltaire et cité par lui parmi les écrivains du siècle de Louis XIV : « Boudier (Réné) de la Jousselinière,
auteur de quelques vers naturels. 11 fit, en mourant, à quatrevingt-dix ans, sou épitaplie. m La voici d'ailleurs d'après Morôri :
J'étais gentilhomme normand D'uue antique et pauvre noblesse Vivant de peu, tranquillement Dans une honorable paresse.
Sans cesse le livre à la main, JY'tais plus sérieux que triste, Moins IVauçois que grec ou romain, Antiquaire, archi-médailliste :
J'étais poète, historien...
Et maintenant Je ne suis rien.
Cette idée doucement mélancolique du néant de l'homme, se retrouve encore dans une autre pièce : « Qualrain sniv ma cieiUease, » eu même temps que les prédilectiouii de i'érudit :
D'an tombeau rainé, d'un cirque ancien de Rome,
Nos yeux avec rosp<»ct eoiitomplcnt les débris ; LVi^'i^ d'une lucduillo eu rekausse le prix : On fait cas d un vieux buste..., on méprise un vieil liomme.
A part quelques pièces de poésies fugitiyes publiées dans VAlmanach littéraire, en 1788 et 89, Réné Boudier n'a pas laissé d'œuvre imprimée. £n 1714, dans un voyage qu'il fit à Paris, il
remit ses-diflerents manuscrits chez le libraire Simart, qui s'était char;:é de leur imi^ression et n'en lit rien. En 172U, six ans après sa mort, .son Histoire de la République rouiaine fut approuvée par un censeur royal, mais elle ne lut pa^ imprimée davantage.
Les manuscrits de ses ouvrages connus se composaient de : Aîfriçi de tSistotre de France, Jusqu*en 1647 ;
HMoire de la République Romainet depuis la fondation de
Uonie jusqu'à César-Au«,'uste ;
Traité sur lea médailles ffrecqiies et romaines, avec un ^Tand nombre de médailles gravées ;
Traduction en vers de plusieurs pièces d'Horace, de Juvènal et de Buchanan ;
Paraphrase en ver» firançoie de rsccieHasjie de Saianwn;
Gminmaîre latine ;
Ti^ailè de la géographie ancienne pour CinteUigence de
l'Histoire :
Diciionnaire Gèo(/rapJn<jue :
Remarques 6ur les di//icuUés de la langue françoise ;
Traduction en proee française de la vie de Jesue^ Christ, composée an vi* siècle, par la célèbre ProbaFalconia, en contons tirés de Virgile, et imprimée à Venise en 1472. Ce fut on de ses derniers ouvrages.
Réné Boudier a aussi traduit quelques parties d'Ovide, en vers burlesques. Voltaire en a cité deux dans le Diclionnaire Philosophique.
Les manuscrits de Boudier, pour la plupart, étaif>iit revenus à Mantes. Il y en avait quatre ou cinq volumes chez M. Léon Pascal-GervÛle. Ils ont été vendos par inadTertance, aux vieux papiers. II n*en reste pins qu'un ; e^est son Abrégé de f histoire de France. Il est à la bibliothèque de Mantes, où il est inscrit sous le n* 373. C'est un in-4* cartonné en parchemin, de 975 pages. Il est divisé en deux parties : la première finissant à la page 868, se termine ainsi : Fm de ce qtti cft pris de Vabrcgè chronologique de Mezeray. La pajie suivante commence par ces mots : Sommaire de l'inventaire de Serres pour la suite de V histoire de France^ jusqu'au commencement du règm de Louis XIV, Ce volume n'est certes pas le plus précieux des ouvrages de Boudier.
Travailleur aussi infatigable que fécond, Réné Boudier se le* vait tous les jours à quatre heures, se mettait à l'étude ety restait jusqu'à midi. Souvent même il reprenait son travail dans l'après-diner. Son activit<^ a ccpen'lant été dépassée encore par sa modestie, qui était sans bonu s, et dont il a laissé un rellet dans le sonnet suivant, par lequel nous terminerons cet article biographique.
