‹ La chronique de MantesChapitre 27 sur 143 · ABBAYE DE MANTES · texte numérisé non relu

ABBAYE DE MANTES

de Saint-Denis, et qu'il la récompensa sur les biens mêmes de la mense abbatiale, desquels les abbé et religieux jouissent encore à présent, comme droit d*Avalage des bateaux passant sous le pont de Mante et du Travers de la rivière, puisqu'on remarque par des titres d'environ 50 ans après la donation de cette abbaye, faite au profit de l'abbé ot de ses religieux par le roi Philippe-Auguste, qu'il n'est nullement parlé de l'abbé ni des religieux de Saint Denis, mais seulement du trésorier de l'église de Mante. [Chev.]

Cette dernière partie de la rédaction de Chévremont est assez obseore. MaisChrestien a longuement commenté ce paragraphe et Ta aRsez bien expliqué pour qu'il y ait peu de chose à ajouter àeequ*il en a dit.

Louis Vil STait donné Tabbaye de Mantes à son frère Philippe de Courtenay. Celui-d, à son décès, eut pour succetiseur son nereu Miilippe-Augnste lui-même à titre séculier, bien entendu.

En 1184, les chanoines se plaignirent au pape Luce III; leur royal abbé retenait le plus clair do leurs revenus pour en faire

son bon plaisir et laissait les bons chanoines à la portion congrue. Le pape, comme avait fait un de ses lu-rdrcesseurs, répondit par une bulle datée d'Avi^Mion, dans laciuclle il (b (Vnd encore à qui que ce soit, de saisir et arrêter leurs n-venus, sans motifs raisonnables. Philippe-Auguste n'en tint pas compte.

Cependant, douze ans après, on ne sait pour quels motifs, il eonelttt un accord avec Tabbé de Saint-Denis ; il échangea son abbaye de Mantes contre le domaine de Uepvre ou Leurmoutier, en Alsace, qu'il laissa en foi et hommage i Marchoald, sénéchal de la cour impériale (1). L'abbaye de Saint-Denis ne devait aroir de droits à Mantes qu'en cas de vacances.

Quant aux droits de Saint-Denis, sur la Seine, à Mantes, ils provenaient d'un autre accord direct fait entre l'abb*"; et les frères de Garlande, Thibaud, Guillaume et Robert. Thibaud avait spécialement abandonné le tonlieu de Mantes et ses droits do Gruerie dans la forêt dWrthie. Il avait reçu en échange le Chateauueuf de Saint-Denis ou Chateau-sur-£pte qui appartenait à

(1) V. Doublet et Félibien, HitL de l'Abb. de Saint-Denù, etLéop. Deiisle,

l'abbaye. L'accord avait été confirmé à Mantes même, par Philippe-Auguste, au mois de mars, 1197 (1).

Don Félibion on rapportant les conyentions intervenues entre rabbayeetPhilippe^Âuguste, remarque avec raison qu'elles ne reriinMit jamais aucun <'fft't, quant à rétablisspment des religieux dans r»''^'liso do Mantos. Il exista pourtant dps signes de cette possession : le portrait de l abbé Hugue sur le pilier de la porte centrale, et les armes de Saint Denis, qui »^taient un temple îi deux tours. Ces signes ont disparu depuis longtemps.

Néanmoins, labbé Hugue Foucaut s'était hâté d'envoyer à liantes, quelques-uns de ses religieux. Il les avait installés dans un lieu de la ville que nous ne pouvons préciser, qui prit de ce fait le nom de Val SaitUe^Marie (2) et ils y attendirent quelque temps la mort des chanoines titulaires.

Mais Philippe- Auguste avait sans doute changé d avis, car en 1212, en même temps qu'il confirmait aux bourgeois de Mantes le droit de vendre seuls du vin dans la ville, il prescrivait à ces religieux d'avoir à s'abstenir de faire ce coininrrce (3) : « Car nous ne voulons pas, dit Philippe-Auguste, que vous achetiez du vin pour le vendre dans notre ville de Mante ; et si vous i-n achetez pour le vendre dans la susdite ville, nous voulons que la Communauté de cette même ville s*en empare et en fasse à sa volonté comme de son bien propre : car nous avons concédé à la susdite Communauté, que si un moine ou un autre religieux ou clerc achète du vin pour le vendre, qu^il ne puisse le vendre dans la ville df Mante »» (4).

En résumé il n'est rien resté de cette cession, et l'abbaye de Saint-D( nls n'a Jamais eu d'autres droits à Mantes que ceux qu'elle tenait de Thibaud de (Jariande.

Cette famille de Garlande, dont le nom reviendra quelquefois dans cette Chronique, a occupé une position considérable à Mantes, au xii* siècle. Elle parait être la souche de colle des Mauvoisins ; c'est Topinion généralement acceptée. Cette donation à Saint-Denis du tonlieu de Mantes et d*une portion du droit de travers possédé parles Mauvoisins et cédé dans la suite par eux à la ville, le prouverait assez.

(1) Léop. Dellste. Ut sup.

(2) Ou Val Notre-Dame, parce qaa CM religieux venaient de cette abbaye.

