‹ La chronique de MantesChapitre 31 sur 143 · PRIVILÈGES DE NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

PRIVILÈGES DE NOTRE-DAME

« Tous les barons et évéques, dit Onillanme le Breton (1). iq>pelés à cette armée, s'étaient assemblés à Mantes ; et ayant envoyé lours hommes à cette expédition, d'après l'ordrp du roi, ainsi qu'ils le devaient, les évôques d'Orléans ot d'Autun revinrent chez eux avec leurs chevaliers, disant qu'ih n'étaient tenus d'aller à la guerre ou d y envoyer une année que lorsque le roi la faisait en personne. Comme ils ne pouvaient alléguer aucun prétexte, et que la coutume générale était contre eux, le • roi leur demanda de réparer cette offense. Les éréques Tajrant refusé, le roi confisqua leurs régales, à savoir leurs biens temporels qu'ils tenaient de lui en fiefs... Lesdits évéques jetèrent un interdit sur la terre et les hommes du roi, envoyèrent vers la cour de Rome et s'y rendirent en personne. Le sei^jneur pape Innocent III ne voulant point enfreindre ou chanjier vn rien les droits et coutumes du royaume, ils firent réparation au roi (2). »

C'est là une des plus curieuses applications du droit féodal.

§ 49. DifKrand «ntra Tabbé de Saint-Yictor et les Ghanoinas et yîcaires. — Les rois de France ont tant chéri et affectionné Féglise de Mante, qu'ils en ont voulu être les abbés. Gela se justifie par la transaction passée en Tan 1210, entre Jean, abbé de Sa nt-Victor-lès-Paris, et le chapitre de Mante, pour raison du droit d'annates et de déport (3) que ledit abbé prétendait sur les vicaires perpétuels, ainsi que sur les prébendes et chanoinies de cette église. Par laquelle transaction, il est dit en ces termes ex]>rés : Que pour démouvoir l'abbé de ses prétentions, le chapitre lui transporte comme dette due annuellomont et sans aucune garantie, le droit du premier saumon qui se pêchaitau Gord des coupes, appartenant au chajiitro: le tout sous le bon plaisir (lu roi, quiestabl)é de cette é^riise. Ce titre justifie assez clairement qu'en ce temps, l'église do Maine était retirée des ali!).''s et reli<rieux rie Saint-Denis, puisqu'il nous assure que le roi en était lors abbé (4).

(1) Vie de PhOippe-Amg,

(2) V. La lettre d'Innocent III h sujet : Gr. Hisl. de France. T. XIX.

(3) Droits perçus sur les bénétlces ecclésiastiques, généralement proportimuiéa «nx pradvite aniMMto.

U) Tout ceci eut pris dans Chevremont, (Ut foile an | 40 flt Complété expUcatioas doot nous l'avons fait suivre.

Par une charte de 1125, Louis le Gros avait concédé aux chanoines de Saint-Victor de Paris, le droit de percevoir le droit d*annates dans un certain nombre d'(''^'lisc's. Philippe-Auguste leur avait confirma ces privil^^gros en 1218. Il est probable que l'église de Mantes, protô^ée par son royal nhhô, parvint à se faire exempter de ce tribut, moyennant le <lnn d'un saumon; poisson, h(!'las! qu'on ne prend plus guère dans les gords de • Mantes. La remarque sur iSaint-Denis est parfaitement juste et confirme ce que nous avons dit précédemment.

§ 50. Las ohftssas trouvées (1). — Le dix-neuf octobre» lendemain de saint Luc» en Tannée 1215, Dieu désirant donner un riche trésor entre les mains du peuple de Mante, fit paraître dans le chemin de Mante, au grandval de Rosny (3), sur le lieu où étaient cachés les corps des saints Marcoul, Domard et Cariulphe. une verdure extraordinaire de laquelle quelques moutons s'approchant pour prendre leur pâture, ne purent jamais aborder, faisant mille cercles autour en forme de processions. Ce qui fit connaître qu'en ce lieu il y avait quelque chose de précieux en dépôt ; ce qui ohligea les bergers qui les avaient conduits, de donner avis au dergé et aux officiers de la ville de ce qui se passait en ce lieu. Lesquels Airent audit endroit et y ayant fkit fouiller, trouvèrent un grand étui de bois, en forme de trois chapiteaux, où étaient enfermées trois châsses, sur Tune desquelles était écrit le nom de saint Cariulphe, sur celle du milieu celui de saint Marconi et sur la troisième, celui de saint Domard, qui ftirent retirées de terre et apportées solennellement en Téglise Notre-Dame.

Pendant les dernières années du règne de Philippe-Auguste, Mantes ne fut plus témoin d'événements aussi importants que

(1) Nous plaçons ici, avoc Aube, l'invention de* Châsses de saint Marcoul et de ses compagnons. D'autres mémoii^es l'indique à l'année 1^ et Chrestien. d'^rès ChéTremont, la net en 1343. L'autel des chfttaee ou mieux de la chapse, fut fonde on 13<X] et il y a tout lieu du croire que l'invention ect un peu antérieure à cette date. On Terra plus loin ce que nous avona à dire dM eélèbres reliques de l'égliM de Mantei.

(S) On y planta une cuA\ blanche et une procession y nllait tous les ans le Jour des Rogations ; cet endroit, où la route ûut un coude pour aller à Roaqy, s'appelle encore la Croix blanche.

