‹ La chronique de MantesChapitre 20 sur 143 · VICOMTES DE MANTES · texte numérisé non relu

VICOMTES DE MANTES

l'obéissance du roi, qui déclara le comt<'i confisqu('' surGaleran, pour cause do félonii-, t t réuni au domaine de la couronne (1). >» Cola se passait rii 10 il. On voit qu«' notre annaliste a bien indiqué les causes de la première réunion de Mculan à la couronne. 11 semble avoir ifjnoré (pit' p<'U de temps après, Henri rendit son comté a (iaieran de Meulau et en lit ainsi un de ses plus fidèles alliés.

Bien que les vicomtes de Mantes n'aient aucune importance historique, nous signalons ici l'existence de ceux qui sont le mieux connus. Presque tous sont dits de Gulri, à cause de. leur terre patrimoniale des environs de Magny.

Le plus ancien est Maclou de GuirI, 968 + 967.

Puis Sanson de Guiri, dont on sait peu de chose ; de 967 à 1034 environ. Il signa en 1006, la donation faite par Gauthier II au prieuré de Juziers, un autre acte sans date, et enfin celui dont BOUS avons parlé plus haut, où il prend le titre de vicomte de Mantes.

Hogue de Guiri, surnommé Broute Saule {Drustans SalicemJ lui succéda après la mort de Sanson. Les moines de Saint-Père

de Chartres (2) ont exalté son mérite et ses vertus, à propos d'une donation qu'il leur fit de sr's droits sur Guiri. Vers la fin d ■ sa vie, il se fit moine de Saiut-Père et devint proviseur et

cu>(nii.' de Juziers.

Ilugue Stavel ou de Stcuil i3; est le dernier vicomte connu. 11 semble avoir été placé à Mantes, lorsque Philippe P' s'empara duVexin. Nous le verrons paraitre dans la restitution faite à Cluny par Philippe 1", et au moment de la prise de Mantes par Guillaume le Conquérant.

Les autres personnages qui ont ensuite commandé à Mantes, sont des baillis ou des capitaines de la forteresse. Ils sont peu connus.

Un descendant de la famille de Guiri figure encore dans le Cartulaire de 8atnt-Père, vers 1144 : c'est Guillaume Broute Saule (Brustsaltb). Il avait fondé un obU dans Téglise Notre- Dame.

(1) Rénix. Lœ. ctL p. lOf.

(2) V. cartel. T. I p. fi».

(3) Lévrier a pris pour cet Huguc un autr^, surnommé Slatualis, SUitue- TWtf etc. M. Guérarîl n'a pas admia cet interprétation.

§ 27. Des maisons que Ton appelait Mante-l'Eaue. —

11 y avait anciennement, au pied du Château de Mante, des maisons de pécheurs et autres bâtiments le long de la rivière qui servaient de faubourg auxdits Château et ville de ce coté, ladite ville étant bâtie plus haut. Lesquelles maisons, en différence de la ville, on appelait : Mante-VEauCy dont la petite rivière qui passe au-dessous diidit Château, en porte encore le nom.

Ce paragraphe est repété dans le cours de cette chronique ; nous aurons donc occasion de traiter Tobjet qui y a donné lieu.

De Mantes-l*Eaue, nous avons vu ce qu'il fallait penser et nous n*y reviendrons pas. Quant à cps maisons de Mantes-rEaue, ellOT ftirent démolies sous Charles V, pour bâtir la Porte-anx- Images et le Fort. Cetto démolition donna liru à unf transaction avec les chanoines de Xotro-Danio. Xmis en parlerons en son temps, et nous rrpn nons le cours do notre l'écit.

Parvenus en itlcin xi" siècle, nous avons pour nous j'uider, un grand nombre do chroniques et de récits où nous pouvons puiser. Il est cependant un aul 'ur, (pie nous avons dtjà cité, dont le nom va revenir à chatiu» page et que nous devons présenter a nos lecteurs : c*est Orderic Vital.

Moine de Tabbaye d*Oucfae ou de Saint-Evroul (Orne), Orderic Vital a laissé une Histoire Ecclésiastique, en xm livres, à laquelle on ne peut éviter de faire des emprunts quand on s'occupe de ce qui touche au voisinage de la Normandie. De plus, c'est un des écrivains les plus exacts du moyen ftge ; on peut dire que c'est le premier de nos historiens.

Orderic Vital était né en Angleterre, vers 1075. Son Histoire, précédée .suivant l'usage, d'une récapitulation générale, s'arrête à ranuée 1141, voisine de sa mort: «Aucun livre, dit M. Guizot, ne contient sur l'histoire du onzième et du douziènae siècle, sur l'état politique, civil et religieux de la Société en Occident, sur les mœurs féodales, monastiques et populaires, tant de si précieux renseignements. » Jusqu'au milieu du xii* siècle, Orderic Vital sera donc, sinon le seul, au moins notre guide le plus sûr.