(3) Léop. Dclinlc, Loc. eU. et IntettL de tSiS,

(4) D'après Chreatien.

LILE CHAMPION

§ 41. Lm Images du grand Portail de Notre^amA

données par un Abbé. — Je ne peux passer sous silence le zèle et le soin particulier que ce bon et dévot abbô Hugues portait àson église de Mante, puisque c'est lui qui fit à ses dépens enrichir deux grands portaux, à l'entrée de ladite ("Ake, d'images bien taillées et relevées en bosse, semblables à celles du grand portail de son abbaye de Saint-Denis, qu'un de ses prédécesseurs abbé, nommé Suger, avait fait bâtir, en Tan 1140. A son imitation, et pour en perpétuer la mémoire à la postérité, il fit graver et relever en relief son effigie en habit de religieux, ayant un genou en terre, les mains Jointes, les yeux élevés, comme priant aux pieds d'une grande représentation duâls de Dieu, tenant en sa main une croix, qui se voit au pilier qui fait s«''paration des deux grandes portes qui s'ouvrent en deux et se ferment contre le même pilier.

Nous prenons bonno noto de cotte tradition, et nous en parlerons un peu plus tard dans le chapitre que uous consacrerons à l'église IS'otre-Darae.

§ 42. LHa Ghampion apiiartenaat aux BeUgienz da Coulombs et Pont tombé puis rebftti de neuf. — En

Tannée 1172(1), Tîle que nous appelons Champion, située au milieu de la rivière de Seine, et qui avait été donnée pour le plaisir de ladite ville, ainsi qu*il est dit ci-devant, laquelle joint le pon^ appartenait à Tabbé et aux religieux de Coulombs. Philippe I*% roi de Flrance, au retour de son voyage de Calais, passa par Mante pour voir la grande ruine dMcelluy, causée par la forte desserre de glaces qui emportèrent tout le pont, d la réserve du donjon, et de trois arches à côté de ladite ville Et par son commandement, ledit pont fbt refkit de neuf, et fit donner à ladite vOle par Tabbé et les religieux de Coulombs, Tîle Champion, à cause qu*elle joignait le pont, ee qui était à craindre en temps de guerre ; à condition que

(1) liMBiamiterito diicnt 1I6C. Nom tront rectifié lllS, avec VJnv. de tSêS.

CHROiNlQUE DE MANTES

la yille paierait quatre sols parîsis de cens (1) à Tabbaye, en reconnaissance qu*elle était sortie de leur maison.

Nota.. L*on ne sait point comment, après la donation de ladite fléaux habitants de Mantes, elle a été à Tabbaye de Coulombs (2).

C'est par erreur que Chrestien et tous les manuscrits des Antiquités de Mantes, placent cette cession de Tile Champion en rann<!>e 1162. L'Inventaire de iô45 indique l'annùe 1172 et c'est celle que nous préférons. L'acte est perdu, mais Chrestien en donne une traduction conforme i Tanalyse de Rolland Labbé. Voici comment il raconte le fait :

<f En Tannée 1162 [1172], le même roi Louis VII fit concéder à nos maire, pairs et habitants, par Tabbé de Coulombs, la grande ile au bout de laquelle passe notre pont, nommée l'île Champion, parce qu'elle était nécessaire tant pour la sûreté que pour la commodité de nos habitants. Voici la copie dos lettres de cette concession, par lesquelles on verra que le maire de notre ville était déjà établi. Et elle fut approuvée par le même roi en termes généraux mentionnés dans les lettres patentes que nos habitants obtinrent l anHée qui suit celle-ci :

» Roger, par la grâce de Dieu, très humble ministre de Coulombs, aux maire, pairs et commune de Mante, salut. En considération des bons offices et de la bienveillance mutuelle que TOUS avez toujours témoignée à nous et à nos frères, comme Texpérience le fait connaître, nous ne pouvons vous refuser ce que vous nous demandez. Vous nous demandez que nous tous cédions pour l'avenir, l'île nommée Champion, qui nous npparti<'nt doiiuis lon,Lrt<'mps pour servir d'un commun usage à la villf, dont par l'autorité de Dieu, vous êtes les pairs, afln de donner aide et conseil au roi de France; à la charge que vous nous ferez payer par chacun an, au jour de Saint-Kémi, des deniers communs et par les mains de celui qui sera maire de la Tille, la somme de cinq sols par forme de cens; sous laquelle condition, et à Totre considération, nous donnons acquiescement àTotre demande, pourvu Umiefois qu'a$tctm de vos pairs ou ministres de roi ou toute autre personne gve ce soU^ ne puisse s'e^^prcprier ladite Sle, ou la donner à cens, en quelque manière

(1) Quatre sols parisis équivalent à cinq Mis tournois.

{t) A la suite se trouve une répétiUon da 1 33. que nous supprimons.