Le désir insensé d'éterniser son nom Tourmente hon iblcmeut les esprits qu'il enivre. L'un cousacre sa vie à pulir sur ao livre ; L'antre se donne en proie au boulet d'un caion.
Tels jadis fut Homère et tel Agamemnoa ;
Itt mille autres depuis, qui les ont vooln saivre.
Ifoi, bien éloigné d'eux, je ne songe qa'àTim, Sang cure qu'après moi l'on me connoisie on non.
Travailler nuit et jour parce qu'on le propose Qu'on dira dans mille ans : Un t^fU t«Ue eAoM, N'est-ce pas se ronger de soucis superflus f
Le bruit tant recherché que ftdt la renommée, Pendaot que nous vivons, n'est qu'un peu de fumée ; Et c'est encore moins, quand nous ne vivons plus.
Pierre Joseph Bouclier de Villemert, avocat au Parlement, iHait dit-on, le neveu de René Boudicr. Cependant, si celui-ci était fils unique, il ne pouvait être que son cousin. Son ouvrage le plus connu, celui qui est too^oure lié à son nom, etitL*Amide9 femmes, ai^jourdlitti bien oublié. .
François QUESNAY
lIBDBCm, CUiaUROlSM BT BCONOIOSTB
François Quesnay naquit le i juin 1694, à Mérei près Montfort-l'Aniaury. Son père ancien avocat, s'y était retiré pour s'y livrer tout entier à ses goûts pour l'agriculture. Cet avocat philosophe voulant faire de ses enfieukts de vrais cultivateurs, les laissait presque sans instruction première. A douze ans seulement, le Jeune François apprit avec l'aide d'un jardinier, à lire dans un volume de la Maison Rustique. Dès lors, il lut ou dévora, tous les livres qui lui tombèrent entre les mains, et il apprit presque sans maitrc, le grec et le latin. Parvenu à l'âge adulte et forcé de se choisir un état, il vint à Paris et y étudia la médecine et la chirurgie.
Déployant un grand zèle dans sa nouvelle position, admis à titre d'élève à flréquenter les salles de l'Hôtel-Dieu, Quesnay trouva encore le temps d'étudier les mathématiques, la philosojdiie et la métaphysique dans les ouvrages de Malebranche. Le hasard de ses relations l'ayant conduit chez le célèbre graveur C. N. Cochin, il apprit fie lui, l(>s éléments du dessin et de la {gravure, qu'il put perfectionner encore quand plus tard, il fut devenu le médecin et l'ami de madame de Pompadour, qui avait
ntANÇOlS QUB8NAY
on le sait, un joli tfilent de ;;raveur. Il existe, parait-il, quelques livres du xviu" siècle, dont de petites vignettes ont été gravées par F. Quesnay.
▲pris avoir terminé ses cours, Quesnay se fit recevoir maître en diirurgie et vint s'établir à Mantes. Il devait avoir alors Tingt<leux ans à peine, car le 18 novembre 1717, il loi naissait un fils de son mariage avec Jeanne Dauphin :
« L'an mil sept cent dix-sept, le mardy vingt deux novembre, apr<^s midy, a batis(^ par nous niaximilien Hua ptre et vicaire de Saint-Maclou de Mante soussi;rné, un lils né vendredi dernier à une heure après inidy du légitime mariage de françois Quesnet chirurgien et de Jeanne Catherine Dauphin sa femme de cette paroisse et a ét6 nommé biaise GniUanme, par M* Ooillanme Dauphin son code maternel, etc. »
Qnesnay a signé cet acte, d*une écriture ferme sans paraphe ; VF de François est liée avec leQ. Au met « Quesnet» on a ajouté un renvoi : « Quesnay est le nom de cette famille. Muidebled, vicaire. »
En 1723, il lui naissait une fille et il n'eut, croyons-nous, que ces deux seuls enfants :
« Le quaiorz* octobre mil sept cent vingt trois, a esté par nous vicaire soussigné, Baptisé Marie Jeanne Nicole Qnesnay, néedliyer Du Légitime mariage De M'* français quesnay M** chymrgien en cette ville et de Dam*'** Jeanne Dauphin. Le parein Messire pierre Brunet prestrc vicaire perpétuel De L'église Collégiale et royalle do Nostrc Dame De Mante, La marcino Dam"" Marie Nicollc Brault, Epouse Du s' Philippe Le Goust huissier en cette ville et MarguilUer De cette Eglise qui ont avec nous signez Le présent.
