‹ La chronique de MantesChapitre 30 sur 143 · RÉUNION ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

RÉUNION ECCLÉSIASTIQUE

considérable était assemblée autour de Olsors, dès le mois de Juillet 1108. Philippe no sachant rien des forces de son adversair?, sVfaif portA imprudommont à sa roncontro. « Le roi Philippe, avec deux Cfiits cavaliers <•( f|ii" lqu('s <;:eu< «l'armos de Ma!it«'s(l^, marcha vers Richard à la t<'tt' d<' mille cinq cents chevaliers et d'une multitude infinie de cottereaux et autres (2). » La bravoure Tempêcha de reculer, mais il fut complètement battu. Il 8*échappa sain et sauf en laissant 00 de ses chevaliers entre les mains de Richard. Philippe se venga de cet échec sur les forteresses de la Normandie.

C'<^tait la seconde fois que les troupes royales, inférieures en . nombre, étaient écrasées par celles de Richard Les deux fois Philippe rentra a Mantes pour y puiser de nouvelles forces.

Itientôt. du reste, il allait avoir devant lui un autre ailversaire. Le 6 avril 1199, Richard Cœur-de-Lion mourait des suites de la blessure reçue à Chalus. Il laissait, dit-on, ses possessions à son ftère Jean Sans^Terre. Philippe, absorbé alors par son mariage avec Ingeburge, sa séparation immédiate, son autre mariage avec Agnès ou Marie de Méranie et Texcommunication «loi s*en suivit, laisse quelque répit au successeur de Richard, mais ce ne fut pas pour lon;.'temps.

.Tean cité à coin[)araitre devant la cour des pairs à Paris, n'y vint pas et n'e'nvoya personne à sa [)laco. Philippe l'en punit eii envahissant la iNuraiandie et surtout en prenant ouvertement, * SOUS sa protection, le Jeune Arfhar, neveu de Jean et légitime héritier de l'Angleterre. Le 3 avril» 1208, Arthur, prisonnier à Rouen, était assassiné sur la Seine, par sen oncle lui-même. Dès lors Philippe ne lui laissa plus ni paix ni trêve et attaqua toutes .ses possessions du Poitou, de l'Aquitaine et de la Normandie. On suppose que Jean, effrayé de la colère de Philippe, demanda secrètement au pape Innocent III, sa médiation.

§ 47. Assemblée faite par le roi Philippe-Auguste, à Mantes. — L'an 12iJ.} (4) le pape Innocent III, envoya son léerat en Franco, vers le roi Philippe-Aujruste et vers le roi Jean d'Anjj'leterre, pour les admonester et commajid(;r

(1) Il laiiMit èlfantM !• gras d« ms foraet. PMHpp. Ch. V.

(2) Guill. le Breton. Viê de Pkttippe'Al^fuae.

(3) Rigord. Ibid.

(4) ISOO^ A. ; 1220, Chkv. Chr. et Millin ; 1208, 2« 0. ; Rigord dit 1201.

qu*il8 fissent la paix ensemble et qu^ils rétablissent les abbayes qui avaient été détruites à cause de leurs guerres et les missent en Tétai qu'elles étaient auparavant. Ledit légat vint trouver le roi qui était à Mante ; après quoi le roi ayant fait assembler à Mante tous les principaux de son royaume, après délibération, il se porta appelant du commandement du pape. La cause Ait, par délibération desdits prélats, commise au pape. Le roi partit ensuite de Mante et mit le siège au Radepont.

Notre Chronique parait d^ailleurs avoir puisé ce paragraphe âa&sRigord. « Philippe, dit cet historien, reçut communication de cette ii^onotion à Mantes, dans Toctave de l'Assomption de

la Bienheureuse Vierge Marie ; il interjeta appel, en présence des évêques, abbés et barons du royaume, et on renvoya cette affaire à l'examen du souverain pontife. »

La vraie date de cette assemblée doit être 1203; c'est l'année où Philippe-Auguste prit Radepont et celle où il assiégea le Château-Gaillard. Enfin il était à Mantes à la fin d'août 1203, et non de 1202, où il n*est venu qu'une fois. Le légat du papi était le cardinal de Casemar de Tordre de Citeaux» auquel s'était joint Tabbé de Trois-Foirtaines.

Le dernier jour du mois d'août, Philippe alla donc assiéger Radepont et mit quinze Jours à s'en emparer. Quand ses troupes furent suflisamment reposées, il tenta une autre entreprise autrement longue et périlU'uso : le siège de Château-Gaillard. C'était une forteresse con-<idérabIe, nouvellemcni bâtie et l'un des plus beaux spécimens de l'architecture militaire. Richard avait dé{)Ioyé une très grande science à la construire. M.Violleile-Duc, qui lui a consacré dans sou Dicfioanaire un chapitre spécial, dit que le siège tnt fait par Philippe avec une science stratégique égale à la science de Fingénieur qui en avait imaginé Tadmirable défense. Ce siège remarquable dura six mois : le 6 mars 1204, le Château-Gaillard tombait au pouvoir du roi de France.

Nous n'aurions pas à nous en occuper si un des habitants de Mantes, nommé ^taubert, n'y avait pris une part glorieuse qui valut à son nom de passer à la postérité.