PKlViLÉGES DE LA VILLE

ceux qui Tiennent d*étre racontés. La monarchie Ihuigaise était solidement fondée; le Vezin normand était acquis an roi; la Normandie ('tait entamée et la Tille de Rouen s'était elle-même

rendue. A l'ouest et au sud-ouest, le doraaino roj-al s'Atendait jusqu'à la Bretagne et à l'Aquitaine. Si les (•xp('''1iti(>ns arm(''es so renouvelaient encore, Mantes avait cessé d'être un centre d'approvisionnement et de ralliement.

Le château, si'jour préféré par sa situation et sa force pendant les années de lutte et de conquête, dut être laissé à la garde d'un gouvemeur, et le roi n'y fit plus que de rares apparitions. Le Catalogue des Actes de PhUippe-Auguste contient un état, non pas rigoureux, mais au moins précieux de ses divers séjours attestés par les actes nombreux (UxU'S de notre villf. Cinquante et un actes, environ, ont (''té ."îijjnés à Mantes, et, par une singuliC-re coïncidence. Philippe-Au^'uste signait son premier acte connu, dans la ville où il devait mourir.

U serait trop long de rendre compte de tous ces actes. Une ▼ingtaine seulement ont trait aux affaires de la ville. Un des plus importants fut d'abord la confirmation qu'il donna, vers 1203, de toutes les hanses dont Jouissaient les communiers ou bourgeois. Ces hanses consistaient en diverses association ^ (jui dispensaient de pajer certains droits dans les transports [>ar terre et par eau. Ce droit de hanse, à Mantes, était de 3 livrer une fois payées, f»lus 3 livres 15 s. par cliaqiif chargement. Le marchand (^ui avait pa} é ce droit était dit Uasi-sc, c tst-a-dire associé. Sur tout le parcours de la Seine, les marchands se faisaient banser dans tous les lieux sujets à péages. Cette confirmation, pour Mantes, était donc un droit considérable qui lui créait une source importante de revenus.

Chrostien a remarqué avec assez de justesse, que cette faveur fut faite en reconnaissance des servic( s de toutes sortes que les gens d'armes, les bourgeois et la batellerie df Mantes avaient rendus à Fhilippe-.\uguste pendant les • vénements qui {trécédèrent le siège du Château-Gaillard. Pendant le siège, les habitants avaient pris à leur charge tous les transports de matériel et de munitions; les hommes de Mantes avaient aussi payé de leurs personnes.

Vers la même époque, Philippe-Auguste <H>ncéda oticore aux maires et échevins la prév(jté de Mantes, moyennant une rente de 1,1(H) livres i)arisis. Cette concession donnait au maire le droit de bas^e et moyenne justice, sur les non nobles, non-

seulement dans la ville, mais encore dans tonte Tétendue de la banlieue. C'est là un fait ignoré; on attribue généralement la cession de laprôvôtt^ à Saint-Louis (1).^

Au règne de Philippe-Auguste so rapportent de nombreux contrats passés avec la famille de Mauvoisin. Par un acte de 1201, Guy (le Mauvoisin et Elyse, sa femme (2), avaient vendu à la commune les ou droits de passage possédés dajis

Mantes par la seigneurie de Rosny. avec leurs droits sur leurs hôtes et sujets de Mantes. La charte de commune n'avait pas suffi à aflhmchir la Tille, et il fallait encore luttercontre la puissance seigneuriale.

En 1204, confirmation, par Guy de BCauvoisin, de la précédente convention, qualifiée de bail des deux tiers de la cotUume de Rosny, moyennant 173 liv. 6 s. 8 d. de rente. Puis d'autres actes encore, qui existaient autrefois au chartrier de la ville, et dont nous avons signalé ceux qui étaient munis de leurs sceaux (3).

Les Mauvoisins, cependant, avaient gardé une portion de leurs droits. C'était cette part que leur contestaient les moines de Saint- Wandrille, ainsi qu'on l'a vu au § 26; ils avaient raison, puisqu'en 1204, Raoul de Mauvoisin avait vendu à la ville la neufiéme et dernière partie réservée de leurs coutumes, perçues à Mantes. Outre les 173 livres de rente, la ville s'obligeait à payer annuellement 60 livres parisis à la chi^elle du 'Val-Ouyon (4).

En 1236, au mois de mai, un premier accord fut fait entre la commune et Yde de Rosny, touchant le droit de chasse dans la garenne de Rosny : « Noz dame Yde,... dame de Roony, fesons à savoir à toz cels qui verront ces lettres que la pés qui est fête... de la garenne de Roony,... ne s'étend fors seulement à toz cels qui .sont de la commune de Mante (5). » Ce fut seulement en 12t><3, que Louis IX apiiuinta le seigneur de Rosny et la commune de Mantes sur la possession de cette garenne (ô). La ville

paya encore 100 liv. p. pour cette fois; puis 1,000 autres lirres pour la possession et le droit de Justice en 1281. Cette acquisi-

(1) Léop. Dolislo. Loc cU,

(2) Alix de Porhoet.

{3) V. Inv. de 1343, f«» 30 et suiv.

(4) a Aax moines de Valgqyon XX d. par chan. moys. • Comptes de I4€ê,

(5) V. A. CuMui. Statist. et Inv. de 1548.

(tî) Le seigneur de Rosny s'engageait à n'avoir aucune garenne, entre . Mantes et Rosny. Ën 12C5, il avait donné au chapitre de N.*D. 4 d. ob. de censive sur une maison devant l'égUse, et un oraenent de grand prix. k, Cassen.

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