FRANÇOIS QUESNAY
anciens adversaires. II devint médecin ordinaire de Louis XV ; U fM le médedii de madame de Pompadonr qu'il soigna dans ses derniers instants. Bile loi légua dans son testament, une
somme de 4000 livres. Il habitait au palais de Versailles, une petite chambre voisine de l'appartement de la favorite (i).
Quosnay (^tait un homme oxcc'llont. Douj'î d'un sr ns droit et d'un psprit exact, il t'-tait bon, fr.uic, loyal et obligeant. Sa conversation avait une tournure particulière, et il aimait à parler par apologue. Son rêve sur la poudre de prelinpinpin, est une des plus amusantes histoires racontées par madame du Hausset. Il causait avec cette dame du pouvoir de l'argent qu'il appelait la magique poudre de Prelinpinpin, lorsqu'un chevalier des ordres du roi passa sous les fenêtres revêtu de son cordon bleu : « Co seignenr, dit madame du Hausset, est bien plus con- » tent de son cordon, que de mille et mille de vos pièces. — » Quand je demande au roi une pension, reprit Quesnay, c'est » comme si je lui disais : Donnez-moi un moyen d'avoir un » meilleur dîné, d'avoir un habit bien chaud, une voiture pour » me garantir de la pluie et me transporter sans fatigue. Mais • celui qui lui demande ce beau ruban, s'il osait dire ce qu'il » pense, dirait : J'ai de la vanité, et je voudrais bien, quand je »> passe, voir le peuple me regarder d'un œil bêtement admira- » teur, se ran;rer devant moi ; je voudrais bien, quan»! j entre
dans une chambre, produire un effet, et fixer l'attention des » gens qui se moqueront peut^tre de moi à mon départ ; je » voudrais être appelé monseiifneur par la multitude. Tout » cela n'esMl pas du vent T Ce ruban ne lui servira de rien dans » presque tous les pays ; il ne lui donne aucune puissance: » mais mes pièces me donnent partout les moyens de secourir » les malheureux. Vive la toute-puissante poudre de Preiin- » pinpin. >•
« A ces mots, on entendit rire aux éclats dans la pièce d'à côté, qui n'était séparée que par une portière. La porte étant ouverte, le roi entra, avec madame et M. de Oontaut. Il dit : « Vive la poudre de Prelinpinpin I Docteur, pourriez-vous m'en » procurer ? »
De cette boutade, il ne faut pas mnclnre que Quesnay fut avare ; bien au contraire. L'ancien chirurgien d«- Mantes était un philanthrope. Elevé en paysan, le goût de la campagne lui
resta toote sa vie et dans la liante position oli ravaient éleré son savoir et son talent, il chercha constamment la selutioa des problèmes qui pouvaient améliorer la condition des agricol-
teurs.
Lié avoc los philosophes du xviii' siècle, il fut l'ami do Torgot, du marquis de Mirabeau et des encyclopédistes. 11 fut presque sans le savoir, le chef des Economistes. « On me dit depuis que M. Qaesnay était fort instruit de certaines choses qui ont rapport aux finances, et qu'il était un grand économiste ; mais Je ne sais pas trop ce que c'est (1). »
Qnesnay mourut en 1774. Il a laissé d*a8sei nombreux écrits, soit de chirurgie et de médecine, soit de philosophie et d'écomie politique. Nous ne pouvons en donner la liste qui n'aurait aucun intérêt pour la plupart do nos lecteurs. 11 a donné quelques arlicles pour l'Encyclopédie de Diderot, et de nombreux mémoires dans les journaux d'agriculture et les Ephémérides du citoyen (2).
François Qoesnay fut anobli par Louis XV: c'était le seul philosophe qu*îl put souffirir. 11 rappelait en plaisantant tonpenr seitr et dans ses lettres de noblesse, il lui donna pour blason, trois pensées avec la devise: Propter cogUaUÔnem
mentis.
11 ne nous reste plus qu'à dire un mot sur plusieurs personnages distingués, qui appartiennent i Mantes, par quelques côtés.
En première lif^ne, nous mettons Jkan-Baptiste C.kusillikr. Quelques biographes le font naître a Mantes, mais il était parisien ; st'uleinent il était issu d'unti famille mantaise qui avait fourni des maitres de pont, à la ville ainsi qu'à Paris (3).
J.-B. Carsillier (1705-1760), avocat au Parlement, était un poète de mérite dont les vers faciles et élégants durent avoir en leur temps, un grand succès. Ils sont cependant peu connus. M. A. Benoît a publié (4) de lui, une amusante facétie: « Bêquête
(1) Madame du Haussct.