Désormais, la guerre subsiste à l'état permanent entre le duc de Normandie et le roi de France, trop puissants tous les deux pour voir sans crainte et sans envie, les progrès de leurs con-

DÉFAITE DE MORTEMEK

quêtes réciproques. Pendant longtemps, la guerre se poursuivra avec des chances diverses, suivant le parti qu'embrasseront tour-àrtourf les nombreux et puissants vassaux évoluant d'un camp à l'autre» au gré de leur ambition et de leur intérêt.

A notre point de viip tout particulier, la situation du comte de Moulan, avoc sa ville do Meulan dans l'Ile de Franco, et ses j^'randt s possessions û>' Normandie, était des plus redoutables pour la puissance ro\ al<'. si Henri V avait cru devoir restituer son comté à Galéran, un jour l'hilippe-Augustc devait en priver à jamais Robert IV et sa descendance.

En arrivant au trône, Henri 1*' en butte à la haine de la reine Constance, avait dû lutter contre les grands vassaux. Il avait imploré le secours de Robert de Normandie, et en échange du sen'ice qu'il en avait reçu, il lui avait cédé le Vexin, depuis roise Jusqu'à l'Epte.

Promis a aa due sans essoigne (sans foute) Tout Veuquecin jusqu'à Pontoise (1).

C'était une yjrande faute politique. Devenu plus fort. Henri

I avait senti. A la mort de Kwbert, en lOX), il s riait hâté de reprendr.' le Vexiii a son héritier. « Guillaume, alors, à cause de î^a jeunesse, ne put revendiquer son droit. »> Ce fut pour rave" nir, nne cause de discorde constante.

Au printemps de l'année 1054 (3), Henri crut encore avoir à se plaindre des agissements de son rival normand. Il tenait surtout à se venger d'un échec essuyé quelques mois avant, à Arques, qu'il avait en vain voulu secourir, alors que Guillaume l'assiégeait.

II pénétra i-ncor-' un»- foi> >-n Normandie.

Son frère Euiles, auc^uel il avait donne !•• couiniandement d une partie de ses troupes, était parti de Munies ou des environs, était passé sur la rive droite de la Seine, avait traversé le Beauvoisia, dans le dessein de surprendre et d'envelopper son ennemi.

Les troupes de Guillaume avaient à leur téte, Roger de Mor* temer et peut4tre «is?i Gauthier Guiffard, comte de Lonî:uevllle. Les compagnons d'Eudes arrivèrent dans le pays de Neufchàtel, prés de Mortemer-sur-Kaulne. Mais au lieu de faire tomber l'ennemi dans le piège qu'ils comptaient lui tendre, ils

(1) Waee.

(f) Kft non CD IQCS.

se laissèrent surprendre par les Normands, au milieu de la nuit. Hortemer fût incendié ; un grand nombre de soldats ftirent tués, et ceux qui ne purent échapper par la fbite, fùrent faits piisonniers (1).

§ 28. Le roi reçoit à Mante, la nouvelle de la défait* de 868 troupes, par lea Normands. — Nous apprenons, par la Chronique de Normandie, qui ce îùt à Mante que le roi Henri, fils du susdit Robert, en Tan 1055, reçut la nouvelle de la défaite de ses troupes par les Normands conduits par Gauthier Guiflfard (2), comte de Longueville, qui en avertit incontinent le duc Guillaumo de Normandie, qui était pour lors à Evreux. Lequel dès le soir, envoya quatre paysans proche les portes de Mante crier à haute voix :

Réveillez-vous et v(his levez, Français (jui trop lioruioz Allez bien tost voir vos amis Que les Normands ont à mort mis Entre Ecouy et Mortemer ; Là vous convient les inhumer.

Lesquelles nouvelles furent peu après confirmées par des blessés échappés de la bataille. Ce qui fut cause que le roi partit en diligence de Mante et y laissa les bouiigeois bien eflbayés.

Honri. pendant qu'on so battait à Mortt'nier, rtait tranquillement à Mantes, avec une autre partie de ses ti ouiies ; il y attendait le résultat de la marche de son frère, avant de se mettre en mouvement et de frapper Guillaume à Timproviste.

Il ignorait encore le sort de Tarmée d'Eudes, lorsque par une nuit orageuse, les soldats qui montaient la garde autour de son camp, entendirent avec épouvante une voix lamentable, leur racontant d'une façon surnaturelle, le récit de la défaite de

(1) Ord. Vit. T. III p. SOe.

(2) Ouissanl. Ciiky.

(3) Montemer. Albé, M. ; Mortemer ; CuEv. L'arrangeur moderne dea vers dn Roman da Rou s*eit trompé, en coofondant Morteiner^n>Brai arec Uortenm^-Uont, près Ecouy.

DÉFAITE DE MOKTEMER

Hortemer. C*était Guillaume qui, facétieux à ses heures, avait eu ridée d'eovoyer Raoul de Toeni comte de Couches, au camp royal, lui enjoignant de grimper sur un arfore ou un monticule et décrier de U, la déroute d'Fude$(l).