LILB CHAMPION

Ul

que ce puisse être, mais qu'elle demeure (oiOours pour le

profit de la commune. Que s'il arrivait cependant que nous n« fussion*^ pas iiayrs au tormo pn'fix dos cinq sous (!<• cens, l'amendo nous i w s< ra dn<', suivantl'usago de vidro villo : ot si on refusait absolument de nous payer cj cens, nous ivvoquons à perpétuité cette présente concession, pour en disposer comme nons ToadroDs faire honnêtement (1) >*.

Notre Chronique contient aussi ptnsieun erreurs ou contradictions. A cette époque, Philippe I*' était mort depuis soixante ans, et ce royage de Calais nous est totalement inconnu. Le seul voyage plausible serait celui que fit Louis VII en 1179, lorsqu'il se rendit en An-^lt'tcrrf», au tombeau do Thomas Bccket, archevêque de faiitorhiTN , pour ohtcnir la gurrison d»' son lils Philippe. Louis drbari|ua a Wissant et non à Cahiis. Il avait déposé une coupe d'or sur le tombeau du saint, et accordé aux religieux de Cantorbéry un don de cent muids de vin a prendre sur les revenus de sa résidence royale de Poissy.

Ce qui reste du vieux pont de limay semble bien être de cette époque. On voit qu'il étaitdéjàfortifii^, comme il l'a toujours été.

Le r^'cit de toutes ces affaires ecclésiastiques, curieuses au point do vue dt's njn^urs et do l'otat des porsonnes à cotte époque» a inlorrompu l'ordre chroiinli.j.Mt^uo ; nous le reprenons.

Au point de vue militaire, le régne de Louis VII n'amena guère d'évëments à Mantes. « Pendant les premières années de ce rftgne, l'histoire des états normands et angevins se rattache peu i celle du royaume de France, dit M. Henri Martin. » En effet, aucun fait important ne se produit jusqu'au retour de la croisade. C'était presque en arrivant quel^ouis "Vil avait confirmé la charte do commune de Louis le (iros.

« Louis Vil, dit Chrestien, cn'a et donna en ce môino temps, doux sergent> à masse, un procurour-syndic, un receveur, un grel'tier, un Clerc d'Eau (2) avec six sergents à verge, tous sous la nomination et relevant du maire et de ses pairs; mais le maire de ville, qui devait se changer tous les deux ans, par des élections qui s'en feraient par tous les habitants, était obligé de prêter serment entre les mains du roi. »

(1) Scellée do cire blanche en lacs de cuir. 7iir iff /j^.T. f« iS. Kn llSl, Philippe-Auguste étant à Mantes, confirma aux moines de Couluiubs, la poMCMion de leurs biens.

(?) C'était un offioier municipal, uo huissier, chargé de veiller à la polioe du passage de la ikine.

Toutes ces fonctions municipales qui existaient efTectiTement, sont ivès anciennes, mais nous n avons trouvé nulles preuves de lour création par Louis VII. Nous pensons même qu'elles lui sont bien antf rioures: nous en laissons donc toute la responsabilité à Chrestien. Les maires se tirent aussi peu à peu dispenser du serment qu'ils devaient prêter entre les mains du roi, quand la cour se trouvait éloignée de moins vingt lieues de Mantes.

Il existait encore autrefois à ruôtel-de-ViUe, d'autres chartes de Louis VII. Ainsi, en 1103, étendant les privilèges confirmés en 1160, il avait accordé aux bourgeois de Blantes, en reconnaissance des bons services qu'il en avait reçus, la permission d'acquérir partout pour leur demeurer à perpétuité (1).

En 1153, Louis VII commit cette lourde faute de répudier aa femme Eléonore, dont, à la vérité, il n'avait pas lieu de se louer : la guerre régna de nouveau et pour longtemps aux portes de Mantes.

Eléonore, âgée de trente-trois ans, consentit, à peine séparée du roi de France, à épouser Henri Plantagenôt, duc de Normandie et d'Ai^ou, âgé de dix-neuf ans. Elle lui apportait l'Aquitaine et le Poitou et le faisait maître d'un domaine plus étendu que celui de Louis VII lui-même. De plus, la succession do TAngleterre qui devait lui échoir à la mort duroi Etienne, allait en faire un roi puissant et détruire l'œuvre de Louis le Gros. Louis VII sentit sa faute. Ost alors qu'il se ligua avec les ennemis d'Henri et qu'il envahit la Normandie.

Henri, qui était en Angleterre revint précipitamment et força Louis VII et ses alliés a reculer : «< Le roi ayant appris l'arrivée du duc, après mûre réllexion, ne voulut pas entrer sur ses terres et le même jour se retira à Mantes >» (2). Il fut obligé de faire la paix quelque temps après.

En 1100, les deux frères de Louis VII avaient encore attaqué la Normandie ; Henri revint d'Angleterre et après avoir fait face à toutes les attaques, détermina Simon de Montfort, comte d'Evreux, à recevoir dans ses places les troupes Anglo-Normandes; puis il s(> borna à bloquer toute l'Ile-de-France, sans rien tenter contre les villes importantes.

Un peu plus tard, la Bretagne avait à souffrir du fougueux Henri : les Mauceaux étaient venus à la rescousse, mais leurs

11) Le texte se trouve dans Chrestioa.

(?) Robert du Mont

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