(si; V. Sur Qiicsnay, lluori Martin, T. XVI, Biogr. de MichaH4, et surtout nad. du I]aus>cl.
(3) V. Dictioiiuiirc de Jal.
(4) Journal de Mantes du 1*' scptentbro 1871.
J.-B. CAR81UBR, PIBRRB PATTB
au Roy pour le cure d'Antouin, contre le curé rfe Fonlcnoy.» Un autre avocat, Marchand, avait ^'critunt' " Rcquêle du na-è (le Fon/enoy, » dans l;i(juelle co curé réclamait plaisemiuent ses honoraires puur les huit mille enterrcmeuts qu'il avait faits après la bataille. Mais, répondait son Toisia le curé d'Antouin, il n*a pas enterré tout le monde, il n'est pas mort de soldats que sur la paroisse de Fontonoy :
C'est même sur mon territoire Que «9 déclara la victoire.
Le curé d'Antouin prétendait avoir dit autant de Requleni que son confrère :
Lo vieux curé de Fontenoy
Ro a>tpil doue tAi plus que moi T
Il faut que chacun ait sou compte.
Comment se peut-il qu'au décompte Qu'il douoc à Votre Majesté, 11 place tout dans son domaine.
Sans mettre rien de mon c6té ?
La plaisanterie est bien menée ; c*est un plaidoyer d'arooat spirituel, et qui a tout l'air d'une improvisation. J.-B. Carsilier a laissé beaucoup d'autres poésies, entre
autres une églogue on vers latins, écrite à propos d'une inscription latine qui se trouvait à l'entrée du jardin de la Perle, à Mantes.
PiBiBB Pattb, un homme remarquable dans plus d*un genre, a longtemps habité Bfantes. Architecto de mérite. Patte a construit entre autres monuments, le château de Jan sbourg pour le prince do Deux-Ponts, et l'église de Holbcc. Le château de •laresbourg est une imitation du Graml-Ti ianon.
Patte est surt( ut connu pour ses ouvrages de critiqus. Son mémoire contre la coupole du Panthéon, écrit quelque temps avant la mort de Soufflet, a fait dire que celui-ci était mort dCun coup de patte. Enfin, il a publié un grand recueil d'architecture : LetMommenls érlçés à ia gloire de Louis XV (ne&), dont nous avons parlé à propos de Robert Pitrou.
Arehîtecte «4 IftténUenr, Patte possédait encore on certain
talent de graveur. On a de lui quelques estampes d'architectur» et de perspective, d'après Piranesi et Claude Gelée (1).
Pierre Patte mourut à Mantes en 1814 :
« Du 9 août 1814, heure de midi, acte de décès de Pierre Patte, ancioi architecte et littérateur, décédé aujourd'hui à 4 heures du matin, en son domicile ; établi en cette ville rue Toilerie, natif de Paris, kgé de 91 ans sept mois, veuf de dame Françoise Catherino Priva, décédée à Mantes àg('e de 80 ans le 17 mars 1709, fUs de défunt Pierre Patte, officier de la maison du roi Qt d'Elisabeth Hubert. »
La maison de Pierre Patte Ait habitée ensuite par la célèbre madame Gampan, qui est aussi morte A Uantes (2).
Puisque nous parlons d*arehitecto. disons que Jean-Jacques lluv/', naquit à Boinvilliers, canton de Mantes, on I7i2. 11 fut
grand prix d'architocturo do l'Académio. Son fils, Jean-Jacquos- Marie Iluvé, devint arcliit^^cto do la Madeleine, après la mort de Vignon. Il était nô à Versailles, en 1783.
rharles Palissot de Monfonoy, ost vonu se refugior à Mantes, pondant la Révolution. L'aiiionr de la. Dunciade, l anii do Fréron, fut à Mantes, président do l'administration municipale du canton. Il mourut à Parii», où il était retourné en 1798.
Palissot était le beau-frère d'un autre littérateur, Poinsinot de Sivry dont un descendant ftit notaire et juge de paix à Mantes. Celui-ci possédait un beau portrait de Palissot, qui doit être encore dans la famille.
(1) A. Benoit, Joxtrnnl de Mante» du 18 juin 1873.
(S) V. la notice placée en tdte des Mémoires de Madame Campas.