Wace, dans le Roman du Rou, raconte ce fait, dans ces yers que notre Chronique a un peu dénaturés :

Franceiz, Franceiz, levez, levez I Tenez vos veies, trop dormez I Alez vos amis enterrer, Ki sont occis à Mortemer.

Parmi les seigneurs qui combattirent avec Eudes à Mortemer, se trouvait Raoul le Grand, comte de Vexin. Il M un de ceux qoi (tarent pris, tandis i]U*Eudes s^échappait par la ftiite et abandonnait ses compagnons.

Ce UA à peu près le dernier acte dliostilité d*Henri contre le duc Mllaume. Cependant, quatre ans après, le roi de France prêta encore le secours de ses armes à Geoffroy comte d'Anjou, contre le duc de Normandie. Comme leurs troupes passaient la l>ive, près de Varaville, Guillaume se jetta sur leur arrièregarde ; je pont qu'elle passait se rompit et tout ce qui demriira fut tué ou pris (2). Henri com[)rit enfin qu'il n'était plus de lorce i lutter avec un tel adversaire. Il fit la paix avec Guillaume, et la mort (août 1000) Tempècha bientôt de la troubler.

Philippe I*' son flls, lui succéda, et dés lors ce fut une lutte acharnée, dont Mantes Ait souvent le théâtre. Le nouveau roi de Franco était loin d*avoir Factivité de son adversaire. Celui-ci, d'ailleurs, devenu roi d'Angleterre par la conquôte de 1066, .mit encore doublé sa puissance et son prestige. De plus, son esprit aventureux lui gagnait beaucoup do partisans, et un certain nombre de seijrneurs français le suivirent en Anj^'leterre. Pendant ce temps le roi Philippe, sans souci d'un événement aussi considérable, ne semblait pas se douter de ses conséquences funestes.

Quelques seigneurs des environs de Mantes répondirent à rappel de Guillaume. Parmi eux étaient les seigneurs deBréval,

(1) Nocte interapt- sta cante instructnm, qtiendam diroxit qui tristem régi victoriam, propius caatra ipsius, &b allo arboris, per singula inclauutTit Cote Guiltelmt âueS»,

[î] \m. Gakraii de Hfvlan Ait on de ceux-là : il demeura priBonoier Juf* qu à i aonée eui vante.

OHftONIQUE DB MANTES

de Jouy, les Mauvoisins, etc. Le comte de Vexia, Raoul, ne fit pas partie de l'expédition. Son alliance récente avec la mère du roi de France l'en «ivait [teut-ètre empêché, Raoul après avoir épousé Adèle, l'avait perdue en 1043. Il se remaria peu après, avec une autre femme nommée Ilaquenez ou Eléonor. En 1062, il la répudia et épousa alors Aune ou Âgnès de Russie, veuve de Henri I*', et devint ainsi le beau-père de Philippe I*% au grand déplaisir de celui-ci.

Nous avons parlé déjà du désaccord du comte de "^exin, avec un des vassaux du duc de Normandie, Hugue de Grandmesnil, commandant du château de Neuf-Marché. Raoul, en 1066, le battit et le contraignit à reculer devant des forces supérieures (1).

Si Raoul ne prit aucune part à la conquête de 100<j, il assistait cependant à la Pàtiue solennelle que célébra eiuiUaume Tannée suivante, à la Sainte-Trinité de Fécamp, pour fêter son retour d'Angleterre. « Alors le comte Raoul, beau-père de Philippe, roi des français, se présenta avec beaucoup de noblesse de France (2). » Il avait marié une de ses filles Adeline ou Odeline, à Ansold de Maule. Son divorce avec Eléonor lui valut d'être excommunié et il mourut à Montdidier en 1074, dans Timpénitence finale.

Son fils Simon, connu sous le nom de Simon de Crépy, lui succi'tla au comti' do Vexin et devint le sei{,'ntur effectif de Mantes ; ce fut pour peu de temps. Aussi vertueux que son père avait été violent et déréglé, il n'eut qu'un souci ; celui de faire oublier les injustices paternelles en les réparant. Son premier soin fut de rendre Montdidier à ses seigneurs légitimes. 11 Ut ensuite exhumer (1076) le corps de son père, pour le rapporter dans sa terre patrimoniale de Crépy. Comme il assistait à cette exhumation, il fut tellement ému de ce fùnèbre spectacle qu'il se résolut à quitter le monde Ses amis cependant, pour vaincre cette détermination, lui firent épouser Judith, fille du comte d'Auvergne. Ce fut en vain ; les deux époux firent vœu de chasteté dès la première nuit des noces et embrassèrent peu après l'état relifiieux. Simon se retira au monastère de Saint-Claude dans le Jura et après sa mort il fut béatilié ^3).

(1) Ord. vu. T. II p. 113.

(2) Id. p. 168.

(3) V. Acta $8, Ord, $. Bened, et Art. de ver. les daiei.

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