C'était au début du siège, vers la (in d'octobre I20li. Philippe prenait ses dispositions pour asseoir sou camp et ruiner les

Jfir

OAUBBRT

approches de la forteresse qui consistaient, surtout, dans des ouvrages en bois établis dans une île de la Seine. 11 s'agissait de les détruire, d'en chasser les soldats anglais et de les forcer i rentrer dans le Château proprement dit. Nous choisissons encore le récit de la PMUppMe, parce qu'il est le plus complet :

« Cependant Oaubert, Louis Qaliot, Thomas et Jean que Ton a surnommé le Noir» ayant rencontré» par hasard» deux bateaux» bons oonrears, s*en emparèrent et prirent avec eux des guerriers exercés aux combats sur Teau. Ces quatre hommes, poursuivant vivement ceux qui fu)*aient sur la rivière, leur faisaient en rnème temps la guerre ; et, s'étant enfin approchés davantage, ils parvinrent à leur enlever deux barques, avec des matelots, des combattants, des elTets et des vivres.

« Ce Gaubert était tellement habile dans Tart de nager, qu'il pomtit aller sons Teau à une distance de mille pa^ (1). Cet homme ayant donc rempli des vases avec des charbons ardents, les ferma et les flrotta de bitume à Textérieur avec une t^Ue adresse, qu'il devenait impossible à Teau de les pénétrer. Alors il attacha autour de son corps» la corde qui tenait à ces vases, et, plongeant dans l'eau sans être vu de personne, il va secrètement aborder aux palissades élevées en bois et en chêne qui enveloppaient d'une double enceinte, les murailles du château. Puis, sortant d<> l'eau, il va mettre le feu aux palissades, vers le côté de la lloche-daillard i{\n fait face au château, côté qui n'était défendu par personne, les ennemis n'ayant nullement redouté qu*on pût leur faire aucun mal vers cet endroit, en sorte qu*ils mettaient tons leurs soins à se défendre seulement snr les points par où les assiégeants les attaquaient plus vivement. Tout aussitôt le feu s'attache aux pièces de bois qui forment les retranchements, et aux murailles qui enveloppent l'intérieur du château, et s'élèvent dans les airs en tourbillons tous chargés d'étincelles, trouvant un nouveau secours dans les rayons du soleil et dans le souffiu du vent de l est, (jue l'Orient poussait avrc force et qui, en athlète vigoureux, secondait parfaitement les artifices do Gaubert. Ainsi qu'Encelade, à la gorge embrasée» vomit sur l'Etna des vapeurs brûlantes et des rochers calcinés par le feu, telle la flamme dévorante, allumée furtivement par lliabileté du fidèle Oanbert, dépoudllait les

(1) SIe Ctanbsrtiu erat lia, dootm in arle natandl

Qood mb aqua poimt miUmiit paatlbu* in. Ch. VII.

muraillos de tout ce qui servait à les défendre, et consumait les palissades, les retranchements, les maisons, les tours à trois étages et les claies en bois doubl(^es en cuir qui concouraient pareillement à la plus grande sfirett"' des remparts. »

L'adresse <•( le courap" de naubcrt firent sans doute une jrrando impression sur Guillaume U\ Breton. l»ans le chant xi* de son poème, il trouva occasion de parler encore du pf^chcur de Mantes. Gauthier de Saint-Paul, à Bouvines, « revient par un autre côté et enveloppe, avec une égale valeur, une foule innombrable de combattants, qu*il retient enfermés comme des poissons pris dans un filet, de même qu*i Mantes, Gaubert attire les aloses au moment où elles s*élèvent à la surface des eaux, dans les filets qu'il a tendus (1).

Il existe à Mantes une rue Jean-Oobort. Nous ne pensons pas que ce soit en l'honneur du hardi pécheur de Guillaume le Breton, mais plutôt eu souvenir d'un échevin du xvu' siècle qui s'appelait eu otlet Jean Gobert.

§ 4S. Sécheresse. — En l'an 120.'î. depuis le mois de janvier, jusqu'au mois de mai, il lit une sécheresse si excessive, que les chaleurs étaient semblables aux grandes chaleurs de l'été.

Nous passons à des faits plus intéressants.

En i 209, Juhel de Mayenne 8*était j^lalnt au roi des incursions que faisaient les Anglais sur les torres environnant le château de Quarplic (2) et dont soufflrait la province. Philippe-Auguste, sur ses instances, assembla une armée auprès du château d< Mantes et l'envoya assi(^ger Guarplic sous les ordres de Juhel et du comte de Saint-Paul. Le château fut pris et confié à Juhel, qui s'engaj^oa l'année suivante à le rendre au roi, sur sa réquisition. Ceci donna lieu à une complication qui faillit avoir des conséquences funestes.

^1) L'ique ascendentcs fallit Gaubertus alosaa

RetibuB oppositts vadA Mb piacosa If edontn.

Voaa Stdant dune hcureiisp expression do M. Taioan, nous traduisons : Comme Gaubert surprend l'alose n>montantc en ses tileU tendus dans les Gords poissonneux de Mantes. L'aloae est un poiatoo qui remonte, et les gords de Mantes sont célèbres.

(S) Près de Cancale (lUe^t- Vilaine).

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