CONOLUSIOUS
Notre tâche est remplie et dous avons terminé la Chronique de Manies. Nous avons recaeilli de toates parts, ce que nous eonnaimioDS d*iitile à la petite histoire d'une petite TiUe en essayant, antant qui! était en nons, û*y répandre un peu d*intéréi L'histoire, la grande, a étA interrogée et nous lui avons demandé ce qui, dans les convulsions et les transrormations de la patrie française, pouvait éclairer le passé du petit coin de terre qui entoure notre clocher. Les monuments, les places, les rues, les familles, nous ont fourni l'un après Tautro quelques souvenirs à conserver. Parmi les personnages de mérite, nous en avons trouvé quelques-uns dont Tillustration était Justement proportionnée aux événements racontés, etqui suffisent à la gloire de Mantes. Nous sommes donc, pensons-nous, restés constamment fidèles, à Tépigraphe que nous avons choisie : Recueillir de petites choses afin qu'elles ne périssent.
ADDITIONS ET CORKECTIONS
Noas avons dit, pages 23 et 24, que le chemin ancien de Beauvais à Mantes, disparaissait aux environs d'Arthies. Nous devons ajouter ici quelques renseignements nouveaux, qui confirment l'opinion que nous avons soutenue.
Cette voie, s'appelle à Auncuil, la voie Bruneau. Elle fut coupf'o, vers 1872, par le passage du chemin de fer de Paris à I)i(;pp(>. On y a trouvé beaucoup d'objets d'une grande antiquité.
Elle ne se perd pas du tout à Arthies. Elle se continue au contraire vers Mantes, et traverse presque en ligne droite, les communes d'Arthies, de Drocourt et de Saint-Cyr. Elle passe sur
les limites des communes de Follainville et de Fontenay et vient aboutir à Limay, à une vieille rue qui porte depuis un temps très reculé, le nom ilo Riw Chaiwsce-de-Beai(i'ais.
Depuis Arthies jusqu'à Mantes, cette voie a gardé le nom de Vienne chemin de Beauvai.s. Nous ne soutenons pas encore que ce soit une voie romaine au sens archéologique du mot ; les recbercbes qu'il convient de faire pour cela, n*ont pas encore été exécutées. Il n'y a pas à douter cependant, que cette voie n*ait servi aux romains du IV* ou du V* siècle. Voici sur quoi nous basons cette affirmation.
Cette voie, transformée aujourd'hui, par endroits, on un chemin de culture de quatre mètres de largo grossièrement empierré, traverse sur la commune d'Arthies, le champtier du Bois-Pernet ou plus communément : le C/tuuqUier. Là, dans un emplacement contigu au chemin, presque à la surface du sol, on rencontre un béton solide, composé de pierres, de tuiles pilées et de chaux, formant une épaisseur d'environ trente
centimètres. On y a encore dtouvert, des monnaies, des fers de lances et différents objets (1).
En avançant vers Mantes, on voit au liameau des Ravenelles,
commune de Saint-Cyr, une vieille grange dans les matériaux de laquelle se trouvent de nombreux débris de ciment, de tuiles romaines entières, de couvre-joints et de grandes briques carrées.
Dans Saint-Cyr même, nous avons recueilli, à cinquante mètres du chemin, des débris de tuiles très nombreux. On a tiré d*un vieux puits, abandonné depuis des siècles, des fragments de poteries noires vernissées et ornées à la pointe, et de forme très élégante. L'endroit porte le nom particulier des Fourneaux.
M. Arthus, de Saint-Cyr, auquel nous dcvonsbeaucoup debons ren.scigneinciits sur les antiquités de cette contrée qu'il connaît bien, possède un certain nombre de monnaies romaines, toutes trouvées à Saint-CjT ; les plus récentes sont de Constantin-le- Grand. \
Nous n*avons pas exploré le bout du chemin qui vient do parc de Saint-Cjr jusqu'à Mantes ; nous sommes persuadés cependant qu'il est très ancien. Nous persistons à croire que ce vieux chemin de Boauvais, sur le trajet duquel se rencontrent à chaque pas, des traces du séjour des Romains aux environs de notre ville, venait aboutir à Mantes pour se diriger sur Dreux et Chartres, en passant par Soudan. Nous espérons pouvoir Tétudier plus tard, avec plus de détails.
A propos de .Teufosse, page 72, nous n'avons jamais dit que nous ne savions pas ce qu'y faisaient les Normands, en l'année 856 (et non 862). « Etaient-ils arrêtés en cet endroit par une forteresse importante ou seulement par les facilités d'hivernages qu'ils trouvaient en ce lieu ? Nul ne le sait. » Cela signifie simplement et assez clairement que nous supposons que les Nor^ mands se sont arrêtés à Jeufosse, parce qu'un obstacle queK conque se trouvait devant eux : cet obstacle pouvait être Mantes qui existait déjcà. Quant à ce que les Normands firent à Jeufosse, cela n'entrait pas dans le cadre do notre Chronique.
(1) Coumuiuqué par M. l iustitutcur d'Arthies.