Brunet, Marie Nicole Brai lt,
Debor. »
Quesnay n'a pas signé cet acte.
A Mantes, le savoir et le talent de Quesnay lui suscitèrent, suivant l'usage, la jalousie et la malveillance de ses confrères. Mais les succès éclatants qu il obtint dans le traitement de ses malades, lui valurent la place de premier chirurgien do I*HAtel- Dien. Bientôt sa réputation s'étendant, il ftat le chirurgien de tous les grands seigneurs des environs de Mantes. Ce fut même grâce à la faveur du duc de Villeroy, seigneur de Magny, qu'il dut de quitter Mantes et de se produire à Versailles.
CHRONIQUE OË MANTES
Dans une note des Mémoires Oe Madame du Samsel, femme de chambre de U marquise de Pompadour, M. Crmufard raconte
un trait qui fut un peu la cause de sa fortune. «La comtesse d'Estrades, alors favorite de madame de Pompadour. et amie «lu comte d'Argenson, sVitaut trouvée un jour subitement incommodée et dans un état alarmant, le duc de Villeroi, qui était avec elle, offrit le secours de son chirurgien, qu'il avait laissé dans sa voiture. Quesnay reconnut promptemcnt que la comtesse était sujette à l'épi lepsie et qu'elle en éprouvait en ce moment une attaque : il sentit en môme temps l'importance de cacher une maladie aussi effhiyante : et, rassurant le duc de Villeroi, il ordonna quelques calmants, en disant que c'était une attaque de nerfs. Il insista sur la nécessité du repos, fit sortir tout le monde, et resta seul avec la malade, pour soustraire a la vue des assistants les symptômes de l épilepsie. Ayant repris coniiaii>saiice, elle jugea par la conduite de Quesnay, de sou savoir et de sa discrétion. Bile y fat sensible, et parla de son habileté à madame de Pompadour. »
Quesnay était encore à Mantes, quand il publia un de ses ouvrages de chirurgie : Observations sur la saignée (Paris 1730) qui est une réfutation remarquable du traité de Silva. Il y a tout lieu de croire qu'il quitta Mantes vers 1734, car dans une de ses conversations racontées par madame du Hausset, il fixe presque cette époque. C'est madauie de Pompadour qui parle : « Le roi lui parlant un jour chez moi, et le docteur (Quesnay; ayant l'air tout troublé, après que le roi fut sorti je lui dis : « Vous avez Tair embarrassé devant le roi, et cependant il est » si bon ! — Madame, m'a-il répondu. Je suis sorti à quarante » ans de monviliage, et j'ai bien peu d'expérience du monde, M auquel je m'habitue difticiicment. Lorsque je suis dans une « chambre avec le roi, je me dis : Voilà un homme qui peut » me faire couper la téte ; et cette idée me trouble. »
Mis en relation avec La Peyronie qui fondait alors l'Académie de Chirurgie, au moment même oft les médecins et les chirurgiens encore séparés et toujours ennemis se déclaraient une guerre acharnée, Quesnay accepta le poste de secrétaire de cette Académie. Il prit une part très active à la guerre de plume que se faisaient les deux professions. Quand il se fut fait recevoir docteur en médecine de l'université de Pont-à-Mousson, en 1744, il conserva malgré cela, une prédilection marquée pour les chirurgiens, et partant, une poiute d'auimosité contre ses